Le Bagarreur, le premier film de Walter Hill en DVD et Blu-ray

En parallèle de la parution des films de la série des Justiciers dans la ville, les éditions Sidonis Calysta nous proposent un autre film avec Charles Bronson, le premier film réalisé par Walter Hill, Le Bagarreur, grand film d’action avec également James Coburn et Jill Ireland.

Une fois de plus, le titre original, Hard Times, est nettement plus évocateur que le titre français. Il suffit de quelques images pour comprendre que ces temps difficiles dont il question ici, ce sont les années de désastre social qui ont suivi le fameux Jeudi Noir de 1929. Là, comme durant tout le film, Walter Hill choisit d’en faire peu : un homme dans un train de marchandises, un plan sur une gamine dans une voiture, et cela suffit amplement à montrer l’époque et à installer l’ambiance.
Cette ambiance est celle d’une société en faillite. Même si Walter Hill n’insiste pas lourdement là-dessus, Le Bagarreur se déroule dans une Amérique socialement sinistrée. Les rues sont vides, les villes sont désertes. Les services publics sont totalement absents du film : pas l’ombre d’un agent de police, d’un juge ou d’un quelconque fonctionnaire. Les lois elles-mêmes ne semblent plus exister. Les seuls êtres vivants du film sont les truands, petits ou gros, qui organisent ces combats clandestins ou en font leurs profits en prêtant de l’argent aux parieurs. Du coup, ce qui arrive dans ce film est le résultat de la faillite de l’État.
Une faillite de l’État qui aboutit à une destruction de la société. Dans Le Bagarreur, toute organisation sociale a disparu, et la civilisation a régressé. Les meilleurs citoyens sont ceux qui frappent le plus fort ou qui ont le plus de flingues. Le meilleur exemple en est Jim Henry, qui se bat de manière vraiment bestiale. L’Amérique du Bagarreur, c’est le règne du plus fort.
Dans ce monde, Chaney (Charles Bronson) est parfaitement à sa place. D’abord, parce qu’il cogne vite, et fort. Mais aussi parce qu’il est taciturne, solitaire au point de paraître asocial, rejetant toute forme de convenance sociale. Il ne cache pas que son unique préoccupation, c’est l’argent, et que ceci lui tient lieu d’unique morale (c’est du moins ce qu’il affirme, même si le final modérera un peu ces propos).

La sobriété sera de mise tout le film durant, et c’est là une des bonnes idées de mise en scène de la part de Walter Hill. Jamais il n’en fera trop. Le Bagarreur va à l’essentiel en se dépouillant de tout ce qui serait superflu. Cela permet au film de garder un rythme impeccable sans jamais être frénétique. Rien n’est en trop, ni la durée, ni les effets de mise en scène. Si la reconstitution de l’Amérique des années 20 est une grande réussite, jamais elle ne prendra le dessus sur l’histoire racontée.
Le choix des acteurs est pour beaucoup dans la réussite du film. Le tandem auquel Walter Hill pensait à l’origine était constitué de Jan Michael Vincent (le futur acteur de la série Supercopter) et Warren Oates, avant de se reporter sur Charles Bronson et James Coburn. Les deux acteurs font des étincelles dans des rôles antithétiques, celui qui ne dit rien et celui qui parle trop (ce duo type que l’on retrouvera plusieurs fois chez Walter Hill, entre autres incarné par Eddie Murphy et Nick Nolte dans 48 Heures).
Enfin, il faut noter la musique, très belle et élégante, et le montage, réalisé par Roger Spottiswoode, qui avait effectué le montage de films de Peckinpah (Les Chiens de paille, Pat Garrett et Billy le Kid) avant de devenir réalisateur de Under Fire, Randonnée pour un tueur ou le James Bond Demain ne meurt jamais.

Les éditions Sidonis Calysta nous présentent une très belle copie de ce Bagarreur, aussi bien sur le plan du son que de l’image.
Niveau compléments de programme, nous avons droit à trois entretiens. Le plus long et le plus intéressant est celui du réalisateur Walter Hill, qui revient sur les origines du film (nous apprenons alors le lien entre Le Bagarreur et le grand père du réalisateur). Hill et, dans un autre entretien, le producteur Lawrence Gordon, reviennent tous les deux sur les rapports un peu compliqués entre Bronson et Coburn, ce dernier ayant visiblement un peu de mal à supporter que le premier soit une tête d’affiche plus populaire que lui.

Caractéristiques :
Langues ; anglais 2.0 et 5.1, français
Sous-titres français
Durée : 89 minutes (DVD), 93 minutes (BR)
Compléments de programme :
Bande Annonce
Interview de Walter Hill (20 minutes)
Interview de Lawrence Gordon, producteur (13 minutes)
Interview de Barry de Vorzon, compositeur (8 minutes)

Le Bagarreur : bande annonce

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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