Rétro Coen : Miller’s Crossing – Critique du film

Miller’s Crossing, un film noir… si noir que la fantaisie n’y a pas sa place !

Synopsis: À l’époque de la Prohibition le gangster Tom Reagan, bras droit d’un caïd irlandais, trahit et manipule son entourage, l’utilisant à ses propres fins, même par la violence, afin de se faire une place dans le milieu.

Leur deux premiers films n’ayant pas connu le succès, Joel et Ethan Coen ont décidé, pour leur troisième long-métrage, d’être plus ambitieux. Déjà, en trouvant le soutien de la 20th Century Fox pour leur octroyer un budget deux fois supérieur à celui de leur précédent film, mais surtout en essayant, sans en avoir les droits, de s’inspirer de l’œuvre d’un romancier considéré comme difficilement adaptable (Dashiell Hammett, auteur du Faucon Maltais, un des mètres-étalons du film noir). Prenant place dans l’Amérique de l’époque de la Prohibition et de la toute-puissance des mafias, le film démarre par une scène qui renvoie directement à la scène d’ouverture du Parrain. Les doléances d’Amerigo Bonasera auprès de Vito Corleone sont remplacées, dans une mise en scène similaire, par une discussion bien plus agressive entre Johnny Caspar (Jon Polito) et Leo O’Bannion (Albert Finney), tous deux accompagnés de leurs bras droits respectifs, Eddie « le Danois » (J.E. Freeman) et Tom Reagan (Gabriel Byrne). Alors que l’on comprend que la querelle entre les deux caïds, l’un irlandais, l’autre italien, va tourner à une inéluctable guerre des gangs, c’est sur Tom que le scénario va se concentrer.

À l’origine de cette querelle, Bernie -un bookmaker véreux et, accessoirement, le frère de la petite amie de Léo- est interprété par John Turturro qui, pour sa première collaboration avec les frères Coen, est excellent dans son rôle d’arnaqueur félon. Un autre personnage indispensable pour démêler la complexité de l’intrigue, et pourtant peu présent à l’écran, est également incarné par un autre acteur qui deviendra récurrent dans la filmographie coenienne: Steve Buscemi, dans le rôle de Mink. Davantage que la bataille entre les deux bandes de mafieux rivaux, le principal enjeu du film va se révéler être le délitement parallèle de deux triangles amoureux : d’un côté, Léo, Verna et Tom et, de l’autre, Eddie, Mink et Bernie. Si la question de l’homosexualité entre les trois malfrats restera toujours suggérée, elle est une clef indispensable pour comprendre l’enchainement des événements. En effet, restant fidèle au roman La Clé de verre d’Hamett, Joel et Ethan Coen ont signé là leur scénario le plus tordu et le plus fataliste, tant les twists s’enchainent à un rythme effréné et les relations entre les personnages (la fameuse « amitié » que prône hypocritement Caspar) semblent n’y dépendre que des intérêts de chacun.

Chaque acteur trouve là un rôle à sa mesure, et la musique de Carter Burwell est tout simplement splendide. Mais il faut aussi saluer le travail fait par le chef opérateur (Barry Sonnenfeld qui, après ce troisième travail avec les Coen, s’essaiera à la réalisation) nous permettant de profiter d’une ambiance obscure en parfaite harmonie avec le ton de l’intrigue. Tout aussi remarquable, la décoration nous replonge dans les années 30 tout en réussissant à rendre non-identifiable la ville où se déroule l’action (une ville fictive nommée Personville dans le roman d’Hamett). Cette cité anonyme où règnent le vice et la corruption, où la vie nocturne semble rythmée par les descentes musclées d’une police qui retourne sa veste au gré des influences mafieuses, est vraiment un décor idéal pour ce qui est certainement le plus beau film noir des années 90.

Pour reprendre la métaphore omniprésente dans le film, on a envie de dire « chapeau ! » aux Coen pour avoir réalisé cette petite perle qui leur a permis de se faire connaitre du grand public.

Miller’s Crossing : Bande annonce (VO) 

Miller’s Crossing : Fiche technique

Réalisation : Ethan & Joel Coen
Scénario :  Ethan & Joel Coen
Interprétation : Gabriel Byrne (Tom), Albert Finney (Léo), John Turturro (Bernie), Marcia Gay Harden (Verna), J.E. Freeman (Eddie le Danois), Jon Polito (Johnny Caspar)…
Photographie : Barry Sonnenfeld
Montage : Michael R. Miller
Musique: Carter Burwell
Restriction : Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 122 minutes
Genre : Film noir, Film de gangsters
Date de sortie : 27 février 1991

Etats-Unis – 1990

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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