Accueil Blog Page 736

Narcos saison 1, une série de Chris Brancato : critique

0

Faire une série sur le trafic de drogue, en consacrant la première saison à la figure de Pablo Escobar, était une gageure. Les risques étaient grands : procéder à des simplifications excessives alors que les situations historiques sont d’une grande complexité, faire d’Escobar une sorte de héros subversif et révolutionnaire alors qu’il était un dangereux criminel prêt à tout, etc.

Synopsis : au début des années 80, l’agent Steve Murphy, de la DEA (la brigade des stups américaine), est envoyé en Colombie pour tenter d’enrayer le trafic de cocaïne qui se déverse aux Etats-Unis. Là, il va être confronté à Pablo Escobar, le plus important des trafiquants.

Cynisme politique

L’épisode pilote, d’une extraordinaire qualité, lève une partie des doutes. D’emblée, la série semble partir sur les traces de Scorsese : histoire racontée en voix off (par le personnage de Steve Murphy ; une voix off certes parfois un peu envahissante mais passionnante), imbrication police-truands, questions de morale, aspect politique qui ne cache pas son cynisme, une violence permanente (pas forcément physique) et le thème du pouvoir qui revient sans cesse. La série va en effet présenter le trafic de drogues entre la Colombie et les États-Unis sous un aspect très politique : depuis la prise de pouvoir de Pinochet au Chili (avec l’aide de Nixon) jusqu’aux déclarations fracassantes du couple Reagan, cette saison couvre pratiquement 20 années sans chercher à dissimuler son cynisme. Ainsi, le narrateur Steve Murphy n’hésite pas à dire que ce qui va décider le gouvernement américain à entrer en guerre contre les trafiquants de drogue, c’est le fait que des milliards de dollars sortent du pays et que les économistes et les banquiers se plaignent de cette fuite de capitaux forcément préjudiciable à l’économie américaine. Les problèmes sociaux ou sanitaires passent au second plan. Pourtant, la série ne cache rien des conséquences du trafic de drogue. Conséquences sur la santé publique (des junkies dans les caniveaux), conséquences sur l’ambiance sociale (la Floride ou la Californie ou les fusillades entre gangs déciment certaines portions de la population). Bien conscients de marcher sur des œufs, les scénaristes cherchent à éviter de faire de l’angélisme autour du personnage de Pablo Escobar. Pas d’image romantique du mafieux, du haut de sa superbe. La drogue est un fléau et Escobar un criminel de la pire espèce. Constamment, le gouvernement américain apparaît à côté de la plaque dans cette chasse au narcotrafiquant. La CIA présente en Colombie, en accord avec la politique de Reagan, soutient mordicus que le vrai danger provient des groupuscules communistes et que les trafiquants de drogues sont des petits joueurs. Il faudra attendre que le pays soit à feu et à sang pour que l’Agence réagisse enfin, avec réticence.

Le trafiquant et le président

Parce qu’Escobar ne va pas se contenter de ruiner la vie des drogués d’Amérique du Nord. Au fil des épisodes, on va le voir transformer la Colombie en un des pays les plus dangereux au Monde. Lui-même va complètement perdre les pédales et sombrer dans la folie meurtrière. Rien ne lui paraîtra inaccessible : policiers, juges, ministres, présidents, tout ce qu’il ne pourra corrompre, il cherchera à le tuer. La seconde moitié de la saison se déroule entièrement dans cette ambiance d’extrême violence, au milieu des meurtres, des attentats à la bombe et des enlèvements. Alors que la première moitié couvrait une longue période et se focalisait sur l’irrésistible ascension d’Escobar, la suite paraît plus stagnante, moins mouvementée, et se concentre plus sur les conséquences du pouvoir d’Escobar sur la vie politique colombienne. En gros, il s’agit d’un face-à-face entre le trafiquant et le président César Gaviria. Un président qui devient petit à petit le personnage principal de la fin de saison. Un président qui semble pris en otage, et dont la situation illustre bien la prise effective du pouvoir par les narcotrafiquants. Multipliant les prises d’otages parmi les personnalités du pays, Escobar exerce un chantage sur Gaviria. Pire, il retourne la situation : soutenu par les couches les plus pauvres de la population, auxquelles il distribue de l’argent (et en n’hésitant pas à faire des enfants ses gardes armés), il fait paraître les États-Unis comme des ennemis qui seraient directement responsables du désordre social du pays. Et, de fait, le président colombien est pris entre deux feux : s’il cède aux États-Unis au sujet de la loi d’extradition, il apparaît comme un laquais de Washington. S’il rejette l’extradition, il apparaît comme corrompu par Escobar. Il n’a que des mauvais choix face à lui. Et c’est vraiment dans le palais présidentiel que se déroulent les meilleures scènes de la seconde moitié.

Frontières morales

Finalement, on peut dire que la grande réussite d’Escobar (mise à part son extraordinaire réussite financière, bien sûr), c’est d’avoir brouillé les frontières de la morale. Murphy le dit : si le trafiquant a toujours autant d’avance, c’est qu’il ne respect aucune règle là où l’armée et la police doivent les respecter. Les lois semblent devenir des handicaps. Excédés, les enquêteurs vont se mettre à agir comme des criminels : séances de tortures, menaces, exécutions, tous les moyens deviennent bons. D’où la mauvaise image d’une police qui, quand elle n’est pas corrompue, est aussi dangereuse que les criminels qu’elle traque. Ce qui renforce encore le caractère dramatique de la situation d’une population qui est toujours victime, coincée au milieu des fusillades et des règlements de compte. Si le pilote est formidable et impose un rythme vraiment rapide, le reste de la saison va se ralentir progressivement et la série va changer de propos. Alors que la première partie est centrée sur l’ascension d’escobar, qui va même jusqu’à viser une carrière politique, la seconde moitié va nous raconter sa traque, une chasse à l’homme sans merci. Les quelques scènes de fusillades qui vont émailler cette première saison ne cachent rien de la violence qui gagne le pays, et peuvent choquer un public sensible.

Le propos, alternant vie personnelle et enjeux politiques, balaie les différents aspects du problème et ne se contente pas d’un face-à-face manichéen. Il n’y a pas de méchants tueurs et de gentils flics. Les scénaristes veulent manifestement éviter les simplifications extrêmes, sans pour autant perdre les spectateurs dans des considérations trop complexes. Le jeu d’équilibre est plutôt réussi, même si la seconde partie déçoit parfois. L’interprétation est formidable. Signalant, juste pour le plaisir, la présence de Luis Guzman, que l’on a vu tant de fois chez Brian dePalma. Une première saison vraiment réussie qui nous rend impatients de découvrir la suite.

Narcos : Fiche technique

Sortie : 28 août 2015
Création : Chris Brancato
Réalisation : Andrés Baiz, Fernando Coimbra, Guillermo Navarro, José Padilha
Scénario : Chris Brancato, Carlo Bernard, Andrew Black, Samir Mehta, Dana Ledoux Miller, Doug Miro, Dana Calvo, Nick Schenk, Allison Abner, Zach Calig, Paul Eckstein
Interprétation : Wagner Moura (Pablo Escobar), Boyd Holbrook (Steve Murphy), Pedro Pascal (Javier Peña), Raul Mendez (Cesar Gaviria), Maurice Compte (Carrillo), Jorge A. Jimenez (Poison), Luis Guzman (Gacha).
Photographie : Mauricio Vidal, Lula Carvalho, Adrian Teijido
Décors : Camila Arocha
Montage : Leo Trombetta, Matthew Colonna, Luis Carballar, Victor Du Bois
Musique : Pedro Bromfman (chanson du générique : Tuyo, de Rodrigo Amarante)
Production : Paul Eckstein, José Luis Escolar, José Padilha
Sociétés de production : Gaumont International Productions
Distribution : Netflix
Budget :NR
Genre : thriller, drame
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 50’

Festival de Toronto 2015 : Prix du Public pour Room, avec Brie Larson

0

40 ème édition du Festival International du Film de Toronto

Les festivals de San Sebastian et Strasbourg viennent juste de démarrer que celui de Toronto s’achève et nous dévoile son palmarès final. Si le festival est reconnu internationalement pour être non-compétitif (donc absence de Jury), c’est néanmoins le public qui a toute son importance ici puisqu’il délivre son propres palmarès sur la totalité des films présentés. Pas étonnant alors que Toronto soit considéré comme le point de départ pour la saison des Oscars. Il faut dire que le Prix du Public du Festival de Toronto a souvent récompensé un futur nommé ou gagnant aux Oscars (ces dernières années : Imitation Game, 12 Years a Slave, Hapiness Therapy, Le Discours d’un Roi, Slumdog Millionaire, etc.). L’un des plus importants festivals d’Amérique du Nord s’achève donc après onze jours de festivités pour lesquels les studios ont sorti leurs grosses cartouches. Les spectateurs ont notamment pu assister à des avants-premières mondiales comme Seul sur Mars de Ridley Scott, Strictly Criminal de Scott Cooper, Beasts Of No Nation de Cary Fukunaga, Demolition de Jean-Marc Vallée, Spotlight de Thomas McCarthy, mais aussi des premières projections de films cannois à l’instar de Sicario de Denis Villeneuve, An de Naomi Kawase, Le Fils de Saul de László Nemes, The Lobster de Yorgos Lanthimos, ou même quelques films français en quête de reconnaissance internationale comme La Belle Saison de Catherine Corsini, Lolo de Julie Delpy ou la récente Palme d’Or, Dheepan de Jacques Audiard. Mais malgré toutes ces belles projections, c’est l’inattendu Room de Lenny Abrahamson (Garage, Frank) qui remporte le très honorable Prix du Public. Les premiers retours sont dithyrambiques et la presse parle déjà d’un buzz grandissant pour un film que personne n’attendait. Room suit le parcours d’une femme, kidnappée dans son adolescence et gardée en captivité pendant des années dans une toute petite pièce avec son fils de 5 ans, qui parvient à s’échapper et doit se faire au monde extérieur. Encore aucune date de sortie française pour le moment mais on est persuadé que cela ne saurait tarder.

Palmarès du Festival de Toronto 2015 :

Prix du Public : Room de Lenny Abrahamson (Canada, Irlande)

Prix du Public – Section Documentaire : Winter on Fire: Ukraine’s Fight for Freedom de Evgeny Afineevsky (Ukraine, Etats-Unis, Royaume-Uni)

Prix du Public – Section Midnight Madness : Hardcore de d’Ilya Naishuller (Russie, Etats-Unis)

Prix FIPRESCI – Section Présentation : Desierto de Jonás Cuarón (Mexique, France)

Prix FIPRESCI – Section Découverte  : Eva Nová de Marko Škop (Slovaquie)

NETPAC Award du Meilleur Film Asiatique : The Whispering Star de Sono Sion (Japon)

Pour plus d’informations et retrouver la totalité du palmarès : http://tiff.net/festivals/festival15/awards

 

Jusqu’au Dernier, une série de François Velle : Critique

Jusqu’au Dernier est une mini-série en six épisodes diffusée entre août et septembre 2014 sur France 3. La série a fait peu parler d’elle mais c’est pourtant une intrigue qui a réuni plus de 3 millions de téléspectateurs et qui nous conduit dans la sphère intime des trois principaux personnages.

