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Mommy, un film de Xavier Dolan : Critique

Mommy, un chef d’œuvre bouleversant, un tabernacle de film ! 

Synopsis: Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Xavier Dolan ! Doit-on vraiment en dire plus tant la médiatisation de son dernier film, Mommy a été forte. Tous les magazines cinéma se sont arrachés son image et ont quasi unanimement glorifié son film, une palme d’or de cœur en soit. Ce réalisateur nous avait précédemment montré la quintessence de son talent grâce au film Laurence Anyways. On ne pouvait croire à un meilleur film que celui-là, et pourtant…

Mommy débute sur un texte nous expliquant brièvement que nous sommes dans un futur très proche, dans un Canada fictif, et qu’une loi très controversée vient d’être promulguée. Elle permet aux familles de confier à des centres étatiques les enfants qui représenteraient un danger physique, psychologique ou même financier, et ce sans même passer par un juge. Puis, Diane « Die » Després, quadragénaire loufoque, a un accident de voiture, à peine a-t-elle le temps de s’en remettre qu’un coup de téléphone la prévient que son fils Steve, atteint du syndrome TDAH (trouble du déficit de l’attention et Hyperactivité), placé en centre d’accueil, vient de provoquer un incendie ayant gravement brûlé un autre enfant du centre.

Ne sachant que faire de son fils et n’acceptant en aucun cas cette loi, Diane décide de le prendre chez lui, malgré le danger qu’il représente pour elle. Cependant, une rencontre avec Kyla, leur voisine, va totalement changer la donne. Cette femme, ayant perdu son fils (comme par hasard du même physique que Steve), ne parle quasiment plus, a beaucoup de mal à exprimer ce qu’elle ressent. Tout part d’une histoire simple ; malgré tout, après 2h20 de film, on ne veut plus les quitter.

Il y a donc bien une magie Xavier Dolan, cette force nous emporte et nous empêche de bouger ne serait-ce qu’un millimètre de notre siège, tant la beauté visuelle nous happe. Nous pouvions craindre qu’une trop forte médiatisation nuise au long métrage, mais que nenni, Mommy est un chef d’œuvre. Dolan réussit même à faire son meilleur film, mieux encore que la claque, Laurence Anyways. Nous ne pouvons que constater que ce film aurait dû avoir la palme d’or comparé au presque ennuyeuxWinter Sleep

Impossible de parler de Mommy sans évoquer la performance hallucinante des acteurs, celle de la comédienne Anne Dorval, déjà habituée au réalisateur/acteur, ayant joué dans tous ces films exceptés Tom à la Ferme, : son jeu est tout bonnement sublime. Son interprétation de mère loufoque est extraordinaire, d’une grâce à toutes épreuves, tout comme Suzanne Clément, qui brille par sa justesse et l’émotion qu’elle nous fait passer. La performance de Antoine-Olivier Pilon est tout aussi juste, quoi qu’au début un peu en dessous, mais on lui pardonne volontiers. Le trio d’acteurs donne corps et âmes à cette relation entre une mère exubérante mais aimante, un fils fauve épris de liberté, traumatisé par la mort de son père, rejoint par une mystérieuse voisine…

Un tableau à trois personnages mis en scène de manière intelligente ; le tout est juste sublime, un ballet de choix, tous plus justes les uns que les autres. Le cadre en 1:1 peut surprendre et paraître abstrait au début, mais irrévocablement nécessaire au final, surtout lorsque le héros l’agrandira lui-même, dans ses moments de bonheur et d’insouciance. Le cadre est comparable à une fenêtre intime dans laquelle on se plonge, tel des voyeurs passionnés par une histoire qui nous dépasse, ressentant toute l’intensité de l’émotion qui nous traverse.

Ce qui est marquant, c’est à quel point le film est différent de la filmographie de Dolan par son humour ; on suit parfois des personnages dans des situations tantôt dramatiques tantôt candides, nous attachant directement à eux. Le plus fort étant qu’on ne veut jamais les quitter, on ne voudrait que leur bonheur…

Les ruptures de tons fascinent également par leurs violences. Ainsi, quand un paysage à l’atmosphère léger est présenté, nous pouvons croire à une scène heureuse ou bienveillante. Mais dans la seconde qui suit, Dolan ruine cet aspect et nous balance en pleine face sa patte de génie, montrant la violence dans ces moindres détails, gros mots québécois en prime, et ne tombant jamais dans le cliché.

On retrouve là, une œuvre fascinante d’un auteur, bercé par les critiques. Se pose alors la question : est-ce une œuvre autobiographique, comme l’était implicitement J’ai tué ma mère? Evidemment, en tant que film sans lien obligatoire avec l’ensemble de la filmographie de Dolan, Mommy est virtuose. Le film prend alors véritablement son sens et entraîne le spectateur dans un véritable kaléidoscope de chocs émotionnels et visuels.

Ce chef d’oeuvre carbure à l’amour, refusant le cynisme. Dolan montre le beau dans une société trop conformiste, dirigée par la marchandisation, c’est un poète qui à la manière d’un Rimbaud, nous ouvre les portes d’un univers magique. Ce film est l’oeuvre d’un orfèvre, le scénario est incroyablement bien écrit, les personnages bien développés, avec des scènes surprenantes, comme le final. Mommy est un film puissant, un feu d’artifices ou la violence du verbe côtoie des instants de grâce, et cela fonctionne tellement bien qu’il corrige de lui-même ses propres « micro » défauts.

Un film finement drôle, envoûtant, qui vous prend aux tripes, avec une telle force animale, qu’il nous explose à la figure. Mommy est un tourbillon de sensations sur une musique qui peut sembler pour certaines personnes discutable. En effet, si Oasis et Lana del ray proposent de somptueux thèmes musicaux et des textes profonds, le choix de mettre du Céline Dion peut paraître étrange et limite insupportable, au vu du pathos entraîné par la musique. Pour autant, les enjeux de ces scènes sont tellement profonds, l’image tellement belle, et les acteurs tellement transcendés ,que la musique et la scène passent merveilleusement bien.

Mommy est donc une œuvre fascinante, flamboyante, un chef d’oeuvre du style dramatico-social. Empruntant les meilleurs attraits de sa propre filmographie, Xavier Dolan subjugue et fascine, grâce à sa direction des acteurs irréprochables, un sens de la rupture maîtrisé et des plans ultra travaillés. Le film bouleverse par la justesse du jeu d’acteurs sidérants, par l’adresse avec laquelle le sujet assez casse gueule, est traité et par l’émotion quasi omniprésente pour le bonheur de nos yeux et de notre esprit. Xavier Dolan vient définitivement de prouver avec ce film, qu’il est un grand cinéaste.

Mommy : Bande-annonce

Mommy : Fiche Technique

Réalisation: Xavier Dolan
Scénario: Xavier Dolan
Interprétation: Antoine-Olivier Pilon (Steve O’Connor Després), Anne Dorval (Diane “Die” Després), Suzanne Clément (Kyla), Patrick Huard (Paul Béliveau)…
Image: André Turpin
Costume: Xavier Dolan, François Barbeau
Son: Guy Francœur, Sylvain Brassard
Montage: Xavier Dolan
Musique: Noia
Production: Metafilms
Distributeur: MK2 / Diaphana Distribution
Genre: Drame
Durée: 138 minutes
Date de sortie: 8 octobre 2014
Canada – 2014

Real, un film de Kiyoshi Kurosawa : Critique

Il est heureux de constater que les auteurs japonais contemporains, qu’ils soient issus de la littérature ou du cinéma, aient su renouveler avec brio l’extraordinaire et foisonnant héritage de leurs prestigieux aînés. Cette tradition nous a apportée des artistes inoubliables tels que Ozu, Mizoguchi, Wakamatsu ou Kurusawa, cinéastes parmi les plus importants et faisant parti des mêmes légendes que Welles, Fellini, Godard, Kazan et tant d’autres.

Les écrivains ne sont pas en reste et demeurent essentiels dans la créativité et le rayonnement international de l’archipel nippon. La fureur et les brillants esprits de ces artistes ont su dénoncer et revendiquer avec une ferveur passionnante l’histoire de leur pays. De L’Empire militariste au système féodal jusqu’au mythe de L’Empereur comme figure mystique et intouchable, des Yakuzas comme solution sociale en réponse à la corruption et l’inertie de la politique jusqu’à l’occidentalisation de l’archipel prônant l’économie de marché pour retrouver son statut de super puissance mondiale. Ces prises de positions leurs ont valus moult réprimandes ,parfois violentes, mais ne les a jamais empêches de poursuivre le combat.

Kyoshi Kurosawa, descendant directe de cette prestigieuse lignée, perpétue cet état d’esprit avec son propre univers si singulier. S’inscrivant dans une lutte contre les institutions, il fait de sa filmographie un tract militantisme mais n’en fait pas pour autant preuve de prosélytisme. Son but va au delà du simple constat d’une déchéance morale de la société. Son précédent diptyque nous entraînait dans une superbe élaboration fantastique et psychologique d’un japon replié sur ses peurs. Celui-ci, moins recherché sur la forme car plus fouillis, reste très intéressant dans sa description d’une jeunesse perdue dans ses illusions.

Son remarquable travail sur l’utilisation des contrastes entre le réel et l’imaginaire reste perceptible et on retrouve avec bonheur sa marque de fabrique. Ces personnages sont englués dans une vie parallèle qui leur sert de refuge face à une réalité dérangeante. Le jeune homme, perdu dans son morne quotidien de mangaka ayant abandonné toute inspiration, réinvente sa propre histoire en sauveur de l’âme de sa petite amie disparue dans un suicide incompréhensible. La première heure est vraiment passionnante de mystères et de traumas enfouis au plus profond de cet être errant. Comment survivre dans un monde déshumanisé ou l’effort devient mortel ? Quelle protection ériger contre une sordide réalité ? Le pouvoir de l’imagination, aussi fantastique soit il est-il à même de nous préserver ? Le blanc, couleur de l’éternel, revient sans cesse comme motif visuel scénaristique. Il tapisse les murs des habitations, longues et hautes demeures perdues au sein d’une ville fantôme. Il habille les blouses des infirmiers, troublantes métaphores d’humains dévitalisés guidant ces amoureux vers une renaissance plus qu’incertaine, spécialement cette infirmière au regard empathique mais terrifiant. Les morts, s’échappant de cet univers parallèle comme pour prévenir de son danger, sont un premier indice d’un retournement de situation inattendue. Nous bifurquons alors dans une deuxième partie plus confuse ou de nouvelles découvertes sont en partie responsables d’une attention décroissante.

