Accueil Blog Page 794

Expendables 3 de Patrick Hugues : Critique du film

Expendables 3 : Un divertissement bourrin et décérébré

Synopsis : Barney, Christmas et le reste de l’équipe affrontent Conrad Stonebanks, qui fut autrefois le fondateur des Expendables avec Barney. Stonebanks devint par la suite un redoutable trafiquant d’armes, que Barney fut obligé d’abattre… Du moins, c’est ce qu’il croyait. Ayant échappé à la mort, Stonebanks a maintenant pour seul objectif d’éliminer l’équipe des Expendables. Mais Barney a d’autres plans… Il décide d’apporter du sang neuf à son unité spéciale et d’engager de nouveaux équipiers plus jeunes, plus vifs et plus calés en nouvelles technologies. Cette mission se révèle rapidement un choc des cultures et des générations, entre adeptes de la vieille école et experts high-tech. Les Expendables vont livrer leur bataille la plus explosive et la plus personnelle…

Et de 3 ! Stallone et tous ses amis repartent pour de nouvelles aventures. Simon West a laissé sa place à Patrick Hugues, réalisateur inconnu en France, seulement auteur d’un western Red Hill. Après un premier opus, beaucoup trop premier degré pour être totalement apprécié, le deuxième s’était plus libéré, rendant le film bien plus jouissif. Cependant, trop d’humour, tue l’humour et si le « Chuck Norris facts » reste une merveille, la plupart du temps le reste était lourdaud. Et c’est avec une optique de mixer les regards que sort ce troisième volet…

Commençant par l’évasion spectaculaire de Wesley Snipes, le film donne tout de suite le ton : l’équipe est en manque d’hommes, désavouée, quasi désespérée, mais continue malgré tout ses missions quasi suicidaires pour le gouvernement. Cependant, dans leur escapade, Barney Ross croise le regard de Conrad Stonebanks, le cofondateur des Expendables, étant passé « du côté obscur » (on ne plaisante pas, la réplique est présente), le temps pour ce dernier de blesser quasi mortellement César (Terry Crews). Barney s’en veutet décide de protéger les « anciens » pour laisser faire les « jeunes ».

Alors, par où devons nous commencer ? Point négatif, positif, très compliqué dans la mesure où le film oscille constamment entre le bon et le mauvais. D’ailleurs, le film en lui même est inégal et constitue le premier faux pas de la saga. Avec un casting quatre étoiles, on était en droit d’attendre beaucoup de ce film, d’autant que Sylvester Stallone l’avait d’écrit comme « Un « The Raid » à la sauce Expendables ». Le temps de stimuler l’attente du public après la hausse de qualité entre le premier et le dernier opus.

Concernant les points négatifs, le film au niveau technique est une véritable catastrophe filmique. Les effets spéciaux ont entre 10 et 15 ans de retard, entre les fonds verts ultra visibles lors de passage en voiture, les hélicoptères saccadés aux dimensions variantes et les plans d’ensemble d’archives des villes, pour un budget assez colossal de 90 millions de dollar, Expendables 3 fait clairement pâle figure face aux autres productions hollywoodiennes.

La mise en scène est clairement inexistante, le film a été réalisé par un homme sans talent, probablement un autre yes man à ajouter à la longue liste. Certes, Quentin Tarantino a déclaré que les scènes d’actions étaient les plus difficiles à tourner, mais quand on se retrouve avec des gros plans de visage pour des scènes de corps à corps, on est à la limite de l’incompétence. Mal filmer des scènes d’actions peut être destructeur pour lesdites scènes et peut atténuer leurs impacts. Heureusement, si la première partie est horrible, la deuxième est bien plus agréable. Et qu’en est-il de la référence à The Raid ? Le spectateur la retrouve dans la deuxième partie, avec un combat ultra efficace et plutôt bien foutu, mais ne vous attendez pas à grand chose.

Ainsi en découle un scénario dont les fils narratifs sont aussi énormes que les monstres de Godzilla, entre les je t’aime moi non plus des membres de l’équipe, ou le raisonnement totalement absurde de Stallone dans le film. Cependant, on s’en moque. Ce qui fait le but d’un film Expendables est le fait de se détendre entre potes et entre amis sans réfléchir. Alors, certes il faut vraiment arrêter de réfléchir, d’autant plus pour celui là, mais le divertissement est assuré et cela devient un produit étrangement regardable, qui se transforme en plaisir coupable plutôt qu’en film détestable.

La distribution fait le boulot et c’est ce qu’on attend d’un Expendables. Même si la tentative d’icônisation des nouvelles recrues est très étrange et entraîne un quasi mépris de celles ci, le plus gros problème demeure que certaines têtes sont véritablement sous exploitées, telles que Jet Li n’apparaissant que 5 minutes pour tirer à la tourelle, ou encore Mel Gibson devenu une armoire à glace pour le rôle, qui a le droit à un combat final indigne. Il y a aussi Schwarzenegger, drôle à chaque réplique, tel un The Rock, qui ne sert malheureusement à rien, dommage car de nouvelles têtes ont réussi leurs apparitions comme Antonio Banderas, hilarant et Snipes, pleins d’humour noir (sans mauvais jeu de mots).

Le fond du film, si on peut parler de fond, résulte en la passation de pouvoirs entre jeunes et vieux, entre les vieux débris et les jeunes pouces. Alors si le travail sur la retraite et le passage de relais est plutôt intéressant dans un film de ce genre, le fait que cette dite passation se fasse avec des jeunes sortis du berceau est plutôt étrange, d’autant que des personnes telles que Jason Statham ou Terry Crews ne sont pas si âgés que cela et il aurait mieux valu établir cette transition entre des adultes plus matures du style Christian Bale, Gérard Butler ou encore Channing Tatum.

Pour conclure, nous vous conseillons Expendables en tant que divertissement bourrin et décérébré : votre cerveau doit être vraiment déposé à l’entrée de la salle pour apprécier pleinement le second degré de ce film. Cependant, l’inégalité se joue au niveau d’une mise en scène clairement inexistante et d’une catastrophe technique, honteuse pour un film avec un tel budget. Si les résultats pour l’instant décevants le permettent, on espère un bien meilleur film et avec de nouvelles recrues, encore plus jouissives.

Fiche technique – Expandables 3

Expendables 3 (The Expendables 3)
États-Unis – 2014
Réalisation: Patrick Hughes
Scénario: Sylvester Stallone, Creighton Rothenberger, Katrin Benedikt d’après: les personnages de: Dave Callaham
Interprétation: Sylvester Stallone (Barney Ross), Jason Statham (Lee Christmas), Arnold Schwarzenegger (Trench), Harrison Ford (Max Drummer), Mel Gibson (Conrad Stonebanks), Antonio Banderas (Galgo), Jet Li (Yin Yang), Wesley Snipes (Doc)…
Date de sortie: 20 août 2014
Durée: 2h07
Genre: Aventure, Action
Image: Peter Menzies Jr
Décor: Daniel T. Dorrance
Costume: Lizz Wolf
Montage: Paul Harb, Sean Albertson
Musique: Brian Tyler
Production: Davis Films, Nu Image, Millennium Films
Distributeur: Metropolitan FilmExport

Auteur de la critique : Louis Verdoux

 

Doctor Who Saison 8 Episode 1: Deep Breath – Critique

Critique Doctor Who Saison 8: Deep Breath

Manque de souffle…

Après une longue attente (entrecoupée par la sortie d’un épisode spécial pour les 50 ans de la série) le seigneur du temps revient enfin sur les écrans un nouveau visage, celui de l’acteur Peter Capaldi (In the Loop, The Three Musketeers), qui succède à Matt Smith. Nouveau docteur, nouvelle ère, ce premier rendez vous est donc primordial pour prendre la tension d’une série qui commençait à perdre de sa superbe après une saison 7 un peu en dessous des premières heures de Moffat aux commande du Tardis. Pire que les daleks, les cybermens ou autres racailles de l’univers, le plus grand défi qui se présente au 13éme docteur au cours de cette 8éme saison, est de prouver qu’il en a encore dans le slip ! Et nous sommes de tout cœur avec lui.

On entre directement dans le feu de l’action avec un dinosaure (un T-rex qui plus est) égaré dans le Londres victorien, l’occasion de retrouver le trio sympathique d’enquêteurs, formé par Madame Vastra, Jenny et Strax. S’ensuit une conversation avec un inspecteur médusé devant le discours désinvolte de la femme lézard face au reptile géant jusqu’à ce que celui ci recrache… le Tardis. Moffat semble étonnamment ne pas prendre trop de risque, de peur qu’un changement trop radical fasse fuir même les fans de la première heure. On introduit donc doucement l’épisode avec un humour décalé qui fait la patte de la série, avant de révéler enfin ce que tout le monde attend (enfin ceux qui regardent quoi…) les premiers pas du nouveau Docteur.

On est alors surpris de découvrir un Peter Capaldi jouant… Matt Smith. Première déception de cet épisode. A peine sorti de sa boite bleue, on assiste à une logorrhée interminable d’élucubrations délirantes. Le docteur parle le dinosaure, lui dit qu’elle (c’est une femelle) est sexy, confond Strax et Clara (dont il à du mal à se rappeler le nom)… un débit de parole rapide, qui part dans tout les sens et donne véritablement l’impression de voir un vieux shnock imiter son prédécesseur. On attendait du nouveau et c’est un peu décevant, tant la transition ne semble pas véritablement marquée, à l’inverse des passages de flambeaux précédents qui marquaient vraiment leur différences (Eccleston/Tennant/Smith). Ce n’est que plus tard, au cours d’une conversation un peu violente avec un clochard, que l’on commencera véritablement à cerner l’ambiguïté de cette nouvelle interprétation qui s’annonce plus brutale et sombre qu’auparavant (quoique Eccleston avait quand même mit la barre assez haute dans ce registre). Toujours est il que cette nouvelle rencontre donne plutôt l’impression d’apercevoir le personnage en coup de vent. Il est difficile de comprendre véritablement ce que Capaldi peut apporter au rôle, tant il ne cesse d’être fuyant tout au long de l’épisode. Un changement de visage est toujours complexe à accepter mais pour cette fois, la pilule semble vraiment difficile à avaler. Si on ne doute pas du talent d’acteur de Peter Capaldi, il lui reste encore un peu de chemin à faire pour se faire accepter totalement.

Le reste de l’épisode quand à lui ne sort pas vraiment des sentiers battus. Pire encore, il ressasse. Steven Moffat, tout bon scénariste qu’il soit, a tout de même certains gimmicks qui tendent à se répéter aux fils des saisons. L’époque victorienne teintée d’une ambiance steampunk, une démesure dans l’intrigue qui fait office de cache misère (pourquoi un dinosaure finalement?) et le vieux truc du tic tac qui n’en est pas un, et qu’il avait déjà utilisé plusieurs fois auparavant dans The empty child et The girl in the Fireplace (dont il reprend les antagonistes), qui prend cette fois place dans un étrange restaurant « familial ». Redite d’autant plus frustrante que ces 2 épisodes auraient pu être considérés comme ses chef d’œuvre, tant ils pouvaient être terrifiants. Maintenant qu’on connaît le truc, difficile de frissonner. Pareil pour l’idée de retenir sa respiration faces aux robots qui rappelle trop le fameux clignement fatal des anges pleureurs, amorcé dans Blink, autre chef d’œuvre du même auteur, recyclé à outrance par la suite. Pour une mise en bouche, on était en droit d’attendre un peu plus de nouveautés. La réalisation de Ben Wheathley (A field in england) manque quand à elle un peu de punch, bien que l’on puisse noter qu’il est le premier dans la série à redonner au XIXéme siècle son coté crade et suintant, quand auparavant Londres paraissait étonnamment propre quelque soit l’époque…

Fort heureusement, quelques touches d’humours par le trio infernal Vastra/Jenny/Starx permettent de maintenir l’attention et surtout le personnage de Clara bénéficie enfin d’un développement digne de ce nom. On apprécie de la voir rejeter ce nouveau docteur qui ne ressemble plus à celui qu’elle appréciait. Alors que Rose Tyler (Billy Piper) semblait ne pas en faire un fromage, avoir une réaction plus logique, plus humaine (c’est pas tous les jours que votre meilleur ami change de tronche), son énervement est compréhensible et assez rafraîchissant. De plus ses interactions dans la maison de Vastra, avec Strax notamment, font finalement tout le sel d’un épisode qui s’étire sur une heure et quart et ne semble rien raconter de véritablement épique et se contente de lancer des pistes pour la suite (l’origine du visage, l’apparition d’un nouvel antagoniste…).