Synopsis : Alors que Fred Latour s’apprête à fêter son anniversaire avec les trois femmes de sa vie : sa mère Hélène (Brigitte Fossey), sa femme Karine (Valérie Karsenti) et leur fille Sybille (Flore Bonnaventura), il meurt en tombant du toit. Suicide, accident ou meurtre maquillé ? Les trois femmes vont tenter d’élucider le mystère autour de ce décès tragique. 30 ans auparavant, Alain Latour, père de Fred et Maire de Marseille, avait lui-aussi connu une mort inexpliquée.

Une intrigue policière :

Trois générations de femmes donc, la grand-mère, l’épouse et la fille, unies par leur amour pour le chef de famille, et qui vont s’allier pour enquêter sur sa mort mystérieuse. Dès le début, on comprend que ce décès est lié à un sombre passé et à une machination dans laquelle les héroïnes vont risquer leur vie.
Dans Jusqu’au Dernier, on retrouve deux actrices appréciées des français et qui donnent le ton juste aux premiers rôles féminins : Brigitte Fossey (Les Enfants du Naufrageur, Les Gens de Mogador, La Boum) qui fait son retour à la télévision et Valérie Karsenti (Maison Close, Scènes de Ménage) qui montre encore une fois qu’elle est capable de tout interpréter.
On a aussi grand plaisir à voir jouer le charismatique Lionel Astier (11.6, Kaamelott), dans le rôle du Commissaire Magnier qui lui va comme un gant, et Michaël Abiteboul (Papa ou Maman, 20 ans d’Écart) dans celui de son toqué d’adjoint. Les deux personnages sont attachants. Ils confèrent à la série du corps et du charme ainsi qu’une note humoristique. Flore Bonnaventura (Les Souvenirs, Casse-Tête Chinois), quant à elle, se fait plus discrète en incarnant la fille aimante et l’étudiante qui va aussi mener son enquête et apporter son aide.

La saga de l’été 2014 :

Dans Jusqu’au Dernier, l’intrigue autour des meurtres et des secrets de famille alimente un suspense relatif lié aux magouilles d’une Mafia de politiciens véreux et de familles aisées. Tous les ingrédients d’une saga policière et familiale à la fois !
En somme, Jusqu’au dernier est une saga estivale comme aime en diffuser les chaînes françaises durant l’été et dont le public est friand. Les décors ensoleillés et côtiers sont enchanteurs et viennent contraster le côté sombre de la série. Des paysages de bord de mer bercés par le cri des goélands, des garrigues, des collines et des forêts de pinèdes dignes des romans de Marcel Pagnol mais qui, de fait, revêtent un caractère sauvage et inquiétant.
On pense alors à Dolmen, cette série de six épisodes qui se déroulait sur une île de Bretagne et qui fut le véritable succès de TF1 en 2005. Chérie 25 a d’ailleurs rediffusé cette saga au mois de juillet 2015 tandis que Gazelle & Cie et AB production réitèrent la diffusion de Jusqu’au Dernier en DVD.
Une recette qui marche car le grand public est ravi d’y retrouver les images bucoliques des plus belles régions de France et de suivre les aventures de leurs acteurs fétiches à la télévision. C’est un dépaysement pour ceux qui ne partent pas en vacances et une continuité pour ceux qui y sont. C’est aussi l’occasion de réunir la famille autour du petit écran adulé des français. Car n’oublions pas que la télé est le premier loisir des français (Institut Médiamétrie, données « Année TV 2014 » ).

Fiche Technique : Jusqu’au Dernier

Genre : Mini-série dramatique
Création : Mikaël Ollivier, François Velle (réalisation)
Production : Gaëlle Cholet
Acteurs principaux : Valérie Karsenti, Brigitte Fossey, Lionel Astier, Flore Bonaventura, Michaël Abiteboul
Musique : Armand Amar
Pays d’origine : France
Chaîne d’origine : France 3
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 6
Durée : 52 minutes
Diff. originale : 26 août 2014 – 2 septembre 2014

Miss Hokusai, un film de Keiichi Hara : Critique

Nombreux sont ceux qui ont déjà vu une des œuvres du peintre japonais Hokusai. La Grande vague de Kanagawa est une de ses estampes les plus populaires et a fait l’objet de nombreuses reproductions.

Hymne à l’art et à la vie

L’artiste a connu une certaine notoriété de son vivant et a bénéficié d’une reconnaissance de ses pairs, ce qui a permis à son œuvre de perdurer, de traverser les frontières et d’influencer beaucoup de peintres européens. Avec Miss Hokusai, Keiichi Hara révèle un autre pan de la vie du maître en mettant en lumière un personnage dont la contribution artistique, pourtant essentielle dans l’œuvre du peintre est demeurée confidentielle : O-Ei, fille aînée d’Hokusai, elle-même artiste de talent qui a travaillé avec son père jusqu’à la mort de ce dernier.

Le film prend le parti de ne pas suivre le schéma narratif classique du biopic qu’il aurait pu adopter, en nous montrant l’évolution progressive de son héroïne. Ici, le long-métrage débute in medias res et apparaît plutôt comme une tranche de vie. On a affaire à un personnage qui n’a pas besoin d’un quelconque adjuvant pour s’accomplir. Naturellement, d’autres personnages et des situations particulières vont l’amener à évoluer, mais O-Ei est présentée comme une femme qui agit seule et prend des décisions par elle-même et pour elle-même. Il ne s’agit en aucun cas d’un sempiternel récit initiatique, où l’héroïne, assistée d’un mentor, ou pire d’un pygmalion, deviendrait ce qu’elle doit être sous l’impulsion de ce dernier. Liberté et indépendance sont les deux qualités qui caractérisent Miss Hokusai. La scène d’introduction du film entérine cela en musique, c’est sur fond de rock & roll que la protagoniste se présente. Difficile de concurrencer un tel rôle, ainsi, les autres personnages, et en particulier les hommes, ne sont pas montrés à leur avantage. Hokusai, s’il est un grand maître de la peinture, est aussi un lâche qui craint l’infirmité de sa fille cadette, aveugle de naissance. Quant à ses disciples, leur attitude est terne, voire grotesque. Il est dommage que le réalisateur ait quelque peu exagéré les défauts de ses personnages masculins pour que la personnalité de son héroïne n’en soit que plus flamboyante.

C’est bien de cette flamme, de cet élan vers le monde et ses beautés dont nous parle le film, graphiquement très beau. Le réalisateur fait le choix d’aborder son film comme une chronique douce et contemplative sur le temps qui passe, ponctué par le passage des saisons. L’histoire se déroule en une succession de tableaux, à l’image des estampes que peignent les personnages. O-Ei aborde le monde de front, elle veut s’emplir de tout ce qu’il peut lui offrir. Dès qu’elle retrouve sa jeune sœur, qui ne sort que rarement de l’hôpital où elle est maintenue, elle lui fait découvrir ce monde de bruits, d’odeurs, mais aussi de formes et de couleurs, outrepassant la cécité de l’enfant, regardant le monde pour deux. En tenant compte de cet amour fraternel, on peut comprendre la relation de l’héroïne à la peinture. Il s’agit de représenter, au sens fort du terme, c’est à dire de rendre présent, faire que ses dessins parviennent à capturer une portion de vie. L’art de peindre devient un geste mystique, plein de magie. L’un des tableaux d’O-Ei, une commande d’un riche marchand ayant exigé une représentation des Enfers, donne à la femme de ce dernier la certitude d’être attaquée par les démons de la peinture. Le tableau provoquait ces violentes réactions car il était incomplet, il lui manquait une touche d’espoir, celle qui permet de finaliser une œuvre. L’art comme viatique. O-Ei ne déviera jamais de sa voie de peintre, peu importe les aléas de la vie. Elle travaillera sans cesse vers une amélioration de son art. La dernière séquence du film fait écho à la scène d’ouverture, en nous ramenant sur le pont d’Edo où la protagoniste apparaît pour la première fois. « La vie n’est ni meilleure ni pire qu’avant, dit O-Ei à sa sœur, mais de belles choses arrivent pour lesquelles il faut vivre. » Miss Hokusai s’éloigne, parmi la foule bruyante et colorée, la fin ne vient pas clore le film en y apportant un point final, mais ouvre de nouvelles perspectives, en élargissant notre regard sur ce monde, matière première de l’artiste.

Synopsis : En 1814, HOKUSAI est un peintre reconnu de tout le Japon. Il réside avec sa fille O-Ei dans la ville d’EDO (l’actuelle TOKYO), enfermés la plupart du temps dans leur étrange atelier aux allures de taudis. Le « fou du dessin », comme il se plaisait lui-même à se nommer et sa fille réalisent à quatre mains des œuvres aujourd’hui célèbres dans le monde entier. O-Ei, jeune femme indépendante et éprise de liberté, contribue dans l’ombre de son père à cette incroyable saga artistique.

Miss Hokusai : Bande Annonce

 Miss Hokusai : Fiche Technique

Titre original : Sarusuberi : Miss Hokusai
Réalisation : Keiichi HARA
Production : PRODUCTION I.G, Mitsuhisa ISHIKAWA
Distribution : PRODUCTION I.G, Francesco PRANDONI, EUROZOOM, Amel LACOMBE
Adapté du manga de Hinako Sugiura Sarusuberi
Direction artistique : Hiroshi Ono
Scénario : Miho Maruo
Avec les voix de Yutaka Matsushige : Katsushika Hokusai, Anne Watanabe : O-Ei, Kumiko Aso : Sayogoromo, Gaku Hamada : Ikeda Zenjirô, Jun Miho : Koto, Shion Shimizu : O-Nao, Danshun Tatekawa : Manjidô, Michitaka Tsutsui : Iwakubo Hatsugorô
Graphisme : Yoshimi Itazu
Storyboard : Keiichi Hara
Animation : Yoshimi Itazu
Musique : Harumi Fuuki
Son : Keiichi Hara
Montage : Shigeru Nishiyama
Genre : Biopic animé
Sortie en Salle : 2 Septembre 2015
Distributeur France : Eurozoom

The Man from U.N.C.L.E., un film de Guy Ritchie : Critique

Initialement prévu pour Steven Soderbergh, l’adaptation de la série télévisée The Man from U.N.C.L.E. tombe finalement entre les mains du cinéaste britannique Guy Ritchie après moult péripéties.