En effet, ce mélange d’allers retours permanents entre leurs deux esprits s’avère quelque peu source d’incompréhension. Ce flou nous oblige à renouer le fil de l’histoire entière et peut laisser perplexe quand à la pertinence de ces sous intrigues. Ce qui était au début une belle réflexion sur la perte d’identité et sur le rôle essentiel du psychisme dans notre construction mentale se transforme alors en un vain jeu de piste aux ramifications pour le moins perturbantes. Ce n’est qu’au fur et à mesure de la progression de cette narration alambiquée que nous comprenons la nécessité de cette digression. La mémoire est sélective mais la mauvaise conscience nous rattrape toujours, nous ne pouvons l’éradiquer. La plongée dans le subconscient, le souvenir de cette rivalité entre deux gamins aux conséquences tragiques, le refoulement des sentiments éprouvants ne peuvent pas s’effacer de notre cerveau, ce puissant organisme cérébral constitutif de notre humanité. Quand ils auront enfin compris la signification de ce dessin enfantin, l’épreuve traversée n’en sera que plus forte. L’amour les sauvera d’un funeste destin mais la mort ne sera jamais loin, signe que les actes malsains doivent absolument se payer.

Si Real, ce conte fantasmagorique n’est pas aussi abouti qu’espéré, on en retient surtout une incroyable démonstration de force du talent de ce metteur en scène décidément habile à nous faire voyager dans des contrées souvent explorées mais sans cette subtilité qui lui est propre. L’habillage onirique du gothique se marie parfaitement à un ancrage de vérité, lui conférant cette touche si spéciale. Et les acteurs servent au mieux cet aspect, en faisant une vraie réussite.

Synopsis: Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d’autant qu’ils s’aimaient passionnément. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa compagne. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Fiche Technique : Real (Riaru : Kanzen naru kubinagaryû no hi)

Japon – 2013
Réalisation: Kiyoshi Kurosawa
Scénario: Kiyoshi Kurosawa, Sachiko Tanaka d’après le roman, «Un Jour Parfait pour le Plésiosaure» de Rokuro Inui
Interprétation: Takeru Satô (Kôichi Fujita), Haruka Ayase (Atsumi), Jô Odagiri (l’éditeur), Shôta Sometani (l’assistant), Yutaka Matsushige (le père d’Atsumi), Kyôko Koizumi (la mère de Kôichi)…
Distributeur: Version Originale/Condor
Date de sortie: 26 mars 2014
Durée: 2h07
Genre: Romance, Fantastique
Image: Hidenori Nagata
Décor: Mami Ishida
Son: Shinji Watanabe
Montage: Takashi Sato
Musique: Akiko Ashizawa
Producteur: Takashi Hirano, Atsuyuki Shimoda
Production: Tokyo Broadcasting System Television, Inc.

 

God’s Pocket, un film de John Slattery – Critique

Synopsis: Mickey Scarpato habite à God’s Pocket, quartier défavorisé et mal famé de Philadelphie, il y vit de vols et de menus larcins. Cette existence malgré tout tranquille, va dégénérer le jour où son beau-fils est assassiné.

Comme Une Odeur De Coen

Le trou à rats

God’s Pocket est un trou à rats, un quartier de Philadelphie pourri jusqu’à l’os de Philadelphie, sorte de Cours des Miracles où grouille tout ce que cette ville connait de crapules et d’escrocs de caniveau. Ça pullule de voleurs, ça fait de la politique de comptoir, c’est raciste et homophobe, c’est sale et a les chicots comme les poumons jaunis par le tabac. Ça n’oublie pas non plus à l’occasion, de picoler un bon coup, sans discrimination cette fois : hommes, femmes, enfants, tous y passent et se conservent dans l’alcool. Mais c’est fier de tout ça, de cette fierté qu’on balance comme un défit à la face de ceux qui les méprisent. À la façon des frères Coen, John Slattery (excellent acteur de seconds rôles, dont c’est la première réalisation) filme des personnages touchants de bêtise et de médiocrité.

Post mortem

God’s Pocket reste l’un des derniers films tournés par le très regretté Philip Seymour Hoffman, ici en père de famille à la recherche de son taré de beau-fils. Du moins le recherche-t-il parce-que sa chère et tendre, génitrice attitrée du rejeton à moitié psychopathe, l’exige. Parce-qu’avec toutes les emmerdes que ça lui rapporte, il s’en passerait bien de jouer les parrains mafieux, qui règle leurs comptes pour un débile mort. Il se fait aider tant bien que mal par toute une série de bras cassés, qui se la jouent sans jamais arriver à la hauteur des durs de durs.

Hommage, ô désespoir…

Et là paf ! La référence au cinéma des frères Coen crève les yeux, mais sans jamais tomber dans le plagiat. C’est plutôt une sorte d’hommage qui leur est rendu, à tous ces personnages à la marge qui s’inventent des histoires pour sortir de la médiocrité du quotidien. La présence du gigantesque John Turturro (mais aussi de Richard Jenkins) au générique, vient renforcer cette impression, qui malgré toutes les qualités du film ne restera finalement qu’une impression plus ou moins vague.

Sage, très sage, trop sage !

Parce-que même si les références sont plutôt honorables, John Slattery aurait pu et dû sortir plus d’une fois la démultipliée humoristique. Son film est trop sage, beaucoup trop sage (qu’il s’agisse de la mise en scène, des acteurs ou même du scénario) et finalement, il souffre presque de cette référence au cinéma des Coen Brothers. On n’y retrouve pas (assez) cette folie flamboyante qui transforme leurs personnages en héros mythologiques. Même s’il subsiste quelques moments vraiment barrés, on reste sur sa faim avec l’idée qu’il vaut mieux ne pas faire de fatale comparaison.

Bons acteurs, mauvais rôles

Pourtant les acteurs sont les bons, le casting impeccable. John Turturro (O’ Brother, Miller’s Crossing) donc, en boucher receleur de viande volée mais voilà, on rêve de revoir le phénoménal Jesus Quintana du Big Lebowski, sans jamais le retrouver. Philip Seymour Hoffman (Truman Capote, Mission Impossible 3) pareil, bien sûr on voit le talent d’un type mort trop tôt, mais comme on aurait aimé qu’il finisse sur un chef-d’œuvre tellement mérité. Sinon, il y a aussi Christina Hendricks (Drive, Lost River), parfaite en bimbo idiote, dont on espère qu’elle a été prise pour autre chose que pour son 100 E 100% naturel. Bizarrement, c’est l’éternel second couteau Richard Jenkins (Intolérable Cruauté, Burn After Reading) qui tire son épingle du jeu en écrivain alcolo et coureur de jupons plus ou moins jeunes. Cet acteur trimballe une tête de chien battu fascinante bref, la bonne note du film.

Prisonnier de ses maîtres

Donc on résume, un film bourrées d’idées et de références, à la limite du pillage, mais qui veut peut-être justement trop coller à ces références et en oublie de se libérer du modèle qu’il s’impose. Il fallait du punch, de l’audace bref, oser au maximum quitte à faire de la casse au passage. On aurait eu encore plus de plaisir, si on avait senti cette volonté d’aller encore et toujours plus loin, pour aboutir à une œuvre qui se serait affranchi de ses références, pour gagner en sincérité.

Fiche Technique: God’s Pocket

Réalisation : John Slattery
Origine : U.S.A.
Genre : dramatique
Scénario : John Slattery & Alex Metcalf
Casting: Philip Seymour Hoffman, John Turturro, Richard Jenkins, Eddie Marsan, Caleb Landry Jones, Christina Hendricks, Lenny Venito, Molly Price
Montage: Tom McArdle
Photographie: Lance Acord
Son: Eric Offin
Durée: 88’

Auteur : Freddy M.

Critique : Chef de Jon Favreau

Chef, un feel-good movie culinaire reconverti en une grinçante critique d’Hollywood !

Synopsis: Carl Casper, Chef cuisinier, préfère démissionner soudainement de son poste plutôt que d’accepter de compromettre son intégrité créative par les décisions du propriétaire de l’établissement. Il doit alors décider de son avenir. Se retrouvant ainsi à Miami, il s’associe à son ex-femme, son ami et son fils pour lancer un food truck. En prenant la route, le Chef Carl retourne à ses racines et retrouve la passion pour la cuisine et un zeste de vie et d’amour.

La question de l’aspect mercantiliste du cinéma américain n’est plus à prouver.

Devenu en moins de 40 ans un véritable parangon de réussite économique et vecteur de diffusion de l’American Way of Life, le cinéma américain, sacro-sainte profession de l’entertainement mondial s’est rapidement mué, au grand dam de beaucoup, en une vulgaire industrie, dont André Malraux dans son Esquisse d’une psychologie du cinéma a su affiner les contours, rendant compte d’un système, froid, juvénile et plus attiré par l’appât du gain et le retour sur investissement que la splendeur d’antan des classiques et de leurs empreintes laissées.

Une industrie ayant instauré un visage dichotomique du cinéma américain contemporain, tiraillé entre sa veine artistique, auteurisante et flamboyante et son désir sous-jacent de marquer l’hégémonie américaine sur le plan culturel à bon gros coups de patriotisme discount et d’explosions pétaradantes. Une dichotomie, malheureusement à la source d’un sempiternel conflit aux airs de David et Goliath entre la veine indépendante, nourrissant sa liberté par des films osés, inattendus et confinant souvent au génie et la veine industrielle, absorbant plus que de raison les ambitions de réalisateurs soucieux de contribuer à de grosses productions et se retrouvant à accepter les ordres de producteurs frileux, peu enclins aux changement et s’appuyant sur un système vieux de 40 ans, prônant le gigantisme de l’action et des effets insérés par rapport à l’humain, vecteur essentiel dans la quête d’indentification du spectateur au héros.

