Guendalina (1957), d’Alberto Lattuada : idylle estivale

Tamasa propose, dans un coffret combiné DVD/Blu-ray (le contenu est identique sur les deux disques), le treizième long-métrage d’Alberto Lattuada, Guendalina. L’occasion était trop belle de (re)découvrir avec gourmandise le premier volet d’une étude consacrée par le cinéaste italien aux jeunes filles et au développement de leurs sentiments amoureux. Pleine d’esprit, cette œuvre pétillante offre une vision particulièrement nuancée d’une génération d’adolescents qui, une décennie à peine après le second conflit mondial, évolue déjà dans une ère nouvelle. Malgré la patine du temps, Guendalina conserve ainsi une étonnante pertinence grâce au regard, passionné mais pas complaisant, qu’il pose sur son héroïne qui grandit et mûrit en à peine quelques semaines. Un bien joli témoignage d’une époque où les relations amoureuses commençaient à se libérer… et à se complexifier.

Guendalina fait partie de ces films dont l’apparente langueur et l’absence d’action bien structurée pourraient faire songer à une distrayante comédie de mœurs, sitôt vue sitôt oubliée. Alors que son récit se situe en effet dans une espèce de faille spatio-temporelle – les vacances d’été – propice à un ennui vaguement trompé par des émois amoureux naissants, l’œuvre cerne pourtant avec justesse un de ces moments-clés dans la vie d’une jeune fille où l’existence prend un virage, discret mais formateur. Lattuada donne ainsi ses lettres de noblesse à une formule toute faite, usée jusqu’à la corde : le roman d’apprentissage.

Guendalina (Jacqueline Sassard) est une jeune fille âgée de quinze ans, issue d’un milieu (très) aisé, qui passe ses vacances d’été avec ses parents dans une station balnéaire sur la mer tyrrhénienne. Alors que la période estivale se termine et que la plupart de ses amis retournent chez eux, l’adolescente gâtée et capricieuse rencontre Oberdan (Raf Mattioli), un jeune homme d’extraction nettement plus modeste. Les amours contrariés d’individus issus de classes sociales différentes n’intéressent pas Lattuada, qui ne fait qu’effleurer ce sujet rabâché. Le cinéaste se focalise plutôt sur la naissance de cette « sensation d’affolement mystérieux qui s’empare de deux enfants face à la montée de leur passion », citée par l’historien du cinéma Aldo Tassone dans l’intéressant livret qui accompagne cette édition. Fille unique inconséquente et naïve, Guendalina ne semble initialement s’intéresser à son ami que pour distraire un ennui infantile et échapper aux préparatifs de divorce de ses parents, qu’elle tente de faire avorter avant de se résigner. Elle se comporte comme une peste exploitant la gentillesse de caractère d’Oberdan, prenant des airs de diva alors que le jeune homme est en réalité bien moins immature qu’elle, surtout sur le plan relationnel. C’est en lui faisant entrevoir, de manière peu galante, qu’il a déjà connu une expérience sexuelle (avec une prostituée, comme souvent à l’époque), qu’il déclenche la naissance des sentiments de Guendalina, ou plutôt leur acceptation. C’est avec beaucoup de subtilité qu’Alberto Lattuado capte ce moment de basculement d’une jeune fille, pas encore vers une femme, mais vers un palier intermédiaire de l’existence.

On connaît l’intérêt porté par le cinéaste italien à l’érotisme, une des trois grandes lignes qui parcourent son œuvre (La Lupa, Venez donc prendre le café chez nous, La Fille), avec l’indignation devant l’injustice et la solitude, selon Tassone. Il est ici évident, mais subtil, jamais scabreux, à travers les plans teintés de sensualité mettant en valeur sa jeune actrice française, qu’il a découverte. Cette inclination, visible dès les premières images (un plan rapproché des jambes dénudées d’un groupe de jeunes filles à vélo), ne cède pas au voyeurisme, servant au contraire le sous-texte du récit.

Il faut également insister sur le parallèle intéressant dressé par Lattuada entre ce jeune couple qui se forme en même temps qu’il se découvre, et celui des parents de Guendalina. Ne supportant plus les infidélités de Guido (Raf Vallone), Francesca (Sylvia Koscina), qui estime être encore assez jeune pour refaire sa vie, demande le divorce. Devant soudain faire face à deux étapes de la vie sentimentale (la naissance de l’amour et le divorce) qu’elle est encore incapable de comprendre, Guendalina va décidément beaucoup évoluer, au cœur de cet été radieux… Lattuada conclut son film sur une note douce-amère : alors que ses parents redécouvrent (temporairement ?) leur amour et décident, in extremis, de se remettre ensemble, Guendalina doit se séparer d’Oberdan en accompagnant ses parents à Londres. Pas de happy end à l’américaine : les deux adolescents sont conscients qu’ils ne se reverront pas. L’amour n’a été qu’effleuré, l’idylle a duré le temps d’un été. Mais les enseignements qu’il a prodigués se révéleront certainement inestimables.

Synopsis : À Viareggio, station balnéaire sur la mer Tyrrhénienne, l’été touche à sa fin : Guendalina, jeune adolescente de quinze ans, flirte avec Oberdan, le fils du maître-baigneur, sans grande conviction et surtout pour dissiper son ennui. Ses parents milliardaires s’apprêtent, quant à eux, à divorcer… 

SUPPLEMENTS

Outre les traditionnelles bandes-annonces, Tamasa ne nous propose qu’un seul bonus vidéo, sous forme d’un entretien de dix minutes avec Jean-François Rauger. Le critique de cinéma français et ancien collaborateur aux Cahiers du cinéma, plutôt spécialisé dans le cinéma de genre, livre néanmoins plusieurs clés qui permettent de resituer le film dans son contexte. Rauger rappelle ainsi que celui-ci constitue le premier volet d’un diptyque consacré par Lattuada à une étude sur les jeunes filles, Guendalina évoquant la sortie de l’enfance et la découverte de l’amour, tandis que Les adolescentes (I Dolci Inganni), tourné trois ans plus tard, traite de l’étape suivante, la découverte de la sexualité. La sensualité des œuvres du metteur en scène lombard est également soulignée à juste titre, Rauger insistant sur le fait qu’il s’agit ici d’un érotisme innocent, la jeune héroïne du film n’étant pas encore consciente de son pouvoir d’attirance. Ce fait est particulièrement bien illustré par la scène de danse, à mi-chemin entre un jeu d’enfant et un jeu de séduction. Enfin, le critique de cinéma évoque Jacqueline Sassard qui, après avoir tourné dans Les Biches de Chabrol, mit malheureusement fin à sa carrière dès 1969.

Si vous restez sur votre faim après ce bonus frugal compte tenu de la qualité du film, le livret de 24 pages « Alberto Lattuada par Aldo Tassone » qui accompagne le DVD/Blu-ray devrait vous rassasier. L’historien du cinéma y synthétise l’ensemble de la carrière du cinéaste transalpin, de ses débuts néoréalistes à l’esthétisme raffiné à ses nombreuses adaptations littéraires, russes notamment (Gogol, Pouchkine, Tchekhov, Boulgakov), en passant par ses contes immoraux et sa collaboration avec Fellini sur Les Feux du music-hall (Luci del Varietà/1950). Les quelques fautes d’orthographes regrettables de la traduction sont largement compensées par l’intérêt du texte, résumé d’un parcours d’une grande richesse qui donne sacrément envie de voir ou de revoir d’autres œuvres de Lattuada !

Suppléments de l’édition combinée DVD/Blu-ray :

  • « Premier amour », analyse du film par Jean-François Rauger
  • Films annonce 1957 & 2020
  • Livret 24 pages : « Alberto Lattuada par Aldo Tassone »
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Festival

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