Le Vent se lève, de Hayao Miyazaki : les amours envolées

Suite de notre rétrospective consacrée aux plus grands films du Studio Ghibli. Aujourd’hui, ce sont la mélancolie et les rêves de Hayao Miyazaki dans Le Vent se lève qui sont à l’honneur. Un poème cinématographique, testament d’un artiste et d’un homme passionné par l’amour, la guerre et les avions.

Le vent se lève… Les rêves du jeune Jirô l’entraînent tel un ouragan vers le ciel, dans des avions fantasmés aux deux visages : celui de la passion et celui de la guerre. Si l’ingénierie aéronautique est pour lui un art, le plus noble qui soit, comment s’épanouir quand la seule chose qui ait jamais animé sa passion est employée pour faire le mal ? Sans véritablement se questionner sur l’éthique ou les conséquences des projets sur lesquels il cravache jour et nuit, Jirô n’abandonne pas. Les Allemands ont de l’avance technologiquement ; d’accord. Les Japonais espèrent les rattraper au plus vite dans la course à l’armement ; tant mieux. Pourquoi remplacer les sièges des passagers par des bombes ? On s’en fiche, l’important est d’améliorer ses connaissances dans le domaine. Ah bon. Après tout, les années passent, et le travail doit être fait… il faut tenter de vivre.

Le vent se lève… Ce Japon des années 30 est beau, élégant. Ici, on fume beaucoup, on retient son chapeau malmené par le vent, on remonte ses épaules pour engoncer son cou dans le col haut de son manteau, on lit le journal, on arbore de belles moustaches, on boit du vin, on voit valser les manivelles des vieilles caméras d’antan, on utilise des vieux compas et des règles qui ressemblent à celles que nos grands-parents léguèrent à nos parents, et que ces derniers nous donneront aussi un jour. On croise la route d’un jeune garçon, ou d’une jeune fille, dont on ne saura le nom que des années plus tard à l’occasion de retrouvailles inattendues. Sur la fumée des cigarettes, l’amour nous reviendra peut-être… chantait Barbara*. Entre temps, on rallume une cigarette, on se remet au travail et l’on oublie quelque peu ce visage aimé il faut tenter de vivre.

Le vent se lève… Au détour d’une promenade à travers des paysages bucoliques, il suffit d’un parasol volant pour raviver les souvenirs enfouis d’un chapeau qui connut jadis le même destin. Au tour de Jirô de lever la main en l’air et d’en arrêter la course. Maigre effort ; le plus important de tous. Le vent, c’est comme le temps qui passe ; les avions qui s’envolent, c’est comme les trains qui s’en vont : il faut savoir monter à bord et profiter du voyage. Jouer, construire, aimer, même lorsque le sablier s’écoule et que la maladie, comme la guerre, risque bientôt de tout emporter. On aimerait prendre soin de l’autre, mais le devoir appelle encore ; on traverse le pays pour un bref regard, une brève étreinte, puis on repart. Tout ça pour ça, tous ces efforts pour quelques vaines secondes… il faut tenter de vivre.

Le vent se lève… Et un jour il tourne. Aux regards levés vers le ciel, aux bras tendus en l’air pour dire au revoir ou attraper un avion de papier en plein vol, répondent les mouvements inverses, tournés vers le bas : les larmes de Jirô qui tombent sur son papier griffonné d’équations, destinées à faire voler des bombardiers ; le sang de Naoko qui s’écrase sur sa toile et annonce l’inéluctable ; les bombes qui sont lâchées, au loin, sur les victimes innocentes de l’Histoire par de majestueux oiseaux de proie métalliques. Naoko ne peut plus monter sur sa colline pour y peindre la vie, alors elle descend du bus, marche vers le sanatorium et s’en va prendre son train. Le plus dur, c’est d’être la personne qui reste sur le quai. Pendant que le sifflement des balles étouffe celui du vent, Jirô doit continuer sa route seul, avec courage, amour et dignité… il faut tenter de vivre.

Beau temps, pour un chagrin, que ce temps couleur d’ombre. Je reste sur le quai, mon amour, à bientôt.*

* Barbara, Septembre.

Retrouvez ici notre critique du film, publiée à l’époque de la sortie du film.

Le Vent se lève – Bande-annonce :

https://www.youtube.com/watch?v=LVB5RUHYkzk

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Jules Chambry
Jules Chambry
Cinéphile compulsif enfermé dans le cinéma d'antan, passionné de mélos des années 30, de comédies italiennes et de westerns de l'âge d'or. Mes influences vont de John Ford à Fellini, en passant par Ozu, Tati, Pasolini ou encore Capra. J'écris des articles trop longs.

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