Un affrontement, âpre si ce n’est rude longtemps insoupçonné, mais qui par le biais de personnalités courageuses et soucieuses de conserver leur indépendance créatrice commence lentement à se dévoiler. Des propos ayant eu pour finalité de mieux cerner l’usine à rêve hollywoodienne et surtout de voir à quel point ces faiseurs de plaisirs artificiels évoluent dans un monde superficiel ou le formatage est devenu légion.

Car sous leurs airs de distillateurs de produits tendance et funs, les firmes d’entertainement US sont impitoyables. Suivant à la lettre un cahier des charges aux airs de saintes paroles, les grands pontes de ces firmes n’hésitent pas à mettre à la porte la première personne ne respectant pas leurs consignes, qui, héritées de logiques marketing formatées, dictent jusqu’au moindre mouvement de caméra ou choix d’acteur, la dynamique certaine dans laquelle doivent évoluer leurs productions, quitte à devoir renvoyer les âmes courageuses (coucou Edgar Wright !) étant tombé dans les travers de ce cinéma pop-corn aseptisé.

Le Dernier des Mohicans

Beaucoup se demanderont alors pourquoi dépeindre l’atmosphère belliqueuse du tout Hollywood quand le film en question ne vise, de par sa nature et de son contenu, clairement pas les mêmes prétentions ou aspirations qu’un Marvel tentant d’ériger en hit planétaire son récent Les Gardiens de la Galaxie.

Ce à quoi il faut répondre le statut. Un statut qui change tout, car entre un jeune réalisateur devant faire ses preuves ou un réalisateur dans le creux de la vague, un tas de variables entrent en jeu tels que le succès, les échecs, le style, l’appartenance à un courant de pensée, etc.

Et dans ce sens, il demeure peu commode de reprendre le titre d‘un film de Michael Mann me direz-vous, mais ce titre, ce statut est à la vue de Chef, primordial quant à son auteur, en l’espèce Jon Favreau.

Réalisateur aux airs de bon gros nounours sympathique, jouant aisément les seconds couteaux dans diverses productions américaines (Le Loup de Wall Street, Iron Man, John Carter, Daredevil) et ayant officié d’ailleurs dans ce microcosme délirant ou la créativité est bridée et les ordres assignés pleuvent en réalisant Iron Man et sa suite, il faut dire que la perspective de le voir réaliser une comédie culinaire vantant le mérite de la bonne bouffe et de l’indépendance créative au pays du junkfood était quelque peu hypocrite si ce n’est dérisoire. Tant pour son dernier film, reconverti en attrape geek patenté en résultant d’une incursion maladroite dans le genre matriciel du cinéma américain, le western, couplée aux petits hommes verts (Cowboy et Envahisseurs) que pour sa bonhomie super-size, on craignait ainsi de voir un réalisateur coincé dans un système et tentant de faire croire au reste du monde que sa verve créatrice est restée intacte, quand bien même son rôle de valet d’Hollywood nous persuade du contraire.

Des suspicions à moitié envolées à la vue de l’accueil étonnamment élogieux du film au Festival de Deauville en Septembre dernier ; et du casting littéralement dithyrambique comprenant le désormais rare Dustin Hoffman, le surbooké Robert Downey Jr, l’envoutante Scarlett Johansson et Sofia Vergara (Modern Family).

Toutefois, l’utilisation de réalisateurs à contre-emploi, faisant merveille de nos jours comme l’attestent les succès publics et critiques de Skyfall ou plus récemment des Gardiens de la Galaxie, suffisait à nous faire croire ou du moins espérer une surprise, loin de la comédie aux airs de démonstration de talent qu’on était en droit d’attendre.

Let’s Cook !

Affiche jaune vintage, sourire ambiant, décontraction revendiquée, l’affiche de Chef donne très vite le ton. Le film sera simple, détendu, empli de bonne humeur, sans mauvaise foi et disposant d’une sincérité à l’ouvrage désarmante. En somme un authentique feel-good movie aux intentions claires comme de l’eau de roche : détendre aussi bien les yeux de par son cadre très coloré mais aussi les papilles, zone évidemment visée de par le sujet.

Chef réputé, Favreau incarne ici un cuisinier dévoué pour son art, débordant de créativité malheureusement engoncé dans un système l’obligeant à contenir et à réprimer sa verve créatrice au profit de recettes hype commençant à dater et demeurant inamovibles, clientèle oblige. Toutefois un beau jour, et face au refus de son patron, de le laisser explorer d’autres horizons culinaires en souhaitant améliorer le menu, ce chef décide de tout plaquer et de revenir à ses racines. A la clé, la liberté artistique tant recherchée et éventuellement un nouveau départ dans sa vie personnelle.

Une histoire guillerette, sympathique, si ce n’est naïve qui dans un premier temps porte à rire tant cette incursion de Favreau derrière les fourneaux déverse tellement de bons sentiments, qu’on pourrait penser à une gigantesque fumisterie.

Pourtant derrière le cadre lambrissé et étonnamment simpliste du film, fourni par une mise en scène délaissant les effets pyrotechniques pour s’attarder sur les relations humaines et l’affirmation de soi, Chef dévoile son jeu, bien caché, tel le cœur liquide d’un fondant au chocolat. Et quel face cachée ! Là ou d’incurables sceptiques voire haters auraient pensé que Favreau se serait érigé en dénonciateur du lot d’horreur protéinées ou sucrées hérités de la cuisine américaine, ce dernier prend tout le monde de cours, puisque son message est beaucoup plus grand que ça.

Convoquant aisément au road-trip déglingué qu’à la quête filiale entre un père et son fils tous deux à la recherche d’une relation père/fils stable et convenue, Chef, à la fois humble et sans prétention se paye le luxe de revêtir l’habit d’une des plus grinçantes critiques érigée contre le tout Hollywood et ce depuis des années.

Aidé par son expérience malheureuse de Yes-Man latente lorsqu’il faisait les malins pour le compte de Marvel, Favreau tisse en effet à travers sa comédie, une véritable dénonciation de l’envers du décor hollywoodien, ou toutes les étapes sont retranscrites une à une allant de l’inflexibilité du patron refusant les nouveaux menus, assimilables aux producteurs se reposant sur le cahier des charges hollywoodiens ; la démission du chef assimilable à l’exode des jeunes talents vers la veine indépendante jusqu’à la décision d’officier dans un food-truck, assimilable à assumer la part de responsabilité et d’estime qu’on a pour soi en montrant que la qualité et le plaisir ne viennent pas forcément de mets réputés et hors de prix.

Un message, qu’il faut se dire, assez inattendu dans ce genre de production amenant le sel de cette comédie fraiche et authentique, toutefois plombée par la surreprésentation du réseau social Twitter, utilisé un temps pour rapprocher le père et son fils, ici quasiment expliqué de A à Z, et sentant soit la démarche publicitaire pure et simple, soit la volonté d’inscrire le film dans un contexte moderne et donc filmer les vieilles générations, mal à l’aise avec l’informatique. Un défaut auquel s’ajoute le casting, qui regroupant de beaux noms, donne l’impression d’user de leur célébrité pour donner un poids au film.

Fiche Technique : Chef

Date de sortie : 29 octobre 2014
Durée : 1h54min
Réalisé par : Jon Favreau
Avec : Jon Favreau, Sofia Vergara, John Leguizamo, Scarlett Johansson, Robert Downey Jr., Bobby Cannavale, Dustin Hoffman, Oliver Platt, Russell Peters, Emjay Anthony
Genre : Comédie
Nationalité : Américain
Distributeur : Sony Pictures Releasing France

The Landing, un court métrage de Josh Tanner : Critique

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Sixième court métrage de ce jeune australien de vingt-six ans, The Landing est le court métrage de la consécration pour Josh Tanner qui fait énormément parler dans les tous festivals où il est déjà passé.

Depuis avril 2013, The Landing est passé dans plus de quarante festivals internationaux et a remporté pas moins de onze récompenses majeures et il continue à être présenté dans des festivals aussi reclus qu’en Pologne ou en Iran. Et il faut reconnaître que The Landing fait preuve d’une ambition, d’une maturité et d’une dramaturgie assez remarquable pour être souligné.

Le réalisateur Josh Tanner déclare avoir imaginé son intrigue après avoir fait un rêve particulier. Il s’amuse du fait que cela peut paraître particulièrement cliché. Il a imaginé sa propre personne en plein milieu d’un champs stérile où il déterrait à mains nus ce qui semblait être un vaisseau spatial. A partir de cette prémisce, il a réfléchi à une intrigue où ce ne serait pas les hommes du gouvernement qui débarquerait pour s’occuper du lieu d’atterrissage du vaisseau, mais de ces gens normaux qui doivent réagir face à ce qui semble relever du surréalisme, voire du surnaturelle. Ces gens, ce sont ceux de l’intrigue, un fermier veuf et son fils à qui il apprend le patriotisme dans un contexte très maccarthyste, donc en pleine Guerre Froide. Le jeune enfant joue avec ses soldats en plastique et son père lui apprend ce que c’est que d’être un homme et le manipule psychologiquement à devenir le soldat de demain afin de combattre ces « salauds » de communiste. On revient à ce qui fait l’essence-même du cinéma fantastique des années 60 : Cette alchimie implicite mais grossière qui donnait lieu à des films propagandistes où les américains affrontaient des monstres (de l’espace ou non) qui symbolisaient l’invasion communiste. Il y a donc un fort propos patriotique dans ce film australien mais contrebalancé par le point de vue de cet enfant, plus naturaliste et pacifique qui ne souhaite que s’amuser sans penser à tous ces conflits entre les Etats-Unis et l’URSS. C’est sur le palier de leur porte que les deux personnages vont découvrir l’atterrissage en catastrophe d’un objet non identifié, l’élément perturbateur du récit.