Doctor Who revient donc par la petite porte, sans faire vraiment de vague quand on attendait de grands changements. Espérons que la suite sera meilleure.

Fiche technique – Docteur Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-uni
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup… Durée : 50 minutes
Statut : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Auteur de la critique : Vincent Baudart

 

 

Colt 45 de Fabrice du Weltz : Critique du film

Colt 45 avait tout pour devenir un polar de référence : un réalisateur talentueux, une distribution comportant des têtes d’affiche (Gérard Lanvin, Joey Starr, Alice Taglioni), des seconds rôles habitués au genre (Joe Prestia, Philippe Nahon), et un jeune acteur prometteur (Ymanol Perset). Pourtant, sa sortie s’est déroulée dans un anonymat pesant aboutissant à un échec commercial sans appel, le film terminant sa première semaine à moins de 100 000 entrées avant de disparaître quasi-entièrement des salles deux semaines après sa sortie.

Synopsis : Vincent Milès (Ymanol Perset) est un jeune armurier. Après avoir remporté le championnat du monde de course avec tir sur cible, il est très sollicité pour intégrer différents services de police d’élite. Problème, il préfère rester dans l’ombre. Sa rencontre avec Milo Cardena ({Joey Starr}) va l’entraîner dans les ténèbres.

« Régner en enfer »

Pourquoi la nouvelle œuvre de Fabrice Du Weltz s’est-elle retrouvée confinée à ce que l’on appelle une sortie technique ? Si le procédé de ne sortir un film que dans quelques salles pour des raisons contractuelles est courant pour une distribution de film américain, en particulier pour les comédies et les films d’horreur qui fonctionnent mieux en vidéo, il est très rare pour une production française. En effet, quel producteur pourrait ne pas croire à un projet qu’il a développé au point où il préfère tout perdre plutôt que de prendre le risque d’occasionner des frais supplémentaires en promotion et distribution ?

Nous ne connaissons pas les vraies raisons d’un tel incident industriel. Nous pouvons seulement affirmer que le tournage a eu lieu en 2012, et que sa sortie a été retardée plusieurs fois avant de sortir cet été sans que le réalisateur en ait été prévenu. Fabrice Du Weltz refuse d’en dire plus et préfère se concentrer sur la promotion de son nouveau film Alléluia, promettant toutefois de donner sa version des faits lors de la sortie dvd du film. On parle officieusement de problèmes avec Joey Starr et le producteur Thomas Langmann, de scènes retournées ou manquantes, ce qui expliquerait la très courte durée du film, une post synchronisation parfois hasardeuse, et une musique très présente, quitte à recouvrir certains dialogues.

Malgré ces conditions de production chaotique, le film existe, et même si cela heurte notre instinct de cinéphile, toute intervention de producteur n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Il nous faut donc parler non pas du Colt 45 qui aurait pu être, mais de celui que nous avons sous les yeux.

« Zwei Seelen wohnen, ach ! In meiner Brust ».

Ce vers du Faust de Goethe, que l’on peut traduire par : « deux âmes cohabitent, argh ! Dans ma poitrine », résume parfaitement la nature schizophrène de Colt 45.

Au premier abord, Colt 45 applique à la lettre les règles du néo-polar français édictées par Olivier Marchal : rivalités entre deux institutions policières, ici le service dirigé par Gérard Lanvin et celui dirigé par Simon Abkarian, tous deux servant de mentor au personnage principal ; dialogues inutilement vulgaires ou écrits de manière trop artificielle (la manière qu’à Joey Starr de dire « là, je te fais pas l’amour, je te baise carrément : tu les sens mes couilles ? », que l’on peut entendre dans la bande-annonce, intervient à un moment où la tension monte et où l’on sent que le piège se referme sur le héros. En cherchant le mot d’auteur, celle-ci retombe immédiatement ); virilité poussée jusqu’à l’absurde : on a le droit à la scène obligatoire des flics expérimentés sceptiques qui poussent le héros dans les casiers, en lui faisant bien comprendre qu’il ne peut que les gêner. Bizarrement, par la suite, ils seront bien heureux de le laisser prendre la tête pour tout ce qui est fusillade ; policiers qui se tournent vers des activités illégales : l’intrigue tourne autour de braquos organisés par des flics ou anciens flics ; la présence de Gérard Lanvin  (Les Lyonnais, 96 heures, mais aussi Secret défense ou Mesrine), le héros des années 80 refuse de passer la main, et joue toujours le même personnage de présence rassurante et virile qui fera tout pour protéger ses proches.

Ces clichés sont répétés de film en film depuis le succès de 36 Quai des Orfèvres, avec à chaque fois moins d’efficacité, donnant l’impression d’assister à des copies de plus en plus dégradées et qui ne suscitent plus l’intérêt. Ils sont d’autant plus critiquables, que le film est visuellement très soigné. La lumière est signée Benoît Debie, chef opérateur des précédents films de Du Weltz, mais aussi de ceux de Gaspard Noé, ou de Spring Breakers. Ici, les corps sont sculptés par les ombres, ou baignent dans une atmosphère froide et grise. Le contraste entre la banalité du fonds et le raffinement de la forme donnent une curieuse impression de gâchis, comme si le film était trop bien par rapport à ce qu’il devrait être.

Le deuxième abord est bien plus intéressant, en nous contant la descente aux enfers d’un homme qui a peur de sa propre nature. Si les films d’Olivier Marchal possédaient déjà cet aura dépressive, avec ses personnages de policiers poussés à bout par leur vie professionnelle et sentimentale, le mal chez Fabrice du Welz semble bien plus ancré dans l’essence même du personnage principal. La part d’ombre du héros s’exprime ici dans son exceptionnelle capacité au tir, qui semble intéresser tous ceux qui voudraient faire de lui une machine à tuer. Cette tentation de la mort devient de plus en plus forte au fur et à mesure qu’il tente de la contenir, pour terminer dans une débauche de violence sèche, où le héros va finir par « régner en enfer », pour reprendre une des répliques du film.

Le film impressionne alors par sa capacité à sacrifier les personnages secondaires sans même leur accorder un regard, parce qu’ils ont relâché leur attention une seconde de trop.

Mais là, encore, certains éléments nous empêchent de totalement adhérer à Colt 45. Il y a tout d’abord l’interprétation trop fade d’Ymanol Perset, qui ne laisse pas assez sentir le feu qui brûle sous son apparente timidité. Il y a ensuite une scène de fusillade trop symbolique placée au milieu, où le film, derrière la volonté de plonger le héros dans les flammes, se laisse aller à un spectaculaire qui tranche avec le reste. Il y a enfin que contrairement au modèle annoncé qu’était The Raid, les scènes d’actions ne sont pas assez longues pour exprimer la difficulté et la souffrance du héros. Leur rapidité d’exécution et leur apparente facilité nous font plutôt penser à un bon vieux Charles Bronson dans le rôle du justicier dans la ville, la purgeant sans cligner des yeux.

Il est difficile de savoir quel film avait en tête Fabrice du Weltz quand il  a commencé le tournage, mais on peut penser qu’il est assez éloigné de celui qui se présente à nous. Trop classique pour être un film d’auteur, trop sombre pour être un franc succès commercial, on comprend l’embarras dans lequel il a plongé ses distributeurs. Il s’agit pourtant malgré tout d’un film vif, aux partis pris parfois étonnants et qui tranchent avec un polar français qui se laisse parfois trop aller à sa routine. Avec une bonne promotion, il aurait pu représenter une alternative crédible à la production actuelle, et aurait même pu avec un peu de chance rembourser une bonne partie des frais engagés.

En l’état, il reste un objet un peu étrange, un « film malade » pour reprendre l’expression de François Truffaut, qui à défaut d’être un chef d’œuvre s’apprécie comme un polar italien de la fin des années 70, œuvres souvent mineures mais qui contenaient toujours quelques scènes suffisamment marquantes pour continuer à marquer les mémoires plusieurs décennies plus tard.

Fiche technique – Colt 45

Réalisateur : Fabrice Du Welz
Scénariste: Fabrice Du Welz, Fathi Beddiar
Acteurs : Jo Prestia, Gérard Lanvin, Simon Abkarian, Alice Taglioni, Philippe Nahon
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie : 06 août 2014
Durée : 1h25mn
Compositeur: Benjamin Shielden
Directeur De La Photographie: Benoît Debie

Auteur de la critique : Benjamin S.

Catacombes de John Erick Dowdle : Critique du film

Catacombes : Chronique monotone des abysses parisiens

Synopsis: Un réseau de sous terrains complexe et inextricable émaille sur des kilomètres le sous-sol de Paris: Les catacombes, la dernière demeure d’innombrables âmes. Lorsqu’une équipe d’explorateurs s’aventure au cœur d’une partie inconnue de ce labyrinthe d’ossements, ils percent avec effroi le secret de la véritable vocation de cette cité des morts. CATACOMBES est un voyage au cœur de la folie et de la terreur, qui extirpe des tréfonds de l’âme humaine nos démons les plus intimes, afin qu’ils reviennent nous hanter tous.

Après nous avoir psychologiquement retourné le mois dernier avec Mister Babadook de Jennifer Kent, les salles de cinéma françaises nous offrent un nouveau film d’épouvante (tout ce qu’il y a de plus tendance en ce moment), un film found-footage. En mai dernier, The Baby avait à nouveau lamentablement échoué pour tenter de donner un semblant de légitimité au found-footage. Bâclé, grotesque et sans une once d’originalité, le film sonnait la lassitude la plus totale du genre et cette manière de filmer trouve désormais de moins en moins d’adeptes. Mais il est encore possible de se tourner vers le Direct-To-Vidéo pour dénicher quelques bonnes pépites de genre, que ce soit Grave Encounters ou les deux volets V/H/S. L’annonce d’un film de genre sur les catacombes de Paris, qui plus est tourné dans la capitale française avait de quoi susciter une certaine curiosité. La promotion du film a d’ailleurs entièrement joué sur ce point, puisque l’affiche y montre la Tour Eiffel retournée sur un fond rouge, tandis qu’on ne nous la montrera jamais dans le film. Un cliché cinématographique en moins, mais pas sûr que cela ne sauve le film.

Un film d’épouvante tourné dans les catacombes parisiennes, n’est-ce-pas audacieux ? Pas vraiment. En 2007, un Direct-To-Vidéo déjà intitulé Catacombes était déjà sorti et voyait la chanteuse Pink (!!!) se faire trucider dans ces mêmes catacombes parisiennes. Avec le même concept que Hostel, le film n’a même pas bénéficié du soutien de son distributeur Lionsgate qui l’a directement proposé en DVD, prédisant les mauvaises critiques et l’échec financier en salles. Juste décision tant le film a été massacré par les rares critiques l’ayant vu.

