Desert Dancer, premier film de Richard Raymond est un film précédé de très loin par sa bande-originale, de vraiment très loin puisque sa sortie n’est prévue que pour septembre prochain. Peu importe au fond puisque qu’elle est réussie, qu’elle s’écoute même sans appétit et qu’elle incarne au mieux l’histoire qu’elle raconte. Car Benjamin Walfish (Summer In February) a su capter tout ce qu’inspire le désert à l’occidental et peut-être au moyen-oriental. Cette immensité à l’uniformité troublante, cette sauvagerie latente pourtant imprégnée de la sérénité propre au lieu dénué de civilisation.
C’est à de l’épure que Walfish nous invite, à une partition presque aussi dénudée que le désert lui-même. D’inspiration orientale, sa partition privilégie des arrangements sobres à l’extrême, aux influences mixtes, car sonnant parfois comme le travail de John Barry sur Danse Avec Les Loups, à croire que les grands espaces, propres aux deux films, sont des inspirations communes. On médite sur cette bande-originale, on s’y endort aussi sans arrière-pensée. C’est beau, c’est simple et donne peut-être à Benjamin Walfish un billet pour de plus grands films.
Interminable comme : « c’est bientôt fini ? », « c’est pas terminé ? », « y en a encore long ? », Un Voisin Trop Parfait est une suite de questions loin d’être existentielles, un déchaînement de poncifs et de ressorts dramatiques, rebattus autant que les cartes d’un tournoi de poker. Rob Cohen (xXx, Alex Cross), dont on ne s’attend pas à ce qu’il devienne le nouveau Kubrick, pille sans remords les archives du cinéma érotico-pyschopato-dramatique. Parmi les références avouées ou non mais évidentes, citons pêle-mêle : Basic Instinct (même si Jennifer Lopez avec une main dans la culotte, ça ravira les fans), Un Eté 42 pour la différence d’âge et Liaison Fatale, et bien…pour la liaison fatale.
Génie or not génie
Quand on s’attaque à ce type de film, deux options s’offrent à un metteur en scène. Il n’est pas un génie et dans ce cas il doit faire du neuf, avoir l’imagination qui lui permette de proposer un peu de nouveauté. Il est bien un génie de la mise en scène et peut se permettre de reproduire ce qui a déjà été fait, car on sait que sa science se glissera entre les lignes et qu’il saura captiver avec du déjà-vu. Rob Cohen en choisissant la seconde option, se trompe sur lui-même et nous lance le défi de trouver quelque chose à sauver.
Le non-sens du rythme
Un Voisin Trop Parfait souffre cruellement d’un rythme à contretemps. Trop long à démarrer, il devient vite frustrant, quand on comprend que la situation va mettre un moment à se décanter. Quand ça se produit, on enchaine les situations prévisibles. Le suspens, élément essentiel à ce genre d’œuvre, en prend donc un coup puisque Rob Cohen donne les réponses avant qu’on se pose les questions. En y réfléchissant bien la première réponse, importante, se trouve dans le « trop » du titre français. Il faut dire aussi qu’il peine à mettre en place une ambiance vraiment glaçante, comme c’est de rigueur dans les thrillers. Si on se surprend parfois un peu tendu, on ne tremble pas, pourtant quoi de mieux qu’un thriller qui se rapproche peu à peu de la frontière avec le film d’horreur ? Finalement patatra, l’happy end « made in USA » de rigueur, à la limite du grotesque, vient enterrer définitivement toute tentative de faire peur aux petites filles.
Le ridicule ne tue pas, mais il y contribue…
Si Un Voisin Trop Parfait ne brille pas par son originalité en matière de suspens, la première partie qui voit naître une histoire d’amour tombe dans le pathétique. Non seulement elle est éculée, mais en plus elle aligne des scènes objectivement ridicules. Passe encore le trouble d’une Jennifer Lopez (pauvre Jilo, qui ne méritait pas ça) en « cougar » délaissée face à un beau jeune homme, passe encore les plans stupidement insistants sur ses formes à peine dissimulées sous de la lingerie sexy. Mais tout de même, la montrer avec insistance à sa fenêtre, en train de détailler la musculature du jeune homme en train de faire la mécanique, bras luisants de graisse de moteur, donnera au choix des larmes de rire ou de tristesse. On pense immanquablement à une certaine pub pour une certaine boisson au cola… On ne reviendra pas sur les scènes de sexe car, tout ça cumulé, fait de ce film un des plus racoleurs.
Un voisin de trop
Mais la grosse tare d’Un Voisin Trop Parfait, c’est le fameux voisin. Comment le dire sans être méchant ? Ce genre de film repose au moins à 50% sur le charisme de son « méchant » et la qualité de son interprète. Si on imagine parfaitement Ryan Guzman (Sexy Dance 4, Sexy Dance 5), pectoraux proéminents, en train de sauver le monde au service de Marvel, en psychopathe pas du tout. C’est allègrement confirmé ici : il sait parfaitement jouer les beaux gosses, hausser le sourcil comme il faut, quand il faut. Mais ce haussement de sourcil, lorsqu’on est un « vilain garçon », déclenche plus le rire qu’autre chose. Puis tout le monde sait ça : un bon psychopathe de cinéma a de la finesse, de l’humour et sait approcher sa proie en douceur. Le psychopathe de cinéma est un chasseur embusqué. Pas question de sortir les gros sabots comme le fait Ryan Guzman.
C’est triste
En fait, c’est assez triste pour Jennifer Lopez (surnommée un temps « la guitare », allez comprendre…), triste de voir que U-Turn est de plus en plus éloigné et symbolise de moins en moins sa carrière. Triste de voir qu’une femme et actrice autrefois égérie, se retrouve à cachetonner pour des films qui devraient bientôt être confidentiels. Triste de voir que des réalisateurs n’ont toujours pas compris que, même sans atteindre leur niveau, il faut toujours pousser ses acteurs/psychopathes à atteindre les performances de Kevin Spacey ou Anthony Hopkins. Finalement ce qui rassure avec Un Voisin Trop Parfait, c’est que même après l’avoir vus des dizaines de fois (vous êtes fous !), vous n’aurez toujours pas peur de vos voisins.
Synopsis : Claire, femme trompée et délaissée depuis des mois par un mari volage, vit dans une banlieue aisée. Troublée par son jeune et nouveau voisin, Noah, elle cède à ses avances sans s’imaginer l’enfer que cette passade lui prépare.
Fiche Technique – Un Voisin Trop Parfait
Titre original : The Boy Next Door
Réalisation : Rob Cohen
Scénario : Barbara Curry
Costumes : Courtney Hoffman
Photographie: David McFarland
Son: Kelly Cabral
Montage: Michel Aller
Musique: Nathan Barr et Randy Edelman
Production : Jason Blum
Sociétés de production : Blumhouse Productions et Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Pays : U.S.A.
Durée : 91’
Sortie : 20 mai 2015
Distribution : Jennifer Lopez, Ryan Guzman, Ian Nelson, John Corbett, Kristin Chenoweth, Lexi Atkins et Hill Harper
Tirée du roman de Thomas Harris et du film Dragon Rouge, troisième volet de la saga du Silence des Agneaux, la série Hannibal brode la genèse du monstre.
La genèse : Pour les besoins d’une enquête sur un tueur en série, le Docteur Hannibal Lecter, éminent psychiatre fait équipe avec Will Graham, profileur du FBI solitaire et doué d’une empathie hors du commun qui lui permet de se glisser dans la peau des criminels. De meurtres sanglants en crimes odieux, les deux cerveaux vont se rapprocher, se jauger, se trouver et finalement s’affronter.
Au début du film, Hannibal Lecter était encore ce médecin louable et tueur cannibale insoupçonné que le profileur Will Graham (Edward Norton) venait consulter pour les besoins du FBI. La série Hannibal quant à elle nous ramène encore quelques temps en arrière, dans les années de gloire du docteur Lecter.
Symbolique et esthétique
Si la série manque un peu d’originalité en terme de péripéties, car il s’agit ni plus ni moins de crimes et d’enquêtes, la psychologie des personnages est pointue et l’approche symbolique digne d’intérêt.
Les titres des épisodes de la saison 1 sont très suggestifs et nous mettent l’eau à la bouche en s’inspirant de plats d’un menu gastronomique occidental (épisode 2 : Amuse-Bouche). Et la saison 2 ne se dépare pas du sujet en nous proposant des plats à la sauce japonaise.
