La trilogie Musashi sort le sabre en Blu-ray chez Carlotta Films

Aventure, romance et philosophie du samouraï : retour sur la trilogie épique Musashi et son édition Blu-ray signée Carlotta Films.

Synopsis : Takezo (Toshiro Mifune), un jeune homme fruste rejeté par les siens, devient le protégé d’un moine qui, pour le sauver d’une mort certaine et l’aider à explorer son potentiel, le formera de force à la voie des samouraïs, l’obligeant aussi à oublier l’amour de sa vie. Transfiguré, Takezo est rebaptisé Musashi Miyamoto et deviendra le grand samouraï philosophe connu et reconnu par tous.

Musashi : légende et cinéma

Hiroshi Inagaki fut l’un des cinéastes les plus importants dans le genre du jidaigeki (drame historique japonais). La trilogie Musashi, dont les films sont sortis entre 1954 et 1956, constituent parmi les plus belles fresques historico-mythologiques du cinéma. De la vérité d’un homme à la construction de sa légende, il y a toujours un récit. Raconté autour d’un feu, gravé dans le roc, dessiné sur une feuille abandonnée dans la rue, ou encore capté cinématographiquement.

Musashi est une figure dont la légende, à l’instar de héros et bandits de l’ouest sauvage américain, a dépassé la vérité historique. Kenji Mizoguchi, Hiroshi Inagaki, Tomu Ushida… Nombreux sont les cinéastes à s’être accaparé ce mythe pour mieux affirmer leur conscience de l’héritage cinématographique japonais et plus largement, de la mythologie japonaise et de ses éléments fédérateurs. Adapté du dyptique romanesque d’Eiji Yoshikawa lui-même inspiré par le récit devenu légende du samouraï philosophe, la trilogie d’Inagaki prend le parti de voir se construire à l’image la transfiguration de cet homme rejeté par les autres et donc sanguin face à l’injustice qui l’entoure.

Le premier volet possède l’un des plus cruelles ellipses de l’histoire du cinéma : Takezo, attendu par la femme qu’il l’aime, est emprisonné par le moine. En faisant cela, le moine le sauve d’une mort certaine. On retrouve Takezo quelques années plus tard en guerrier sage, renommé Musashi Miyamoto. Alors qu’il doit amorcer un voyage qui l’amènera à progresser dans la voie du samouraï, Musashi revoie celle qu’il aimait. Des excuses, et très vite, elle décide de le suivre dans son voyage, en lui promettant de ne pas interférer dans son apprentissage. Musashi, devant se tourner vers, part alors sans elle, en lui demandant pardon. Takezo n’est plus, Musashi est bel et bien né.

Si l’on peut regretter une musique un peu trop illustrative et romanesque dans des scènes de combats manquant de panache en termes de découpage et de chorégraphie – notamment dans les combats à plusieurs lames –,  la trilogie Musashi constitue l’un des fleurons du genre avec ce récit de légende richement mis en image par Inagaki et son équipe. En effet, le sens esthétique du film, manquant parfois d’efficacité, confine souvent au sublime légendaire de par son attachement esthétique pertinent à l’ukiyo-e, l’estampe narrative japonaise de l’ère Edo. Justement, la pertinence narrative du long métrage se confirme avec le choix de Toshiro Mifune dans le rôle-titre. Effectivement, qui de mieux placée qu’une légende pour en incarner une autre ?

La trilogie Musashi en HD

Nommée Trilogie Samouraï à l’occasion de sa sortie DVD en 2006, la fresque consacrée au samouraï philosophe Musashi Miyamoto par Hiroshi Inagaki fait son comeback cette fois-ci en Blu-ray, sous la houlette de Carlotta Films, dans une édition sobrement nommée Musashi.

Les masters HD présentés par l’éditeur écrasent sans discussion les rendus DVD aujourd’hui franchement grossiers. Le célèbre samouraï nous revient avec un rendu vidéo satisfaisant mais perfectible. On pouvait attendre davantage de précision sur les plans larges et, même si le grain – et donc le caractère organique du film – est bel et bien visible, une forme de douceur est remarquable sur les trois films, à l’exception des gros plans. On peut aussi noter une tendance au magenta/rosé ainsi qu’un manque de contraste colorimétrique. Cela vient-il des copies à faible contraste scannées ou cela tient-il d’un choix esthétique du cinéaste ? Le rendu visuel est globalement solide et donc, répétons-le, très satisfaisant, malgré le caractère relativement daté de ces masters HD créés en 2012.

Du côté du son, le rendu est correct même s’il tend à être saturé, criard. Le spectre sonore est dominé par les aigus et manque de graves. Pour le coup, cette piste mono DTS-HD nous semble techniquement assez datée.

Carlotta a complété l’expérience des films – contenus sur deux Blu-ray BD-50 – avec quelques bonus bienvenus. Deux compléments maison – proposés en HD – reviennent sur la trilogie en évoquant comment elle va s’inscrire – elle comme son héros – dans l’âge d’or du cinéma japonais ainsi que sur son influence sur la construction des grands récits mythologiques au cinéma. Ces deux modules sont menés respectivement par Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant à la Sorbonne, et par Fabien Mauro, essayiste et auteur de Kaiju, envahisseurs et apocalypse : l’âge d’or de la science-fiction japonaise.  On trouve enfin un entretien (upscalé en HD) avec le fils du cinéaste, Yozo Inagaki, ainsi que les bandes-annonces originales des films.

La trilogie Musashi est ainsi de retour dans une édition Blu-ray loin d’être définitive mais tout de même bien soignée par Carlotta Films.

Bande-annonce – MUSASHI, une trilogie de Hiroshi Inagaki

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

2 BD50 – MASTERS HAUTE DEFINITION – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres français – Format 1.33 respecté – Couleurs – Japon – 1954-1956 – Durée totale des films : 302 mn.

SUPPLEMENTS

° La Trilogie Musashi ou l’âge d’or du cinéma japonais (22 mn – 1080p)

° Inagaki par Inagaki (28 mn – 1080i)

° Le construction d’un mythe (24 mn – 1080p)

Sortie le 13 octobre 2021 – prix public indicatif : 40,00 euros.

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Festival

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