La Fleur du mal : quand la famille se barricade à la sauce Chabrol

Le thème si cher à Chabrol de la bourgeoisie est ici cruellement décortiqué. La Fleur du mal met en scène  une famille bourgeoise qui se déchire, mais loin des regards, et ce thème de la transmission est poussé à son paroxysme. Un petit régal, même si rien de neuf ne venait, en 2003, bouleverser la petite mécanique Chabrolienne.

« C’est un Monopoly interminable »  

Michel Pinçon, en interviewant Claude Charbol en 2003, déclarait à propos de La Fleur du mal : « dans la bourgeoisie, il n’y a pas d’individu. Ils ont tous une individualité, mais en même temps, ils sont tous membres de quelque chose qui les transcende, la famille ». Voilà qui résume parfaitement tous les films de famille que le cinéma, souvent français, a porté. Du très récent Fête de famille en passant par des films comme Pardonnez-moi qui reprenait les codes à la Festen. Même Xavier Dolan s’y est risqué, avec un casting 100% français, pour Juste la fin du monde. Est-ce de cela qu’il est question dans La Fleur du mal, de la peur de la fin d’un monde ? Effectivement en filmant cette maison qui renferme ses secrets, ses habitudes, ses non-dits ou une autre demeure en bord de mer, toute aussi cruelle, le réalisateur montre à quel point ses personnages sont enfermés dans leur décor. Et ce jusqu’à la toute dernière scène du film, qui devrait être libératrice, mais qui ressemble à un éternel recommencement. La mise en scène dans la maison, ces instants où les personnages la redécouvrent, la rendent « vivante » ou encore cette manière, dans la maison familiale, de descendre les escaliers, de se réapproprier les lieux, tout vient accentuer la forme cyclique du film. Cette impression d’éternel recommencement où les personnages ne seraient que des pions, des personnages en quête d’auteur pour parodier Pirandello.

Filiation 

C’est d’ailleurs la question que se posent François et Michèle. Leur amour est-il réel ou n’est-il porté que par la tradition de mariage entre-soi ? Ce ne sont pas les quelques lettres anonymes envoyés pour la candidature de la mère à la marie qui feront taire cette incertitude. Pourtant, François comme Michèle finissent par s’en accommoder. Ici, on tue le père pas la tradition. Le père d’ailleurs est au cœur de tout, c’est lui qui accueille en premier le fils prodige, lui qui a la pharmacie et le petit labo, lui qui ramène les sous pendant que Madame fait de la politique. Tout est cruel en soi dans ce tableau brossé, surtout cette tante Line assez inexistante, sa vieillesse la cataloguant presque au rang de meuble dans la famille, et pourtant au passé si puissant, si lourd à porter. Le transmet-elle vraiment ce passé ? La question traverse le film et au-delà, celle du désir de demeurer ce que l’on est en tant que groupe. Chabrol le montre très très bien à l’aide d’un casting convaincu qui fait le job. Chacun s’accroche à quelque chose qui ne l’exclut pas du groupe, même et surtout François qui a tenté d’échapper à tout cela mais a échoué lamentablement.

Lutte des classes 

La seule petite chose que l’on regrette dans La Fleur du mal, c’est un petit manque de rythme, le film paraît longuet à plusieurs moments, et surtout un petit manque d’humour salvateur dans son œuvre. Peut-être est-ce pour accentuer cette impression d’étouffement de cercle vicieux et sans fin qui fait que les pères meurent mais sont remplacés par d’autres qui seront les mâles de leurs époques respectives et ne respecteront plus rien, sauf la nécessité de se protéger les uns les autres. Et ceux qui tentent d’entrer dans ce cercle s’y cognent assez violemment. On pense en effet au bras droit d’Anne Charpin-Vasseur, la future maire, qui tout en étant présent, est comme violemment rejeté, mais insidieusement. Il fait écho à un  autre bras droit, celui de Castella dans Le Goût des autres. L’un parce qu’il n’est pas assez bourgeois et le second parce qu’il l’est trop. Dans tous les cas, le dialogue est impossible, les mondes ou les classes ne voulant pas leur fin, ils se barricadent…

La Fleur du mal : Bande annonce

La Fleur du mal : Fiche technique

Synopsis : La culpabilité peut-elle se transmettre, comme certaines maladies, de génération en génération ? Quels effets une faute non expiée peut-elle avoir pour le coupable mais aussi pour ses descendants et sa famille ?
A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans l’atmosphère délétère des règlements de compte liés à la collaboration, une femme est acquittée d’un crime qu’elle aurait peut-être commis. De nos jours, pendant les dernières élections municipales, un tract anonyme adressé à ses descendants vient faire ressurgir ce trouble passé…

Réalisation : Claude Chabrol
Scénario : Claude Chabrol, Caroline Eliacheff, Louise L. Lambrichs
Interprètes : Benoît Magimel, Nathalie Baye, Suzanne Flon, Bernard Lecocq,  Mélanie Doutey, Thomas Chabrol
Photographie : Eduado Serra
Montage : Monique Fardoulis
Sociétés de production : MK2 Productions,  France 3 Cinéma, Canal +
Distribution : Carlotta Films
Durée : 104 minutes
Date de sortie : 19 février 2003
Genre : Drame

France – 2003

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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