Le créateur de la série, Bryan Fuller a le goût des images et des clins d’œil. Dans sa série Pushing Daisies, Mise en bouche est un titre de la saison 2 dans laquelle on découvre l’un des personnages d’ Hannibal, Gretchen Speck. Il en est de même pour la musique du final de l’épisode 13 qui n’est autre que celle de la célèbre scène culinaire du film Hannibal : le Vide Cor Meum de Patrick Cassidy.
Les acteurs aussi sont de premier choix et les rôles très étudiés. Le docteur Lecter est repris par Mads Mikkelsen (Pusher,La Chasse) dont on pourrait presque dire qu’il a la tête de l’emploi tandis que le charmant Hugh Dancy (Oh my god !, The Big C) tient le rôle de Will Graham. Et Gillian Anderson (X files) revient pour incarner la psychiatre d’Hannibal lui-même.
Dès les premiers épisodes, Hannibal est très justement interprété par Mikkelsen qui campe à la perfection cet érudit distingué, pervers narcissique et tueur sociopathe méprisant le genre humain comme du bétail qu’il convient d’abattre pour se nourrir. En fin gourmet, il plume son gibier et le cuisine selon ses propres recettes. Le personnage est bien cerné et l’image reste esthétique jusque dans l’horreur. Guillermo Navarro, chef opérateur de Guillermo del Toro, n’est sans doute pas étranger à la qualité des images et à l’ambiance dans la saison 1.
L’homme à tête de cerf
Malgré le charisme d’Hannibal Lecter, Hugh Dancy prend rapidement les devants de la scène avec le rôle très complexe de Graham, personnalité trouble et ambiguë qui parvient à gagner le respect du tueur.
Pour la série Hannibal, Fuller a creusé le personnage de Will Graham, le dotant non seulement d’une grande intelligence et d’un don d’extrême empathie mais altérant aussi sa stabilité mentale à l’extrême. Consultant pour le FBI, Will a échoué aux tests psychologiques et, après une enquête qui a mal tourné, il a passé un mois en hôpital psychiatrique. Solitaire et asocial, le jeune homme, pas encore marié, vit seul avec ses chiens, à l’écart du monde.
De par ces caractéristiques sociopsychologiques, les deux protagonistes pourtant si différents s’attirent alors inévitablement.
D’abord collaborateur puis thérapeute et enfin manipulateur, le docteur Lecter devine les pulsions criminelles instinctives derrière les visions du profiler. Il perçoit en Will Graham ce double maléfique qui lui apparaît sous la forme d’un homme à tête de cerf. On pense immédiatement au cerf mort au début de la série et au traumatisme de Will, puis on comprend que l’apparition symbolise la présence démoniaque d’Hannibal – en référence à Cenunnos, dieu païen des Enfers et des morts, personnifié en homme portant des bois de cerf.
Love Story
À trop côtoyer la Mort, Will Graham flirte avec la folie, la tentation et le mal.
À la fin de la saison 1, on assiste à un déplacement dans les personnages, une inversion traduite par l’emprisonnement de Will. Dans la saison 2, Will apparaît attaché et muselé avec le même masque de cannibale que Lecter et les deux hommes se disputent la compagnie de la séduisante docteure Alana Bloom (Caroline Dhavernas vue dans Wonderfall, autre création de Bryan Fuller).
Les rôles s’inversent, l’un veut prendre le dessus sur l’autre. Will se perd en Hannibal et Hannibal craint son adversaire. Comme l’explique si bien Bryan Fuller : « c’est vraiment une histoire d’amour (…) entre ces deux personnages ».
Hannibal – Saison 3 – Trailer (Sneak Peek)
Fiche Technique : Hannibal
D’après les romans de Thomas Harris
Créateur(s): Bryan Fuller
Showrunner(s): Bryan Fuller
Acteurs: Hugh Dancy, Mads Mikkelsen, Caroline Dhavernas, Laurence Fishburne, Hettienne Park
Acteurs récurrents: Raúl Esparza, Gillian Anderson, Cynthia Nixon
Pays: États-Unis
Genre:Drame, Mystère, Policier, Thriller
Chaîne: NBC, Format: 42mn
Le scénariste Jacques Audiard, fils de Michel, imprime une marque indélébile dans le cinéma français dès sa première réalisation. Film noir, très noir, Regarde Les Hommes Tomber détourne les codes du genre pour mieux asseoir sa personnalité. S’inspirant directement des grands noms du cinéma noir de la fin des années 40, d’Otto Preminger à Billy Wilder, Audiard sait qu’il ne faut pas sacrifier la psychologie des personnages pour un scénario à tiroirs. La force de ce premier film ne réside pas dans son intrigue policière mais dans l’intérêt porté à ses personnages.
Johnny rencontre Marx, Simon perd Mickey, tué par Johnny. Le vide laissé par l’absence de Mickey pousse Simon à retrouver les responsables de la mort de son ami. L’apaisement trouvé grâce à Johnny, pousse Marx à le protéger. Face à ces vieux bougons qui battent en retraite, il y l’innocence de la jeunesse, celle de la danse de Mickey en pleine rue ou la naïveté enfantine de Johnny. Marx (comme Simon avec Mickey) a besoin de Johnny. En effet, ce gosse, s’il regarde les hommes tomber, c’est pour mieux les aider à se relever, allant jusqu’à risquer sa vie pour protéger son protecteur.
Avec son montage zigzaguant sans cesse entre passé et présent, sa musique envoûtante, Regarde Les Hommes Tomber ressemble à un puzzle lynchéen rendant compte de la course hypnotique de Simon à la poursuite de sa relation perdue. Jacques Audiard délaisse son intrigue policière pour s’intéresser à ce qui s’apparente de plus en plus à un triangle amoureux. Finalement, ce n’était pas la vengeance de son ami que Simon était venu chercher, mais le bonheur que lui procurait l’insouciance de Mickey.
Il est étonnant que ce soit un premier film qui s’intéresse à ces hommes proches de la retraite, désespérés par une vieillesse toujours plus grandissante, trouvant dans la jeunesse la seule possibilité d’inscrire leur héritage. Jacques Audiard pensait sans doute à son père, scénariste et réalisateur comme lui, mort quelques années plus tôt. Regarde Les Hommes Tomber est également un grand hommage rendu à deux monstres sacrés du cinéma français en fin de carrière, Jean Yanne et Jean-Louis Trintignant pour la première fois réunis à l’écran. Deux monuments mains dans la main avec le futur enfant terrible du cinéma français qui allait un an plus tard électriser le paysage cinématographique hexagonale avec La Haine.
Regarde Les Hommes Tomber symbolise le passage de témoin de Michel à Audiard. Loin de se contenter de regarder le grand homme tomber, le fils reprend le flambeau et impose à son tour une marque qui fera date dans le cinéma français.
Synopsis: Deux histoires complètement opposées vont, par la force des choses, être amenées à se croiser. D’un côté, il y a Simon Hirsch, représentant de commerce taciturne, qui cherche à tout prix à venger son seul ami, un inspecteur de police qui s’est fait tirer dessus au cours d’une enquête. De l’autre, Marx, escroc minable et vieillissant, constamment suivi par Johnny, un jeune paumé qui s’est pris d’affection pour lui et qu’il entraîne dans ses petites combines…
Extrait: Regarde Les Hommes Tomber
Fiche Technique – Regarde Les Hommes Tomber
Réalisation: Jacques Audiard
Scénario: Jacques Audiard et Alain Le Henry d’après Teri White
Production: Didier Haudepin
Montage: Juliette Welfing
Musique: Alexandre Desplat
Production: France 3 Cinéma, Bloody Mary Productions et Canal+
Durée: 95′
Distribution: Mathieu Kassovitz, Jean Yanne, Jean-Louis Trintignant, Bulle Ogier, Christine Pascal et Yvon Back.
Pourquoi revoir L’Armée des ombres, sur grand écran, en copie restaurée, de nos jours, plus de 45 ans après sa sortie ? Que peut encore nous apporter ce classique, alors que nous sommes abreuvés de films, de documentaires, de séries sur le même sujet ?
Les héros du quotidien
D’abord, il s’agit de LA référence en la matière. Et pour cause ! Le roman a été écrit par Joseph Kessel (l’auteur du Lion, mais aussi des paroles françaises du Chant des Partisans) en se basant sur sa propre expérience personnelle dans la Résistance. À cela, le réalisateur Jean-Pierre Melville a ajouté ses souvenirs de résistant, qui ont marqué une part non négligeable de sa vie et de sa carrière de cinéaste. Rappelons que son premier long métrage était une adaptation d’un livre de résistant, Le Silence de la mer, de Vercors.