A partir de ce moment clé du récit, toute la question est de savoir ce qui vient de s’écraser dans le champ. N’écoutant que son courage américain, le fermier se rend sur le lieu de l’accident pour y découvrir la vérité, laissant l’enfant rentrer seul dans la maison. Le fermier tardant à revenir, le fils décide de rejoindre son père. Il y découvrira un vaisseau éblouissant à la forme ronde argenté hypnotisante, une sorte de perfection géométrique dont l’homme ne semble pas capable. L’enfant suit les traces de traînées que l’on peut voir dans le champ. Cela l’amènera à une vieille grange où son père a décidé d’entreposé cet envahisseur qui n’est pas le bienvenu. Josh Tanner joue à ce moment-là sur un montage de plans très succins où il est difficile de définir qui est réellement cet envahisseur captif. L’enfant regarde cette forme avec attention, effroi, crainte jusqu’à que le fermier revienne dans la grange avec un fusil, la ferme intention d’en finir avec cet envahisseur. Il serait fort dommage de révéler ce qu’est réellement cette forme étrange qui se trouve attachée dans cette grange. Tout l’enjeu du film repose sur ce rebondissement implacable, bouleversant et terriblement révélateur des conflits de l’époque. Le film qui avait des allures de science-fiction banal dans lequel on retrouve un peu du Signes de M. Night Shyamalan se transforme subitement en un drame politique et familial émouvant. Un twist que l’on avait absolument pas vu venir.

Josh Tanner confesse avoir été influencé par le travail visuel de Terrence Malick pour mettre en scène ce récit. Prenant place au milieu d’un champ, The Landing nous renvoie logiquement vers le  fameux Les Moissons du Ciel, mais aussi à The Tree of Life pour ces plans fluides et de toute beauté dans cet espace naturel qui fascine tant Terrance Malick. Là où Josh Tanner nous surprend, c’est par le mélange parfaitement réussi et dosé entre le film politique, le drame domestique et la science-fiction propagandiste. Deux conceptions générationnelles s’affrontent au sein de ce film, avec ses idéologies et ses maturités qui forgent les sociétés. L’atterrissage de ce vaisseau va emmener ces deux personnages dans une aventure qui vont les amener à réfléchir au plus profond d’eux-même sur leurs attentes et leurs obsessions. Tout cela ne peut que se conclure sur une prise de décision qui bouleversera à jamais leur vie.

Si le film se perd un peu dans ces échanges incessants entre le passé et le présent, où le fils a grandi et ne souhaite que retourner sur les terres familiales afin d’y découvrir ce qu’il s’est passé ce soir-là, il faut reconnaître qu’il apporte une dramaturgie émotionnelle et pointilleuse sur les liens familiaux et la quête de la vérité. The Landing, c’est 18 minutes efficaces dont le dénouement vous scotchera littéralement. Lauréat à Sitges et récemment honoré de l’Octopus d’Or du Meilleur Court Métrage au Festival de Strasbourg, The Landing est une vraie réussite formelle et narrative au point que son auteur a récemment affirmé travailler sur une adaptation longue de son histoire. D’un postulat basique, Josh Tanner en tire un film maîtrisé avec brio, vecteur d’une élégance esthétique formelle et implacable, magnifié par la performance de ces deux interprètes principaux et doté d’un twist final sensationnel. Evoqué par certains comme le croisement entre J.J. Abrams, Joss Whedon et une pointe de Spielberg et de Malick pour le côté contemplatif, Josh Tanner est un réalisateur qui se crée une belle réputation depuis un an et que l’on a hâte de revoir très bientôt. Peut-être sur un premier long métrage.

Synopsis: Un homme retourne sur les terres de la ferme de son enfance afin de découvrir la vérité sur « la chose » qui a atterri cet été de 1960 quand il n’était qu’un petit garçon.

Fiche Technique: The Landing

Australie – 2013

Réalisation : Josh Tanner

Scénario: Josh Tanner, Jade Van Der Lei

Interprétations : Henry Nixon (Le Père), David Roberts (Edward, le fils)

Site officiel : http://thelandingfilm.com/

Critique : Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki

Princesse Mononoké, un conte poétique et politique

Synopsis: Au XVe siècle, durant l’ère Muromachi, la forêt japonaise, jadis protégée par des animaux géants, se dépeuple à cause de l’homme. Un sanglier transformé en démon dévastateur en sort et attaque le village d’Ashitaka, futur chef du clan Emishi. Touché par le sanglier qu’il a tué, celui-ci est forcé de partir à la recherche du dieu Cerf pour lever la malédiction qui lui gangrène le bras.

Ce film d’animation japonais, Princesse Mononoké est une véritable claque sensorielle et visuelle à laquelle il est très difficile, pour ne pas dire impossible, c’est une véritable expérience cinématographique. Car c’en est inévitablement une, de celle qui vous fait comprendre pourquoi notre passion cinéphilique est inébranlable et n’est pas près de s’éteindre de sitôt. Ce « Princesse Mononoké » a donné à son créateur le statut largement mérité d’auteur à part entière à un moment ou les films d’animations n’étaient pas autant installés qu’aujourd’hui et n’étaient pas reconnues comme véritables œuvres. Au-delà de ce tour de force, qui suffirait largement à le considérer comme le maître ultime du monde de l’animé, le grand mérite de Hayao Miyazaki est de rendre son univers foisonnant complètement adulte, et ainsi sortir cette catégorie de films du seul ornement enfantin auquel elle est souvent reliée. Il est difficile de dire à quel point ce tournant majeur a pu marquer un basculement pour ce genre mais il est tout à fait évident de dire que sa place dans le 7 ème art est maintenant affirmé et célébré dans le monde entier. Grâce lui en soit pleinement rendue.

Tellement de choses ont été analysées et décortiquées qu’il est ardu de trouver un nouvel angle critique sur ce long-métrage. Ode à la nature sauvage autant que manifeste contre la barbarie Humaine, il dépeint le crépuscule d’un Empire Féodal Japonais indigne de sa si grande et belle tradition. Empêtrée dans une idéologie guerrière meurtrière, il signifie le basculement identitaire d’une Nation à l’orée d’une reconstruction politique historique. Figures tutélaires hautement légendaires dans l’identification sociale du pays, les samouraïs personnifient la justice protectrice du Temple. Fiers combattants infaillibles, ils sont la garantie de l’inviolabilité du Territoire Nippon et incarnent l’esprit patriotique, tels plus tard les kamikazes au moment de La Seconde Guerre Mondiale. Mais leur image est ici largement écornée, le réalisateur les dépeignant comme agissant à la solde d’un État sectaire dépouillant les braves habitants de la foret pour mieux affirmer sa Puissance Empirique au mépris de toute considération naturelle. Pacifiste convaincu, Miyazaki fait part de son scepticisme entamée envers cette glorification de l’armée et pointe du doigt L’Histoire Belliqueuse de l’archipel. Il glorifie au contraire la résistance pacifique de ce Héros chargé de retrouver le Dieu-Cerf pour libérer L’Âme démoniaque qui ronge Dame Nature.

Usant pour cela de tous les subterfuges possibles, il renvoie dos à dos la matière organique et ses créatures. Il ne s’agit pas seulement d’incriminer L’Homme devant sa responsabilité essentielle dans son comportement crapuleux et irresponsable mais de comprendre en quoi l’un et l’autre sont indispensables à la survie de chaque espèce. La colère des premiers engendrant la haine de ses semblables, l’engrenage fatal de la revanche ne peut que nuire aux êtres vivants.Ainsi,l’immense bestiare qui compose le film est-il significatif de la dévotion que porte le créateur des studio Ghibli à la race animale. Sorte de demi-dieux à l’apparence gigantesque, les louves et les sangliers qui parcourent l’intrigue incarnent la dualité d’une même organisation sociale déchirée entre sa part instinctive vouée à décimer toute activité humaine contraire au cycle de la vie minérale et une conscience hyper développée de la nécessité de cohabiter dans le même espace pour perpétuer une entité pure digne de l’ordre naturel originel. Preuve en en est cette sauvageonne prête à exterminer ses semblables qui n’ont pas su la protéger, caractéristique d’une appropriation animale d’une existence abandonnée à sa propre souffrance et dont la force brute rappelle l’instinct bestiale de L’Humanité. Elle s’adoucira peu à peu au contact de cet étrange compagnon de route qui lui ouvrira le chemin sinueux de sa propre ascendance humaine.

S’il est aussi beaucoup question de forces supérieures et de fantômes hantant les lieux, c’est autant pour les célébrer que pour les sanctifier. La Mémoire des Anciens fait office de transition entre L’Époque révolue et le Nouveau Monde et l’oublier équivaut à une faute grave mais il s’avère indispensable de ne pas vivre dans l’ombre du Passé sous peine de ne pas évoluer. Le Maître, en bon croyant, respecte les préceptes religieux mais ne les fête pas plus que de raison. Il se garde bien de voir en un quelconque Dieu une solution miracle car il pense que seule l’intelligence supérieure peut servir la bonne cause. C’est semble t’il, le sens de la séquence finale ou le Dieu-Cerf, furieux de la bêtise, perd toute moralité et s’attaque à ces individus pour récupérer sa tête jalousement gardée par les vils gardes. La tolérance n’est plus de garde et seuls la bienveillance du valeureux chevalier et de la fameuse Princesse Mononoké seront à même de rétablir l’ordre. Il n’est ainsi pas innocent que les personnages féminins contribuent en grande partie à la sauvegarde de cette Terre Vierge. L’auteur tient en haute estime ces femmes courageuses, mères et épouses sacrificielles qui repoussent l’envahisseur et travaillent dur au maintien d’une cohésion interne. Et si la femme soldat est plus ou moins décrite comme arrogante et aveuglée par sa mission, elle n’en reste pas moins vaillante et ne cessera jamais de rester fidèle à ses principes, aussi destructeurs soient t’ils. La fierté comme rempart contre le déshonneur, voilà bien l’essence fondatrice de toute âme respectable.