Des agents très (trop) cools

Un temps, Tom Cruise était même intéressé pour tenir le rôle principal du film. Ces dernières années, Ritchie voue une passion pour les adaptations : après deux films Sherlock Holmes qui ont eu du mal à convaincre sur le plan qualitatif, étant aussi ses films les moins personnels, il prépare aussi une adaptation des aventures du roi Arthur pour son prochain film. Ayant droit à des projets d’envergures, il se perd quelque peu dans des productions de studios où il a parfois du mal à retrouver son style. Donc arrivera-t-il à retrouver sa verve british après deux Sherlock Holmes très américanisés, qui n’ont du cinéaste que l’aspect visuel clipesque ?

Parce qu’il ne faut pas oublier que Guy Ritchie est aussi un scénariste qui a un sens bien à lui du storytelling, parfois grossier et un peu lourd mais très personnel. Ici il renoue donc avec ses premiers amours, se rappropriant quelque peu cette histoire pour la mettre au service de son style. Il signe donc une oeuvre purement britannique, qui cherche constamment le fun, la coolitude et l’humour facile. De là découle donc un certain agacement. À trop vouloir être cool, le film devient vite énervant, réutilisant certains effets à outrance ce qui finit par leur enlever tout intérêt. Surtout que certains de ses effets ont tendance à céder à la facilité et à prendre le spectateur pour un assisté, certains twists sont assez évidents mais il se sent obligé d’y revenir plusieurs fois pour les expliquer sous toutes les coutures. Ce qui fait que l’intrigue est globalement très prévisible voire même déjà-vu dans la caractérisation de ses personnages et l’utilisation de ses rebondissements. Néanmoins il arrive malgré tout à désamorcer ses nombreux clichés avec humour et intelligence. Parvenant ainsi à offrir quelques séquences absolument savoureuses, comme une hilarante et originale course poursuite en bateaux. Par contre l’humour est assez inégal, notamment quand il se sert des dialogues pour faire des doubles sens sexuels trop appuyés, cela devient vite lourd et répétitif car la majeure partie des dialogues se concentre sur cela. Ça marche peut-être une ou deux fois mais clairement pas sur la durée. Mais au final malgré tout ses défauts et une simplicité au niveau de l’intrigue, celle-ci se montre quand même plutôt correcte, cohérente et agréable à suivre.

Le tout est en plus conduit par un casting impeccable mené par un trio d’acteurs convaincant et investi qui joue habilement avec les stéréotypes. Henry Cavill est sur la dérision et offre les meilleurs moments d’humour ; malgré un rôle qui aurait pu être très vite caricatural dans le mauvais sens du terme, il apporte suffisamment de second degré pour éviter l’agacement. Armie Hammer possède quant à lui un rôle plus sérieux et plus torturé mais tout aussi caricatural. Le problème étant que même si l’humour autour de son personnage fonctionne, sa part sombre tend à devenir simpliste et manque cruellement de développement. L’acteur se montre quand même convaincant mais manque légèrement de charisme. Alicia Vinkander est finalement celle qui emporte l’adhésion, elle possède le personnage le plus intéressant et celui qui sort plus facilement des stéréotypes. Elle se révèle comme à son habitude très talentueuse. Dommage que le scénario se sente obligé de créer une romance prévisible et mal amenée, et qui en plus se montre gérée de manière paresseuse, desservant totalement les personnages. Sinon on notera aussi la présence de Hugh Grant en roue libre mais très en forme.

La réalisation est dans la pure tradition de Guy Ritchie, le montage cherche un rythme effréné et arrive parfois à le trouver, même si le film à tendance à confondre rythme et vitesse. Le montage est aussi trop précipité dans les scènes d’actions qui tendront par moments à être illisibles, surtout les rares scènes de combats aux corps à corps. La photographie est très léchée tandis que la sélection musicale est évidente et très cool, un peu à l’image du film. La mise en scène se montre énergique et bien pensée offrant des moments assez tonitruants. Notamment les deux scènes en split screen qui remplacent un peu les ralentis habituels du metteur en scène, lui permettant quelque peu de repenser son style. Il arrive même par moments à créer l’angoisse au détour d’une scène bien amenée et tendue, ainsi que de l’épique avec une scène d’action finale brillamment filmée grâce à des plans aériens dynamiques.

En conclusion The Man from U.N.C.L.E. est un bon film et un divertissement assez exaltant. Même s’il s’impose comme un Guy Ritchie mineur mais en étant un long métrage bien plus personnel par rapport à ce qu’il a fait ses dernières années. En résulte donc un film qui a ses défauts, bien trop lourd et prévisible dans son traitement mais indéniablement énergique et bien troussé. Le casting tient l’ensemble à merveille même s’il ne possède pas une alchimie évidente et certains défauts de rythme et d’écriture tendent à rendre l’ensemble simpliste et un tantinet didactique. Malgré tout on passe un moment fun et indéniablement très cool, parfois même trop, mais on se prend au jeu avec un certain plaisir.

Synopsis : Au début des années 60, en pleine guerre froide, The Man from U.N.C.L.E. retrace l’histoire de l’agent de la CIA Solo (Henry Cavill) et de l’agent du KGB Kuryakin (Armie Hammer). Contraints de laisser de côté leur antagonisme ancestral, les deux hommes s’engagent dans une mission conjointe : mettre hors d’état de nuire une organisation criminelle internationale déterminée à ébranler le fragile équilibre mondial, en favorisant la prolifération des armes et de la technologie nucléaires. Pour l’heure, Solo et Kuryakin n’ont qu’une piste : le contact de la fille d’un scientifique allemand porté disparu, le seul à même d’infiltrer l’organisation criminelle. Ils se lancent dans une course contre la montre pour retrouver sa trace et empêcher un cataclysme planétaire.

The Man from U.N.C.L.E. : Fiche technique

États-Unis – 2015
Réalisation: Guy Ritchie
Scénario: Guy Ritchie et Lionel Wigram, d’après une histoire de Jeff Kleeman, David C. Wilson, Guy Ritchie et Lionel Wigram, d’après la série télévisée The Man from U.N.C.L.E. créée par Sam Rolfe
Interprétation: Henry Cavill (Napoleon Solo), Armie Hammer (Illya Kouriakine), Alicia Vikander (Gaby Teller), Hugh Grant (Alexander Waverly), Jared Harris (Saunders)
Photographie: John Mathieson
Décors: Oliver Scholl
Costumes: Joanna Johnston
Montage: James Herbert
Musique: Daniel Pemberton
Producteur(s): Steve Clark-Hall, John Davis, Jeff Kleeman et Lionel Wigram
Production: Warner Bros.
Distributeur: Warner Bros.
Date de sortie: 16 septembre 2015
Durée: 1h56min
Genre: Espionnage

The Missing saison 1, une série de Harry et Jack Williams : Critique

A l’occasion de la prochaine diffusion sur TF1, ah non pardon sa petite soeur TMC, de The Missing, parent éloigné de Broadchurch, LeMagduCiné revient sur la première saison de cette production franco-anglaise qui vaut vraisemblablement le détour.

Synopsis : Lorsque son fils disparaît durant des vacances en France en 2006, les recherches de Tony malmènent peu à peu son mariage et détruisent sa vie. Il décide de reprendre l’affaire 6 ans après…

Les chaînes BBC One et la câblée américaine Starz continueront de nous transporter dans le souvenir d’idéaux familiaux, amoureux et policiers, car une saison 2 a été commandée le 16 décembre dernier. On ne retrouvera pas les Hughes par contre, ce qui fait de The Missing une nouvelle anthologie captivante, qui vous hante longtemps après. Le final, diffusé à la date citée au-dessus, a divisé la critique. « Worst or better ever ». On vous dit tout sans spoiler ! Mais nous avons juste pris le soin de disperser quelques pièces du puzzle…

L’écharpe, son écharpe

En abordant des problématiques tel que le mariage, la fin de carrière, la reconversion, et surtout la possible disparition d’un être cher, The Missing traduit le sentiment angoissant que nous n’avons guère le contrôle sur ce qui nous importe réellement. Le postulat est d’une simplicité déconcertante. Une famille « parfaite » anglaise s’apprête à rentrer chez eux après des vacances passées hors frontières, mais la voiture cale et ils se retrouvent coincé dans la ville de Châlons-du-bois pour 48 heures, le temps que la voiture puisse trouver un second souffle. Ils gagnent l’hospitalité dans l’hôtel L’Eden au néon vert, parallèle à la séquence intérieure fanstasmagorique dans Sueurs Froides où James Stewart découvre la double identité de sa belle. Par ailleurs, une scène entre Tony et sa femme Emily reprend la même problématique chromatique) tenu par un couple discret, les Deloix joués entre autre par l’actrice belge Astrid Whettnall (Au nom du fils). La caméra « touche de l’objectif » une vérité quasi documentaire autour du tourisme de gîte et les campings. Les Hughes ont remarqué la présence d’une piscine alors pourquoi pas en profiter une dernière fois ? La nuit commence à tomber et en se séchant, le père et son jeune fils Oliver tombent sur la coupe du monde de football retransmis au bar à ciel ouvert. C’est l’effervescence autour de cet événement collectif. Ils se rapprochent curieux, puis le jeune Olie ne passe plus entre les supporters. Les mains se lâchent et l’absence est déjà effective. Tony le cherche partout, paniqué (voir à 0’43 de la vidéo ci-dessous). La police est rapidement sur le coup, dirigée par le lieutenant Julien Baptiste, interprété par Tchéky Karyo (Nikita, Bad Boys, Belle et Sébastien) entre tendresse et rugosité. Sans s’appesantir sur cette poignante fin de journée d’été, nous sommes rapidement revenu au temps présent et l’écart s’est profondément creusé en 6 ans. 2012, Tony et Emily se sont séparés. Lui est obsédé par la non-résolution de l’affaire concernant la disparition de son fils, elle est en couple avec celui qui a collaboré sur l’affaire en externe, un détective en vacance joué par Jason Flemyng (Snatch, From Hell). A la question : la famille peut-elle surmonter un tel traumatisme ? La réponse semble évidente maintenant que l’on sait le divorce prononcé, et pourtant ces huit épisodes de 50 minutes vont s’acharner à nous faire douter, remettre en question nos convictions jusqu’à hanter nos souvenirs du fantôme de ce petit garçon pour qui on ne peut qu’éprouver la plus entière des sympathies. L’intérêt en devient presque une histoire personnelle et la mise en scène jongle entre ces deux temporalités pour jouer avec nos nerfs tout en disséminant des indices ici et là pour nous forcer à être attentifs. Comme si on avait besoin de cela !