L’Armée des ombres, c’est à la fois un témoignage sur la Résistance, et un hommage à celle-ci. En insistant sur les sacrifices consentis par des hommes et des femmes qui ont risqué leur vie, leur sécurité, leur santé, leur famille, leur métier, au nom d’un idéal supérieur, Melville dresse le portrait de héros du quotidien, de gens modestes qui, se trouvant dans des situations extraordinaires, agissent du mieux qu’ils peuvent. Fidèle à la vision gaullienne, Melville nous montre une France qui était majoritairement résistante, depuis le noble flamboyant jusqu’au petit coiffeur (interprété par Serge Reggiani, toujours impeccable).
La sobriété de la réalisation de Melville fait merveille. En effet, loin de faire de grands effets qui auraient nui au propos en transformant les résistants en de super-héros, loin de faire comme certains films où le héros semble gagner la guerre à lui tout seul, il nous montre vraiment le quotidien d’hommes et de femmes ordinaires, avec leurs qualités et leurs défauts, et qui sont littéralement transcendés par les choix qu’ils doivent faire. C’est en évitant les grands débordements qu’il en fait des héros, de véritables héros.
Questions de morale
Des héros d’autant plus impressionnants que d’innombrables questions se posent à eux sans cesse, à commencer par le problème de la morale. Y-a-t-il des situations où le meurtre est justifié ? Les circonstances actuelles justifient-elles qu’on se place au-dessus de lois humaines que l’on croit injustes, au nom d’une loi supérieure ?
Le film est constamment hanté par le rapport à la mort. La mort des autres (qu’ils soient des ennemis ou des alliés), mais aussi et surtout sa propre mort. La scène dramatique dans laquelle Gerbier (Lino Ventura) est conduit par un peloton d’exécution vers une mort certaine est un grand exemple de cette réflexion, montrant une perception particulière que l’on a de sa propre mort au moment où elle approche.
Une leçon de cinéma
Une autre raison qui justifie de revoir ce film, c’est qu’il s’agit d’un grand moment de cinéma. Derrière une apparente simplicité, se cache une grande maîtrise du langage cinématographique, de la caméra, du jeu d’acteurs, de la bande son, etc…
Un cadrage au cordeau, un jeu d’ombres et de lumière, cette photographie grisâtre qui est une des marques de fabrique du réalisateur, Melville nous donne une véritable leçon de cinéma dans ce film. L’insistance sur les silences permet au cinéaste d’imposer une ambiance lourde, pesante, qui rend les moindres bruits encore plus frappants, les moindres musiques encore plus marquantes.
Faut-il à nouveau préciser à quel point l’interprétation du film est exemplaire ? Lino Ventura, Simone Signoret, Paul Meurisse sont exceptionnels, là aussi dans une sobriété digne qui en fait des personnages de tragédie.
Car ne nous y trompons pas, L’Armée des Ombres est une tragédie. Au-delà de la lenteur du récit, on sent qu’il coule inexorablement vers une fin marquée par la fatalité (ce qui est, là aussi, une des grandes thématiques de l’œuvre de Melville).
Synopsis: Arrêté pour « pensées gaullistes », Philippe Gerbier, qui dirige un réseau de résistants, s’échappe lors d’un transfert vers la Gestapo parisienne. Mais les arrestations des membres de son réseau se suivent et les tentatives de libération ne sont pas toutes fructueuses.
Bande-annonce: L’Armée Des Ombres
Fiche technique – L’Armée Des Ombres
Réalisation : Jean-Pierre Melville
Scénario : Jean-Pierre Melville, d’après le roman de Joseph Kessel
Photographie : Pierre Lhomme
Musique : Eric Demarsan
Montage : Françoise Bonnot
Distribution : Lino Ventura (Philippe Gerbier), Simone Signoret (Mathilde), Paul Meurisse (Luc Jardie), Jean-Pierre Cassel (Jean-François Jardie), Christian Barbier (Le Bison), Claude Mann (Le Masque)
Production : Jacques Dorfmann
Durée : 140 minutes.
Date de première sortie : 12 septembre 1969
Date de sortie de la copie restaurée : 06 mai 2015
Qui peut se vanter d’avoir une filmographie aussi riche et hétéroclite que les frères Coen ? Ce travail en fratrie, récompensé à de très nombreuses reprises à Cannes ou aux Oscars, se démarque par une maîtrise absolue des récits et des personnages. Des protagonistes souvent simples, aux conduites aléatoires dans des univers sociaux corrompus par l’argent, la violence ou la solitude. Après avoir réalisé trois très bons films, oscillant entre la tragi-comédie et le thriller (« Sang pour sang », « Arizona Junior » et « Miller’s crossing »), ils obtiennent la consécration avec « Barton Fink » en 1991. Primé au festival de Cannes en 1996 de la Palme d’or, du prix de la mise en scène et du prix d’interprétation masculine, ce chef d’œuvre ancre l’univers des frères Coen et garantie le début de leur renommé au cinéma, les prémices du succès critique que sera Fargo.
Passé la légère déception qu’est « Le Grand Saut », Joël et Ethan se rachètent et subliment leur art en réalisant « Fargo », qui les propulse, avec leur 6ème réalisation, au rang des grands réalisateurs. Une véritable comédie noire subversive, primée à Cannes pour sa mise en scène et récompensée aux Oscars pour son scénario original et pour la prestation de Frances McDormand.
Le film démarre sur de longues étendues de neige, symbolisant la froideur de cet univers, empêchant les personnages de communiquer entre eux. Chaque protagoniste, par ses actes, se retrouve piégé dans un engrenage d’horreur tragi-comique, où chaque nouvelle action le mène vers sa perte. Le Minnesota est la terre natal des Coen, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le retour au pays est flamboyant.
Un homme, non satisfait de sa vie monotone auprès d’une femme naturellement stressée et d’un fils agaçant, se retrouve ruiné par son entreprise automobile. Il tente une opération aussi vaine qu’incroyablement naïve, faire enlever sa femme par des criminels pour soutirer une rançon auprès de son beau-père riche et méprisant. Cet homme, Jerry Lundegaard, interprété avec justesse par William H. Macy, incarne la quintessence d’un personnage « Coennien ». Crédule et faible, il se laisse manipuler par l’envie de l’argent, symbole d’une société corrompue et individualiste. On croirait voir par moment un véritable enfant, tant ses mimiques et son comportement puéril ressortent. Le plan, aussi absurde soit-il, entraînera une spirale tragique, aux conséquences des plus néfastes.
Comme nous indique l’affiche, on se surprend à rire de cette histoire aux finalités plus que dramatiques, notamment par des situations assez loufoques, en suivant les deux gangsters. Personnifiés par les brillants Steve Buscemi (Carl) et Peter Stormare (Gaear), les deux antagonistes sont étrangement hilarants dans leur rôle. Tandis qu’on rira des blagues aux goûts douteux de Carl, on se délectera, à notre grande surprise, du manque incroyable d’humanité de Gaear, personnage mi-animal, mi-humain. Leurs physiques s’harmonisent avec leurs mentalités, le phrasé hystérique de Buscemi s’allie parfaitement avec son humour noir, de même que le mutisme perturbant de Stormare s’unit avec sa désincarnation humaine.
De la même manière, pour le personnage de Marge Gunderson ainsi que son mari. Norm, interprétés, pour l’une par l’épatante Frances McDormand, récompensée d’un Oscar et pour l’autre par le très bon John Carroll Lynch. On ressent pour eux comme une tendresse amusée. Leur relation est une représentation d’une vie de couple réussie et heureuse mais distante, tout ce dont Jerry n’a pu se contenter. Nous sommes ici confrontés à des sentiments contradictoires, où la répulsion, la pitié et l’empathie peuvent s’éprouver pour chacun des personnages. Le regard désabusé et halluciné du spectateur passe avant tout par celui de Marge, qui semble atterrée par de tels comportements, par une telle stupidité, brillamment exprimée par sa réplique finale. Il s’en suit une interrogation sur la grossesse de Marge. Symbolisme de l’innocence dans un monde abruti par la corruption et la criminalité, la question se pose de procréer dans une société aussi pourrie, hallucinante de bêtises et d’une violence anthropique inouïe. Ainsi, les femmes comme Marge, aussi gentilles, compétentes et naïves soient-elles, se retrouvent happées dans un univers de délinquance.