Fiche Technique: Princesse Mononoké 

Titre original : »Mononoke-hime »
Réalisateurs : Hayao Miyazaki
Scénaristes : Hayao Miyazaki
Acteurs : Yoshi Matsuda, Yuriko Ishida, Yuko Tanaka
Musique : Joe Hisaishi
Genre : Animation, aventure
Pays d’origine : Japon
Première sortie : 12 juillet 1997 (Japon)
Durée : 2h15

Récompenses : Prix du Meilleur film au Japanese Academy Awards; Prix Spécial au Blue Ribbon Awards; Prix Spécial aux Hochi Film Awards; Prix du Meilleur Film aux Kinema Junpo Awards; Prix du Meilleur film d’animation et du meilleur film aux Mainichi Film Concours; Prix du meilleur réalisateur au Nikkan Sports Film Awards

Auteur Le Cinéphile Dijonnais

Doctor Who saison 8 Épisode 7 : Kill the Moon – Critique

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Doctor Who saison 8 « Kill the Moon »

Synopsis : Le Docteur, Clara et sa jeune élève Courtney Wood se retrouvent à bord d’une mission suicide à destination de la Lune.

La tête dans les étoiles, les pieds sur le sol…

Septième épisode de la saison, Kill the Moon réussi, malgré l’absence du fameux pull, à être à la fois fun, rythmé, original et intelligent. Ce qui n’est pas une mince affaire tant il nous semblait que tout avait été dit sur la lune. De Cyrano de Bergerac au cinéma de Science fiction, le satellite pourtant désert avais nourris nombres de fantasmes sur son éventuelle occupation : des aliens, des humains, des civilisation antiques expatriées, des nazis… pas facile de passer après et de surprendre le spectateur averti. Et pourtant le docteur y arrive avec beaucoup de panache, en déroulant une intrigue aux premiers abords convenue qui surprend par un twist final gonflé.

On retrouve les personnages presque juste après le dernier épisode (The Caretaker). Amusant d’ailleurs de constater que le docteur semble avoir pris ses marques à Coal Hill School, il n’est pas précisé s’il a gardé le poste de concierge (peu probable), mais il semble faire parti du décors, le personnel et les élèves n’ayant pas l’air étonné de sa présence dans les couloirs. Toutefois son installation ne s’est pas faite sans dommages collatéraux, sa dernière excursion avec Courtney Wood a laissé des séquelles. La jeune élève, déjà turbulente, parle à tout le monde de voyage dans le temps, se sert du papier psychique comme fausse carte d’identité, et surtout déprime car le seigneur du temps, avec son tact habituel, lui a déclaré qu’elle n’avait rien de spécial après qu’elle ait vomit dans son Tardis, sujette au mal de l’espace… C’est alors à Clara de ramasser les pots cassés en lui demandant de convaincre l’adolescente du contraire, il refuse d’abord avant de prendre son assistante un peu trop au pied de la lettre en embarquant tout le monde sur la lune, année 2049. En chemin ils rencontrent une équipe d’astronautes en mission de « sauvetage » car la lune commence à avoir une influence néfaste sur le climat terrestre, et, pour changer, ils ne sont pas seuls.

Si l’intrigue s’articule autour d’un modèle standard de huit clos spatial pérennisé par Alien de Ridley Scott (« dans l’espace personne ne vous entendra crier etc… ») et utilisé sans cesse par la série : le schéma classique de l’équipe qui se fait bouffer petit à petit (« et si on allait chacun de notre coté tient ? » « Ouuu la bonne idée ! Faisons ça, aucune raison qu’il arrive quelque chose de grave… »), Kill the Moon aborde tout de même quelques thèmes intéressants. Le dérèglement gravitationnel, l’importance de la lune sur le climat et surtout le désintérêt de l’humanité pour la conquête spatiale. Quand il y a quarante ans aller poser ses fesses sur une planète inconnue était le summum de la hype, aujourd’hui l’espace fascine moins, ce que regrette le Docteur Bien que le phénomène soit compréhensible, quand on calcule les distance entre les planètes on se rend compte qu’il faudrait quand même un bon moment pour arriver quelque part, il est bien gentil l’autre mais il a deux cœurs et il est quasi-immortel…nous on a pas le temps! Sans compter le prix de l’essence avec la crise tout ça…et puis on à tous vu Gravity et ça donne franchement pas envie d’y aller (d’ailleurs si le docteur pouvait aller nous récupérer George qui flotte encore dans l’espace, ce serait gentil, merci) bref toujours est il que la joyeuse bande du bus magique Tardis débarque à une période charnière de l’histoire, un point fixe. Comme le fait remarquer Clara, l’humanité est encore bien présente dans les siècles à venir (et pas que sur terre), donc ce ne peut pas être la fin.

C’est autour de ces questionnements que s’articule vraiment l’épisode : La lune sera-t-elle détruite ? Est elle vraiment le satellite que tout le monde pensait connaître ? Les hommes arriveront-il enfin à se mettre d’accord pour éteindre la lumière en même temps (et faire de substantielles économies d’énergies) ? Tant de questions qui trouveront leurs réponses au cour d’une aventure à la fois audacieuse et palpitante ! Des dilemmes à grande échelles qui fleurent bon les années 80 et les vieux films de Spielberg, de quoi satisfaire le geek qui avait encore la tête dans les étoiles. Fort heureusement tout cela ne nous éloigne pas trop des personnages. On avait compris depuis Deep Breath que Clara commençait a douter de son ami. Son coté fonceur et casse cou faisait peut être finalement de lui un danger pour les autres. Et si le Docteur est depuis longtemps l’archétype de l’ami imaginaire que tout enfant rêverait d’avoir, on peut comprendre les appréhensions de sa partenaire. La plupart des anciens compagnons n’avait pas tant de contact avec le monde, Rose avait un travail peu intéressant, Martha et Donna avait une famille un peu envahissante, et Amy réussi à traîner son mari Rory avec elle, pour la plupart elles vivait entièrement avec le docteur (les 2 derniers avait même une chambre dans le Tardis). Pour Clara c’est très différent, bien qu’elle soit la fille impossible, elle reste très attaché à sa réalité. D’abord Baby sitter qui accepte d’échapper occasionnellement à sa routine, elle est devenue professeur dans un collège, profite d’une relation sérieuse avec Danny… de l’adolescente rêveuse elle est devenue une jeune adulte avec des responsabilités, incarnées ici par la présence de Courtney dans l’aventure. C’est son rôle d’enseignante de veiller à sa sécurité dans cet environnement hostile. Donc lorsque le docteur les laisses toutes les deux tomber pour aller voir ailleurs, son énervement est compréhensible. Elle ne peut plus suivre aveuglément son ami et veiller a la stabilité de sa vie réel. Clara est un personnage qui évolue lentement, mais qui évolue bien, et de manière crédible. Il faudra alors faire des choix, soit le docteur adoucis son comportement un peu extrême, soit les deux amis devront se séparer. La fin ne justifie pas toujours les moyens et confronter une adolescente de quinze ans à un dilemme dont dépend l’avenir de l’humanité était clairement la goutte de trop.

Le ton de la série devient alors plus humain, Doctor Who remet en question les fondement même de son personnage principal, de sa philosophie. N’en déplaise au fans qui n’apprécie pas que l’on remette en question leur héros, Clara est finalement loin d’être un personnage raté et désagréable, elle est le compagnon le plus adulte depuis le renouveau de la série, celle qui fait la part des chose entre les bonnes actions du Docteur et son coté enfoiré de première catégorie (que Capaldi incarne toujours avec une certaine aisance). Soyons franc, si les trois précédentes incarnation pouvait être fort sympathique, ce nouveau Docteur mériterait parfois un bonne paire de baffes. Le genre de personnage très à la mode que l’on trouve attachant quand ils sont dans notre écran, mais qui viendrait rapidement à bout de notre patience si on les croisait en chair et en os (comme Nathan de Misfits, Dr. House, Sherlock…entre autres). Cette nouvelles dynamique est peut être le souffle nouveau que l’on attendait.

Peut être que ces premiers épisodes un peu mou était finalement un mal nécessaire pour mettre en place une refonte en profondeur des codes de la série. Moffat nous avait promis un changement d’ambiance, on commence peut être a cerner ses ambitions…

Fiche Technique: Doctor Who Saison 8

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

Annabelle, un film de John Leonetti : Critique

Devenue une star grâce à Conjuring, succès surprise de l’été 2013, la terrifiante poupée Annabelle a aujourd’hui droit à son propre spin-off.

Un moyen comme un autre de capitaliser rapidement sur la bonne réputation du film, dont la suite n’est prévue que pour l’année prochaine. On pourrait penser qu’Annabelle n’est qu’une tentative de gagner de l’argent à peu de frais, en utilisant le succès d’une grosse franchise ; que le scénario, bâclé en moins d’un an, ne peut être qu’un empilement des pires clichés du genre ; et que la production mise si peu sur le film qu’elle en confie la mise en scène à John Leonetti, directeur de la photographie de son état, et connu pour avoir réalisé deux chefs d’œuvre du cinéma, Mortal Kombat Annihilation et L’Effet Papillon 2. On pourrait le croire. Mais on serait encore loin du compte.

Petite leçon de cinéma

On dit que l’on apprend plus des mauvais films que des bons. Annabelle devrait donc être montré dans les écoles de cinéma. C’est en effet un parfait exemple de ce que le 7ème art peut faire de pire. En matière de mise en scène, pour commencer. Leonetti est probablement un bon technicien. Après tout, il a commencé sa carrière comme Chef Opérateur, et a même mis en images Conjuring. Cela se ressent, d’ailleurs, dans la photographie, seul élément réussi du film. Le genre de l’horreur se prête assez bien aux jeux d’ombres et de lumières, et l’on sent que Leonetti se fait plaisir, sans chercher non plus à être foncièrement original.

Mais un bon technicien ne fait pas forcément un bon réalisateur. Si certains de ses cadrages sont de bonne facture (encore heureux, vu le passé du bonhomme), la mise en scène est globalement ratée. On sent une intention, une recherche dans les mouvements de caméra, mais le tout manque de fluidité, et ne parvient pas à provoquer l’effroi attendu. Certaines scènes sont mêmes une torture à regarder, tant les erreurs se multiplient. Peut-être l’effet de gêne qui en découle était-il recherché, mais la méthode n’est pas la bonne.

Où est Annabelle ?

Le scénario est également un modèle de foirage total. Les personnages sont creux et inintéressants au possible, tout droit sortis du petit manuel des clichés du genre. Le couple principal ne provoque aucune empathie, malgré les nombreuses tentatives de les rendre sympathiques. Les dialogues creux s’enchaînent, et on a parfois l’impression d’assister à un concours pour voir qui arrivera à sortir le plus de lieux communs en une seule phrase. Difficile de ressentir la moindre frayeur, lorsque l’héroïne principale a moins de personnalité que sa poupée.