C’est donc l’écart entre passé et présent qui compte, ici une fois de plus (rappelons-nous la structure de HTGAWM). En pointant subtilement le doigt sur les changements, les substituts et surtout les persistances de nos choix, Tom Shankland, l’unique réalisateur (enfin ! un seul point de vue original), dissèque d’une force singulière les existences de chacun des personnages des deux côté de la manche. Avec les seuls bémols et regrets sur les personnages du journaliste avide Malik Suri (Arsher Ali) et le policier corrompu Khalid Ziane (Saïd Taghmaoui) qui ne trouvent jamais l’équilibre et le bon ton. Me concernant, je retire mes réserves sur Emilie Dequenne qui, contre toute attente, sort son épingle du jeu. Elle incarne une jeune policière bilingue promue, femme active et impliquée, intègre sans prendre parti. L’originalité de cette série donc est de jouer le contraste, l’impression de déséquilibre, entre anglais et français qui ne se comprennent pas (la série ne peut qu’être diffusée en VO !), entre les motivations de chacun, Tony pour la résolution et Emily pour le deuil, entre tendresse et sécheresse du jeu des acteurs, entre la joie des supporters français et le désespoir du père isolé du reste du monde, entre passé et présent. Imaginez-vous sous un ciel ombragé soudain, vous hésitez à ouvrir votre parapluie pour ne pas vous cacher des quelques rayons de soleil, tout en attendant la dernière minute, les première gouttes, quand pourtant … il est déjà trop tard! (Je ne vous dirai pas si il pleut) C’est donc sur ce schéma émotionnel que les frères Williams ont décidé d’écrire leurs différents arcs narratifs. Dominik Scherrer avait les même consignes pour composer la bande sonore. Leur show fonctionne aussi bien sur le «Je sais bien, mais quand même» manonnien*, qui indique précisément comment une croyance peut survivre au démenti de l’expérience, que sur le fictionnalisme**, courant philosophique germanique du début du XXème siècle. Et là vous vous dites, mais qu’il est pompeux celui là, à employer des mots vulgaires que personne ne connait. Et vous avez raison ! Sur la nécessité d’éclaircir mon propos, non pas sur le fait que je puisse être pompeux… Pour la faire courte, il faut sans arrêt reconsidérer nos certitudes, en ayant conscience de ne pas en avoir, dans un contexte oscillant entre fiction construite de toute pièce (soient des espoirs et des illusions) et réalité possible, si ce n’est évidente (soient les faits). Ces faits nous apportent la « preuve » que le jeune Olie est encore en vie, du moins, on y croit dur comme fer.

* Octave Mannoni, Clefs pour l’imaginaire: ou, l’Autre scène, Seuil, 1985

** Hans Vaihinger, La Philosophie du comme si, Kimé, 2008

Puisque nous avons commencé la comparaison sur Broadchurch, poursuivons dans cette voie. Le choix de Chris Chibnall consiste à fondre dans le même moule, grandeurs du paysage et profondeurs psychologiques sur un arrière plan, qui pourtant est premier, de meurtre d’un jeune garçon non élucidé. Si la saison 1 soulignait excessivement la pédophilie, la saison 2 effleurait la question de l’infidélité sur des considérations qui s’éloignaient de l’intérêt premier, soit la résolution sur l’affaire du meurtre du petit Danny Latimer. Ici, The Missing reprend l’attachement paternel/parental comme surpassement de soi tout en rendant accessible l’intrigue policière malgré l’enchevêtrement des temporalités. Mais accrochez-vous tout de même. Chaque personnage agit comme une partie d’un sombre engrenage qu’il nous faudra, patiemment, plus de 6 heures, à démêler. Une pièce du puzzle est déjà apportée à la fin du générique, si vous êtes joueur… Arrêtons nous sur la reprise « Come Home » d’Amatorski. La chanson était à l’origine plus lente et lancinante, comme pour mettre en exergue la fatigue que provoque l’attente du retour d’un être cher. Dire au revoir n’est jamais facile, surtout lorsque l’on a pas eu le temps de prononcer ces mots. Les deux seules finalités sont l’espoir et le deuil donc, deux versants d’une même face. Le thème musical est remanié ici façon Cold Case et perd son côté soul jazz pour devenir percussions qui résonnent dans la nuit. J’aurais aimé prolonger la réflexion sur l’univers musical, l’utilisation du Hang (je vous laisse découvrir sur youtube ses sonorités semblables à des gouttes d’eau résonnantes) et la question de la métamorphose centrale dans l’oeuvre du compositeur ici (oui comme tant d’autres, il a le titre #1 « Butterflies »), mais par manque de temps, je vous laisse en présence d’une courte vidéo issue du making off.

La puissance de cette minisérie tient dans l’aspect quasi documentaire. Des milliers de parents ont vécu cette situation et malheureusement, ce genre de disparition ne devrait pas se tarir, sauf si on vient à bout de la famine, les guerres, l’homophobie… On assiste à une vérité. Oui, triste à dire, mais on se croirait réellement en vacances à la frontière belge, on sent les gouttes de pluie, le chlore de la piscine, les cuisines du restaurant de l’hôtel en fin de service, les dossiers cartons mélangés au tabac froids des bureaux de police ainsi que son bois vernis, la rosée du matin (ou du soir) sur le bateau, l’herbe humide du parking, le sang mélangé aux polaroïds, le plastique de la parka, l’intérieur cuir de la voiture, l’odeur du croissant et du café industriel d’une brasserie, le bitume de la gare, la neige… Chaque élément devient perceptible et il est difficile d’y faire abstraction. Tout comme il est difficile de ne pas reprendre son souffle, la bouche ouverte à chaque passage du petit Olie représenté par le dessin du bonhomme au grande oreille. La photographie, désaturée légèrement pour retranscrire l’usure corporelle et psychologique ou bien lumineuse et rétro vise toujours juste. On a pris la fâcheuse habitude, nous spectateur, de vouloir être éblouis, chercher toujours plus et c’est ainsi qu’un final peut nous décevoir. The Missing nous a pourtant jamais habitué à l’excès ou la superlativité, comme une oie que l’on gaverait jusqu’à plus soif, mais nous prend au piège d’un jeu en spiral, d’une simplicité exemplaire, dont on ne ressort que difficilement indemne. D’autant plus que, avec plus de 7 millions de téléspectateurs anglais, les critiques se sont accordées sur la qualité indéniable de cette série, faisant du final, meilleur que celui de Broadchurch avec plus de 1000 tweets à la minute lors de la diffusion. La minisérie a été nominée aux Golden Globes, British Academy TV Awards, Baftas et même si les deux acteurs principaux n’ont malheureusement rien reçus (sauf à Monte-Carlo), nous prions sincèrement pour que Tom Schankland soit récompensé le 20 septembre aux Emmy…

Qu’avez-vous pensez du final ? Découvrez sans plus tarder le court trailer de la saison 2, sans aucune date de sortie encore. Il s’agirait d’une jeune fille en Allemagne…

Titres des épisodes

  1. La disparition (Eden)
  2. Le suspect (Pray for Me)
  3. L’informateur (The Meeting)
  4. L’Alliée (Gone Fishing)
  5. Le monstre (Molly)
  6. Le traitre (Concrete)
  7. Le maître chanteur (Return to Eden)
  8. Le coupable (Till Death)

Les épisodes titrés en français apparaissent comme des cartes de tarot annonciatrices, des rôles attribués pour un jeu à ciel ouvert.

Fiche Technique : The Missing

Création : Harry Williams, Jack Williams
Réalisation : Tom Schankland
Scénario : Harry Williams, Jack Williams
Interprétation : James Nesbitt (Tony Hughes), Frances O’Connor (Emily Hughes), Tchéky Karyo (Julien Baptiste), Ken Stott (Ian Garrett), Jason Flemyng (Mark Walsh), Arsher Ali (Malik Suri), Saïd Taghmaoui (Khalid
Ziane), Titus De Voogdt (Vincent Bourg), Émilie Dequenne (Laurence Relaud), Eric Godon (Mr Deloix), Astrid Whettnall (Sylvie Deloix), Anastasia Hille (Rini Dalca)
Photographie: Ole Bratt Birkeland
Décors: Kate Scopes, Katie Spencer
Musique: Dominik Scherrer
Production : John Yorke, Harry Williams, Jack Williams, Jan Vrints, Elaine Pyke, Charles Pattinson, Polly Hill, Eurydice Gysel, Willow Grylls, Colin Callender
Sociétés de production : Company Pictures, Two Brothers Pictures, New Pictures, BBC, Starz Originals, BNP Paribas, Fortis Film Finance
Distribution : BBC One (UK), Starz (US), TMC (France), Sky Atlantic (Allemagne), Eén (Belgique), Netflix…
Budget :NR
Genre : thriller, drame psychologique, policier
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 8
Durée d’un épisode : 52′

N.W.A – Straight Outta Compton, un film de Felix Gary Gray : Critique

0

Les vainqueurs écrivent l’histoire… leur histoire

Si la réalisation de biopics musicaux est un exercice à la mode, les groupes ont toujours été plus difficiles à appréhender sans se consacrer à un seul et unique de ses membres comme ça pouvait être le cas de Doors d’Oliver Stone, centré sur Jim Morrison. Dans le cas de N.W.A., le péril venait du mode même de production du film, puisque ses trois principaux producteurs ne sont autres que Dr Dre, Ice Cube et la veuve d’Eazy E, soient les trois plus connus des membres fondateurs du groupe, et le réalisateur Felix Gary Gray, un proche qui les a déjà dirigé et a signé plusieurs de leurs clips. Autant dire que le bien-fondé du long-métrage dépendait de son degré d’objectivité. D’autant que la sortie en simultanée du nouvel album de Dr. Dre et la commémoration 20ème anniversaire de la mort d’Eazy E avaient de quoi laisser craindre une hagiographie teintée d’autopromotion.

En débutant par une scène d’ouverture ultra-violente, le réalisateur réussit à nous plonger dans l’atmosphère de coupe-gorge de Compton, un univers dont il va cependant rapidement s’éloigner, sans pour autant délaisser une certaine tension sociale et raciale sous-jacente, pour se focaliser sur ses personnages, les trois producteurs du film donc, et la façon dont chacun va apporter à leur union. L’écriture de lyrics pour Ice Cube, le talent de DJ de Dre et le sens des affaire (hérité du trafic de drogue) pour Easy-E. On ne peut pas reprocher au scénario d’essayer de faire des trois rappeurs des individus irréprochables, chacun assumant sa part de responsabilité dans l’éclatement du groupe lorsqu’il atteint l’apogée de son succès sans pour autant jamais cesser d’être attachant. Les événements nous sont présentés de telle manière qu’il devient difficile de reprocher à Ice Cube, puis à Dre d’avoir, pour des raisons d’égo ou purement lucratifs, quitter le groupe pour se lancer dans une carrière solo. Après tout, c’est ni plus ni moins que du rêve américain dont il question ici. La dramaturgie fait en sorte d’alléger l’égocentrisme des personnages pour aller pointer du doigt la cupidité du manager Jerry Heller (campé par l’excellent Paul Giamatti qui rend son personnage difficile à cerner) et la désigner comme la véritable cause des litiges entre les membres du crew, qui ne se reformera d’ailleurs qu’une fois celui-ci évincé. Un autre personnage est présenté comme ayant su profiter du succès précoce des personnages, c’est celui de Suge Knight, qui n’est caractérisé que par le gabarit agressif que lui prête R. Marcus Taylor et par sa tendance à vampiriser le travail de producteur de Dr Dre. La question légitime à se poser alors, et qui en revient à ce doute sur l’objectivité des faits, est de savoir s’il aurait été représenté autrement, s’il avait, comme prévu, pris part au projet, et n’avait été finalement inculpé pour homicide. Mais c’est ainsi, les absents ont toujours tort!