Et pourtant, le film des frères Dowdle (John Erik le réalisateur, et Drew le scénariste) reprend deux trois idées de l’intrigue de ce Catacombes 2007, mais se montre un peu plus ambitieux (et généreux ?) et nous offre un récit à la croisée de Indiana Jones, le grotesque Chroniques de Tchernobyl et le film The Descent pour certaines séquences claustrophobes. De l’Indiana Jones ou plus vidéoludiquement, du Lara Croft, tant le personnage principal s’avère être une femme aventurière, forte et autoritaire prête à tout pour découvrir la pierre philosophale. Avouez qu’il y a là une vraie intrigue pour la plus célèbre des icônes du jeu vidéo. Pour innover par rapport au Catacombes de 2007 et rester dans l’air du temps, le réalisateur adapte son récit au format found-footage, ce principe de la caméra subjective qu’il emploie depuis maintenant quatre films (la réadaptation américaine de [REC], En Quarantaine, le huis-clos démoniaque d’ascenseur Devil et le plus apprécié des quatre, The Poughkeepsie Tapes). Un réalisateur qui joue entièrement sur le huit-clos, le format sale de l’image et qui en tire donc un budget littéralement insignifiant tant les moyens disposés à l’écran s’avère minimes.

Là où le film s’avère intéressant, c’est qu’il incorpore une vraie dimension d’exploration et d’aventure à son récit par le biais d’une quête pour la pierre philosophale. Il y a une vraie exploitation du sujet, qui ne tient pas la route sur le long mais qui s’avère suffisamment intéressante pour qu’on y croit au moins quatre-vingt-dix minutes. Catacombes a le mérite d’avoir été véritablement tourné dans les sous-sols parisiens et son authenticité tient la route tant le réalisateur se plaît à filmer ces petits détails qui nous montre bien que le tout se passe en France. Malheureusement, ce n’est pas ça qui fait l’essence d’un film et Catacombes retombe vite sur ses pattes. La faute à un manque cruel de rythme. La quête pour la pierre philosophale se dévoile à merveille sous nos yeux, mais quand est-ce qu’on est censé à minima s’effrayer ou sentir l’adrénaline monter ? Il faut attendre les vingt-trente dernières minutes pour voir la pression monter et l’intrigue se plier en quatre pour nous offrir un semblant d’effroi.

L’ensemble des séquences supposément effrayantes sont balancées à l’écran sans une once de subtilité, tout juste devine-t-on que le Royaume des Enfers dans laquelle se situe désormais l’intrigue permet de revivre des troubles psychologiques survenus dans le monde réel pour certains des explorateurs. Tout devient alors prévisible et le film ne devient plus qu’un long et interminable Grand-Huit, dont on attend impatiemment la fin. Fin qui par ailleurs semble tout-droit sortie d’un conte pour enfant.

A côté de ça, les acteurs se démènent pour que l’on croit à leurs jeux, à l’histoire, au film en général. Mais quand tant de clichés s’affichent à l’écran, même les acteurs ne peuvent plus rien pour sauver le film. Et c’est dommage car Perdita Weeks (The Invisible Woman avec Ralph Fiennes) et Ben Feldman (Cloverfield, Vendredi 13 (2009)) s’en sortent plutôt bien et certains seront ravis de voir un Frenchy à l’écran, Papillon interprété par François Civil (Fonzy, Elles, Une Pure Affaire).

Catacombes est donc un autre Direct-To-Vidéo qui n’aurait jamais dû trouver le chemin de nos salles, hormis l’aspect « I Love Paris » qui aurait pu satisfaire nos esprits chauvins. Il rejoint la longue liste des films found-footage foirés où se croisent Chroniques de Tchernobyl, les derniers Paranormal Activity ou le récent The Baby. Catacombes est juste un film plat, sans audace et sans intensité comme on en voit à la pelle dans les petites rubriques de Mad Movies. C’est tellement frustrant de voir des films présentés comme phénomènes bénéficiant d’une sortie en salles, alors que de véritables trouvailles de genre se battent pour exister. Heureusement qu’il reste les festivals pour tenter de frissonner un minimum, notamment celui de Strasbourg dont nous allons vous parler très prochainement.

Fiche Technique – Catacombes

Titre originale: As Above, So Below
U.S.A
Réalisation: John Erik Dowdle
Scénario: John Erik Dowdle et Drew Dowdle
Interprétation : Perdita Weeks (Scarlett), Ben Feldman (George), Edwin Hodge (Benji), François Civil (Papillon), Marion Lambert (Souxie), Ali Marhyar (Zed), Cosme Castro (La Taupe)
Genre: Epouvante-horreur
Durée: 1h33
Image: Leo Hinstin
Décor: Louise Marzaroli et Eric Viellerobe
Costume: Annie Bloom, Moïra Douguet et Floriane Gaudin
Montage: Elliot Greenberg
Musique: Keefus Ciancia
Producteur: Patrick Aiello, Drew Dowdle, Thomas Tull, Jashni, John Bernard, Daniel Chuba, Jamie Dixon et Alex Hedlund
Production: Legendary Pictures et Brothers Dowdle
Distributeur: Universal Pictures International France

Auteur de la critique : Kévin List

 

The Killing (US) – Saisons 1-4 : Critique de la série

The Killing est l’adaptation de la série danoise Forbrydelsen, écrite par Soren Sveistrup. Il devient ici producteur, laissant le soin à Veena Sud, de retranscrire l’atmosphère sombre de son œuvre originale. Durant 4 saisons, nous allons suivre les enquêtes et états d’âmes, du duo Sarah Linden (Mireille Enos) et Stephen Holder (Joel Kinnaman), dans la ville pluvieuse de Seattle.

Synopsis : Sarah Linden et Stephen Holder sont coéquipiers et inspecteurs à Seattle. Une ville froide et pluvieuse, ou ils vont enquêter sur divers crimes, tout en luttant contre leurs démons.

Le soleil ne brille jamais à Seattle

Sarah Linden ne vit que pour son travail. Les horreurs qu’elle affronte au quotidien, elle les garde en elle. Au point de mettre en péril son couple, tout comme sa relation avec son fils Jack (Liam James). Ses douleurs se lisent sur son visage. Elle est obsédée par ses enquêtes, par les victimes qu’elle croise. Elle semble en croisade contre le mal, qui contamine sa ville, et se voue corps et âme à la justice.

Stephen Holder est une sorte d’Eminem avec un insigne. Il est en lutte permanente contre son addiction pour la drogue, tout en étant manipulé par ses supérieurs. Un esprit faible, qui se semble se foutre de tout et surtout de lui-même. Sa relation avec Sarah Linden, va lui permettre d’évoluer, même si ses démons intérieurs ne sont jamais bien loin.

Le duo marche à merveille. Les deux protagonistes sont aussi sombres que leurs enquêtes et le climat de cette ville, qui est un personnage à part entière dans le déroulement de l’histoire.

La première enquête s’étale sur 2 saisons. Il s’agit du viol et meurtre de Rosie Larsen (Katie Findley), dont le corps a été retrouvé dans le coffre d’une voiture de campagne du conseiller municipal Darren Richmond (Billy Campbell), candidat à la mairie de Seattle. Nous allons découvrir les deux inspecteurs dans leur enquête, mais aussi les répercussions de cette perte au sein de sa famille, et les conséquences sur la campagne politique.

Rosie Larsen, fait penser à Laura Palmer dans Twin Peaks. Une jeune femme avec ses nombreuses zones d’ombre, qui n’est pas vraiment celle qu’elle prétendait être. Mais il en est de même de ses parents (Michelle Forbes et Brent Sexton). Le passé ressurgit face à ce meurtre et les pistes se multiplient… Les apparences sont trompeuses et l’on va nous mener, ou plutôt nous balader, dans toutes les directions. Les coupables sont nombreux. C’est un jeu de piste, ou nous sommes autant mis à contribution, que les deux inspecteurs. Cela ne se regarde pas, cela se vit. L’enquête ne se résout pas en un clin d’œil. Le fait qu’elle se passe durant deux saisons, démontre l’exigence demandée au spectateur (ce qui a failli coûter à la série une annulation à la fin de la saison 2). Ce n’est pas du CSI, les personnages ont une profondeur psychologique et leurs zones obscures, ne sont pas occultées.

Après avoir été sauvée par la Fox, par le biais de Netflix, une saison 3 démarre, tout comme une nouvelle enquête. Cette fois-ci, Veena Sud nous emmène à la rencontre de jeunes SDF vivant dans le centre-ville de Seattle. Des enfants sans repères, en quête d’identité, mais aussi plein de rêves, se retrouvant comme cible d’un tueur en série. Problème, celui-ci est censé être derrière les barreaux. C’est Tom Seward (Peter Sarsgaard), arrêté par Sarah Linden, des années auparavant. Il a avoué ses crimes, mais en se retrouvant dans le couloir de la mort, il décide de revenir sur ses aveux. Une course contre la montre s’engage pour les deux inspecteurs, qui doivent trouver le vrai coupable, avant que son exécution ait lieu. Mais dit-il vraiment la vérité ?

Comme lors de l’enquête précédente, on suit divers pistes, tout en découvrant davantage Stephen Holder, qui s’identifie à ses jeunes, étant lui-même issu de ce milieu. Il va s’attacher à Bullet (Bex Taylor-Klaus), une jeune fille amoureuse de son amie Lyric (Julia Sarah Stone), qui va disparaître, certainement victime de ce tueur qui erre dans les rues de Seattle au volant de son véhicule, ramassant ses victimes qui se prostituent pour un billet.

Elias Koetas complète un casting, toujours aussi impeccable dans ses choix, en endossant la tenue du commissaire Ed Skinner, qui va devenir l’amant de Sarah Linden, malgré son statut d’homme marié. Cette dernière continue de se détruire dans des relations sans avenir, tout en devenant de moins en moins présente pour son fils. Elle se refuse au bonheur. Le duo va continuer à lutter contre leurs démons, tout en tentant de trouver ce tueur et de sauver Tom Seward. Toujours aussi sombre et complexe, la série perpétue ce qui en fait son excellence, au cours de cette saison 3, tout aussi palpitante que les 2 précédentes.

Une nouvelle fois sauvée par Netflix, la saison 4 sera plus courte que les autres, avec seulement 6 épisodes. Toute la famille de Cameron Stanton (Tyler Ross) a été assassinée dans leur maison, lui-même est blessé à la tête. Il est entre la vie et la mort à l’hôpital. Sarah Linden et Stephen Holder se retrouvent au cœur de l’enquête, mais ils vont devoir composer avec Margaret O’Neal (Joan Allen), qui dirige l’école militaire, dans laquelle étudie Cameron Stanton. Mais comme souvent, la vie personnelle des inspecteurs vont perturber le cours des événements. L’enquête précédente, n’étant pas vraiment résolue selon l’inspecteur Carl Reddick (Gregg Henry), une paranoïa s’installe au sein du duo.

Nous sommes en terrain connu, la recette est éprouvée, elle fonctionne toujours aussi bien, même si des raccourcis sont pris, la faute à une saison trop courte, mais qui se conclut par un final étonnant, qui pourra surprendre et faire référence à une autre série exceptionnelle, True Detective.

Ce fût 4 saisons exceptionnelles. The Killing a permis et inspiré la création de nouvelles séries policières, aussi sombres, voire glauques. Mireille Enos et Joel Kinnaman sont parfaits et le cinéma ne s’est pas trompé en leur offrant divers rôles dans de grosses productions, comme Millenium et Robocop pour lui, Gangster Squad et World War Z pour elle.

Veena Sud a tenu le show sur ses jeunes épaules peu expérimentées avec succès, s’offrant même le luxe de diriger un épisode. Mieux encore, Jonathan Demme est à la réalisation du dernier épisode. Une nouvelle preuve de l’excellence de cette série, qui aura vécu une production compliquée, mais aura réussit à survivre et à nous offrir une fin exceptionnelle.