D’autant que la poupée en question n’a finalement guère d’incidence sur le scénario. Son origine manque de clarté, et elle ne semble servir à rien pendant les trois quarts du film, hormis à tenter de faire frissonner le spectateur avec ses yeux vides et son sourire carnassier. Au final, on a droit à un enchaînement de séquences sans vraiment de liant, tentant désespérément de relancer l’intérêt du spectateur sans faire progresser l’intrigue d’un iota. Le film se termine sur l’un des cliffhangers les plus poussifs de l’histoire du cinéma, dans une tentative de le lier à Conjuring. Tout cela manque de mordant, ce qui est un comble quand on connaît le nom du scénariste.

Annabelle est une preuve de plus que les producteurs, plutôt que de chercher à prendre des risques, préfèrent capitaliser sur le succès d’un film et l’audience qu’il pourra rapporter sans se mouiller. Finalement, la seule chose qui fasse peur ici, c’est la distance à laquelle ces derniers sont prêts à aller en prenant le spectateur pour un con. À éviter à tout prix, pour ne pas les encourager.

Synopsis : John Form est certain d’avoir déniché le cadeau de ses rêves pour sa femme Mia, qui attend un enfant. Il s’agit d’une poupée ancienne, très rare, habillée dans une robe de mariée d’un blanc immaculé. Mais Mia, d’abord ravie par son cadeau, va vite déchanter.

Annabelle : Bande-annonce

Annabelle : Fiche technique 

Réalisateur : John R Leonetti
Scénariste : Gary Dauberman
Interprétation : Annabelle Wallis (Mia), Ward Horton (John), Alfre Woodard (Evelyn), Tony Amendola (Père Perez), Eric Ladin (Détective Clarkin)
Producteurs : James Wan, Peter Salfran
Directeur de la photographie : James Kniest
Compositeur : Joseph Bishara
Monteur : Tom Elkins
Production : New Line Cinema, Evergreen Media Banner
Distributeur : Warner Bros France
Durée : 98 minues
Genre : Horreur
Date de sortie : 8 octobre 2014

Etats-Unis – 2014

Auteur : Mikael Yung

 

The November Man, un film de Roger Donaldson : Critique

The November Man a frisé la correctionnelle, passant à deux doigts du ridicule revival d’un Bond qu’a incarné autrefois Pierce Brosnan.

Synopsis : Ex-agent de la C.I.A. désormais à la retraite, Peter Devereaux est rappelé par celui qui était son supérieur à l’époque, pour aller sortir de Russie une agente qui doit lui révéler un nom. Tout change quand il apprend que cette agente est la femme qu’il a toujours aimée.

Un Bond film

Tout y était pour que ce film devienne un gadin mémorable : la C.I.A. à la place du M.I.6, les Russes encore et toujours présentés comme d’infâmes dictateurs assoiffés de sang et Roger Donaldson aux manettes, réalisateur potache qui ne peut se vanter que d’avoir réalisé l’excellent Sens Unique. Et bien non finalement, malgré ses handicaps, The November Man se démarque de 007, le plus traditionnel du moins, puisque il ressemble (de loin) au 007 version Daniel Craig : brutal, ambigüe et finalement plus humain.

La guerre froide réchauffée

Comme dans Sens Unique, Roger Donaldson revient avec un scénario à ouvertures multiples, empilant fausses pistes, poursuites et révélations, pour accoucher d’un complot international visant à faire des U.S.A. et de la Russie d’authentiques alliés. Si l’intention est louable, on peine à croire qu’on puisse encore de nos jours, pondre des scénarios au parfum de Guerre Froide qui cumulent les clichés sur une époque dont les cendres sont à peine tièdes. Peu importe, le film est efficace et finalement, beaucoup moins stupide que le Die Hard 5 de triste mémoire, qu’on nous a imposé il y a peu.

Chaine alimentaire

Tout tourne autour de Peter Devereaux, ex-agent de la C.I.A. mis en retraite depuis quelques années et rappelé par son boss pour aller sortir sa petite copine des griffes d’un méchant dictateur russe, responsable de la deuxième guerre de Tchétchénie. Pas certain que sa majesté Poutine apprécie beaucoup le film, tant la ressemblance (pas très fine) a l’air voulue. Les années prises (très bien prises d’ailleurs) par Pierce Brosnan, aident à faire de Devereaux un personnage sûr de ses qualités d’agent, mais bien moins sûr de ses qualités d’homme. Un agent, capable de choisir entre sa vie et celle des autres et qui n’hésite pas à trancher l’artère fémorale d’une femme qu’il ne connait pas, pour sauver sa peau : dévorer ou être dévoré…

Des morts sans temps mort

S’il n’a jamais brillé, Roger Donaldson a le talent pour faire des films énergiques et nerveux où le rythme retombe très rarement. C’est vrai aussi, il sait tirer le chaland avec du sang, de la violence et une dose de sexe, mais Die Hard 5 (décidément) l’a démontré, ça ne suffit pas toujours à faire un bon film d’un film médiocre. Le montage enchaine les scènes courtes qui vont à l’essentiel, avec d’autres à peine moins courtes, qui posent les enjeux et les personnages. Les scènes d’actions, moins abusées que dans certaines franchises, restent tout à fait honnêtes et ont en efficacité ce qu’elles n’ont pas en moyens.

Retour aux sources

Pierce Brosnan semble avoir compris que c’est bien en espion qu’il est le meilleur. Même s’il s’est essayé à la comédie durant toutes ces années, sa carrière post-Bond manque de cohérence. Les rides et un visage plus émacié lui donnent le « grain » et l’épaisseur qui manquaient encore au 007 de l’époque. Moins d’arrogance et plus de sincérité, Pierce Brosnan sait finalement jouer la comédie. Pas comme Luke Bracey (G.I. Joe, American Dream), pas aidé par un rôle de décomposition, de personnage monolithique façon Keanu Reeves, qui tire la tronche jusqu’au générique de fin, tout ça pour avoir l’air d’un dur. Mais un dur qui fond comme n’importe qui devant Olga Kurylenko (Saint-Laurent, Oblivion et, tiens donc, Quantum Of Solace), adorable en poupée russe, rendue atomique dans une scène où elle doit jouer les escort-girls de luxe, vêtue d’une robe plus courte qu’un t-shirt…

Bienvenue chez toi

Bon c’est vrai, c’est pas non plus le grand retour de Pierce Brosnan, c’est même pas son meilleur film, mais c’est honnête et bourré des meilleures intentions du monde: faire passer un bon moment à tous ceux qui ont besoin d’évacuer un peu d’hormones et les rappeler aux bons souvenirs de sa majesté James. Sans affirmer que ce sera un bon investissement, on a presque envie de dire que se payer une place de cinéma pour aller le voir, ne sera pas forcément de l’argent balancé par les fenêtres. Pour peu qu’on soit client de relents de guerre froide et d’agents doubles, qui dorment toute leur vie une arme sous l’oreiller. Sinon, attendez de le voir sur petit écran… 

Fiche Technique: The November Man

Réalisation : Roger Donaldson
Casting: Pierce Brosnan, Olga Kurylenko, Luke Bracey, Bill Smitrovich, Will Patton
Scénario: Michael Finch et Karl Gajdusek
Montage: John Gilbert
Musique: Marco Beltrami
Production: Sriram Das et Beau Saint Clair
Société de distribution : Relativity Media
Origine: U.S.A.
Genre: Espionnage
Durée: 108’
Sortie française: 29 octobre 2014

Auteur : Freddy M.

Equalizer, un film d’Antoine Fuqua – Critique

Treize ans après Training Day, qui avait vu Denzel Washington remporter l’oscar du meilleur acteur, le comédien retrouve le réalisateur Antoine Fuqua pour une adaptation sur grand écran de la série culte des années 80 Equalizer.

Un projet qui devait au départ être confié à Nicolas Winding Refn, le metteur en scène de Drive, et qui est annoncé comme le début d’une nouvelle franchise façon Jason Bourne. Une suite a d’ailleurs déjà été annoncée.

On retrouve l’influence des années 80 dans le film comme dans la mise en scène. Grand connaisseur de films d’action, et rôdé au genre de par sa filmographie, Antoine Fuqua offre au spectateur plus de deux heures d’action décomplexée, violente, souvent amorale et toujours parfaitement stylisée. On se croirait parfois dans un Die Hard, le côté second degré en moins. Car le réalisateur prend son héros très au sérieux, lui offrant un statut quasi divin, comme un ange rédempteur intouchable, abattant son bras d’une terrible vengeance sur les hordes impures venues, comme de bien entendu, de la mère Russie.

Certains regretteront cet aspect très premier degré, critiquant la violence gratuite qui imprègne la pellicule. Il est vrai que le scénario tient ici sur un timbre poste, et que les motivations de Robert McCall sont pour le moins simplistes. Son désir de protéger à tout prix une jeune prostituée qu’il vient de rencontrer est peut-être un clin d’œil à Taxi Driver (probablement, même), mais la relation entre les deux personnages est loin d’atteindre le niveau de celle liant Travis et Betsy. Fuqua a l’air conscient de cette absence de justification mais, loin de s’en cacher, semble jouer avec, entraînant le spectateur dans des bagarres toujours plus spectaculaires et nerveuses.

Washington, le président de l’action

Et il peut compter sur son vieux partenaire Denzel Washington pour porter le film sur ses épaules. Dans son rôle de protecteur et de réparateur de torts, il est impeccable, proche de son personnage de Man on Fire, de Tony Scott, mais en moins truculent. Impossible, en fait, de ne pas penser à Jason Bourne dans la froide efficacité dont il fait preuve en tant que retraité au passé sombre et violent. Face à lui, Marton Csokas apporte une certaine épaisseur à un personnage pourtant stéréotypé de psychopathe embauché par la mafia russe pour régler le problème McCall. Chloë Moretz, de son côté, profite du peu de temps qui lui est offert à l’écran pour prouver sa capacité à jouer tous les rôles. Si celui de Terri ne fera sans doute pas date dans sa carrière, et s’il y a peu de chance que les spectateurs tentent d’assassiner le président en son nom, elle s’en sort tout de même avec les honneurs.