L’autre antagoniste très présent dans le film est évidemment la police, puisque, dès le début, on assiste à plusieurs contrôles musclés au cours desquels les forces de l’ordre californiennes se montrent particulièrement racistes. La chanson « Fuck the Police » devient alors l’hymne de toute cette communauté discriminée qui explosera suite à la relaxe des auteurs du meurtre de Rodney King. Ces émeutes survenues en 1992 trouvent un écho avec les récents événements à Ferguson et Baltimore et prouvent ainsi que la situation des afro-américains, qui, contrairement à nos héros, ne sont pas devenus des stars multimillionnaires, est toujours la même. La façon dont la chanson s’imposait en 1989 comme prophétique des événements à venir est bien représenté, mais la façon dont elle fut reprise par les manifestants l’est moins. Et pour cause : le grand absent du film n’est autre que le public. Même si le nombre de ventes de CD est martelé tout le long de l’histoire, on en apprend que trop peu sur l’influence des premiers succès de gangsta rap dans la communauté black parmi les auditeurs blancs, sans parler de celle qu’a pu avoir le déchirement conflictuel de leurs idoles.

Finalement, le plus gros reproche que l’on puisse faire au film n’est ni sa durée (près de 2h30, ça pouvait sembler dissuasif), rendue fluide par une mise en scène nerveuse, ni même sa vision édulcorée du mode de vie de ses producteurs, car même s’il ne fallait pas espérer voir les violences conjugales de Dre mises en avant, on peut constater que les abus de drogues, l’usage des armes et les orgies alcoolisées n’ont pas été autocensurés. Non, le plus gros problème du film est sa conclusion. En appuyant un peu trop sur l’hommage rendu à Easy-E, les dernières minutes du film font l’impasse sur beaucoup de choses susceptibles d’être intéressantes, tels que les problèmes rencontrés par Tupac, mort un an plus tard qui aurait prouvé que le gangsta rap était encore une affaire gangsters et non pas uniquement de gros sous comme le film peut le laisser sous-entendre.Ce que deviennent les deux derniers personnages nous est montré de façon brouillonne dans le générique (un producteur découvreur de talent pour Dre et un comédien pour Ice Cube), ce qui aurait mérité d’être plus détaillé et même l’ultime occasion d’en apprendre davantage sur ses personnages secondaires passés à la trappe.

Difficile de parler du film sans évoquer son casting, puisque tous les rappeurs, aussi bien les trois principaux que les secondaires connus du public (Snoop Dogg, Tupac, Warren G…), sont incarnés par de jeunes acteurs qui ne font pas que leur être physiquement très ressemblants. Dans le cas de Ice Cube, c’est son propre fils qui joue le rôle, alors que les autres rappeurs sont interprétés par des comédiens non-professionnels promis à une belle carrière s’ils acceptent de quitter le cinéma communautariste. Aucun d’eux ne perd une seconde en crédibilité tandis qu’avance leur épopée romanesque, réussissant à trouver constamment le juste équilibre entre la victime de la société et l’ennemi public poussé par l’attrait du gain, entre l’ex-gangster en quête de rédemption et le révolutionnaire antisystème. Autre avantage impossible de ne pas citer : la bande originale. En plus de nous faire (re)découvrir certains des meilleurs sons du hip-hop west coast des années 80 et 90, elle réussit à intégrer la musique dans sa dramaturgie, en particulier lors de la battle par paroles interposées entre Ice Cube et ses anciens acolytes.

N.W.A – Straight Outta Compton est indubitablement, sur la forme, un des meilleurs biopics musicaux de la décennie, parce qu’il réussit à se montrer intéressant pour les non-amateurs de la musique qu’elle emploie et se révèle être une grande fresque sur l’amitié et sur l’espoir de s’extraire du déterminisme social des ghettos afro-américains. Et pourtant, en empruntant des schémas et des thématiques aussi hollywoodiens, le film est la démonstration que l’esprit contestataire de ses héros/producteurs n’est à présent plus qu’une pure question de show-business.

Synopsis : Los Angeles, 1988. Alors que le quartier Compton est gangrené par le trafic de drogues, les violences policières et la guerre des gangs entre les Blood et les Crips, cinq rappeurs locaux décident de raconter leur quotidien en chansons. Leur disque va connaitre un tel succès que le groupe va subir une implosion interne. Cinq ans plus tard, le groupe tentera de se réconcilier… trop tard.

N.W.A – Straight Outta Compton : Bande-annonce

N.W.A – Straight Outta Compton : Fiche Technique

Titre original : Straight Outta Compton
Réalisation : F. Gary Gray
Scénario : Alan Wenkus, Andrea Berloff
Interprétation : O’Shea Jackson Jr. (Ice Cube), Corey Hawkins (Dr. Dre), Jason Mitchell (Eazy-E), Paul Giamatti (Jerry Heller), Neil Brown Jr. (DJ Yella), Aldis Hodge (MC Ren), R. Marcus Taylor (Suge Knight)…
Musique : Joseph Trapanese
Photographie : Matthew Libatique
Décors : Shane Valentino
Montage : Michael Tronick, Billy Fox
Production : Dr. Dre, Ice Cube, Tomica Woods-Wright, Matt Alvarez
Sociétés de production : Legendary Pictures, Broken Chair Flickz
Sociétés de distribution : Universal Pictures International France
Genre : Biopic, musical
Durée : 147 minutes
Date de sortie : 16 septembre 2015

Etats-Unis-2015

FEFFS 2015 : La Zombie Walk de Strasbourg en images

Zoom sur les morts-vivants les plus terrifiants de la Zombie Walk, en images. Les créatures monstrueuses en tout genre, sont de retour à Strasbourg ce samedi. Le rassemblement des walkers marque l’ouverture du FEFFS 2015.

zombie-walk-pretre-zombie-costumes
Le Prêtre zombie et sa saucisse, miam miam…
zombie-walk-trans-zombie
Le Trans Zombie
zombie-walk-2015-mort-vivant
Le banquier zombie
zombie-walk-strasbourg-couple-zombie-bebe
Un magnifique couple de zombies rencontrés lors de la marche
zombie-walk-indienne-girl
La Zombie Girl indienne
zombie-walk-girl-power
Le Girl Power en mode Zombie Walk
zombie-walk-la-mort-en-zombie
Même la mort se déguise en Walker
zombie-walk-fleur-et-epouvantail
Le zombie épouvantail de votre jardin
costumes-zombies-walk-FEFFS-2015-ouverture
Ce Zombie nous rappelle un film d’horreur…
defile-zombie-walk-strasbourg-2015
Notre composition de nos zombies préférés

 

 

 

Festival de San Sebastian 2015 : Regression avec Emma Watson et Ethan Hawke en ouverture

0

Festival International du Film de San Sebastian

C’est ce soir que démarre la 63ème édition du Festival International du Film de San Sebastian dans la région basque d’Espagne. A l’origine pensé pour promouvoir le cinéma espagnol à travers le monde, le festival s’est très rapidement internationalisé, s’ouvrant à des compétitions de longs métrages de tous horizons. Il s’agit du plus important festival hispanique dans le monde. Pas étonnant alors qu’Alejandro Amenabar ait choisi ce festival pour la première présentation mondiale de son nouveau film, Regression avec Emma Watson et Ethan Hawke. Pour rappel, l’histoire suit l’inspecteur Bruce Kenner sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Mais derrière sa culpabilité se cache un plus terrifiant mystère que l’inspecteur devra résoudre. Regression ouvrira ce soir les festivités mais n’est pas présent dans la compétition officielle. Cette dernière comprend cependant une sélection de films variés et très attendus comme The Boy & the Beast, le nouveau film d’animation de Mamoru Hosoda (Les Enfants Loups, Ame & Yuki), Evolution de la trop-rare Lucile Hadzihalilovic (Innocence), High Rise de Ben Wheatley avec Tom Hiddleston, Freeheld avec Julianne Moore et Ellen Page, 21 nuits avec Pattie, le nouveau film des frères Larrieu ou Mi Gran Noche de Alex de la Iglesia. C’est London Road de Rufus Norris (Broken) qui se chargera de clôturer l’événement.

Cette année, le jury est présidé par Paprika Steen, célèbre actrice danoise connue pour ses rôles dans Festen, Les Idiots ou Adam’s Apple. A l »issue du festival, le jury remettra de nombreuses récompenses dans la Coquille d’Or, la récompense suprême. Mais d’abord, un aperçu sur ce qui attend le jury dans la sélection officielle.

Sélection officielle :

21 nuits avec Pattie de Jean-Marie et Arnaud Larrieu (France)

Amama de Asier Altuna Iza (Espagne)

 Xiang Bei Fang (Back to the North) de Liu Hao (Chine)

The Boy & the Beast de Mamoru Hosoda (Japon)

El Apostata de Federico Veiroj (Espagne, Uruguay, France)

El Rey de la Habana de Agusti Villaronga (Espagne, République Dominicaine)

Eva No Duerme de Pablo Aguero (France, Argentine, Espagne)

Evolution de Lucile Hadzihalilovic (France, Belgique, Espagne)

Freeheld de Peter Sollett (Etats-Unis)

High-Rise de Ben Wheatley (Royaume-Uni)

Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse (Belgique, France)

Les Démons de Philippe Lesage (Canada)

Moira de Levan Tutberidze (Géorgie)

Sparrows de Rúnar Rúnarsson (Iceland, Danemark, Croatie)

Sunset Song de Terence Davies (Royaume-Uni, Luxembourg)

Truman de Cesc Gay (Espagne, Argentine)

Un Dia Perfecte per Volar de Marc Recha (Espagne)

Lejos del Mar de Imanol Uribe (Espagne)

No Estamos Solos de Pere Joan Ventura (Espagne)

Le festival se déroulera du 18 au 26 septembre. La question est : Qui succédera à La Nina de Fuego de Carlos Vermut, sacré Coquille d’Or l’an passé ?

Toutes les infos du festival sur : http://www.sansebastianfestival.com/in/

Festival Fantastique de Strasbourg 2015 : Quels sont les films que la rédaction a déjà vu ?