The Killing US – Trailer Saison 4

Fiche technique – The Killing :

The Killing – USA
Années : 2011 – 2014 (4 saisons – 44 épisodes)
Créatrice : Veena Sud
Réalisateurs : Ed Bianchi, Nicole Kassell, Phil Abraham, Daniel Attias, Keith Gordon, Agnieszka Holland, Lodge Kerrigan, Brad Anderson, Patty Jenkins, Jonathan Demme
Scénaristes : Dan Nowak, Dawn Prestwich, Nicole Yorkin, Eliza Clark, Jeremy Doner, Aaron Zelman, Wendy Riss, Soo Hugh, Nic Pizzolatto
Casting : Mireille Enos, Joel Kinnaman, Billy Campbell, Michelle Forbes, Brent Sexton, Kristin Lehman, Eric Ladin, Jamie Anne Allman, Liam James, Elias Koetas, Amy Seimetz, Bx Taylor-Klaus, Julia Sarah Stone, Max Fowler, Peter Sarsgaard, Annie Corley, Gregg Henry, Tyler Ross, Sterling Beaumon, Levi Meaden, Joan Allen, Jewel Staite, Patti Smith, Frances Fisher
Genre: Drame, Policier, Thriller
Producteurs : Veena Sud, Ron French, Nicole Yorkin, Dawn Prestwitch, Craig Forrest, Soren Sveistrup, Shana Fisher Huber, Ingolf Gabold, Kristen Campo, Mikkel Bondensen, Piv Bernth
Musique : Frans Bak
Productions : KMF Films, Fuse Entertainment, Fox Television Studios, The Killing Production
Distributeurs : AMC, FOX, FX, Netflix

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

Les Gardiens de la Galaxie, un film de James Gunn : Critique

Les Gardiens de la Galaxie : Un space-opera totalement décomplexé dans la lignée de Star Wars 

Synopsis: Peter Quill alias Star-Lord est un aventurier traqué pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique Gamora, et Drax le Destructeur. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être …

Il fallait s’y attendre mais pourtant la nouvelle ne cesse d’étonner. A force de trop nombreuses productions ignominieuses et formatées se prenant au sérieux ; Iron Man 3, Thor 2 : Le Monde des Ténèbres, ou encore Captain America : Le Soldat de l’Hiver, ressassant le même concept qui mélange une débauche d’effets visuels et pyrotechniques inversement proportionnelle aux personnages et à l’intrigue et une dose d’humour la plupart du temps peu inspirée, la firme Marvel, pourtant maître dans le domaine de l’entertainment de masse faisait grise mine.

Fort d’une logique commerciale voulant sortir à cadence répétée (2 par an) des films symbolisant davantage une update qu’une manière d’étoffer la mythologie dans laquelle s’insère le héros, Marvel et notamment ses récentes productions apparaissaient ainsi comme des produits Apple à la mode ; à la fois fun mais terriblement désinvoltes.

Et face à la concurrence, certes moins prolifique, constituée par DC Comics et son très attendu Batman vs Superman, Marvel a choisi la carte de la surprise, en revenant aux bases du vrai blockbuster, un divertissement régressif et décomplexé, ponctué de beaux éclats de rire et qui ne cherche nullement à atteindre un seuil de crédibilité dans des relectures clichées événements géopolitiques modernes.

Pour concrétiser ce cynisme dixit Marvel aux doux airs de pragmatisme industriel, rien de tel que de proposer un nouveau héros, et Marvel, ne faisant jamais rien à moitié, n’en donne pas 1 mais 5, et en l’occurrence, une bande.

Cette bande, ce sont Les Gardiens de la Galaxie.

Tirés d’un obscur comic sorti en 1969 et qui selon la légende aurait été écrit pour le fun afin d’attester de la notoriété avérée de Marvel, Les Gardiens de la Galaxie, narre avec humour les pérégrinations dans une galaxie psychédélique d’un quintuor de mistfitstirés d’un mélange assez habile de Monstres et Compagnie et des Ailes de l’Enfer. Un raton-laveur déjanté, une meurtrière à la peau verte, une montagne de muscles rouge en quête de vengeance, un homme-arbre doué de la parole et un humain reconverti en mercenaire et biberonné aux mélodies des 70’s, forment cette équipe disparate, devant s’associer pour sauver la Galaxie d’une terrible menace, symbolisée par Ronan l’Accusateur.

Et grâce à une campagne de com aussi cool qu’agressive, faite de trailers décalés qui swinguent et pètent de partout sur fond de vieux hit old school (ooga chaka ooga chaka), Les Gardiens de la Galaxie, bien qu’inconnus du grand public à l’exception de quelques haters de la saga Star Wars, ont réussi à devenir les héros Marvel les plus attendus de l’année.

Une attente qui soulevait alors la question que tout le monde se posait : saurait-on trouver derrière la caméra une âme suffisamment décalée et ingénieuse pour parachever la vision déjantée revendiquée par cette dream-team de loosers dans les trailers ?

En choisissant James Gunn, réalisateur à la fois taré et trash auquel on doit Super, relecture un brin barré à la sauce quadragénaire de Kick Ass, Marvel se permet de répondre par l’affirmative tout en continuant dans la voie de donner la réalisation de ses productions à des réalisateurs assez inattendus (Shane Black, scénariste de l’Arme Fatale et réalisateur d’Iron Man 3, Joss Whedon, geek ultime aux manettes d’Avengers et de sa suite).

Space, sounds and fun

Après une scène d’ouverture évoquant aisément le trauma parental spielbergien vécu par le personnage principal, en l’occurrence Chris Pratt, le seul humain de la bande, et en le voyant l’instant d’après, se déhancher sur un hit groovy dans une grotte à la recherche de ce qui constituera le McGuffin du film, le ton est donné : les 2h qui suivront seront funs, jubilatoires et totalement décomplexées.

Et la suite du film lui donne entièrement raison tant Gunn, également coscénariste, prend un malin plaisir à donner à son film une ambiance collant parfaitement à la décomplexion de ses personnages. Troquant les musiques impériales de Star Wars (référence évidente vu le cadre de l’action) pour une BO ou les Jackson 5, The Runaways, Blue Suede, David Bowie se mêlent, le sérieux nécessaire au vu de la menace pour un humour qui fait mouche, Gunn parvient à installer sur son film une odeur de jouissance et de fun dont n’était plus affublée une production Marvel depuis Avengers.

Une aura grandement permise par ses personnages hauts en couleurs, et surtout tarés. Entre un raton-laveur roi de la gâchette, jouant l’évident side-kick humoristique, un homme-arbre ouvertement con puisqu’il ne sait pas prononcer autre chose que son prénom, un humain désireux d’être reconnu et prêt à tout pour sauver son walkman, et une montagne de muscles ne sachant pas discerner le second degré (source de répliques très connes), Gunn arrive à transposer son style avec panache, bien qu’il est regrettable de ne pas le voir asséner davantage de violences ou de propos osés (PG-13 oblige).

Un manque que celui-ci parvient pourtant à combler tant le fait de le voir s’engouffrer dans les poncifs du genre pour mieux les détourner après ; et feindre une critique ouverte au système des blockbusters au sein de son scénario est osé et pourtant réussi.

Balayant la traditionnelle idylle entre le personnage principal et son pendant féminin par un affrontement entre les deux et des répliques bien senties aux doux airs de punch-lines , donnant à voir un méchant au look clairement méchant, des personnages gauches, incertains, menteurs, manipulateurs, Gunn règle par le rire ce que tout le monde pense tout bas sur la cash machine hollywoodienne et s’en tire avec les honneurs, tant son sous-propos reste empli d’une finesse rare dans ce genre de production.

Reste que si ce trip cosmique est fun, fourmille de trouvailles visuelles, et rend ses lettres de noblesses à la définition même du blockbuster, celui-ci est affublé de quelques longueurs, conséquence directe de la mise en place de la cohésion du groupe. A la fois un atout, leur faible notoriété est ici un défaut,  au vu de quelques scènes peinant à faire démarrer l’ensemble.

Fiche Technique: Les Gardiens de la Galaxie

Les Gardiens de la Galaxie (Guardians of the Galaxy)
États-Unis – 2014
Réalisation: James Gunn
Scénario: James Gunn, Nicole Perlman d’après: les personnages de: Dan Abnett, Andy Lanning, éd. Marvel Comics
Interprétation: Chris Pratt (Peter Quill dit Star-Lord), Zoë Saldana (Gamora), Dave Bautista (Drax le Destructeur), Vin Diesel (voix de Groot), Bradley Cooper (voix de Rocket), Lee Pace (Ronan l’Accusateur), Michael Rooker (Yondu), Karen Gillan (Nebula), Djimon Hounsou (Korath), John C. Reilly (Rhomann Dey), Glenn Close (Nova Prime Rael), Benicio Del Toro (Taneleer Tivan le Collectionneur), Josh Brolin (voix de Thanos)…
Genre: Science-fiction, Action
Date de sortie: 13 août 2014
Durée: 2h01
Image: Ben Davis
Décor: Charles Wood
Costume: Alexandra Byrne
Montage: Fred Raskin, Craig Wood, Hughes Winborne
Musique: Tyler Bates
Producteur: Kevin Feige
Production: Marvel Studios
Distributeur: The Walt Disney Company France

Les Combattants, un film de Thomas Cailley : Critique

A l’instar de Camille Redouble en 2012 et Guillaume et les garçons, à table ! l’an passé, on sait bien que les comédies trouvent un bel écho à Cannes et peuvent potentiellement bénéficier d’un bouche-à-oreille positif du festival jusqu’à la sortie nationale. Ces films ont en plus la particularité d’être un long-métrage, révélant Noémie Lvovsky et Guillaume Gallienne en tant que réalisateur insoupçonné. C’est le cas de nouveau ici avec Les Combattants, le premier film de Thomas Cailley qui trouve le ton juste entre romance, humour et catastrophe. L’histoire robuste d’une fille pas comme les autres et d’un gars fleur bleue. Rencontre aussi improbable que touchante.

Synopsis: Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille… Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire. Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ? C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux.

Poétique Néo Apocalypse

Thomas Cailley est un diplômé de la FEMIS en cursus scénario qui n’a que quelques films à son arc en tant que scénariste. C’est par le biais de son premier court-métrage Paris Shanghai – récompensé d’une dizaine de prix à travers l’Europe – que le réalisateur puise la confiance nécessaire pour s’atteler à un projet de long métrage. Trois ans plus tard, il est la révélation de la Quinzaine des Réalisateurs et Cannes applaudit le premier travail d’un réalisateur dans la lignée d’un cinéma générationnelle à la Céline Sciamma ou Rebecca Zlotowski. Il faut dire que le réalisateur n’a pas hésité à revendiquer son film comme étant un film de personnages. A ce compte, Kevin Azaïs et Adèle Haenel sont véritablement les stars du film, cette dernière étant une nouvelle fois la révélation du festival puisqu’elle participait également à un autre film sélectionné, L’Homme qu’on aimait trop d’André Téchiné. On avait déjà eu l’occasion – justement – de la voir en 2007 dans le troublant La Naissance des pieuvres de Céline Sciamma.