Mais au-delà de cette franche réussite, dans la construction des personnages, qu’est-ce que les frères Coen souhaitent nous conter réellement ? En dehors de la froideur communicative entre les différents personnages, le duo de réalisateur nous montre à quel point l’être humain est prêt à tout pour de l’argent, allant jusqu’à mettre sa propre famille en danger. Les metteurs en scène choisissent de cadrer de longues étendues neigeuses, démontrant la vacuité des motivations des protagonistes. Et tout cela dans un film orienté plus thriller que d’habitude chez les Coen, en ajoutant une touche humoristique, une véritable comédie noire. Le film est néanmoins aussi drôle que révulsant, notamment par des pratiques criminels intolérables et par des comportements d’une stupidité sévère.
La froideur de l’univers réaliste est soulignée par la lancinante bande originale de Carter Burwell, ayant collaboré dans tous les premiers films des frères Coen. Elle se compose de discrètes notes de piano et de violons appuyant le tragique. Les orgues complètent les situations désespérées des personnages, piégés dans leurs engrenages tragiques.
À l’exception de pinaillage superficiel, essentiellement sur un rythme manquant parfois de rebondissements, peu de défauts transparaissent de cette œuvre, qu’on pourrait qualifier de parfaite si le terme de perfection était possible. Autant de louanges qu’il paraît nécessaire de souligner, tant les réalisateurs atteignent la quintessence de leur style, ce qui leur permettra de s’inscrire à l’international, dans le haut gratin des metteurs en scène de talent.
Ainsi, Fargo s’impose dans notre esprit comme l’une des œuvres majeurs des frères Coen. Par une mise en scène d’exception, primée à Cannes, des acteurs brillants, récompensés aux Oscars et un scénario d’une originalité et d’une fourberie rarement égalées, le film reste une des œuvres majeurs des années 90 et constitue un chef d’œuvre aussi drôle que révulsant.
Synopsis: En plein hiver, Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures d’occasion à Minneapolis, a besoin d’un prêt de Wade Gustafson, son riche beau-père. Endetté jusqu’au cou, il fait appel à Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux malfrats, pour qu’ils enlèvent son épouse Jean. Il pourra ainsi partager avec les ravisseurs la rançon que Wade paiera pour la libération de sa fille. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.
Fargo: Bande annonce
Fargo : Fiche Technique
Année : 1996.
Réalisation Et Scénario : Joel Coen.
Co-Scénariste : Ethan Coen.
Casting : Jerry Lundegaard (William H Macy), Marge Gunderson (Frances Mcdormand),Carl Showalter (Steve Buscemi), Gaear Grimsrud (Peter Stormare),Wade Gustafson (Harve Presnell), Jean Lundegaard (Kristin Rudrud), Norm Gunderson (John Carroll Lynch), Shep Proudfoot (Steven Reevis), Mike Yanagita (Steve Park).
Directeur De La Photographie : Roger A Deakins.
Musique : Carter Burwell.
Production : Ethan Coen / Polygram / Working Title.
Distribution : Polygram Film Distribution.
Durée : 97 Minutes.
La traque d’un mort vivant: le nazisme face à ses actes.
Officiellement le nazisme n’a pas survécu à la seconde guerre mondiale, les nazis, eux, l’ont fait. Fort de leur nombre et de leur position certains se sont fondus dans la population, d’autres ont quitté le pays. Mais les croix gammées gravées à l’encre invisible mais indélébile, demeurent comme une ombre. Des têtes sont tombées à Nuremberg (1945/46), 12 pour être exact, une poignée d’autres furent emprisonnées, parfois même acquittées ; des millions ne furent tout simplement pas jugés. Pendant des années ils furent des pères, des professeurs, des assassins à la retraite.
Un mot résume à lui seul la situation à la fin des années 50 en Allemagne : Auschwitz. 9 lettres pour plus de 100 000 fois plus de mort. 9 lettres qui portent à elles seules le fardeau de toute une nation, qui font frissonner notre âme. Et alors que fleurissent les années 60, les esprits se frictionnent au sein d’une guerre froide pour l’hégémonie d’un monde qui a déjà tourné la page. Une page provisoirement arrachée dira-t-on même. L’Allemagne, qui n’en fini plus d’être l’arène où s’empilent les conflits, détourne les yeux vers les robes pastels de l’après guerre. L’Allemagne noie les cris du passé dans le jazz des années 50. Auschwitz n’existe pas, Auschwitz n’existe plus.
En signant le très nécessaire Labyrinthe du silence, Giulio Ricciarelli retrace le combat d’un jeune procureur allemand, Johann Radmann (Alexander Fehling), pour confronter son pays aux criminels qu’elle porte en son sein, qu’elle protège plus ou moins consciemment. Face aux résistances internes et aux précautions prises par les nazis, l’issue juste s’annonce bloquée. Ce premier film de la part du réalisateur germano-italien symbolise cette volonté de la nouvelle génération de faire face à son passé pour mieux construire son futur. En parallèle on pense évidemment à Florian Henckel von Donnersmarck, qui lui aussi dès son premier film La vie des autres (2006) avait de manière brillante reconstitué la vie à Berlin Est de partisans de l’Ouest. En termes de style les deux films sont comparables à plus d’un égard, adoptant une mise en scène sobre, très classique, la forme ne vient pas dénaturer le fond. Le réalisme du récit n’ayant pas besoin d’artifices pour rendre compte de la force de l’histoire. La reconstitution met l’accent sur cette époque qui semble basculer dans une nouvelle ère ; dans les douceurs des années 60, où les jeunes dansent, fument, et boivent pour s’amuser et où les vieux dansent, fument, et boivent pour oublier.
Il est fascinant de constater à quel point l’Allemagne n’a pas conscience de ce que ses frontières ont abrité, ce n’est pas du négationnisme, c’est une cécité générale qui arrange tout le monde. Personnes ne souhaitent raviver les braises des charniers, nul ne veut rouvrir les plaies qui commencent à cicatriser. En soit c’est la question de la prescription qui se pose, en effet en 1958 lorsque Radmann découvre les premières pièces d’un puzzle macabre, seul le crime n’est pas encore prescrit. Une prescription juridique mais une prescription morale aussi, « Chaque fils en Allemagne doit il se demander si son père était un meurtrier ? » c’est une question qui revient dans le film, sa légitimité nous effraie, mais la réponse qui s’impose répond par l’affirmatif. Il ne s’agit pas de préserver le paternalisme que sacralise plus d’une société, il s’agit de regarder sans détours la mise à mort de millions d’être humains.
Durant deux heures on tire lentement sur le voile qui couvre le passé, on assiste effrayé à la récolte des documents, des témoignages qui inculpent les voisins et les amis. Mais c’est surtout la découverte de la solution finale par le jeune Radmann qui fait vibrer le film, doucement celui-ci s’assombrit vers des jours (révolus) de plus en plus noirs, de plus en plus durs, de plus en plus incompréhensibles. Chaque souvenir est un coup, chaque photo est une balle. Et nous lisons cela dans la rage du procureur et dans les larmes de sa secrétaire. Le film interpelle autant qu’il instruit, c’est une œuvre réussie pour l’histoire qu’il raconte ainsi que pour la mémoire qu’il instaure. Le réalisateur ne montre pas la mort, il la suggère, via les réminiscences poignantes des détenus, laissant notre imagination faire le reste comme elle a dû le faire à l’époque. Cette quête juridique contre le passé qui fuit, et les culpabilités qui s’effacent, aboutit à ce que pour la première fois depuis la fin de la guerre, des allemands jugent des allemands. Et même si le film succombe parfois à quelques twists et autres romances, cela l’empêche de tomber dans le formalisme du documentaire, qui n’en a pas vocation, et le rend plus digeste. Le résultat, maitrisé, déjoue les pièges du genre « drame historique », dans un didactisme subtil qui ne s’épanche ni trop dans le larmoyant, ni trop dans la leçon d’histoire.
Il n’est jamais aisé de parler du passé, encore moins de le comprendre ; en revanche l’oublier est facile, surtout quand on ne l’a pas connu. On peut aussi le faire mentir, le modifier, le renier, ou ne regarder que demain, mais c’est se trahir soi-même ainsi que tous les autres, morts comme vivants. Et si il nous incombe des devoirs, c’est bien de se souvenir et de transmettre, et ce film le fait formidablement.