1

Alors que lemagducine.fr arrivera dès mardi pour la deuxième année consécutive dans cette belle capitale alsacienne qu’est la ville de Strasbourg à l’occasion de la huitième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, il semblait nécessaire de faire un point sur les films déjà vus par la rédaction. On connait la programmation depuis un mois maintenant et certains longs métrages sélectionnés ont déjà bénéficié d’une projection antérieure,que ce soit à Cannes, à Neuchâtel, à Deauville ou à l’Étrange Festival. C’est l’occasion pour nous de revenir sur ces films et de donner quelques pistes aux spectateurs sur ce qu’il faut aller voir voir à Strasbourg.

[EN COMPETITION] The Lobster

Réalisé par Yorgos Lanthimos (2015). Sortie en salles le 28 octobre 2015. 

Kévin List : Jamais nous n’avons autant entendu parler de la Grèce que cette année. Dans un pays en pleine crise économique et politique, il existe pourtant un exemple de réussite national. Un réalisateur grec audacieux au doux nom suave de Yorgos Lanthimos, tout-juste acclamé à Cannes, recevant par la même occasion l’honorable Prix du Jury pour The Lobster. A nouveau crédité à l’écriture du scénario avec son compère Efthimis Filippou, Yorgos Lanthimos nous livre une représentation originale des contradictions et absurdités de notre société et une oeuvre dans la droite lignée de ses précédents films. Avec The Lobster, le cinéaste grec pousse l’originalité de son sujet jusqu’au-boutisme tout en faisant preuve de maîtrise, suscitant le rire et l’émotion dans un monde où l’amour, le véritable, n’est plus qu’une rare denrée permise à ceux qui s’opposent à tous les diktats. Aussi mélancolique qu’effrayant, The Lobster est un film où l’on rit. On rit même énormément, mais sans pour autant s’éloigner de cet étrange sentiment de malaise qui parcourt le long métrage. C’est à ça qu’on reconnaît la marque des grands films, de ceux qui bouleversent, bousculent et laissent une impression impérissable. Par son absurdité et son réalisme exacerbé, The Lobster en fait partie.

Note de la rédaction : ★★★★★

[EN COMPETITION] Emelie

Réalisé par Michael Thelin (2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Grégoire Lemaitre : Emelie nous plonge dans une soirée qui tourne au désastre suite à l’engagement un peu hasardeux d’une babysitteuse. Le réalisateur a expliqué en conférence que son objectif premier était de nous faire très peur. Objectif atteint partiellement. Il s’inspire d’une histoire d’enfance à laquelle il a combiné plusieurs faits divers. Il en naîtra une intrigue diabolique qui effraiera quiconque laisse ses enfants dans les mains d’une inconnue. Mise à part une tension réelle, et quelques sursauts, ce premier film se cantonne dans son genre, et n’apporte pas grand chose de nouveau. A noter que le film aurait pu tomber dans une comédie très cynique, très noire, mais le cinéaste reste dans les rails du thriller. Un résultat honnête, mais pas dans la course au titre.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

[SECTION CROSSOVERS] The Guest

Réalisé par Adam Wingard (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Laurent Wu :  Le film est une série B, dénuée de psychologie, ne laissant place à aucun suspense. Pire encore, elle est plus proche d’un téléfilm, que d’un film, du moins dans sa première partie, avant que le rythme ne s’accélère et que la violence explose. Le schéma est le même que pour Drive : le calme, avant la tempête. Dan Stevens souffre d’un manque de charisme, et d’une absence d’émotions, faisant de lui une sorte de Robert Patrick, version T-1000 dans Terminator 2. Certes, c’est le rôle qui veut cela, mais on frôle en permanence le ridicule, avec cette fâcheuse tendance pour le réalisateur Adam Wingard, de rater ses scènes d’action, aux effets dignes des productions des années 80. Il se révèle être l’héritier d’Albert Pyun, réalisateur des navrants, pour ne pas dire navets : Campus, Cyborg, Kickboxer 2 & 4, une sacrée référence. Personnages caricaturaux, absences d’intrigue et de profondeur, The Guest est un film qui plaira aux amateurs de Drive, retrouvant sa musique électro-pop, son esthétique, avec de magnifiques plans, n’empêchant pas l’ensemble, d’être ennuyeux et basique. Pour les autres, il s’agira d’un plaisir coupable, où les neurones peuvent se reposer tranquillement, en s’éclatant face à la violence de certaines scènes. Puis pour certains, un film quelconque, qui laisse de marbre et s’oublie aussitôt, malgré quelques scènes réussies, de par leurs violences brutes.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆ 

[SECTION CROSSOVERS] Cop Car

Réalisé par Jon Watts (2015). Date de sortie prochainement annoncée. 
Grégoire Lemaître : Kevin Bacon est un shérif véreux, dépossédé de sa voiture par deux gamins après laquelle il court. Une projection étrange car rythmée trop souvent par les rires, alors que le film n’a a priori pas vocation à faire rire. Mais il y a de la farce et du furious dans ce film, alors parfois le burlesque prend le dessus sur le thriller et cela nuit au rythme mis en place, par ailleurs très intéressant. Car avec un Kevin Bacon d’une sauvagerie inouïe dans son costume terreux traquant deux enfants délicieusement dépassés par la situation qu’ils ont créée, le film agit en étau qui se resserre autour des gamins et du spectateur. L’intrigue s’alourdit au fur et à mesure que l’on découvre ce que l’on est en droit d’attendre d’une voiture de flic magouilleur, et s’assombrit alors que l’humour reste assez inexplicablement présent. Jon Watts, en maîtrise, signe un film court mais très intense.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ .

.[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Gremlins

Réalisé par Joe Dante (1984). Sortie en salles le 05 décembre 1984. 

Hervé Aubert : Tout le monde se souvient du Mogwaï, craquante petite peluche inoffensive qui, sous certaines conditions, donne naissance à des petits monstres destructeurs. Et c’est bien là ce qui intéresse Joe Dante : la destruction. Le cinéaste se plaît à mettre en place tout un décor, cette banlieue américaine typique que l’on a vue dans tant de films et de séries (ce lieu qui, d’ailleurs, sert de décor à plusieurs films du réalisateur), pour la ravager littéralement. Les Gremlins, personnages principaux de ce « film d’horreur pour enfants », sont les véritables héros du film, tant chacune de leur apparition est un régal d’humour et de défoulement. Et parmi leurs victimes, il y a toutes les coutumes habituelles du Noël américain, dont les symboles sont ravagés successivement : Gremlins dans le sapin, Gremlins parodiant des chorales de Noël, et Gremlins massacrant un magasin de jouets. Une fois de plus, Joe Dante, sous des aspects de divertissement innocent, livre une œuvre politique subversive et joyeuse, parsemée de références cinématographiques à Frank Capra ou Disney.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Gremlins 2 : La Nouvelle Génération 

Réalisé par Joe Dante (1990). Sortie en salles le 22 août 1990. 

Kévin List : Joe Dante aura mis plus de six ans pour retrouver ses petites créatures aussi craquantes qu’effrayantes. Après avoir massacré l’image de noël, il massacre ici plus que jamais l’image de l’industrie du divertissement. Il est tellement jubilatoire de voir ces créatures parodiaient ce milieu à travers une succession de scénettes sans queue ni tête. Ca pourrait être du n’importe quoi complètement assumé qui vire à la grosse farce. Mais bon sang, qu’est-ce-que c’est jubilatoire ! Joe Dante n’hésite pas à maltraiter ses petits bébés tant appréciés du public, les métamorphosant en araignée, chauve-souris voire même en courant électrique ou pire en présentateur télévisé. Sa cinéphilie se ressent à travers chaque séquence et c’est cette passion qui rend le film si attachant. Joe Dante aime le cinéma et ça se ressent. C’est trop rare de ressentir cela pour ne pas la souligner. Si Gremlins 2 s’avère cependant brouillon, sans fil narratif, ni véritable mise en scène, tout le film repose sur le seul plaisir de voir ce défilé de gags excentriques et décadents dont le propos se veut entièrement corrosif sur le milieu de l’audiovisuel. Comme si Joe Dante et son impertinence avaient des choses à régler. C’est tellement grandiloquent, perché et improbable qu’on se demande comment Joe Dante a pu valider un tel scénario. Et puis, ne serait-ce que pour la performance du regretté Christopher Lee ou l’intervention d’Hulk Hogan (!), ce Gremlins 2 vaut assurément le coup d’œil.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Hurlements

Réalisé par Joe Dante (1980). Sortie en salles le 21 janvier 1981. 

Kévin List : Peut-être qu’en 1981, Hurlements sonnait comment une petite révolution dans le genre du cinéma horrifique, de par ses maquillages brillants pour l’époque et le ton acide et référencé de Joe Dante, véritable superstar du genre en devenir. Toujours est-il que trente ans plus tard, le film a cruellement vieilli et toutes les lacunes scénaristiques se révèlent, nous laissant ébahi devant tant de bêtises. Ici, le Mythe du Loup-Garou n’est ni bien exploité, ni renouvelé, ni même travaillé. L’intrigue principale n’est qu’un prétexte pour envoyer les personnages s’isoler dans une communauté forestière éloignée de tout, comme une bonne vieille série B standarde. Les dialogues sont affligeants, le montage est haché, la musique affreuse ne colle jamais à l’action et le rythme lent et étiré n’invite aucune passion. Pire, les acteurs sont catastrophiques et aucune empathie ne survient à la mort des personnages principaux de l’intrigue. Pour certains, on est d’ailleurs à la limite de la misogynie. L’histoire est tellement peu intéressante qu’aucun sentiment de surprise ne surgit dès lors que les rebondissement s’enchaînent. Seul persiste le frisson de se rapprocher (enfin) du générique de fin du film. D’ailleurs, un générique de fin qui défile sur un steak en train d’être cuit. C’est dire l’humour de son géniteur. Et dire que la même année est sorti Le Loup-Garou de Londres de John Landis… Dès Hurlements II, les spectateurs s’apercevront du caractère nanardesque de la franchise, qui se verra promener la réputation de plus mauvaise saga du cinéma d’horreur. C’est dire à quel point la saga est grotesque dès les prémices du premier film.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Panic sur Florida Beach

Réalisé par Joe Dante (1983). Sortie en salles le 28 juillet 1993. 

Julien Breton* : Il aura fallu neuf films à Joe Dante pour obtenir enfin le Saint-Graal, à savoir le total contrôle artistique de son projet. Panic sur Florida Beach est un film hommage à la série B des années 50-60 avec un bon John Goodman dans le rôle d’un producteur à la sauce William Castle. Il est vrai que les acteurs du film passent quasiment tous au second plan hormis celui-ci et manquent de saveur. Panic est un hommage personnel et tout y passe : des monstres à la Jack Arnold (L’Etrange Créature du lac noir, Tarantula…) en passant par une production à la Roger Corman. Dante ira même placer son film durant la guerre froide rendant son projet à la fois nerveux et nostalgique. Un autre point important à relever est le lieu d’action : le cinéma. Comme une critique sociale de la disparition du cinéma comme lieu d’événement et de rassemblement de la population, Joe Dante s’amuse avec le rôle de Goodman-Castle pour renforcer cette idée. Castle fût réputé pour un cinéma-gadget comme des lunettes spéciales (13 Ghost en 1960) ou encore des sièges vibrant… Un réel décalage se dévoile entre le contexte de l’époque et le contexte dans lequel le cinéma est inscrit. Panic sur Florida Beach est un bon, riche et charmant divertissement dont les clins d’oeils ne manqueront pas de plaire aux fans du genre et de l’époque.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Small Soldiers

Réalisé par Joe Dante (1998). Sortie en salles le 21 octobre 1998. 

Julien Dugois : Joe Dante a décidé de revenir en 1998 avec une recette qui avait fait le sel de son plus gros succès, Gremlins, soit des créatures à priori inoffensives qui se transforment en menace pour une petite bourgade pavillonnaire.  […] Joe Dante signe une nouvelle fois un film visant un public familial. Mais au delà de ça, sa façon de représenter le rapport entre le marchandising destiné à la jeunesse et la propagande militariste à travers ces jouets […] lui permet d’illustrer la façon qu’a le consortium militaro-industriel d’utiliser le sevrage infantilisant pour mener les américains vers une autodestruction annoncée […] Dante pointe directement du doigt la représentation au cinéma des prétendus « ennemis de l’Amérique » ainsi que du génocide amérindiens. La surconsommation compulsive, la mentalité phallocrate, l’omniprésence de la publicité et de la culture pop apparaissent comme autant des pilier d’une american way of life corrompue, que le cynisme de Dante n’hésite pas à égratigner à travers des gags souvent mordants, tel que les poupées Barbie assimilées à des objets sexuels au service des militaires. La réplique qui associe la musique des Spice girls à une « arme psychologique » est d’ailleurs d’autant plus grinçante qu’elle rejoint, près de 20 ans plus tard, la récente actualité coréenne. […] Small Soldiers, derrière ses allures de farce enfantine, a été pour Joe Dante l’occasion d’exprimer sa verve politique et son regard acerbe sur la société de consommation, l’entertainment hollywoodien et la culture WASP. Un film d’auteur autant qu’un divertissement ultra-référencé, donc, qui a encore de quoi réjouir petits et grands.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] La Malédiction

Réalisé par Richard Donner (1976). Sortie en salles  le 17 novembre 1976. 

Julien Breton* : La Malédiction de Richard Donner ne transcende pas le genre mais garde suffisamment de maîtrise pour passer un bon moment. Le gros point faible : le rythme. C’est justement la raison pour laquelle l’atmosphère tombe parfois à plat et compensée par les somptueuses musiques de Jerry Goldsmith (un Oscar pour ce film). Les protagonistes sont justes dont la seule présence de Gregory Peck met tout le monde d’accord. La route des parents du petit diablotin de Damien est dure et vertigineuse mais s’essouffle par un chemin scénaristique pas toujours clair et tournant au ralentit. Toutefois, La Malédiction marque les esprits par sa mise en scène choc (l’arrivée à l’église de Damien) et maîtrisée des meurtres : la chute à travers la rambarde, la décapitation. La séquence la plus marquante reste celle dans le cimetière avec les chiens. Sortie tout droit de l’esprit des Universals Monster, Richard Donner prend plaisir le temps d’une scène à retranscrire l’ambiance du film Le Loup-Garou de George Waggner (1941). Maîtrisé, Richard Donner met un point d’honneur à faire de son film, un passage évident pour les amateurs du genre.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] La Nuit du Chasseur

Réalisé par Charles Laughton (1976). Sortie en salles  le 17 novembre 1976. 
Antoine Mournes : The Night of the Hunter, premier et unique long métrage du monstre sacré anglais Charles Laughton, car boudé par la critique et le public, est adapté du roman de Davis Grubb publié en 1953 qui s’inspire de Harry Powers, un tueur en série qui a sévi dans la ville où vivait l’auteur. En 1992, le film est sélectionné par le National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis. Ce qui témoigne de son statut d’œuvre mythique. Rapide explication : inspiré de l’expressionnisme allemand, entre lumière et obscurité, le réalisateur dépeint l’avidité et l’enfance comme personne. Entre western en studio et film noir, avec un Robert Mitchum inoubliable et une Lilian Gisch sombrement rayonnante, La Nuit du Chasseur pourrait être un Disney horrifique sur « comment se méfier des apparences lorsque l’on est enfant ». Le portrait de l’âge tendre est à double tranchant, naïf et téméraire tandis que le ménage familial est mis à mal pour une simple question d’argent. Le psychologique se transforme vite en puissant symbolisme couplé d’une photographie à faire pâlir Orson Welles ou Fritz Lang. A voir et revoir, peu importe l’âge.

Note de la rédaction : ★★★★★ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Le Village des Damnés

Réalisé par Wolf Rilla (1960). Sortie en salles le 08 février 1961. 

Julien Breton* : Le Village des Damnés de Wolf Rilla donne matière à une nouvelle perspective dans le cinéma fantastique et une esthétique propre mais sans effet notable. Inspiré du roman de John Wyndham, Les Coucous de Midwich, le thème allie avec panache une invasion venue de l’intérieure de la Terre et un groupe d’enfants. Wolf Rilla a décidé de tout miser sur cette bande. A noter la performance terrifiante de Martin Stephens que l’on retrouvera un an après dans Les Innocents de Jack Clayton. C’est un véritable retournement de position dans un film où l’adulte était celui mis en valeur. Un choix payant puisque la peur, qui en adviendra au fur et à mesure des minutes, se développera autour de ces jeunes frimousses. Au programme : yeux lumineux, morts « accidentelles », télépathie, viol collectif et la grossesse en dehors du mariage (toutes les femmes du village tombent enceintes), une mise en perspective avec la menace de l’URSS et une OST trop peu présente et simpliste. Le Village des Damnés aura le droit à un remake de John Carpenter (1995) en-deçà de l’originale certes, mais avec de nouvelles modifications et la dernière prestation de Christopher Reeves avant son accident. Recommandé pour les curieux.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Les Innocents

Réalisé par Jack Clayton (1961). Sortie en salles le 16 mai 1962. 

Julien Breton* : Les Innocents de Jack Clayton met en scène Miss Giddens (Déborah Kerr), une nouvelle gouvernante chargée de garder deux enfants dans un château. C’est alors qu’elle va découvrir de sombres secrets entre le personnel précédant et les deux bambins. Ces révélations et même ces apparitions précipiteront sa chute dans une folie… raisonnée ? Jack Clayton propose une œuvre imposante et sensible, aussi bien dans l’esthétique que dans la mise en scène. On y voit clairement un plus grand intérêt pour ces derniers que pour le scénario qui constituera une base de travail sobre mais attractif pour le fantastique. Une ambiance froide, douce et intense (la berceuse, jeu sur les sonorités avant les apparitions), un noir et blanc pointilleux (gothique à la limite de l’expressionnisme) et des acteurs impeccables (à noter la prestation de Martin Stephens vu dans Le Village des damnés, 1960) nous accompagnent tout au long du film. Désarmé de toutes idées de réel et d’imaginaire, Les Innocents perturbe le spectateur de sa berceuse d’introduction à son final intense et renversant. Un film d’épouvante psychologique parmi les plus grands.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Les Révoltés de l’An 2000

Réalisé par Narciso Ibáñez Serrador (1976). Sortie en salles le 02 février 1977.

Kévin List : Dans le sous-genre des enfants maléfiques, Les Révoltés de l’an 2000 est clairement un must du genre. Sorti après Le Village des Damnés, le réalisateur N. I. Serrador prend à contre-pied l’image angélique et pure de l’enfant. Sauf qu’il étaye ici un vrai propos politique, éthique et moral sur le Mal fait aux enfants. L’Homme est responsable des  pires monstruosités faites aux enfants, une séquence nous rappelant à quel point la guerre a brisé cette génération le siècle dernier. C’est le point de départ d’une forme de vengeance, d’une prise de conscience du mal et d’une envie incontrôlable de les punir pour cela. Si Come out and Play, le remake de Makinov en 2013 se dirigeait plus vers une explication fantastique, rien n’indique ici que les enfants sont atteints d’un mal venu d’ailleurs, au contraire ils prennent conscience en groupe de ce qui leur a été fait et les images d’archives du film apportent un parallèle troublant à ce récit fictif. Au-delà de son propos très intéressant, il y a une mise en scène correcte qui rappellera à certains moments les grandes heures d’Hitchcock et de son légendaire Les Oiseaux (même principe concernant l’absence d’explications sur les intentions des oiseaux). Si le film a plutôt mal vieilli, le propos déroutant et l’aspect choquant du long-métrage en font un film dérangeant et très interrogateur. Car outre l’aspect désuet des effets visuels, Les Révoltés de l’An 2000 fait preuve d’un travail aussi déroutant qu’inquiétant sur son réalisme, frôlant parfois avec le documentaire.  Avec ce film,  Serrador deviendra une référence pour les futurs cinéastes fantastiques espagnols, mais surtout il laissera la trace d’un réalisateur marqué par le franquisme de la société espagnol et les horreurs qui ont pesé sur le monde. Un film passionnant et qui pousse à la réflexion.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Sa Majesté des Mouches

Réalisé par Peter Brook (1963). Présenté au Festival de Cannes en mai 1963. 

Clément Fauré : Nominé pour la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1963, Sa Majesté des Mouches est l’adaptation par le réalisateur britannique Peter Brook du roman éponyme de William Golding dans lequel on observe les effets d’un retour brutal à la nature sur une poignée de jeunes garçons, échoués sur une île déserte. Avec une pertinence incontestable, Peter Brook dresse le tableau effrayant d’une micro société entièrement reconstruite sur de purs réflexes éducatifs enfantins, qui finira par laisser place à une sauvagerie ancestrale et à une barbarie sans nom. Le metteur en scène confronte deux visions diamétralement antithétiques du pouvoir et de la survie, mettant en exergue les deux facettes d’un même être humain, civilisé ou indompté […] Le film s’illustre ainsi par une morale académique sur les menaces de l’anarchie, allègue un scepticisme sur le doux état de nature de Rousseau et revendique la vision d’un Homme dans lequel le Mal est inscrit […] Parabole terrifiante mettant en résonance la nature profonde de l’être humain avec la cruauté de l’enfance, le film demeure une œuvre à l’esthétisme soigné dans laquelle de longs plans fixes en noir et blanc offrent une beauté indiscutable. Le travail de photographie dignement réalisé est soutenu par les excellentes prestations des jeunes acteurs, qui semblent eux-mêmes si naturels que le film peut en paraître assez gênant. Il se permet même de prendre des allures quelques peu indescriptibles, la dernière partie de l’œuvre tendant vers le cinéma d’horreur, faisant ressentir une sensation d’étouffement chez le spectateur. Film dérangeant de par son réalisme et menaçant de par son propos, sa portée aujourd’hui encore est universelle, sa résonance, authentique. Un « must see », unique en son genre.

Note de la rédaction : ★★★★★ 

Vous pourrez retrouver la première chronique des pérégrinations fantastico-strasbourgeoises dès mercredi. Au programme, une babysitter pas très sympa, un orgasme métalleux et des créatures aussi mignonnes que monstrueuses sous la Cathédrale de Strasbourg. A mercredi !

Pour plus d’informations sur le festival : http://strasbourgfestival.com/ 

*Je remercie Julien Breton -non-rédacteur du site mais passionné de cinéma fantastique- pour avoir pris le temps de me faire partager ses connaissances et  ses ressentis sur quelques films de la rétrospective. Vous pouvez suivre son actualité sur Senscritique

La Isla Minima: Musique, Bande Originale

0

La Isla Minima – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Une chose est sûre, le thriller policier espagnol, d’aucuns ne manqueront de comparer à True Detective, marquera les esprits des spectateurs en cette année 2015. Et les oreilles ! La musique originale, entre bourdonnements électriques pesants et guitare acoustique hispanique, est composée par le jeune Julio de la Rosa, déjà récompensé d’un Goya pour son travail avec Alberto Rodriguez. Le compositeur espagnol, ayant fait ses armes en solo entre 1995 et 2002, mérite une attention particulière, car je mettrai ma main à couper qu’il collabore de nouveau au cinéma et pas qu’en Espagne ! Revenons sur le succès de ce film qui perdure depuis plus de 10 semaines sur les écrans et ce en grande partie aussi grâce à son univers musical…

Julio de la Rosa, né le 18 août 1972, est un chanteur et guitariste à succès qui commence au sein du groupe « El Hombre Burbuja ». Après deux albums, il se lance en solo avec 5 albums qui se sont très bien vendus. Il doit son entrée dans le monde du cinéma à Alberto Rodriguez, qui lui a demandé de composer la musique de son 5ème long métrage, un thriller policier, Grupo 7 (Groupe d’élite) sorti uniquement en DVD en France le 16 avril 2013. Fiers de l’ambiance haletante sans jamais être explosive, ils réitèrent ensemble l’expérience dans cette traversée immersive des marécages du Guadalquivir. La référence à Memories of Murder de Bong Joon-Ho suscite chez les cinéphiles un intérêt soudain (ne vous fiez pas à la bande-annonce, le film mérite vraiment le détour). A l’exception que Julio de la Rosa ne suit pas le chemin de Tarô Iwashiro sur les envolées lyriques. Si le piano renforce l’impression (au sens propre) du souvenir, la guitare électrique, acoustique ou le ukulélé du musicien espagnol appuient le contraste entre consonances graves, lourdes, voire pesantes et résonances aiguës, délicate, voire aérienne.

Pour renforcer l’ambiance humide et chaude des marais, mais aussi glaciale et électrique des meurtres, il n’hésite pas à répéter les surdités, le grain et le vent (qui apparaissent lorsque le volume est excessif sur un silence) et suspend son accord comme le bruit émis par un doigt humide sur le rebord d’un verre en cristal. A cet égard, le titre #11 Flamenco est explicite. L’effet produit est étouffant et dense sans agresser l’oreille à la manière d’un soleil qui frappe inlassablement. Puis vient les ralliements électronique tout aussi sourds. A la manière d’un Gustavo Santaolalla, qui prend un malin plaisir à faire grincer son violon (#1 Blak butterflies), alterner arpège de guitare et descentes électriques (#2 Rein) tout en faisant résonner des accords travaillés plus légers toujours à la guitare électrique (#3 Kat’s gut) – vous retrouverez les exemples citées sur la bande originale de Biutiful de Gonzalez Iñarritu – Julio de la Rosa préfère la simplicité de son ukulélé qu’il fait danser comme pour traduire une envolée d’oiseau. Tout est enregistré en studio par mesures d’économie et c’est bien plus rapide pour travailler de chez soi. Vous pouvez voir comment il a composé la séquence d’ouverture, dans cet extrait du making off disponible sur youtube :

Si les 27 titres que composent la bande originale se répètent, ils n’en restent pas moins saisissants. Amateurs de musique de film et d’ambiance en apesanteur, de marche lente et sombre, ruez-vous dans les salles ou sur l’album disponible sur Spotify, Deezer ou iTunes.

Bande annonce

Le saviez-vous ? Suite au succès du film, la province de Séville a créé une route La isla mínima à travers les marais du Guadalquivir (sans transition)

Lire la critique du film

MI-5 Infiltration, un film de Bharat Nalluri : critique

0

Avec MI-5 Infiltration, Bharat Nalluri, réalisateur anglais d’origine indienne, s’inscrit dans la ligne et la continuité de la série anglaise MI-5 (Spooks), créée par David Wolstencroft, relatant dans une approche réaliste le travail et les missions quotidiennes des membres des services secrets britanniques.

Synopsis : Quand le dangereux terroriste Adem Qasim échappe à la garde des services secrets du MI-5 lors d’un banal transfert, le célèbre agent Harry Pearce, à la tête de l’unité antiterroriste, est accusé. Un scandale jamais vu dans l’histoire du MI-5. Alors que la suspicion grandit et que l’on recherche d’éventuelles complicités au plus haut sommet du pouvoir, l’espion déchu Will Holloway est la seule personne à pouvoir reconstituer le puzzle. La traque commence…

Diffusée entre 2002 et 2011 sur la BBC, puis à partir de 2004 en France, sur Canal+, puis sur France 2, France 4, Jimmy et Paris Première, elle se compose de 86 épisodes d’environ 50 minutes répartis en dix saisons. Elle a connu un certain succès et a obtenu entre 2003 et 2007 plusieurs prix de la meilleure série dramatique (British Academy Television Awards, Broadcast Awards, Royal Television Society Awards, Television and Radio Industries Club Awards).

On retrouve dans MI-5 Infiltration tout l’univers de cette série, ainsi que la plupart des personnages, dont Harry Pearce, le chef du MI-5, et Erin Watts, une de ses agentes. Le film se regarde ainsi comme une suite reprenant les événements de la série, notamment la mort de Ruth, compagne de Harry Pearce. Il s’adresse donc tout particulièrement au public de la série britannique, son budget assez faible et sa popularité bien plus limitée qu’un James Bond ou un Mission Impossible, l’empêchant de bénéficier d’une sortie en salles. Le film introduit cependant un nouvel agent secret, Will Holloway, interprété par Kit Harington, connu pour le rôle de John Snow dans Games of Thrones. Will Holloway, évincé du MI-5 par Harry Pearce, est alors rappelé par celui-ci pour l’aider à s’innocenter et déjouer les complots se tramant contre le MI-5.

Le film s’ouvre, comme souvent dans la série, par une séquence d’action tendue. Adem Qasim, terroriste notoire, parvient à s’échapper lors d’un transfert effectué sous la surveillance du MI-5. Menaçant de s’en prendre à des civils, il force Harry Pearce à le laisser s’enfuir, ce qui lance aussitôt les soupçons autour du chef du MI-5. Le scénario, calqué sur le modèle de la série, est plutôt efficace. Entre espionnage, terrorisme, mensonges, trahisons et sacrifices pour le bien commun, il brasse tous les grands thèmes du film d’espionnage et maintient un certain suspense jusqu’à la fin. On s’interroge sur les intentions réelles de Harry Pearce, qui s’enfuit du MI-5, ou sur la mort suspecte du père de Will Holloway à Berlin. C’est d’ailleurs grâce à cette énigme que l’équipe du MI-5 convainc Holloway de les aider à retrouver Harry Pearce.

L’histoire reste cependant assez classique et n’apporte ni inventivité ni nouveauté par rapport à la série MI-5, dont elle reste, sûrement un peu trop, dans le sillage. Les scènes d’action, sobres et efficaces, sont réparties dans le film et lui donnent du rythme. Elles ne rivalisent toutefois jamais et ne permettent aucune comparaison, faute de moyens, avec l’ampleur de celles des blockbusters ou des franchises. MI-5 Infiltration manque ainsi un peu d’ambition même s’il ne s’en cache pas. Il reste un divertissement assez agréable qui plaira probablement aux fans de la série et de Kit Harington.

Sur la forme, la réalisation n’a également rien d’exceptionnel. On retrouve les traditionnels champs/contre champs, les montages alternés entre l’action sur le terrain et les locaux du MI-5, ou encore les plans larges des places peuplées et des villes.

En réalité, on voit dans MI-5 Infiltration, tant dans son scénario que dans sa mise en scène, plus un épisode rallongé de la série, un épilogue à celle-ci, qu’un film d’espionnage à part entière. Il faut rappeler que Bharat Nalluri a lui-même commencé sa carrière dans la télévision, et a réalisé six épisodes de MI-5, à savoir les deux premiers épisodes des deux premières saisons, ainsi que les épisodes 5 et 6 de la dernière saison. En outre, les deux scénaristes du film, Sam Vincent et Jonathan Brackley, ont également co-écrit les derniers épisodes de la série. Reprendre la même équipe que la série a certainement facilité la restitution de son univers et de ses personnages, mais contribue paradoxalement à la faiblesse principale du film. On regrette en effet que MI-5 Infiltration s’enferme de lui-même dans le carcan des codes télévisuels dont il peine sérieusement à s’affranchir. On peut en effet penser qu’il était possible au réalisateur, en dépit de son budget restreint, de dépasser davantage le cadre de la série.

MI-5 Infiltration n’est donc pas un grand film d’espionnage. Son absence de véritable ambition l’empêche d’être un long-métrage dont on se souviendra longtemps. Trop calqué sur sa série d’origine, il ne comporte pas vraiment de proposition cinématographique. Ceci n’empêche cependant pas d’apprécier les retrouvailles avec ce monde d’espions et le grand Harry Pearce que l’on a découvert dans une série d’espionnage particulièrement intelligente.

MI-5 Infiltration – Bande annonce

MI-5 Infiltration – Fiche technique

Titre original : Spooks : the Greater Good
Date de sortie : 18 septembre 2015 (e-cinema, VOD)
Nationalité : anglais
Réalisation : Bharat Nalluri
Scénario : Jonathan Brackley et Sam Vincent (III)
Interprétation : Peter Firth (Harry Pearce), Kit Harington (Will Holloway), Jennifer Ehle (Dame Géraldine), Elyes Gabel (Adem Qasim), Tuppence Middleton (June Keaton), Lara Pulver (Erin Watts)
Musique : Dominic Lewis
Photographie : Hubert Taczanowski
Décors : Liz Griffiths
Montage : Jamie Pearson
Production : Jane Featherstone, Stephen Garett, Ollie Madden
Sociétés de production: Isle of Man Film, Kudos Film and Television, Pinewood Pictures
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : NR
Genre : Thriller, espionnage, action
Durée : 1h44 min