Reprenant avec son frère l’usine de charpenterie familiale après la mort de leur père, Arnaud (Kévin Azaïs) rencontre brutalement Madeleine (Adèle Haenel) sur une plage. Une sorte de premier contact détonnant (et mordant) qui l’amènera par la suite à aller chez elle pour la construction d’une cabane. Une rencontre improbable qui sonne comme le début d’un périple inconscient pour ce garçon un peu fleur bleue qui suivra cette nana jusqu’à une formation pour les para-commandos, persuadée que « la fin » arrive. Fille brute, jamais sur la réserve, au visage figé et impressionnante de physique, elle n’existe plus que pour la survie et son image est plus proche d’un Bears Grylls au féminin que d’une « pute sur la piste de danse ». Autant fasciné que déconcerté par cette fille pas comme les autres, Kévin Azaïs est un simplet qui prend la vie comme elle vient, fait des trucs « qui ne servent à rien », et ne sait pas vers quoi se projeter hormis à trente centimètres derrière sa cible. Les Combattants, c’est l’histoire de deux personnages qui sonne comme un film de génération, celle de deux jeunes qui ne savent pas vers où aller et fantasment sur une apocalypse pour donner un sens à leur vie. Très belle métaphore de la désorientation d’une jeunesse qui ne souhaite pas une vie toute tracée mais idéalise un changement majeur où ils pourront pleinement s’épanouir. Ce qui est amusant, c’est que les adultes s’inquiètent mais laissent faire car ils ne savent également pas comment apporter la solution à ces esprits fougueux mais déboussolés. Les Combattants est également un film sur l’amour, cet éphémère amour estival qui rend les garçons naïfs au point de suivre les filles sans réfléchir, jusqu’à effectuer une formation commando sans entraînement. Plus le film avance, et plus cette romance prend des proportions physiques, plus charnelles jusqu’à cette scène terriblement sensuelle où les regards se croisent, les corps s’effleurent et où les souffles se font vibrants, une scène coupée du monde qu’on croirait tirée de la Genèse.

les-combattants-critique-cinema

Mais Les Combattants, c’est aussi et surtout une comédie dans ce qu’elle a de plus absurde. Absurdité des situations, absurdités des dialogues, absurdités de la vie qui emmènent ces deux personnages dans des situations qui les dépassent et auxquelles ils réagissent avec une certaine naïveté. Thomas Cailley n’hésite pas à faire durer ces moments où les personnages ne savent plus quoi répondre, restent figés, le regard dans le vide, décontenancés de tout. Il est vrai qu’il n’y a rien de plus anormal que voir une fille emporter trois tuiles dans son sac à dos et plonger dans la piscine. Les dialogues sont fins et parfois tellement simplistes que ça en est drôle. « Tu fais quoi ? Rien ! Ça sert à quoi ? Rien » est une scène d’une telle candeur qu’elle en devient aussi contemplative qu’amusante. Les séquences lors du stage de commandos étant les plus drôles, car on y voit les attentes de jeunes qui s’attendent à vivre le rêve « à la Call Of Duty » ou dont l’unique objectif est de travailler dans la « télécommunication ».

les-combattants-adele-haenel-kevin-azais

Dans sa seconde moitié, le film se fait davantage le récit d’une contemplation, d’un lieu unique isolé du monde où les deux tourtereaux vivront d’amour, d’eau fraîche et de renard. En dépit d’un rythme qui s’amenuise, Les Combattants devient fragile, physique, et surtout se dirige doucement vers une scène apocalypto-cauchemardesque. On croit presque voir un Take Shelter (Jeff Nichols, 2012) à la sauce française. Une scène onirique bouleversante qui nous donnerait à croire que le film bascule bel et bien dans le fantastique. Le ton aurait pu devenir sombre et défaitiste. Il est finalement contrebalancé par les événements de la vie. Cette scène apocalyptique n’est considérée comme telle, car elle se situe à notre niveau. C’est pour cela que le film fonctionne très bien car il se situe à la hauteur des personnages, jamais on ne les quitte. On ressent leurs frustrations, leurs joies, leurs peines, leurs peurs. On n’est rarement aussi proche de ces personnages.

Aidé par une musique d’électro envoûtante, Les Combattants est un beau film indépendant français, pur film de génération et de romance improbable. Le genre de film pour lequel Cannes ne pouvait pas rester insensible. Certaines longueurs joueront contre lui, le ton pourtant juste du film ne rassemblera pas autant les foules que ce qu’avait fait Guillaume Gallienne l’an passé. C’est un film qui trouvera cependant un bel écho, les plus cinéphiles répondront présent et salueront l’audace et la fraîcheur de ce réalisateur qui offre une comédie adolescente sensible, physique et terriblement romantique.

Fiche Technique: Les Combattants

Titre originale: Les Combattants
France
Réalisation: Thomas Cailley
Scénario: Thomas Cailley & Claude Le Pape
Interprétation : Adèle Haenel (Madeleine), Kévin Azaïs (Arnaud), William Lebghil (Xavier), Brigitte Roüan (Hélène Labrède), Antoine Laurent (Manu Labrède).
Genre: Comédie, romance
Durée: 1h38
Image: David Cailley
Décor: Paul Chapelle,
Costume: Arianne Daurat
Montage: Lilian Corbeille
Musique: Lionel Flairs, Benoît Rault, Philippe Deshaies
Producteur: Pierre Guyard, Christophe Rossignon, Philip Boëffard
Production: Nord Ouest Production
Distributeur: Haut et Court
Budget : 2 000 000 €
Festival: Prix SACD, Art Cinema Award et Label Europa Cinema à la Quinzaine des Réalisateurs 2014
Copyright:© Nord-Ouest Films et Julien Panié

 

Ordure ! (Filth) de Jon S. Baird : Critique du film

Adapté d’un roman d’Irvin Welsch à l’écriture du déjà bien barré Trainspotting, Jon S. Baird s’empare de ce récit pour livrer une œuvre complètement dingue, monstrueuse de sens et speed à souhait. Jon S. Baird n’est pas encore connu du monde audiovisuel si ce n’est qu’il a été associé à la production du film Hooligans (Lexi Alexander, 2006). Néanmoins son travail a déjà été repéré et il a déjà été engagé par Disney pour écrire un scénario encore tenu secret à l’heure actuelle. Le roman d’Irvin Welsh est intitulé chez nous « Une Ordure », et c’est exactement ce que Filth raconte, l’histoire d’un policier ordurier dont l’ambition est de décrocher la promotion de son service pour devenir détective. Et ce, quitte à créer des tensions ou mettre des bâtons dans les roues à ses collègues.

Synopsis: Le sergent-détective Bruce Robertson veut une promotion et son patron veut des résultats. Pas de problème pour Bruce. Quand un meurtre est perpétué, il prend le contrôle de la situation. Et quand il résoudra l’affaire, il gagnera la promotion. Mais la vie n’est pas aussi simple. Bruce est-il l’homme de la situation ? Les réponses vont être tragiques, hilarantes et outrageantes.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

La bête humaine

Dans ce sens, le film Ordure ! fait très dans le politiquement incorrect. Très tôt, en même temps que son désir d’accroître sur le plan professionnel, on apprend que Bruce a un mode de vie décadent où se croisent la drogue, les putes et les emmerdes. En attendant de retourner avec sa femme qui joue les aguicheuses espérant que son mari obtienne cette promotion, Bruce dévoile progressivement un lourd passif à travers de nombreuses hallucinations sommaires.

Jon S. Baird n’ose pas s’éloigner de la référence du genre qu’est le Trainspotting de Danny Boyle (1996). Le cinéaste reprend ainsi ces mêmes idées de mise en scène qui alternent les moments furax et les séquences figées. Là où il se démarque, c’est que sous ses airs de comédie sous acide, Filth est en fait un véritable drame, un drame dont le personnage principal est incapable d’affronter la réalité. En ce sens, la personnalité schizophrénique du héros est apporté avec soin et ne tombe jamais dans le grand-guignolesque. L’intrigue donne à croire que Bruce est devenu une pourriture à la suite d’un drame qui lui est arrivé, des hallucinations montrent à de nombreuses reprises un fantôme d’enfant et lui reflètent l’image d’un porc. La suite du récit pousse le propos plus loin et le spectateur est constamment malmené et se retrouve sans cesse dans l’interrogation. Derrière cette façade d’ordure, l’homme s’est inventé un semblant d’existence décadent où il s’acharne contre les pires vices de la société. Mais il retrouve une certaine forme d’humanité dans ces rencontres avec la femme d’un homme à qui il a essayé de sauver la vie. Comme si cela lui rappelait un souvenir. Ces séquences posées ralentissent le rythme d’un film qui ne s’arrête jamais.

La performance de James McCavoy est démente, apitoyante et tellement insensée qu’elle en est que plus fascinante. Il impose un air cruel et contrebalance avec quelques élans empathiques donnant l’impression d’un personnage totalement schizophrénique. Pas étonnant que l’acteur a été récompensé du Prix du Meilleur Acteur dans les cérémonies du British Independent Film Awards et du London Film Critics Circle Awards. A ses côtés, James McAvoy est secondé par le gratin de la comédie britannique, Jim Broadbent (psychologue barje) et Eddie Marsan (pleutre empathique,) et de la scène montante anglophone, Imogen Poots (touchante en relations humaines) et Jamie Bell (opportuniste complexé sexuellement). Un casting de haute volée pour un film qui n’en est que meilleur même si James McAvoy absorbe littéralement tout l’écran.

Le récit de d’Ordure ! (Filth) laisse place à un véritable trip décalé et trash dans sa première partie, porté à bout de bras par un James McAvoy en roue libre. Puis peu à peu, le ton du film se mue en un drame poignant autour de la perte, de la famille et de l’amitié. Point de pathos, mais un regard poignant sur un personnage dépressif, malade et irrécupérable. Un personnage qui pour faire face à ses démons se créer un personnage ordurier et devient par conséquent une victime de schizophrénie. Jon S. Bair se laisse aller à quelques fulgurances hallucinatoires comme en témoigne ces rencontres psychédéliques avec le psychologue de Bruce. Certains gros plans sur les visages imposants et déformés des protagonistes rappellent quelques délires sous acide de Las Vegas Parano (Terry Gilliam, 1998). L’ambiance de ce film reflète véritablement la mentalité déglinguée et désespérante -à base de masques effrayants, de couleurs agressives et de rupture de rythme- de ce personnage principal et s’effondre dans un dénouement surprenant et d’une noirceur insoupçonnable. En somme, c’est magnifiquement tragique.

Filth contient tout ce qui a fait le succès du Trainspotting de Danny Boyle même s’il n’en atteint pas le prodige de la mise en scène. Jon S. Baird ressasse cette mise en scène archi-découpée mais la combine allègrement avec de brusques ruptures de tons et de longs plans fixes. Il y a une véritable atmosphère borderline, des dialogues abrupts et très soignés, et de péripéties déjantées qui font tout le style de la patte d’Irvine Welsh. James McAvoy saura remporter l’adhésion de tous dans ce rôle à contre-courant qui fait de cette comédie douce-amère un spectacle décalé et délicieusement sombre.

Ordure ! (Filth) de Jon S. Baird : Extraits

Fiche technique – Ordures !

Pays: Royaume-Uni
Titre original: Filth
Date de sortie: 24 septembre 2014 – en DVD
Sortie Blu-Ray: 24 Septembre 2014
Année de production: 2012
Titre français; Ordure !
Réalisation: Jon S. Baird
Scénario: Jon S. Baird d »après Irvine Welsh
Distribution: James McAvoy (Bruce), Jamie Bell (Lennox), Joanne Froggatt (Mary), Imogen Poots (Drummond), Eddie Marsan (Bladesy), Shauna Macdonald (Carole), Shirley Henderson (Bunty) and Jim Broadbent (Dr. Rossi).
Genre: Comédie dramatique, thriller, policier
Durée: 01:37
Musique: Clint Mansell

Anatomie d’un chef d’œuvre ou l’éternelle question du 7ème art ?

0

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre cinématographique ?

Pulp Fiction, Apocalypse Now, Taxi Driver, Le Lauréat, 2001, l’Odyssée de l’Espace, Citizen Kane sont des œuvres qui bien que sortis durant des décennies différentes, empruntant des thématiques radicalement opposées et ayant connu des succès divers sont unies par un lien, un lien très fin à l’orée du mysticisme pour certains puristes tant celui-ci relève d’un raisonnement objectif la plupart du temps. Car quel est ce lien ? Quel est le lien pouvant rapprocher un polar noir aux punch-lines endiablées, un trip dans la chaleur étouffante du Vietnam, une critique sociale aux odeurs de brûlot, une romance interdite des 60’s, un pilier de la SF entre métaphysique et philosophie et un film des années 40 ?

apocalypse-now-chef-d-oeuvre

Ce lien, mis à part que tous les films cités soient américains, relève du critère d’appréciation de ces œuvres, considérées par beaucoup comme des chefs d’œuvre !