Synopsis: Un jeune procureur allemand découvre des documents inculpant d’anciens fonctionnaires Nazis d’Auschwitz réinsérés dans la société, il décide de mener l’enquête qui conduira au premier procès des nazis par des allemands (procès de Francfort, 1963)
Le Labyrinthe du Silence – Bande-annonce VOST
Le labyrinthe du silence/Im Labyrinth des Schweigens: Fiche technique
Réalisation: Giulio Ricciarelli
Acteurs: Alexander Fehling/ Johannes Krisch/ Friederike Becht/ Johann von Bülow
Production: Jakob Claussen et Ulrike Putz
Distribution: Universal Pictures
Nationalité: Allemande
Scénario: Giulio Ricciarelli/ Elisabeth Bartel
Montage: Andrea Mertens
Photographie: Roman Osin
Musique: Sebastian Pille
Costume: Aenne Plaumann
Durée: 120 min
Date de sortie: 27 avril 2015
« Le pouvoir corrompt, le pouvoir corrompt absolument. » déclarait Ian McKellen dans une interview sur le tournage du Seigneur Des Anneaux. C’est ce que semblent vouloir démontrer les frères Coen avec Le Grand Saut, film sur les ascensions et les chutes liées au pouvoir. Il y a le pouvoir politique, le pouvoir affectif, mais c’est bien au pouvoir de l’argent qu’ils semblent cette fois s’attaquer. Explorant jusqu’ici le pouvoir du roi Dollar sur ceux qui en manquent, ils observent cette fois son pouvoir sur ceux qui en ont trop. Comme toujours leur film ne se résume pas à cette seule dissection et comporte les habituels tics cinématographiques des frangins.
L’âge d’or
Sans perdre le charme habituel de l’humour « maison », les frères Coen profitent de ce film pour rendre un hommage très personnel au cinéma hollywoodien des années 50. Ce fameux « âge d’or » qui vit se multiplier les chefs-d’œuvre et naître des stars comme en plein baby-boom. Exercice délicat : ils prennent cette époque, la digèrent et accouchent d’un long-métrage qui respecte les codes du genre tout en les transgressant. Tout y est à sa place, manteaux longs et chapeaux ronds, femmes vaporeuses (Jennifer Jason Leigh n’a jamais été plus belle), voitures énormes et clinquantes et journalistes à brettelles travaillant dans un brouillard de fumée de cigarette. S’il n’y avait la « patte » Coen, on serait en plein film noir.
In dollar we trust
Reste que ce film traite du pouvoir de l’argent, de l’envie qu’il suscite dans les esprits, tous affaiblis face à lui. Qu’il s’agisse de l’ascension, de la transformation puis de la chute de Norville, de l’absence de scrupules de Sidney prêt à toutes les compromissions pour garder le pouvoir ou de la duplicité d’Amy, capable d’abolir toute morale pour un scoop. Tout ici tend à démontrer (et à démonter) une société où l’argent est devenu l’alpha et l’oméga de nos comportements, où le dollar est devenu le seul moyen d’être heureux, où la richesse n’est plus qu’un but dévorant la créativité, les sentiments et surtout l’humanité de chacun et où les cons ne sont pas forcément là où on les cherche.
Coen à l’écran
C’est justement un faisant preuve d’humanité que les frères Coen parviennent si bien à nous psychanalyser, à dénicher nos faiblesses et pour une fois, on ne peut leur faire le reproche d’une mise en scène sans réelle ambition. La reconstitution des années 50 est bluffante, leur caméra capte une époque, ne la libérant que dans une explosion de costumes et de décors qui remonte le temps aussi facilement qu’on boit un Russe Blanc. Sur ce scénario, ils s’offrent les services d’un Sam Raimi, (Spiderman) bien loin des thèmes qui feront sa réputation de réalisateur et qui laissent penser que ses préoccupations ne sont pas réellement celles des Coen.
Comédien mon amour
Joel et Ethan Coen aiment profondément les comédiens, ils l’ont démontré tout au long d’une carrière qui les rapproche de Woody Allen, en ce sens où comme lui, on les sait capables de transformer n’importe quelle « brelle » en jeune premier. Le Grand Saut choisit les talents immenses où en train de le devenir. Au premier rang Paul Newman (La Chatte Sur Un Toit Brûlant, la Tour Infernale), éternel monstre sacré ici sur la fin d’une phénoménale carrière et qui semble s’amuser comme un enfant. Yeux pleins d’étoiles, rire bravache assorti d’un cigare king size, il semble disposé à avaler une caméra. Tim Robbins (Les Évadés, Mystic River) ne se laisse pas impressionner pour autant et aurait gagné à laisser un peu de place au cinéma comique dans sa carrière. Jennifer Jason Leigh(Backdraft, eXistenZ)….Mémorable, belle, incendiaire, vampirisante et au charme si particulier, incarne plus que parfaitement ces actrices des années d’après-guerre durant lesquelles le sex-appeal semblait être le préalable à toute carrière dans le film noir.
C’était mieux avant ?
Tout en étant dans la continuité de leur filmographie, Le Grand Saut prend tout de même une place à part dans l’œuvre des frères Coen par cet hommage emprunt de nostalgie, à un certain cinéma aujourd’hui révolu. Un cinéma où il y avait peut-être plus de qualité, plus de respect pour le spectateur et surtout où la notion d’Art semblait plus présente. Ce film est une réussite formelle totale qui enfonce un coin supplémentaire dans les certitudes de ces sociétés nées de l’après-guerre, sociétés où la promotion de la réussite individuelle est née d’un vaste échec collectif. Plus que les U.S.A., c’est toutes nos sociétés modernes que les frères Coen invitent à s’allonger sur le divan pour affronter la plus impitoyable des thérapies : celle du miroir tendu.
Synopsis: Fraichement diplômé d’une école de commerce minable, Norville débarque à New-York avec des rêves plein la tête. Propulsé malgré lui à la tête d’une multinationale, il va prendre tout le monde au dépourvu par son imagination enfantine.
Fiche Technique : Le Grand Saut
Titre original : The Hudsucker Proxy
Réalisation : Joel Coen & Ethan Coen
Distribution : Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Paul Newman, Charles Durning, Bruce Campbell, Steve Buscemi
Musique: Carter Burwell, Aram Khatchatourian
Photographie : Roger deakins
Montage : Thom Noble
Décors: Dennis Gassner
Scénario : Joel Coen, Ethan Coen & Sam Raimi
Sociétés de production : PolyGram Filmed Entertainment, Polygram Filmproduktion, Working Title Films, Silver Pictures & Warner Bros.
Pays: U.S.A., Royaume-Uni & Allemagne
Budget : 40 millions de dollars
Genre : Comédie dramatique
Durée : 111’
Sortie : 12 mai 1994
Synopsis : Avi Mograbi déteste le mois d’août. Il symbolise à ses yeux tout ce qu’il y a de plus insupportable en Israël. Au fil des trente et un jours de ce mois quelconque, il sillonne les rues avec sa caméra. Un pamphlet du plus subversif, analysant la paranoïa et la violence quotidienne en Israël.
« La face cachée de l’état israélien »
Août (avant l’explosion), c’est découvrir l’état d’Israël sous un autre angle social. Ce documentaire est la représentation de « la face cachée » ou plutôt d’un quotidien, que nous sommes parfois loin d’imaginer. Cette découverte repose une nouvelle fois, sur Monsieur Avi Mograbi, que l’on pourrait qualifier d’investigateur, de journaliste, de réalisateur, d’inspecteur voire d’activiste ou encore tout simplement d’humaniste. En effet, toutes les positions citées évoquent une réelle polyvalence de ce réalisateur, pour le meilleur d’un point de vue de l’innovation des procédés, et pour le pire en termes d’engagement qui vont au-delà de son statut.
Dans cette œuvre, on s’attend à retrouver les codes traditionnels du cinéma Mograbi, une communication spécifique cherchant un dialogue directe avec le spectateur. Une manière de filmer qui donne l’impression constamment de vivre les échanges avec le réalisateur, ou encore un film engagé où des opinions définis sont clairement exposés. De plus, avec ce titre plus ou moins dynamique, on espère en découvrir plus sur cet état, souvent réputé pour être réactionnaire. L’explosion pourrait également se traduire par l’implosion d’un système, une forme d’autodestruction de la société qui a tendance à s’individualisée de manière excessive. Le mois d’août n’est pas choisi au hasard également, pour permettre d’attirer l’attention sur un mois qui est généralement symbolique pour plusieurs cultures. L’objectif au-delà de la découverte culturelle, et de dresser le portrait le plus juste de la société israélienne, notamment en termes de cohésion sociale.
En ouverture, s’impose Benyamin Netanyahou qui est un politicien assurément charismatique et certain de ses convictions, n’hésitant pas l’incitation à la haine « Ils ont peur ! Ils ont peur ». Une manière d’haranguer les foules, pour une entrée en matière que l’on pourrait qualifier de violente, et à la fois naturelle, lorsque l’on en apprend plus au cours de l’œuvre sur cet état indépendant. Dans, cette partie, on pourrait notamment relever le fait que la manière de filmer et d’orienter le spectateur vers certaines idées préconçues n’est pas très pertinente. En effet, la neutralité est indispensable la plupart du temps pour laisser le choix au spectateur de se forger son propre opinion. En revanche, dans ce documentaire, on a plus l’impression de suivre un courant de réflexion plutôt qu’une présentation sommaire laissant à l’audience le choix d’être son propre juge.
L’image de la femme aussi dans la société est plus ou moins évoquée, même si l’on comprend qu’actuellement les femmes se doivent encore de travailler sur leurs reconnaissances. De plus, on discerne au travers de ce documentaire un peuple animé par une passion, que l’on pourrait qualifier d’excessive et qui entraîne différents conflits sociaux. En effet, on discerne dans ce long métrage, une analyse plus détaillée des relations sociales au sein de la population. On s’aperçoit rapidement dans un premier temps que des tensions sont réellement présentes au sein de l’Etat. Mais, l’auteur ne retranscrit pas de la meilleure des manières cet aspect, car il ne laisse pas assez d’autonomie au spectateur qui peut difficilement forger son propre opinion.
Par la suite, dans ce troisième long métrage, Août (avant l’explosion) d’Avi Mograbi, l’auteur cherche à mieux nous expliquer la fracture sociale évoquée lors de ses précédents documentaires. On discerne ainsi une société atteinte d’un racisme primaire, où la méchanceté gratuite devient une forme de tradition. A l’image, du traitement des israéliens évoqué dans cet œuvre, notamment envers les « noirs » et les « chinois » qui impactent négativement selon les sondés, l’équilibre du pays. On s’aperçoit ainsi, que l’Etat d’Israël vit dans des conditions précaires, notamment d’un point de vue psychologique, où la violence verbale voire physique est omniprésente. L’éducation semble être aussi un paramètre majeur dans la situation actuelle de cette société, notamment lorsque l’on voit des enfants tenir des propos disproportionnés concernant les « arabes ». De plus, on constate que le niveau de confiance mutuel des israéliens et relativement bas, ce qui est notamment dû au fait du développement de cette mentalité individualiste.
Cependant, encore une fois on pourrait s’interroger sur le fait que le réalisateur filme ce qu’il souhaite, et perd ainsi une certaine objectivité. En effet, en se mettant à la place des israéliens, nous serions en mesure de se demander pourquoi filme-il ses images, ou sont passés nos aspects positifs ? Pourquoi se met-il à filmer les marginaux de notre société pour nous représenter ? Toutes ces questions, peuvent laisser penser que contrairement à ce que le réalisateur affirme, les moments ne sont pas sélectionnés par hasard, les places sont minutieusement choisies. A l’image du match de football, où le réalisateur tente de prendre comme exemple des supporters virulents comme si ils étaient des cas appart dans le football hexagonale. On pourrait même dire, que son cinéma tend à être un peu trop « populiste », de ce fait le juste milieu pour dresser un portrait efficace de la société israélienne est quelque peu biaisé.
Par ailleurs, après avoir visionné plusieurs de ses œuvres, on constate que son style cinématographique finit par s’user, le spectateur peut vite se lasser de ce style, prorévolutionnaire et philanthropique. En effet, on a parfois l’impression de suivre les aventures d’un justicier plutôt que d’un réalisateur, à l’image des échanges avec les militaires. Le problème majeur est que son engagement est trop important, et le réalisateur dépasse un peu trop son statut en s’engageant dans un cinéma de la violence. Il provoque même parfois ses « acteurs aléatoires » pour obtenir une certaine réaction ce qui est au contraire au point de vue omniscient qu’il souhaitait véhiculer. Par exemple, on pourrait citer son interpellation avec les agents de police, où le réalisateur agit de manière assez primaire, d’une certaine façon comme les personnes qu’ils essaient de filmer.
Autrement, on peut dire que son implication totale nous permet de découvrir la vie que peut avoir actuellement un israélien. Un moment qui retient particulièrement l’attention des spectateurs, c’est aussi le dédoublement des personnalités du réalisateur. Dans le fonds, on pourrait juger que les échanges laissent à désirer, mais d’un point de vue stylistique c’est réellement osé de la part d’Avi Mograbi. On retrouve, ainsi le réalisateur que l’on apprécie tant, celui qui innove, le très surprenant acteur/réalisateur qui prend des risques et redessine les codes du documentaire. Bien que parfois certains procédés utilisés par rapport à notre cinéma d’aujourd’hui paraissent un peu trop amateurs. En effet, on a l’impression que le réalisateur ne contrôle pas toujours l’exploitation de son potentiel, et tente des choses qui ont tendance à diminuer la qualité de l’œuvre.
Pour conclure, bien que cette œuvre, que l’on pourrait qualifier de très innovatrice et dynamique, avec une seconde lecture toujours très intéressante. Notamment avec cette conclusion ouverte, où l’on voit le réalisateur reprendre conscience des faits actuels et ne forme plus qu’un avec toutes ses personnalités. On distingue malheureusement, de nombreux points négatifs dans cette œuvre très sombre, qui parfois extrapole certaines thématiques.
Août avant l’explosion (Bande annonce)
Août (avant l’explosion) : Fiche technique
Réalisation, scénario & dialogues Avi Mograbi
Image Avi Mograbi et Eitan Harris
Son & montage Avi Mograbi
Production Avi Mograbi et Les Films d’Ici, Makor Fondation for Israeli Films, Noga Communications, The new Israeli Foundation for Cinema and Television
TF1 à la conquête du e-cinema et du circuit de distribution français
TF1 marche dans les pas de Wild Bunch et lance son offre e-cinema dès vendredi 1er mai 2015. On vous en parlait il y a environ un mois, le e-cinema consiste à mettre sur le marché un film inédit en France, directement accessible sur l’ensemble des plates-formes de VOD – MyTF1VOD, mais aussi Orange ou Canaplay. Résultat, aucun passage en salles obscures pour ces films. TF1 se distingue de sa grande sœur, Wild Bunch, en proposant la diffusion de films étrangers non distribués en France, mais au succès déjà acquis et ce, moins d’un mois après leur sortie dans leur pays d’origine. TF1 ne mise ainsi pas sur des petits films difficiles à distribuer en salles, mais sur des films au fort potentiel, au casting impeccable avec une campagne digne des sorties en salles. Le prix ? Environ 7 euros pour une location et 13 euros pour un achat définitif.
Un circuit de distribution engorgé
TF1 diffuse déjà de la VOD et a vu sa demande augmenter (en 2014, deuxième plateforme VOD derrière Orange, selon le CNC), comme son chiffre d’affaire, voilà la première pierre à l’édifice « e-cinéma ». La seconde ? « Il y a une offre surabondante de cinéma en France (….), des films de qualité, avec du potentiel, ne trouvent pas leur place en salles », selon Régis Ravanas, président de TF1 Video. Ainsi, plus de vingt films sortent chaque semaine en France, soit environ près de 600 films par an, dont une partie est mal distribuée et fait moins de 5 000 entrées. Le e-cinéma ne cherche donc pas à concurrencer la salle, du moins pour le moment, mais à jouer avec ses codes (qualité, sortie simultanée sur tout le territoire, promotion) ainsi que ceux du DVD (possibilité d’acheter le film, nombreux bonus ect…), pour tenter de « casser » le rythme de la distribution en France qui fait aujourd’hui défaut à de nombreux films. Selon le système actuel, un film peut être proposé en VOD 4 mois après sa sortie en salles et passer sur une chaîne payante 10 mois après, sur les chaînes en clair au bout de 22 mois et, enfin, sur les services de SVOD, après 36 mois. Sans passer par la salle de cinéma, ce système pourrait bien être bouleversé, d’autant que TF1, qui est conscient de la rude concurrence du marché de la vidéo à la demande en France, compte se lancer dans une campagne marketing sans relâche et de grande ampleur, tout comme les films proposés. En résumé, TF1 veut prouver que le « e-cinéma », tout en étant une nouvelle expérience, est « du vrai cinéma », mais chez soi. Un pari osé, mais qui pourrait bien marcher, tant l’offre de cinéma parallèle attire de plus en plus de « e-spectateurs ». Aujourd’hui, même E-Leclerc propose sa propre plateforme VOD ! Le e-cinéma risque donc bien de ne pas rester une exclusivité très longtemps. Reste à savoir à quel point les distributeurs sont-ils prêts à bouleverser leurs habitudes et si cette offre parallèle va vraiment désengorger les sorties en salles, puisque ce ne sont pas les mêmes films. TF1 ne semble pas, en effet, attiré par les films fragiles dont la sortie en e-cinéma permettrait d’éviter une perdition en salles et une maigre programmation. Ainsi, quid de notre cinéma français ?! L’objectif est bien d’être aussi séduisant qu’un film de cinéma qui fait des entrées en salles.