Equalizer se révèle donc être un film musclé et plutôt bien filmé, porté par un Denzel Washington toujours au sommet malgré ses 60 printemps, mais manquant d’un scénario valable et de personnages profonds. Qu’importe, son ambition principale n’est autre que de contenter le spectateur avide d’action frénétique, et il remplit parfaitement sa mission. Que demander de plus ?

The Equalizer : Bande-annonce

Synopsis : Pour McCall, la page était tournée. Il pensait en avoir fini avec son mystérieux passé. Mais lorsqu’il fait la connaissance de Teri, une jeune fille victime de gangsters russes violents, il lui est impossible de ne pas réagir. Sa soif de justice se réveille et il sort de sa retraite pour lui venir en aide. McCall n’a pas oublié ses talents d’autrefois…

The Equalizer : Fiche technique

Réalisation : Antoine Fuqua
Scénario : Richard Wenk, d’après l’oeuvre de Richard Lindheim et Michael Sloan
Interprétation : Denzel Washington (Robert McCall), Chloë Grace Moretz (Terri), Marton Csokas (Teddy), Bill Pullman (Brian Plummer), Melissa Leo (Susan Plummer)
Producteurs : Todd Black, Jason Blumenthal, Tony Eldridge, Mace Neufeld, Alex Siskin, Michael Sloan, Steve Tisch, Denzel Washington, Richard Wenk
Photographie : Mauro Fiore
Musique : Harry Gregson-Williams
Montage : John Refoua
Production : Columbia Pictures, Escape Artists, Lionsgate, Mace Neufeld Productions, Village Roadshow Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing France
genre : Action, thriller
Durée : 132 minutes
Date de sortie : 1er octobre 2014

USA – 2014

Auteur : Mikael Yung

Die Hard – Belle journée pour mourir, un film de John Moore : Critique

À la fois le pire Die Hard et un très mauvais film d’action 

Synopsis: Bruce Willis est de retour dans son rôle le plus mythique : John McClane, le « vrai héros » par excellence, qui a le talent et la trempe de celui qui résiste jusqu’au bout.
Cette fois-ci, le flic qui ne fait pas dans la demi-mesure, est vraiment au mauvais endroit au mauvais moment après s’être rendu à Moscou pour aider son fils Jack, qu’il avait perdu de vue. Ce qu’il ignore, c’est que Jack est en réalité un agent hautement qualifié de la CIA en mission pour empêcher un vol d’armes nucléaires. Avec la mafia russe à leur poursuite et la menace d’une guerre imminente, les deux McClane vont découvrir que leurs méthodes radicalement différentes vont aussi faire d’eux des héros que rien ne peut arrêter.

Qui aurait pu penser que John McClane, personnage emblématique du film d’action pure et dure, rôle mémorable qui lança la carrière de Bruce Willis, reviendrait encore sur les écrans 25 ans après l’incontournable Piège de Cristal ? Peu de gens, il est vrai. Surtout les fans, qui n’attendaient pas à se retrouver face à un quatrième opus, certes hautement divertissant, mais qui leur était quasi blasphématoire, cassant les codes érigés par les premiers opus de la saga. Vous avez râlez envers le film de Len Wiseman ? Avec ce cinquième épisode, Die Hard – Belle journée pour mourir, vous n’avez encore rien vu.

Si l’idée de retrouver ce cher McClane a toujours quelque chose d’alléchant sur le papier, le projet avait déjà de quoi faire dresser bien des poils, à commencer par le réalisateur. John Moore, un homme à qui nous devons En territoire ennemi, Le Vol du Phoenix, La Malédiction (le remake du long-métrage de Richard Donner) et Max Payne. Des films qui ont offert à leur cinéaste le titre de mauvais réalisateur auprès de l’inconscient collectif. Autre détail qui pouvait mettre la puce à l’oreille : sa durée de 1h38, alors que la moyenne d’un Die Hard tourne autour de 2h. Il est vrai que juger un film sur des a priori de ce calibre (surtout sur sa durée) peut paraître dérisoire. Mais dans le cadre de Die Hard 5, cela se présentait véritablement comme un signal d’alarme qui se confirme dès les premières secondes du long-métrage.

Le fil démarre part une introduction qui consiste à poser les bases de l’histoire, à savoir présenter rapidement les antagonistes et leur plan, ainsi que de mettre en avant la situation dans laquelle se met McClane Jr. (après la fille dans le 4, voici le fils…). Pour cela, on balance aux spectateurs diverses scènes sans réel lien ni transition potable, montées donc à la va-vite, qui ont bien du mal à captiver l’attention. Un effet brouillon qui ne donne nullement envie de suivre l’aventure (pour un début de film, ça ne le fait pas). Ensuite, John McClane arrive à l’écran. Dans la saga, c’est toujours fait de manière comique : une discussion insensée avec un passager d’avion (le 1), une jérémiade pour se faire sauter une contravention (le 2), une apparition en mode alcoolique (le 3) et une altercation avec sa fille non dénuée d’humour (le 4). Là, avec une caméra posée, une ambiance lourde et un manque flagrant de comique, s’en est presque dépressif de voir le personnage principal. Avec un prélude aussi loupé, difficile d’avoir une lueur d’espoir concernant le reste du film.

Pourtant, Die Hard 5 tente par tous les moyens d’affirmer son appartenance à la franchise, et ce pendant toute la durée du film. Le problème est qu’il le fait de manière beaucoup trop appuyée et surtout maladroite au possible. À tel point qu’il est obligé de passer par la référence inutile (faire un lien avec le film précédent en montrant la fille du héros, toujours jouée par Mary Elizabeth Winstead), par un running gag excessif qui ne fait plus rire (McClane qui balance au moins sept fois dans  le film être en vacances) et même par un « Yippee-ki-yay » qui nous est jeté à la figure sans aucune imagination. Avoir un humour, bas de gamme qui plus est, et de l’action à gogo qui s’enchaîne juste histoire d’avoir de la fusillade et des explosions à outrance, cela ne fait pas d’un film d’action hollywoodien un Die Hard. Surtout quand ce dernier, qui veut à tout prix faire partie de la saga, ne possède aucune des qualités.

Qu’est-ce exactement un Die Hard ? C’est un divertissement dans lequel le héros se trouve au mauvais endroit au mauvais moment. Ici, il est sur place par choix (dans le but d’aller sauver son fils, se jetant donc volontairement dans la gueule du loup). Où le personnage secondaire est drôle et possède un charisme indéniable. Ici, Jay Courtney est aussi impressionnant qu’une huître avariée (de quoi regretter Samuel L. Jackson). Où les méchants ont une classe folle (rappelez-vous d’Alan Rickman et de Jeremy Irons). Ici, ils sont en surnombre (au moins trois principaux) et ne sont même pas fichus d’avoir une aura digne de ce nom, à cause de répliques à deux balles et de comédiens inconnus du grand public à côté de la plaque. Où l’action peut être démesurée sans jamais être véritablement invraisemblable. Ici, McClane se sort d’un carambolage monstre sans aucune égratignure (alors que le personnage est réputé pour son côté héroïque mais aussi sensible niveau blessures), se balade en marcel avec son fils dans un Tchernobyl pourtant irradié. Où Bruce Willis s’amuse comme un petit fou. Ici, il s’ennuie à mourir et cela se voit. Bref, la liste des comparaisons est bien longue pour dire que ce film n’a de Die Hard que le titre.

Si seulement le film pouvait se contenter d’être le pire Die Hard qui puisse exister à l’heure actuelle. Mais non, il est également un très mauvais film d’action. La faute au réalisateur John Moore. S’il sait faire exploser des véhicules, les envoyer dans le décor ou démolir ce dernier, il n’a aucun talent pour filmer et monter une séquence d’action. La première scène de course-poursuite dans Moscou est l’exemple le plus représentatif du film : un moment du long-métrage qui arrive à perdre le spectateur même avec une caméra fixe (qui ne bouge pas dans tous les sens comme dans Transformers) par des plans trop courts, montés de manière anarchique, faisant intervenir des personnages et véhicules sortant de nulle part, ne respectant jamais les divers éléments spatio-temporels (une voiture sur une route qui saute d’un pont apparu soudainement la seconde d’après). De l’action très mal fichue, qui n’explique pas quelques effets visuels n’ayant rien à faire dans ce type de film (le crash d’un hélico au ralenti, dont le plan semble tout droit sorti de Watchmen). Une hystérie illisible et incompréhensible qui ne titille nullement notre attention, jusqu’à un happy end des plus niaiseux qui puissent exister.

Un cinquième opus qui fait littéralement honte à la saga initiée par John McTiernan, qui a au moins le mérite de ne faire que 1h38 (finalement, cela reste la meilleure idée du film), clamant haut et fort qu’il serait temps de s’arrêter avant de continuer un éventuel massacre (un sixième et dernier film serait actuellement en projet). Une déception de taille qui se place au niveau des direct to video auxquels Bruce Willis semble désormais habitué pour toucher son cachet de comédien ne pensant qu’à l’argent comme un certain Nicolas Cage, au point d’enchaîner sans pudeur les bouses cinématographiques. Il y a de quoi crier à l’unisson « Yippee-ki-yay, pauvre con ! ». A Bad Day to Die Hard…

Fiche Technique: Die Hard – Belle journée pour mourir

Titre original: A Good Day to Die Hard
États-Unis – 2013
Réalisation : John Moore
Scénario : Skip Woods, d’après les personnages créés par Roderick Thorp
Interprétation : Bruce Willis (John McClane), Jay Courntey (Jack McClane),Sebastian Koch (Yuri Komorov), Cole Hauser (Collins), Amaury Nolasco (Murphy), Yuliya Snigir (Irina), Sergei Kolesnikov (Viktor Chagarin), Mary Elizabeth Winstead (Lucy McClane)…
Date de sortie : 20 février 2013
Durée : 1h38
Genre : Action, policier
Image : Jonathan Sela
Décors : Tom Brown
Costumes : Bojana Nikitovic
Montage : Dan Zimmerman
Musique : Marco Beltrami
Budget : 92 M$
Productions : 20th Century Fox, Dune Entertainment et Media Magik Entertainment
Distributeur : 20th Century Fox

White Bird, un film de Gregg Araki : Critique

Éternel cinéaste arty sans cesse plongé dans les méandres de l’adolescence, Gregg Araki est de retour quatre ans, avec le film white Bird, après le trip parano et apocalyptique qu’était Kaboom.