Chef d’œuvre ? Mais qu’est-ce donc cela ? Un terme galvaudé utilisé par beaucoup de pseudo-critiques sur internet, entre autre, pour caractériser une œuvre les ayant comblés au plus haut point ? Une œuvre ayant su au mieux utiliser les acteurs, le scénario, le réalisateur dont elle est affublée ? Une œuvre pour cinéphiles assaillie par des critiques dithyrambiques ? Ou l’amalgame encore trop fréquent avec l’étiquette de films cultes dont est affublé la quasi-totalité des films ayant une portée aussi bien sociale que comique des années encore après leurs sorties, tels que Fight Club ou La Grande Vadrouille pour ne citer qu’eux ?

Fight-Club

A question difficile, réponse difficile. Car plus qu’une simple question, la notion de chef d’œuvre est également une définition. D’aucuns diront qu’elle représente simplement la meilleure œuvre de son auteur, d’autres pourront dire qu’elle est la meilleure représentation d’un mouvement artistique, et même certains tels qu’Ernest Hemingway le qualifieront comme l’image d’un « livre dont tout le monde parle et que personne ne lit ».

Mais, il semblerait qu’après des siècles de disettes quant à savoir la définition exacte d’une telle expression, Victor Hugo est le dramaturge qui s’en est sans doute rapproché le plus. Selon lui, les chefs-d’œuvre ont un niveau, le même pour tous, l’absolu. Une fois l’absolu atteint, tout est dit. Cela ne se dépasse plus. L’œil n’a qu’une quantité d’éblouissement possible.

Mais si tel est bien le cas, qu’est-ce que l’absolu ? Une utopie ? Une réalité ? Et quand bien même ça le serait, comment l’atteindre ? Comment le toucher du doigt ?

Serait-ce la question que se sont posés respectivement Leonard de Vinci, le sculpteur David, Picasso, Wagner, Buñuel, Truffaut, lorsque des œuvres aussi variées que Guernica, La Joconde, La Chevauchée des Walkyries ou Les 400 Coups étaient sur le point d’être conçues ? Serait-ce dans cette optique que ces œuvres, mondialement reconnues aujourd’hui ont été élaborées ?

citizen-kane-chef-oeuvre-rosebudCar, la notion de chef d’œuvre est irrémédiablement liée à l’ambition. Une ambition qui habite chaque artiste, prêt à faire le meilleur, prêt à transcender son style dans ses traits de pinceaux, ses notes de musiques ou ses mouvements de caméra pour donner au monde une œuvre énorme, dantesque se rapprochant de cet absolu cher à Victor Hugo.

Mais la rigueur est de mise, tant résoudre la solution d’une question millénaire aux relents philosophiques, ne s’obtient pas que par les citations d’un dramaturge aussi talentueux soit-il.

Car le cinéma, bien qu’étant un art très jeune (les frères Lumières ont breveté leur première machine en 1895) dispose de l’étonnante faculté de compiler à lui seul tous les autres arts connus que ça soit la musique, la littérature, l’architecture, la photographie ou les arts de la scène. Pour les plus réfractaires, il suffit de demander l’importance de la musique au regretté Sergio Leone ou celle du texte à Quentin Tarantino pour vous faire une idée de l’interaction existant au sein même du cinéma, art jugé à tort comme commercial et qui peut se révéler bien plus exaltant et intéressant qu’une virée au château de Versailles.

Forcément, cette masse culturelle qu’englobe le 7ème art implique que la notion de chef d’œuvre regroupe une pluralité de critères à prendre en compte, comme si un film se résumait à un puzzle, où chaque art est une pièce qui doit parfaitement s’imbriquer dans l’autre pour former une mouture proche de la perfection.

Et proche est le bon mot. Car la perfection est une utopie et n’existe pas. De fait, même les chefs d’œuvres sont imparfaits. Que ça soit le rythme, l’histoire, le cadre, le chef d’œuvre n’est pas universel, et sera ainsi haï comme adoré par bon nombre de gens. De fait, un chef d’œuvre n’est pas une œuvre ayant fait consensus, sans quoi des œuvres telles que Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu, ou Transformers 4 pourraient l’être à très juste titre.

Serait-ce alors une œuvre répondant à des critères précis ? Un film qui inlassablement après les années conserve la même grandeur, la même saveur, la même aura, alors que d’autres films de la même époque finissent aux oubliettes ?

her-sharknado-affichesMais avant tout, ne serait-ce pas simplement la qualité d’un film de coller parfaitement aux attentes qu’il génère ? Her, dernier film de Spike Jonze narrant avec émotion et réalisme la vision d’un futur où le contact social a presque disparu, donnait ainsi à voir exactement ce qu’il promettait ; à savoir une œuvre profonde, belle, touchante, triste et étonnamment introspective à l’heure où les smartphones et les nouvelles technologies envahissent notre quotidien et nous asservissent littéralement.

Dans un registre tout autre, le désormais célèbre DTV Sharknado, contraction de shark aka Requin et Tornado aka Tornade, promettait un divertissement décomplexé, tourbillonnant dans un flot de niaiseries et d’absurdités que même Uwe Boll n’oserait pas filmer. Et pour cause, voir une tornade de requins se diriger sur une ville côtière n’est pas franchement quelque chose de très intelligent et surtout de rationnel ! Pourtant, ce film est encore une fois ce qu’il propose ; à savoir un divertissement WTF en mode brain-off movies, teinté d’un profond élan d’héroïsme, de connerie et de tension made in USA.

Doit-on comprendre alors que les nanars, dans lesquels se place allègrement Sharknado et sa suite appelée sobrement Sharknado 2, peuvent aussi bien être considérées comme des chefs d’œuvres que des films tels que Le Parrain ou Apocalypse Now ? Là est toute la question. Car un chef d’œuvre est comme dit précédemment, la meilleure œuvre de son auteur ou bien la meilleure œuvre de son genre. Ainsi, on peut aisément classer Apocalypse Now, Platoon ou Voyage au Bout de l’Enfer au rang de chef d’œuvres, tant ces derniers en plus de proposer un divertissement, rendent compte de la sauvagerie de la guerre, et du rôle qu’elle peut jouer sur la santé physique et mentale des personnes y participant. Pourtant, à l’inverse de Sharknado, ces films sont réalisés pour transmettre un message, transmettre une émotion, transmettre quelque chose qui dépasse le statut de film qu’ils revêtent. Ainsi, la réelle chose qui distingue les chefs d’œuvres aux bons films est leur capacité à s’effacer, à effacer leur statut d’œuvre, et à devenir quelque chose de plus grand, de plus fort, de plus mémorable qu’un simple film. Une image ? Une pensée ? Quelque chose d’inoubliable ? Un condensé de ces 3 choses apparaît peut-être comme la chose la plus appropriée tant les chefs d’œuvre sont rares.

Platoon-chef-oeuvre

Ainsi, peu surprenant de voir que des films tels que ceux cités auparavant ont eu la faveur de se voir nommer chef d’œuvre, tant de par des partis pris de mise en scène, des ambiances, des dialogues, ceux-ci ont su dépasser leur statut de film et devenir une œuvre caractéristique d’une époque, d’un état d’esprit ou d’un message. Prenez la réplique endiablée de Samuel L. Jackson citant Ezéchiel avant de sèchement refroidir un voleur dans Pulp Fiction ; les frasques du lieutenant Kilgore dans Apocalypse Now lançant des cartes à jouer sur des soldats vietnamiens morts et déclarant apprécier l’odeur du napalm au petit matin, la réplique devenue culte de Robert de Niro contemplant sa glace et lançant le fameux Are you talkin to me ? dans Taxi Driver.

Ces moments de grâce que le 7ème art a su nous offrir depuis sa création, ces moments ou le spectateur trop heureux de profiter de moments jouissifs teintés de cynisme que le film lui donne, ces moments ou le spectateur sent qu’il assiste à quelque chose d’unique, de majestueux, sont ainsi les marques du chef d’œuvre. Des marques qui ne sont soumises à aucunes règles, aucunes procédures, aucune recette. Des marques qui à l’instar de la chance ne peuvent être forcées.

Ce qui fait qu’un chef d’œuvre puisse être considéré comme tel est aussi sa propension à disposer de nombreuses pistes de compréhension. Comme le dit ainsi Jean-Pierre Richard, écrivain et critique français : « le chef-d’œuvre, c’est justement l’œuvre ouverte à tous les vents et à tous les hasards, celle qu’on peut traverser dans tous les sens ». Ainsi, les chefs d’œuvres sont des œuvres donnant à voir selon les jours, l’humeur, la culture des personnes la regardant un sens nouveau. Ainsi, Inception, La Grande Aventure LEGO, Platoon figurent dans cette liste tant la fin du thriller SF de Nolan laisse le spectateur face à plusieurs sens possibles, le film d’Oliver Stone apparait à la fois comme un film sur la sauvagerie et la renaissance et La Grande Aventure LEGO comme un film bourré de références ou un simple film pour enfant.
jackiebrown-pam-grier-le-laureat-Dustin-Hoffman

Mais ce qui assurément demeure la marque des chefs d’œuvres est sans doute la dose d’inspiration qu’ils fournissent aux cinéastes d’aujourd’hui. Que ça soit un plan, un objet, le nom d’un personnage, une musique, ou bien un accessoire, les chefs d’œuvres sont la race de films qui quelque que soit leur date de sortie, continuent d’inspirer les cinéastes de tout poil, biberonnés par ces œuvres et souhaitant plus tard leur rendre hommage. Le Lauréat (The Graduate) de Mike Nichols sorti en 1967 possède ainsi un plan d’ouverture montrant Dustin Hoffman, pas encore sur les feux de la rampe, dans un aéroport se mouvant à la vitesse d’un tapis roulant, n’effectuant aucune mimique, aucun geste. 30 ans plus tard, un certain Quentin Tarantino, cinéaste reconnu pour ses références nombreuses et variées choisira d’ouvrir son Jackie Brown de la même manière, avec Pam Grier, sur un tapis roulant regardant au loin comme elle le ferait devant une journée monotone qui s’offre à elle. On pourra citer aussi l’influence qu’a eu Steven Spielberg sur Bryan Singer (X-Men Days of Future Past, Walkyrie), qui avec son mythique Les Dents de la Mer donnera au réalisateur de The Usual Suspects, le nom de sa boite de production Bad Hat Harry (ndlr : il s’agit d’une réplique prononcée par Roy Scheider).

De fait, résumer et définir ce qui est sans doute l’un des plus forts sujets à controverse dans des débats de cinéphiles, reste et restera, sans doute une question insoluble, le genre de questions à laquelle le monde ne souhaite pas la réponse, tant celle-ci casserait le mythe, casserait l’éternelle inconnue qui veut que tel film sera un chef d’œuvre et tel film un navet, et casserait la dynamique qui veut que personne, ni même Spielberg, ni même un étudiant de cinéma lambda n’est à l’abri de réaliser un chef d’œuvre.

Ainsi un chef d’œuvre consiste en un mélange savamment orchestré de chance, d’ambition et d’intelligence. 3 conditions essentielles pour faire un film qui peut asseoir la domination d’un réalisateur sur un genre bien précis ou bien le cantonner au succès de son meilleur film.

Mais comme le dit si bien Jean-Luc Godard : Quand on va au cinéma, on lève la tête, quand on regarde la télévision, on la baisse. Preuve effarante, que la chance joue pour beaucoup dans le processus d’élaboration des chefs d’œuvres tant regarder le ciel et attendre une intervention divine ou quoique ce soit d’autre est peut-être l’ingrédient unique pour faire et donner au monde des œuvres immortelles !

 

Palma Real Motel de Aarón Fernandez : Critique du film

Critique Palma Real Motel

Synopsis : Sur la côte de Veracruz, Sebastian, 17 ans, doit reprendre seul la direction du petit motel de son oncle. Il loue les chambres à l’heure à des couples adultères et des amants de passage. Parmi eux, une belle jeune femme, Miranda, vient régulièrement retrouver un homme marié qui lui fait souvent défaut. Pendant ces heures creuses, Sebastian et Miranda font peu à peu connaissance et laissent s’installer entre eux une troublante complicité.