Les films proposés dès le 1er mai
L’offre de TF1 se porte pour le moment sur 6 films étrangers dont le groupe a acquis les droits exclusifs. L’attente est énorme, d’autant que le e-cinema avait fait une arrivée très remarquée sur la Croisette en mai 2014 avec Welcome to New York d’Abdel Ferrara, distribué par Wild Bunch, pionnier du e-cinéma en France. TF1, de son côté, a misé sur des gros films et des grands noms, dont Harisson Ford et Salma Hayek, de l’action comme des comédies romantiques. Quatre films ont pour l’instant leurs dates alors que deux autres attendent encore un créneau de diffusion.
L’honneur d’ouvrir le bal « e-cinéma » version TF1 revient au thriller australien Son of a Gunde Julius Avery. Au casting, Ewan Mc Gregor !
Côté synopsis : un jeune taulard de 19 ans, JR, apprend les dures réalités de la vie carcérale. JR, conscient que seule une garde rapprochée lui permettra de survivre, se retrouve sous l’aile protectrice du criminel le plus célèbre d’Australie, Brendan Lynch (Ewan Mc Gregor). Or, cette protection a un prix ! Après sa libération, JR doit aider Lynch à mettre en œuvre une évasion audacieuse. En récompense, il intègre son gang et se retrouve en première ligne d’un hold-up à haut risque. Mais, les choses tournent mal…
Bonus inédits qui seront disponibles au moment de la sortie ECINEMA – Les coulisses du tournage (20’) – Les interviews (55’) d’Ewan McGregor, Brenton Thwaites ( The Giver) et Alicia Vikander ( Royal affair). Le Film Sera Disponible Uniquement 45 Jours Sur Toutes Les Plateformes Vod
Son of a Gun : Bande-annonce
Adaline, présenté en avant-première à la presse le 29 avril, sortira le 22 mai. Au casting, Blake Lively, Harrison Ford et Michiel Huisman (Game of Thrones).
Synopsis : Après un accident qui aurait dû lui être fatal, la belle Adaline cesse de vieillir. Aujourd’hui, bien qu’ayant vécu près de huit décennies, elle est toujours âgée de 29 ans. Après avoir mené une existence solitaire afin de ne jamais révéler son secret, une rencontre fortuite avec le philanthrope et charismatique Ellis Jones, va raviver sa passion de la vie et de l’amour.
Adaline : Bande-annonce
Viendra ensuite le tour d’Everly de Joe Lynch et avec Salma Hayek.
Synopsis : Everly, une call girl devenue indic pour la Police, doit affronter une armée de tueurs professionnels envoyés par son Ex, un ponte de la mafia… Retranchée dans un appartement, Everly est prête à tout pour se défendre et sauver sa fille. Le sang va couler à flots…
Everly : Bande-annonce
Le 31 juillet, la même semaine que sa sortie américaine, How to make love like an englishman débarquera sur les écrans de e-cinéma avec Pierce Brosnan (The November Man…) et Jessica Alba (Sin City : j’ai tué pour elle…) Suivront ensuite, Momentumde Stephen S. Campanelli, un autre thriller d’action avec Olga Kurylenko (Oblivion), Morgan Freeman (Insaisissables 2…) et James Purefoy (The Following...) pour terminer par Spook : the Greater Good – Le film, tiré de la série éponyme, MI-5 de Bharat Nalluri, avec Kit Harrington (Game of Thrones) dans le rôle principal. Le film sera une suite directe de la série, dont le dernier épisode a été diffusé en 2011. L’histoire se concentre sur les différentes missions de la célèbre agence de services secrets britannique. On y suivra les aventures d’un agent du contre-espionnage britannique qui enquête sur l’évasion mystérieuse d’un terroriste, Adam Qasim (incarné par Elyes Gabel), alors que Londres est sous la menace d’une attaque. Coté casting on retrouve également Peter Firth dans le même rôle que celui de la série, celui de Harry Pearce, le chef du MI5, Jennifer Ehle (Le Discours d’un roi), Elyes Gabel (World War Z), David Harewood (Homeland) et Tim McInnerny (Outlander)
Spooks: The Greater Good – Official Trailer
Tous les films présents sur la plateformes seront proposés en HD, en VF et en VOST, au prix de 6,99 € TTC, pour une durée limitée de 45 jours, accompagné de bonus complets (présentation inédite du film par un spécialiste français, making-of, interviews des talents, court métrages, etc) et tout ça sur les principales plateformes de VOD françaises (Box FAI, ordinateurs, tablettes, smartphones, TV et consoles connectées).
Synopsis : Après un accident qui aurait dû lui être fatal, Adaline cesse de vieillir. Elle mène une existence solitaire pour préserver son secret mais, sa rencontre avec Ellis Jones va raviver sa passion de la vie et de l’amour.
Adaline sera proposé en exclusivité sur les plateformes VOD à partir du 22 mai et ce, selon la toute nouvelle formule e-cinema de TF1. Le film, qui réunit Blake Lively et Harrison Ford, met en scène l’amour, le temps et cette magie du cinéma par laquelle on ne vieillit jamais vraiment. Présentée comme une sorte de Benjamin Button féminine, Adaline est une comédie romantique avec sa touche d’originalité dans le traitement, qui joue habilement avec ses acteurs et ses révélations, tout en gardant le charme de l’éternité. L’histoire d’amour traverse en quelque sorte les décennies, mais sans véritable union définitive des protagonistes, voilà sa force. Il construit un cheminement étrangement révélateur de la magie du cinéma et du rêve d’éternelle jeunesse. Ce n’est pas un grand film, mais du cinéma qui s’exporte chez soi et qui a l’ampleur des grandes histoires d’amour. Le pari de TF1 est donc de proposer une comédie romantique fédératrice, traversant les décennies et ce, après un lancement le 1er mai avec le thriller Son of a Gun. Le groupe offre donc un symbole d’éternité dès son lancement, belle idée.
Nous ne vieilliront pas ensemble
Adaline débute par une plongée, la caméra suit depuis le ciel un taxi sur un pont. A son bord, l’héroïne, Adaline/Jenny s’en va chercher de faux papiers. Qui est-elle ? Une jeune femme qui regagne son appartement et lance un vif « chéri, je suis rentrée » à l’attention de son chien. Une solitaire à laquelle Blake Lively offre sa beauté et sa fragilité. Adaline va nous être présentée fuyante pour commencer, toujours la même, jamais à la même époque. On se demande alors bien ce qui lui arrive. Elle traverse littéralement le temps. Le film démarre sur « le dernier chapitre de son histoire ». On la quittera presque comme on l’a rencontrée, à une petite variation près.
C’est une voix off qui raconte, sous la forme des actualités d’autrefois, l’extraordinaire histoire d’Adaline, la femme qui ne vieillit plus après un phénomène étrange qui a eu lieu lors d’un accident de voiture. Le cœur d’Adaline s’est arrêté puis est repartit avec, entre les deux, l’éternité au bout des doigts. Adaline possède donc ce dont tout être humain rêve au moins une fois dans sa vie : l’éternité et l’éternelle jeunesse. Problème, elle ne veut pas devenir un monstre de foire et elle est bien seule dans cette situation de jeunesse absolue. De plus, depuis toujours, toute histoire d’amour se solde par cette belle phrase « je veux vieillir à tes côtés, passer le restant de ma vie avec toi ». L’histoire d’amour, aussi belle soit-elle, est toujours présentée comme aillant une issue, un avenir, une fin. Les corps vont changer ensemble, traverser le temps. Si le processus s’arrête d’un côté, comment envisager d’aimer ? C’est là tout le problème d’Adaline, la comète. C’est en tout cas ainsi que le film le présente. Son passage de 107 ans sur la terre est résumé en une séance de trivial pursuit à laquelle elle a toutes les réponses. Si Adaline a tout son temps, elle ne vit pas, privée de son droit de vieillir, de pouvoir se dire « je dois agir, la vie est courte », elle flambe des décennies au rythme de ses fuites.
Mourir d’aimer
Son histoire d’amour, Adaline l’a vécu dans les années 60 dans la campagne anglaise auprès d’un charmant jeune homme que tous les spectateurs ont, eux aussi, vu vieillir : Harrison Ford. Le film a le talent de mettre au milieu du film cette confrontation du regard de la jeune actrice Blake Lively et du reconnu Harrison Ford. On comprend en un coup d’œil, tout ce qui a pu se jouer entre eux, mais surtout cette dimension du temps qui passe. Devenue un souvenir éclatant dans l’esprit de William (Harrison Ford donc), Adaline n’est plus qu’une prédiction qui ne se réalise pas, mais que l’on attend années après années. C’est donc avec Ellis, la descendance de William, qu’Adaline va enfin faire l’expérience du temps qui passe. Quelque chose de fort. En jouant sur les codes classiques de la rencontre amoureuse, entre humour, rejet et certitude, pour le spectateur, de voir réunies deux âmes sœurs, le film déplace constamment les enjeux de l’engagement amoureux, impossible pour une femme aujourd’hui plus jeune que sa propre fille. En expérimentant, sur pellicule, la force du cinéma qui est de rendre avant tout éternelles des icônes et des rencontres, le film s’en sort plutôt bien. La mise en scène prend le partie de garder éternellement dans son viseur Adaline alias Blake Lively et de tout construire autour d’elle. Il ne dit rien de plus que le rêve immense de trouver enfin la force de vieillir à deux, par un chemin différent de celui qui nous est habituellement servit.
Blake Lively assure ce rôle avec élégance, à l’aise dans toutes les époques et les tenues, avec ce quelque chose d’intemporel dans son visage, qui lui assure d’aimer intensément et d’en souffrir. Adaline est donc ne comédie romantique ample et parfois drôle, qui sait nous faire ressentir le temps et la force d’un sentiment pour lequel, enfin, tout est bouleversé, mais rentre dans l’ordre. Là où Stephen Hawking défiait la maladie et la mort par amour dans le biopic que lui consacrait Une Merveilleuse histoire du temps, Adaline rattrape le temps et, en s’en privant, se l’offre plus fortement. Née à la frontière entre deux années, un 1er janvier, elle sait qu’il lui faudra longtemps grandir au milieu de la célébration, par des mortels, du temps qui file plus vite qu’eux. Le soir du 31 décembre devient le jour, où l’on oublie, comme au cinéma, que le temps passe, mais qu’il n’est jamais trop tard.
Fiche techniques du film – Adaline
Sortie exclusivement en e-cinema (TF1) le 22 mai 2015
Réalisateur: Lee Toland Krieger
Scénario: J. Mills Goodloe, Salvador Paskowitz
Interprètes: Blake Lively (Adaline), Harrison Ford (William), Michiel Huisman (Ellis)
Photographie: David Lanzenberg
Montage: Melissa Kent
Distribution France : TF1 Vidéo
L’état des lieux actuel du genre de l’horreur est assez consternant. S’il a connu ses heures de gloire et gagné ses lettres de noblesse avec quelques chefs-d’œuvre, tels que La Malédiction et L’Exorciste ou, à un autre niveau, avec Freddy et Jason, il semble aujourd’hui délaissé par les grands cinéastes (le nouveau film de M. Night Shyamalan ne devrait rien y changer). Réduit à l’état de « roman de gare » du cinéma, il agonise lentement grâce à de piètres films, destinés presqu’exclusivement à un public adolescent en panne d’exigence et avide de sensations bon marché. Le film Ouija vient de le démontrer, Pyramide enfonce le clou (et c’est douloureux), à quelques nuances prêt.
Peut faire pire
Si Grégory Levasseur (Maniac, Piranha-3D) ne prend aucun risque avec Pyramide, enfonçant un bon paquet de portes ouvertes dont Wes Craven avait su se moquer dans Scream, il évite tout de même les ficelles trop grosses, de celles qui donnent envie de rire lorsqu’un film tourne au ridicule. Principal atout de Pyramide, aucun adolescent à l’horizon, pas d’écolière en jupe écossaise et à la poitrine généreuse. Levasseur nous évite donc les héros et héroïnes nunuches, adeptes des décisions en dépit du bon sens façon : « Si j’allais me promener seule sachant qu’un tueur rôde… » .
Le secret de la pyramide
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y pas de facilités car, planter le décor d’un film au fond d’une pyramide, sachant toutes les légendes que véhiculent ses tombeaux pharaonesques, c’est un scénario écrit avant de l’être et qu’il suffit de retoucher légèrement pour l’adapter à notre époque. D’où le lien qui est fait avec les manifestations égyptiennes de 2013, lorsque les citoyens croyaient encore en la fin de la dictature. Il n’empêche que ça fonctionne par moments, les peurs primitives (celle de la mort surtout) restant ce qu’elles sont : la plus grande confrontation de l’humanité avec l’inconnu. Par contre, il faut reconnaître qu’on pense très fort à quelques films plus ou moins classiques du genre tels que La Momie, mais aussi Cube (héritage flagrant), avec ces héros enfermés et qui passent de salle en salle en enchaînant les pièges mortels, ou alors Cube s’est inspiré des pyramides égyptiennes.
Fond de foutage
Alors il y a encore du found footage dans ce film. Genre cinématographique ou non, il faut bien reconnaître que ce procédé s’est installé. Le but en reste encore inconnu. S’agit-il de crédibiliser une œuvre avec le verni de l’authenticité ? Mais depuis quand le cinéma aurait-il besoin de crédibiliser une œuvre de fiction ?! Qui peut croire que Blair Witch était un document authentique ? Le problème de Grégory Levasseur est qu’il fait le choix de mélanger le found footage à un film classique. Certes, cela évite les lourdeurs de ce procédé façon : « Tiens si je filmais ça ? Et ça ? Et ça ? », mais ça n’a aucun sens. On cherche un peu une signification aux moments en footage et aux moments classiques, visiblement il n’y en a pas. Levasseur fait dans la facilité, faisant du found footage quand ce n’est pas trop contraignant d’un point de vue scénaristique et technique. Ce qui n’est pas trop grave car, si l’aspect immersif de ce procédé est très discutable, ce qui ne l’est pas c’est que ça donne généralement un résultat visuel dégueulasse.
« Si tu es blonde, à forte poitrine, etc… »
Comme toujours avec les films d’horreurs actuels les acteurs et la musique, deux aspects pourtant primordiaux, sont traités avec négligence. Si le casting fait « le job » sans conviction mais sans démériter, il n’y a quand même pas de quoi casser trois pattes à un canard. Ashley Hinshaw (LOL-USA, True Blood) est (dans ce film), un cliché sur jambes : elle est blonde, elle est très jolie et évidemment, elle a droit à sa scène légèrement vêtue. Le mélange sexe et horreur (dont les Japonais sont friands) ne se dément pas, même si son intérêt reste à prouver. Mais il faut constater que les grands acteurs se désintéressent aujourd’hui du genre, et il est loin le temps de Max Von Sydow dans L’Exorciste ou de Jack Nicholson dans Shining. Quant à la musique…quelle musique ?
Encore !
Finalement, le mot qui caractérise le mieux Pyramide, avec tous les sous-entendus qu’il comporte (la lassitude surtout…) serait : « encore ». Encore un film d’horreur bidon, encore des perles enfilées, encore une blonde, encore des effets-spéciaux bas de gamme (question de budget probablement), encore des acteurs là faute de mieux, encore une bande-originale traitée comme une contrainte. Bref, encore une œuvre mineure qui joue les « Big Mac » cinématographiques : on la déguste sans déplaisir mais sans extase non plus et vingt minutes après l’avoir terminée, on a encore faim. Seul bon point, une fin en points de suspension.
Synopsis: Nora et son père Holden sont archéologues de père en fille. Ils découvrent par hasard en Égypte une pyramide enterrée très différente des autres. L’exploration de cette pyramide va les mener au bout de l’horreur, pour leur plus grand mal.
https://www.youtube.com/watch?v=DvFc2M-fdis
Fiche Technique du film Pyramide
Réalisation : Grégory Levasseur
Scénario : Daniel Meersand & Nick Simon
Décors : Alessandro Santucci
Montage : Scott C. Silver
Musique : Nima Fakhrara
Production : Alexandre Aja, Mark Canton, Chady Eli Matter & Scott C. Silver
Société de production : Fox International et Silvatar Media
Société de distribution : Twentieth Century Fox
Pays : U.S.A.
Genre : horreur
Durée : 89’
Sortie : 6 mai 2015
Distribution : Ashley Hinshaw, Denis O’Hare, James Buckley, Daniel Amerman, Amir K