« City Hall », le documentaire de Frederick Wiseman en combo DVD/blu-ray

Le documentaire démentiel (4h30) que Frederick Wiseman consacre à la ville de Boston, intitulé City Hall, est désormais disponible en DVD/blu-ray. Jour2fête s’occupe de son édition et Arcadès de sa distribution. On peut certes regretter l’absence de suppléments (si ce n’est un livret de très bonne facture), mais c’est un peu vite oublier que le film se suffit amplement à lui-même.

Frederick Wiseman a beau placer l’ancien maire de Boston Martin Walsh au cœur de son documentaire, c’est bel et bien la capitale du Massachusetts qui en est le personnage principal. Celui qui a tant de fois sondé les institutions américaines quadrille en effet la ville de part en part, pendant 4h30, en exposant ses services municipaux, en donnant la parole à ses habitants, en captant son architecture, en identifiant ses défis présents et à venir. City Hall dilate le temps, passe la politique au tamis citoyen, se prive de musique extra-diégétique ou d’entretiens face caméra. Cette logique est d’ailleurs portée à incandescence : Frederick Wiseman procède à un effacement complet de l’objectif, devenu observateur neutre, et renvoyant à cette condition des spectateurs scrutant en passagers clandestins des réunions thématiques, des événements publics ou des travailleurs municipaux. City Hall prend en quelque sorte le parfait contrepied du trumpisme. Ce n’est pas un lieu commun de le rappeler. Dans une Amérique où les slogans ont fait office de politique nationale pendant quatre ans, le documentaire de Wiseman rappelle à quel point la politique est complexe, surplombante, douée de ramifications et vectrice de solutions. C’est un Martin Walsh empathique, pédagogue, studieux et pragmatique que City Hall semble opposer à la fougue velléitaire qui a régné sur la Maison-Blanche de 2016 à 2020.

Le Boston qui se dessine dans le documentaire de Frederick Wiseman est un objet d’étude passionnant. Malgré un cadre fiscal contraint – un budget nécessairement à l’équilibre, des impôts fonciers limités –, associé à une baisse structurelle des subventions nationales et d’importantes dépenses quasi incompressibles (éducation 40%, sécurité 20%), la mairie continue d’investir et cherche inexorablement à se porter à hauteur de ses concitoyens. La capitale du Massachusetts est une ville vivante, cosmopolite (28% des Bostoniens sont nés à l’étranger), appliquée dans l’instauration de politiques de « bons emplois », d’accès au logement et de réduction des inégalités sociales. Bien que leur rapport à la réalité, leur portée et leur mode de conception ne puissent être assimilés, City Hall et The Wire ont en commun une capacité vertigineuse à radiographier les institutions américaines. En son temps, David Simon avait pris le parti de dédier chaque saison de sa série à une entité bien identifiée : la police, la mairie, l’école, le journal local, les syndicats… Frederick Wiseman s’adonne quant à lui à un double mouvement : aux plans d’ensemble de la ville, aux bâtiments saisis en contre-plongée, au ballet des éboueurs ou des contrôleurs de la circulation s’ajoute toute une série de réflexions qui, ensemble, concourent à portraiturer Boston.

Un mariage homosexuel, des événements autour des Red Sox, le « creux » dans le remboursement des médicaments non couvert par l’assurance-maladie, les sans-abri, la prévention des catastrophes naturelles, la juste représentation des minorités ethniques, l’hommage aux infirmiers, les vétérans souffrant de « cauchemars, sueurs froides, angoisses », le Fair Housing Act mis à mal par l’administration Trump, les politiques fiscales destinées à attirer les grands groupes, l’insécurité alimentaire, les entrepreneurs victimes de discriminations, le traitement administratif des réclamations, la démographie… Si City Hall doit être considéré comme une somme, c’est au regard de la multitude de questions que le documentaire de Frederick Wiseman brasse. La circulation de la parole y apparaît plus que jamais comme une condition sine qua non de la politique. C’est en prenant régulièrement le pouls du corps citoyen que Martin Walsh et ses adjoints parviennent à traiter certains dysfonctionnements de leur ville. À tout bien considérer, le film n’est-il pas avant tout une ode à la bonne gouvernance, ceci englobant la rigueur, l’éthique, la communication ou encore l’équité ? Tout porte à le croire.

Long métrage | Documentaire | couleur | Durée du film : 274 min | Langue : anglais sous-titres français | 2.0 | Format d’image : 16/9
Jour2Fête/Arcadès

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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