Lost in Mexico

Comment peut-on faire pour tuer le temps lorsqu’on a 17 ans, et qu’on est responsable du motel de son oncle ? Surtout lorsque le bâtiment en question est un sordide hôtel de passe dans lequel se retrouvent couples illégitimes, amants d’un soir et clients de prostituées. Pas le meilleur endroit pour grandir, donc, surtout à cet âge un peu ingrat où les hormones vous travaillent. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Pourtant, de ce postulat de départ, Aarón Fernandez parvient à tirer une histoire d’amour désabusée empreinte de douceur et de sincérité, à peine plus qu’une parenthèse désenchantée dans un quotidien morose.

Deux êtres que tout oppose

On retrouve ici le point de départ classique d’un grand nombre d’histoires du même genre. Deux personnages de deux milieux différents, dont on ne sait au final pas grand chose, et que les circonstances vont finir par rapprocher. On pense forcément à Lost In Translation, le chef d’œuvre de Sofia Coppola, même si la différence d’âge est ici inversée. Sebastian, 17 ans, voit donc Miranda, 30 ans, une jeune femme rêvant d’une vie meilleure, se morfondre en attendant son amant. La solitude les rapproche, et leurs corps finiront par s’unir. Ce n’est ni cru, ni sordide. Ce n’est pas particulièrement beau non plus. Ce n’est qu’un simple acte entre deux gens perdus, qui ne savent finalement pas comment tuer ces heures mortes qui sont le titre du film en version originale.

L’ambiance autour du film, la lourdeur de l’atmosphère, et les détails de l’ambiance sont la force du film, qui ne manque pas de bonnes idées, mais peut-être d’un peu de profondeur. Quelques instants de grâce mélancoliques illuminent la pellicule ici ou là, laissant comme une aura de lueur au milieu de la sueur et de la crasse ambiante. On aurait tout de même aimer en savoir plus sur les personnages, non pas leurs motivations, qui se suffisent à elles mêmes, mais leur histoire, leur personnalité, ce que Coppola parvenait à faire en quelques plans et répliques et que Fernandez tente de reproduire sans toujours y parvenir. La plupart des scènes semblent anecdotiques, et font du coup basculer le film et le spectateur hors de l’ornière, avant de l’y renvoyer à nouveau grâce à une séquence mieux maîtrisée.

La fin est belle, presque poétique, déclenchant une vraie émotion par un simple sourire. Et résume tout ce que le film aurait pu être, une lueur d’espoir et de beauté dans un oasis de stupre. Le sujet est fort, et aurait pu donner un grand film. Il ne le sera que par moments, mais ces moments valent largement de découvrir Palma Real Motel.

Fiche technique – Palma Real Motel

Français, Mexicain
2014
Romance, drame
Réalisateur : Aarón Fernandez
Scénariste : Aarón Fernandez
Distribution : Kristyan Ferrer (Sebastian), Adriana Paz (Miranda), Eliseo Lara Martinez (Jacinto)
Directeur de photographie : Javier Moron
Monteur : Ana Laura Calderon
Compositeur : Camilo Froideval
Producteurs : Aarón Fernandez, Christophe Bouffil, Fred Premel
Production : Santa Lucia Cine, Tita Productions
Distributeur : Urban Distribution

Auteur de la critique : Mikael Ying

Le Capitaine Flam ressuscité

0

Interview du jeune réalisateur David Guivant

Genèse d’effets visuels par des passionnés fauchés 

Du fin fond de l’univers, à des années et des années-lumière de la Terre, veille celui que le gouvernement intersidéral appelle quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : Le Capitaine Future.

Cela vous évoque un souvenir d’enfance peut-être ?

Afin de rafraîchir votre mémoire, CinéSériesMag vous invite à découvrir le générique de série TV, pilote du nouveau projet Captain Future du jeune réalisateur Néo-Calédonien DAVID GUIVANT, inspiré des romans d’Edmond Hamilton, ainsi que du dessin Japonais animé culte, Capitaine Flam.

Le court-métrage est une suite logique de l’aventure et se déroule cinq ans après les événements des romans et des dessins animés. Il ne s’agit donc pas d’un remake.

Captain Future Tv Show (Pilot Episode – Director – Conceptual Artist and vfx)

CAPTAIN FUTURE FILM 2014 ( PILOT EPISODE OPENING CREDITS ✰ WEB TV SERIES ✰ FAN MADE ) from DAVID GUIVANT on Vimeo.

CSM a eu la chance de dialoguer avec ce jeune réalisateur prometteur, afin de mieux appréhender la réalisation de son teaser et la genèse de ses effets spéciaux. Voici une discussion édifiante:

1) Bonjour David, peux-tu nous présenter brièvement ton parcours artistique ?

david-guivant-realisateur-captain-future« Bonjour, Je suis David Guivant, je viens de Nouvelle-Calédonie. Je suis un ancien enseignant en Arts Appliqués avec une formation de Graphic Designer à Singapour et ensuite à Brisbane.

J’ai réalisé à l’époque 1999-2005 des tradings cards de G.I. Joe, Transformers, XXX, GEN 13, 4 fantastiques, Starman et Birds of Prey. J’espère pouvoir travailler un jour pour des studios de cinéma comic books, animés, mangas, jeux de rôles et trading cards.

J’ai toujours été fasciné par les effets spéciaux. En 2006, j’ai achevé un court-métrage indépendant, une adaptation personnelle de la Bande Dessinée L’Invincible Iron Man TV Show, diffusé sur le net en Décembre 2007 (sorti 4 mois avant la version de Jon Favreau, tourné sur les quais de Nouméa et dans une mezzanine)

Le succès de la saga Star Wars m’a incité par la suite à réaliser avec mes amis : George Lucas : Legend of The Force, relatant le rencontre entre 2 légendes du cinéma, Spielberg et Lucas, ainsi que Prime of the Jedi, une suite fictive (tourné à Yaté, Fort Tereka / Nouville, Mont-Coffin, Mont venus…)

Après une incursion dans Star Wars, je suis passé à l’univers de Marvel. Grace à Invincible Iron Man et un début de Captain Future Capitaine Flam, j’ai pu intégrer la Digital Animation & Visual Effects school, à Universal Studios / Orlando. Durant ma formation, j’ai pu participer à 2 projets : Anthro du réalisateur Aristomenis Tsirbas, et Star Wars the Solo Adventures mettant en scène Chewbacca ; Han Solo a gagné le prix du meilleur court-métrage animé au concours de Fan films à Celebration V, la plus grosse convention de Star Wars de la planète, dont le juge était le grand George Lucas lui-même !

Suite à cette aventure, j’ai eu l’opportunité d’enseigner le dessin, la peinture ainsi que le logiciel After Effects à l’institut Universitaire Polytechnique de Singapour. Je viens juste d’achever Captain Future. »

2) Depuis quand remonte ta passion des mangas japonais? Lesquels ont bercé ton enfance, t’ont le plus inspiré ?

captain-future-man-of-tomorrow« Je suis un grand fan de dessins animés Japonais depuis ma plus tendre enfance. J’ai bien sûr grandi en regardant Récré A2, le Club Dorothé dans les années 80s avec le Capitaine Flam, Goldorak, Albator, Judo Boy, Saint Seiya, Dragon Ball, L’empire des 5, Cobra, etc…  Effectivement, le Capitaine Flam est celui qui m’a le plus inspiré. Tous ces dessins animés diffusés sur notre seule et unique chaîne TV en Nouvelle-Calédonie, nous ont ouvert les yeux sur un autre monde.

Ensuite les années 90s et quelques voyages culturels vers le Japon (grâce à mon père), m’ont fait découvrir qu’il y existait une myriade de mangas et dessins animés. J’ai découvert Appleseed, Gundam, PatlaborBubblegum Crisis, Ad Police, Macross, Madox-01, Megazone 23, Venus Wars, Akira …. Pour en citer quelques uns. J’adore les avions de chasse donc on va dire Macross reste au top ! Bubblegum Crisis aussi reste un de mes préférés, par Shinji Aramaki : j’ai découvert de superbes designs de Mecha ainsi que des histoires plus mûres que ce que nous offraient les dessins animés Américains destinés à un public plus jeune. »

3) D’où t’est venue cette idée originale de « ressusciter » le Capitaine Flam ? Un projet de long-métrage peut-être ?

captain-future-captain-flam« Après notre aventure dans une galaxie très lointaine et Marveliene, mes amis et moi, étions aussi intéressés par l’univers des dessins animés Japonais ainsi que les tokusatsus. (Sharivan, Shaider, GabanKamen rider )

Une compagnie de publicité espagnole avec des moyens plus conséquents, avait fait un petit coup de publicité en réalisant un fan film Albator, ainsi que les Italiens avec GoldorakPersonne d’autre n’avait fait Capitaine Flam. A notre tour, les Français de montrer notre savoir faire. Nous avons fait des recherches et sommes tombés sur Capitaine Flam.fr dont le webmaster Pascal Refloch avait compilé une vaste somme d’information sur le personnage et ses diverses origines. A notre grande surprise, nous avions découvert que Capitaine Flam s’appelait en faite Captain Future et qu’il était adapté librement des romans pulp Américains.

La Toei s’etait inspiré de Robert Redford pour le visage de Captain Future, tout comme Cobra avec Belmondo. Les vaisseaux eux même aussi inspirés par 2001 l’Odyssée de l’espace, sans oublier Star Wars d’où le costume de Flam similaire aux Stormtroopers. J’ai justement pu rencontrer la Toei lors du festival D’Annecy en 2012, où j’ai pu leur montrer quelques séquences de Captain Future. Ils ont trouvé cela très sympa.

Je ne pouvais pas adapter Flam sans ignorer le matériel original, or il se trouve que Captain Future possède des looks aussi diversifiés selon les pays dans lesquels il a été publié.

Mon projet est donc une suite logique dont les aventures se déroulent 5 ans après les événements décrits dans les romans ainsi que les dessins animés.

Ma version du Capitaine Flam, bien qu’une suite (Captain Future) est plus proche du roman original, avec un petit clin d’œil au dessin animé Japonais de notre enfance. J’ai conservé certaines couleurs pour les costumes. Dans le roman Joan est brune, je l’ai gardé en blonde comme dans le dessin animé. Le vaisseau original, Le Comet, est similaire à celui qui est dans le roman.

Effectivement comme le réalisateur Français Alexandre Aja qui projette de réaliser un film de Cobra, j’aimerais bien que ce projet devienne un jour un long métrage. Pour l’instant mes Fan Films à but non lucratifs sont programmés bientôt pour une projection à divers festivals et conventions. »

4) Quelles sont les difficultés que rencontre un jeune réalisateur pour émerger, se faire connaître ? Tu nous as spécifié que tu avais réalisé ces courts-métrages sans budget. N’est-ce pas parfois difficile voire décourageant ?

partie-2-effets-visuel-captain-flam« Ne possédant aucun budget pharaonique ou de matériel professionnel, les cinéastes amateurs voulant captiver l’attention des studios dans le but de décrocher un emploi dans le milieu cinématographique, font généralement des courts-métrages eux mêmes comme Steven Spielberg (avec le court-métrage Firelight) à ses débuts, avant de décrocher un poste à Universal Studios pour réaliser un épisode de Columbo. D’après son complice George Lucas, « Steven pouvait faire voler des avions à hélices qui se déplaçaient plus vite que la vitesse de la lumière comme des vaisseaux« …

Effectivement lorsqu’on habite en Nouvelle-Calédonie, il n’y pas grand monde qui vous prend au sérieux, même après avoir déjà réalisé quelques courts-métrages dont Star Wars et Iron ManIl ne faut pas se décourager et avoir foi en DIEU. Mes projets sont en général des courts-métrages à but non lucratifs réalisés sans aucun budget mais avec le cœur à l’ouvrage et beaucoup de passion !