Synopsis: Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…

Contrairement à ce dernier, Araki traite ici son sujet avec une maturité, une ambition et surtout un désenchantement qu’on n’avait pas retrouvé depuis Mysterious Skin. Ce qui l’amène à considérablement renouveler son champ de travail en se focalisant autant sur cette jeune adolescente que sur le cocon social et familial dans lequel elle vit. Presque logiquement présenté à Sundance, White Bird est le onzième long-métrage de Gregg Araki mais n’est seulement que sa deuxième adaptation. C’est après les recommandations d’un ami producteur qu’il s’est lancé dans la lecture du roman Un oiseau blanc dans le blizzard (Laura Kasischke, 1999). Le réalisateur y trouvera un matériau formidable composé d’un certain lyrisme, d’une poésie et d’un contraste douceur/violence qui lui sied parfaitement. Comme il le dit en interview, il y a trouvé la même substance qui l’a charmé lors de la lecture de Mysterious Skin (Scott Heim, 1995). C’est ce mélange d’émotions et d’épreuves qui construisent l’adolescence que Gregg Araki a tenu en mettre en scène et à réécrire pour en faire un objet cinématographique. Et derrière ce voile fin et sensible du teenage dream, White Bird est également un portrait peu flatteur d’une Amérique banlieusarde avec sa famille modèle désillusionnée.

American Youth

Autant portrait juvénile que thriller à suspense en passant par le drame familial, White Bird explore avec finesse l’introspection d’une adolescente qui doit affronter les névroses de sa mère, le manque de vigueur d’un père qui ne s’affirme jamais, mais également se découvrir auprès des hommes. C’est la disparition soudaine de la mère qui sera le point de départ de cette intrigue qui tient autant à sa résolution qu’au développement de cette adolescente, brutalement confronté à la réalité. Progressivement, Gregg Araki nous dévoile les indices pour résoudre cette intrigue. Les personnages se révèlent, les névroses prennent place, les peurs de chaque personnage ressortent et les langues se délient enfin. Cette disparition est aussi le fait d’un contexte social qui s’avère peu reluisant. La banlieue a toujours incarné cet idéal de la réussite américaine. Petite propriété avec jardin et famille modèle qui consomme les bons produits de consommation de notre société. Derrière cette façade superficielle se trouvent une image faussée de ce qu’est le bonheur vendue par de fausses illusions médiatiques. Dans ce sens, Gregg Araki lorgne du côté de Sam Mendes et de son American Beauty, portrait fin et tragique d’une famille banlieusarde. La famille de White Bird n’est que le reflet d’un pays avec ses névroses, ses problèmes et ses ambitions avortées. Il est presque normal alors de voir le personnage de Shailene Woodley rejeter physiquement et psychologiquement la disparition de sa mère, ne sachant plus où se situer entre l’attachement et l’émancipation d’un cocon familial qui lui nuit littéralement. Elle n’en reste pas moins désorientée et toutes les étapes de sa vie se réaliseront dans l’ombre d’un mystère non résolu. Sous les traits d’un bonheur superficiel, cette famille américaine explose par le biais d’un mari qui se sera toujours comporté comme une lavette, d’une mère sacrifiée dans ses ambitions, et cette adolescente mal dans sa peau qui trouve un refuge dans le sexe, notamment avec cet enquêteur bien plus âgé qui symbolise la virilité qu’elle attendait de son père. Gregg Araki a l’audace de revenir à l’essence même du flashback. Il désamorce son intrigue au profit de plusieurs petits récits et d’éléments venant apporter à chaque fois un peu plus de profondeur à une disparition qui devient de plus en plus énigmatique. En ce sens, et même si avec du recul on pouvait la deviner, le final est une vraie réussite tant sur son rebondissement que sur la manière dont il est amené.

Seul Gregg Araki pouvait nous mettre en scène avec une telle maestria cette chronique chaotique de l’adolescence. Thriller splendide, Gregg Araki reconstitue fidèlement le charme de la transition des années 1980 et 1990 et magnifie cette période par une bande-son toujours aussi onirique. Très formaté Sundance, White Bird est un ensemble de longs et magnifiques plans qui ne rendent que plus élégant cet âge formidable qu’est l’adolescence, avec ses découvertes et ses déceptions. Ce travail entre le son et l’image nous renvoie le symbole d’une jeunesse idéalisante mais en perte de repères. Des plans fixes qui s’éternisent mais qui ne mettent jamais mal à l’aise et semble au contraire nous hypnotiser. Avec un mystère à résoudre, White Bird invite le spectateur à pleinement s’impliquer dans la narration et de devenir aussi bien l’enquêteur de cette disparition que le témoin d’un portrait sensible de l’adolescence. Au-delà de cette implication, Gregg Araki nous emmène à nouveau en terrain surréaliste avec quelques plans oniriques dans les rêves du personnage principal. Pleinement influencés par Lynch, tous ce blanc trop-pesant à l’écran renvoie à cette quête de la vérité du personnage principal sur la disparition de sa mère. Tout sera finalement lié dans les derniers plans du film.

Derrière cette narration propre à Araki, il y a également un quatuor de comédiens qui portent littéralement le film et en font le petit chef d’œuvre « sundancien » qu’il est. A commencer par Shailene Woodley qui trouve un rôle mature à la hauteur de son talent comme elle l’avait déjà pu nous le montrer dans The Descendants d’Alexander Payne ou The Spectacular Now de James Ponsoldt. Mais elle pousse vraiment la panoplie de son jeu à son paroxysme et se donne corps et âme dans ce personnage tiraillé par la famille, son désir de goûter aux hommes et celui de croquer la vie à pleine dent. Elle sera pourtant sans cesse retenue par l’absence de réponses sur la disparition de sa mère, l’empêchant de pleinement s’affirmer en tant qu’adulte. Cette mère névrosée et disparue est interprétée avec brio par Eva Green, brillante et performante qui ferait presque oublier qu’on ne la connaissait auparavant que « comme la fille de Marlène Jobert ». Ultra-présente sur nos écrans cette année avec les sorties respectives des suites de 300 et Sin City, de The Salvation et surtout de l’honorable série fantastique de John Logan et Sam Mendes, Penny Dreadful. Avec White Bird, elle construit un personnage troublé, tombé dans l’illusion d’une vie parfaite et jalousant sa fille. Un personnage complexe qui ne semblait pas être de premier abord pour Eva Green (plus vieille qu’elle dans le roman) mais qui s’avère finalement pleinement impliqué au point d’en faire la femme issue d’une génération sacrifiée qui n’a que le foyer pour s’épanouir. Triste. Au sein de ce foyer, elle est mariée ou plutôt attachée à un mari mollasson incarné par un Christopher Meloni dans un rôle étonnamment fébrile et peu affirmé pour sa mesure. Il joue avec conviction et justesse ce personnage de père qui semble oublier son autorité et se contente d’une vie suffocante mais qu’il accepte et ne fait que renier intérieurement. Une sorte d’antagonisme littéral à la performance de Kevin Spacey dans American Beauty. Enfin, Shiloh Fernandez est plutôt bon dans son rôle de naïf insouciant, romantique mais traversé d’interrogations et enclin au désir d’une fille de son âge et d’une mère qui voit en lui autant une forme de divertissement qu’un moyen de retrouver une certaine jouvence. Ceux qui auront vu le Evil Dead de Fede Alvarez ou Le Chaperon Rouge de Catherine Hardwicke le reconnaîtront sans doute. A noter quelques apparitions de Thomas Jane dans le rôle d’un détective accompli. Tous ses personnages ont pleinement compris les intentions de Gregg Araki et la direction d’acteurs aidant, la justesse de leurs interprétations fait que pas une seule seconde on ne s’attend à ce final aussi bouleversant que surprenant.

Présenté dans la sélection à Deauville, White Bird est reparti bredouille de récompenses comme dans à peu près tous les festivals où il a été présenté. Et c’est véritablement dommage tant ce film sonne comme la renaissance du cinéaste qui se renouvelle et aborde une nouvelle manière d’appréhender l’adolescence après son délire hallucinatoire qu’était Kaboom. Porté par des acteurs sans failles, White Bird est l’une des pépites indépendantes de cette année au même titre que States of Grace, qui ne concourt cependant pas dans la même catégorie. Gregg Araki nous offre un film dramatique, poétique et sensible dans sa manière d’aborder une époque et un contexte social cher à la classe moyenne américaine. White Bird est un magnifique récit sur une Amérique avec ses secrets et ses névroses, le tout sublimé par l’élégance et le génie de ce réalisateur qui ne cesse de nous surprendre depuis près de trente ans maintenant. Un des grands noms du cinéma américain actuel.

Fiche Technique: White Bird

Titre originale: White Bird in a Blizzard
USA – France
Réalisation: Gregg Araki
Scénario: Laura Kasischke (roman) – Gregg Araki (scénario)
Interprétation : Shailene Woodley (Kat Connors), Eva Green (Eve Connors), Christopher Meloni (Brock Connors), Shiloh Fernandez (Phil), Gabourey Sidibe (Beth), Thomas Jane (Detective Scieziesciez)
Genre: Drame-thriller
Durée: 91min
Image: Sandra Valde-Hansen
Décor: Todd Fjelsted
Costume: Mairi Chisholm
Montage: Gregg Araki
Son : Robin Guthrie & Harold Budd
Producteur: Gregg Araki, Pascal Caucheteux, Sébastien K. Lemercier, Alix Madigan, Pavlina Hatoupis, Julie Peyr, J.B. Popplewell & Sean Vawter
Production: Desperate Pictures, Orange Studio, Why Not Productions & Wild Bunch
Distributeur: Bac Films
Budget : /
Festival: Présenté à Sundance 2014 et Sélectionné dans la Compétition officielle au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2014