Le tournage s’est déroulé  entièrement en Nouvelle-Calédonie en 2008 au Lycée Blaise Pascal dans une salle d’histoire/géo transformée en plateau de cinéma pour l’occasion. Beaucoup d’humour et de rigolade lors de cette aventure, avec un caméscope mini dv et un budget de 750 Euros de ma poche et celle du Sculpteur Abel Lasserre qui a fabriqué l’armure du Capitaine Flam, et auparavant celle de Boba Fett sur mon projet Star Wars Prime of the Jedi.

court-metrage-captain-futureL’acteur Paul Lasserre, qui fut le premier homme à interpréter Tony Stark en live dans mon court-métrage Iron Man, troque son armure de vengeur contre celle du Capitaine Flam. Abel Lasserre est également de retour dans le rôle de l’androïde Otho et s’est rasé le crane pour incarner fidèlement le personnage. Frédéric Lasserre, nouveau venu, incarne le Marshal « Starwolf » Ezra, chef de la police intergalactique, croisement entre un Jack Palance et un Lee Van Cleef futuriste. Le Capitaine Flam est aussi entouré son fils adoptif Ken (Loup Paolo Courdent) sa douce amie Joan Randall (Tehani Jeandot), la Comtesse Cydonia (Valentine Ollivaud), la Princesse Inana (Ophélie Matkovic) ainsi que la reine Thiamat (Nania Turpin).

Nous avons fait la connaissance aussi d’autres personnes, tous fans de dessins animés Japonais (Récré A2 + Club Dorothée) dont Julien, Nathanael, Françoise, Eric, Gilbert, Kenny, Patrice…. tous les assistants qui sont venu se greffer à notre équipe.

5) Concernant les effets spéciaux notamment, lorsque l’on utilise les moyens du bord pour tourner, on est obligé d’être malin et futé. Peux-tu nous livrer quelques astuces de tournage, quelques anecdotes rigolotes, qui t’ont permis de faire des économies et de mener ton projet à terme ?

« Nous avions voulu le faire façon Tokusatsu avec un costume et une armure physique  (Façon X-OR) qui a été bel et bien fabriquée. Mon ami Sculpteur Abel Lasserre qui a autrefois fabriqué une armure de Boba Fett et Dark Vador, s’est attelé à la tache.

effets-visuel-partie-1-captain-flamLa post-production a été entièrement réalisée en 2D (aucune 3D n’a été utilisée), suivant les traces du réalisateur Kazuaki Kirya (Casshern, Goemon), où le monde réel et le manga se fusionnent entre eux. Les logiciels Photoshop et After Effects sont utilisés pour les trucages.

On a soigneusement étudié les épisodes de San Ku Kai, X-or et lors de mes voyages à l’étranger, j’ai pu ramener quelques storybooks de Kamen Rider 555(achetés dans les Kinokuniya bookstores de Singapour), pour pouvoir créer notre propre armure du Capitaine Flam. Par contre, nous nous sommes heurtés aux mêmes problèmes que toutes les armures, les mouvements restent très limités pour l’acteur. Pour le tournage nous avons donc opté pour une combinaison de plongée (appartenant à l’acteur lui même) recouverte de morceaux de feuilles brillantes.  Pour la lampe façon Iron Man sur son torse, j’ai pris un tuperware collé sur son torse. Le costume de Mala a été fait avec du tissus bordeaux, pour la partie cuir ; notre costumière Marie-Thérèse qui a l’habitude de faire des costumes pour ses enfants cosplayers, a tout simplement découpé une petite partie de son canapé (façon Tokusatsu fauché)

Le monde de Captain Future est entièrement composé de textures organiques. Notre savoir faire limité sur les tokusatsus m’a poussé de voir du côté de l’Amérique ! Pourquoi pas combiner le savoir faire de plusieurs cultures ? Après tout, l’équipe de George Lucas a elle même utilisé des pommes de terre pour les astéroïdes de l’Empire Contre Attaque ! Pourquoi pas nous? Une boule de glace vanille sert de planète, les astéroïdes dans un des plans, sont en faite des nuggets de poulet ; des crêpes fabriquées maison, servent de texture pour les paysages déserts et lunaires de la base spatiale du Capitaine Flam. L’effet d’hyper espace est obtenu en appliquant un flou radial (en mode Zoom) sur des feuilles de salades. Mon ami Alain Weihsbach photographie de nombreux insectes et m’a refilé quelques unes de ses photos dont les textures composent l’armure de la Princesse Inana. Le look final de nos héros intègre divers éléments comme des morceaux de moulinets de pêche, ainsi que des morceaux de caméscopes. (moulinets achetés dans un magasin de pêche à Shimbashi au Japon). Il faut savoir qu’en Nouvelle-Calédonie, nous aimons beaucoup la chasse, la pêche, la plongée sous marine… Notre environnement nous offre des paysages adéquats pour ce genre d’activités surtout notre magnifique lagon bleu qui nous offre du poisson frais. En utilisant le moulinet de pêche de ma mère pour la confection de l’armure digitale de Flam, je rends hommage à mes parents ainsi qu’à la Nouvelle-Calédonie en quelque sorte. Finalement je me suis senti faire du Tokusatsu mais de façon digitale !

Voilà donc quelques astuces qui démontrent comment on peut réaliser un mini court-métrage sous forme de teaser pour un budget dérisoire, sans crowd funding, tout en rendant hommage à notre dessin animé d’enfance ainsi qu’à l’auteur original. »

6) Dans ton teaser, David, il n’y a pas de dialogues. Est-ce un choix délibéré ou plutôt une contrainte ?

« Effectivement, on n’a pas les moyens adéquats, ni une équipe pour la bande son. Il faut rappeler aussi que nous sommes en Nouvelle-Calédonie, où il y a plus de poissons dans l’eau que d’habitants sur cette île. Rassembler des gens autour d’une passion et d’un projet de cette envergure relève plus du miracle que de l’exploit !

Une des personnes de l’industrie Américaine qui passe en revue nos démos à la Digital Animation and Visual Effects School et qui est aussi un des juges dans la catégories Effets Visuelles lors des Academy Awards nous dit toujours que c’est mieux de réaliser un fan film sous forme de générique d’ouverture de série tv pilote ou bien une bande annonce (teaser) qui espérons le, pourra captiver l’attention des studios pour en faire un long métrage.

C’est aussi plus attrayant pour un artiste digital aussi de bosser sur des séquences diversifiées qu’offre le format du teaser ou générique de série Tv. D’ailleurs, beaucoup de recruteurs de grands studios coupent le son lors du visionnage de ces démos.

Quand on est seul pour assurer toute la post-production des formats très courts sont les bienvenus. »

7) Enfin quels sont tes projets futurs, tes prochaines aventures, tes envies de réalisation ?

Mon projet suivant est déjà entamé : une adaptation de Module d’Action Secrète Kommando (M.A.S.K de D.C Comics), dessin animé culte des années 80. Le tournage s’est achevé en février 2012, au cas où la prophétie Maya se réaliserait? La sortie devrait avoir lieu en 2016. Les séquences de M.A.S.K seront réalisés avec After Effects et bien évidement le logiciel Nuke !

«  Un grand Merci David ! »

« Un grand merci à CSM d’avoir pu me donner la possibilité de promouvoir un échange culturel en partageant quelques réalisations par des passionnés de ciné, séries TV et dessins animés en provenance du Pacifique Sud. C’est un honneur d’avoir pu montrer à vos lecteurs que l’on peut réussir à adapter (dans la mesure du possible) en live des comics et dessins animés Japonais cultes. Et venez nous rendre visite en Nouvelle-Calédonie !  »

Autres projets du réalisateur DAVID GUIVANT :

– Projet Iron Man :

ANTHRO Du réalisateur Aristomenis Tsirbas ( Mechwarrior et Battle for Terra)

– ✧ CAPTAIN FUTURE VFX 2014 ✧ LES EFFETS VISUELS DE CAPITAINE FLAM ✧

✧ CAPTAIN FUTURE VFX 2✪14 ✧ from DAVID GUIVANT on Vimeo.

– STAR WARS the Solo Adventures

http://vimeo.com/14167844

Tradings cards

Birds of Prey Lithographs

http://vimeo.com/16165092

Transformers Lithographs

http://vimeo.com/16165009

Widevision Trading Cards

http://vimeo.com/16164708

Comic Books Trading Cards

http://vimeo.com/16165587

– Vous pourrez retrouvez les Fan Films de David, à but non lucratif, programmés bientôt pour une projection à divers festivals et conventions:

• Tri-Cities International Fantastic Film 2014 Festival (Washington)

• Gameplay 2014 (Belgique)

• StarGeek Universe 2 (Lyon)

• Shore Leaves 2014 (Baltimore)

• Le Salon de Geeks (2014)

• Salon du Jouet 2014 (Basillac)

• Fed con 2014 (Allemagne) présenté par le journaliste Robert Vogel

• Annecy Off 2014

• Malta Comicon (2014)

 

 

 

 

Rabbit Hole de John Cameron Mitchell : Critique du film

Rabbit Hole aborde un sujet casse gueule par excellence, qui peut engendrer des films répugnants et tire larmes, la mort étant souvent traitée de façon manichéenne.Tout ceci dans le but de nous guider vers un torrent d’émotions factices où la notion d’analyse et de compréhension est prohibée au profit du spectaculaire.

Synopsis : Huit mois après la disparition de leur fils, Becca et Howie redonnent peu à peu un sens à leur vie. Howie tente de nouvelles expériences, tandis que Becca préfère couper les ponts avec une famille trop envahissante. Contre toute attente, elle se rapproche du jeune homme responsable de la mort de leur enfant. Cette relation étrange va permettre à Becca d’être enfin en paix avec elle-même. 

Quel rapport entretien t’on avec la mort d’un proche ?

Celui ci évite pourtant tous ces écueils et nous livre quelque chose de profondément émouvant, grâce à une mise à distance salutaire et nécessaire. Ce couple qui a perdu son enfant quelques années auparavant dans des circonstances tragiques (il se fait renverser par un adolescent en voulant suivre le chien qui traversait la route), s’efforce de surmonter cette douleur, chacun à sa manière. Becca, interprétée par Nicole Kidman, qui retrouve là un rôle à la hauteur de son immense talent, après plusieurs choix de carrière plutôt douteux, pense pouvoir surmonter cette épreuve en intériorisant cette souffrance et en s’interdisant toute notion de plaisir, par culpabilité. Howie (Aaron Eckhart, subtil et bien plus à son aise dans ce genre de rôle que dans les grosses productions, exception faite de The Dark Knight), pense au contraire pouvoir survivre en gardant en souvenir tout ce qui pourra lui rappeler cette période heureuse de sa vie.

Quel rapport entretien t’on avec la mort d’un proche ? Tel est le vrai sujet du film. Sa force est de refuser toute explication facile et il ne donne à aucun moment raison à telle ou telle approche. Il se contente juste de suivre ce cheminement personnel face à la mort, à travers l’histoire de chaque personnage et celle de leur proche. Tout juste pourrait t’on lui reprocher, pour ne pas céder à cette émotion facile, d’être par instant un peu trop lumineux et en même temps austère, dans sa façon d’aborder cette thématique d’un point de vue trop analytique. Néanmoins, il convient de souligner le traitement fin et courageux de ce sujet délicat, qui justifie à lui seul, la vision du film.

Fiche technique – Rabbit Hole

Titre : Rabbit Hole
Titre québécois : Trou noir
Réalisation : John Cameron Mitchell
Scénario : David Lindsay-Abaire, d’après sa propre pièce, Rabbit Hole
Interprétation: Nicole Kidman (Becca), Aaron Eckhart (Howie), Dianne Wiest (Nat), Tammy Blanhard (Izzy), Sandra Oh (Gabby), Jon Tenney (Rick)…
Photographie : Frank G. DeMarco
Montage : Joe Klotz
Musique : Anton Sanko
Production : Nicole Kidman
Distribution : Lionsgate
Pays d’origine : États-Unis
Format : 35 mm
Genre : Drame
Durée : 91 minutes

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais