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Une Femme dans la Tourmente, un film de Mikio Naruse: Critique

L’Histoire du cinéma doit sa pérennité et sa longévité à une constante qui ne s’est jamais démentie dans son architecture. Les théoriciens l’ont régulièrement décrypté à coups de savants ouvrages plus ou moins hermétiques, tandis que leurs homologues cinéastes la traduisaient avec ce qui constitue l’essence même d’une mise en scène : l’esthétique des images.

Synopsis: Reiko, veuve de guerre qui s’occupe du petit commerce de ses beaux-parents, voit son avenir menacé par l’ouverture prochaine d’un supermarché dans le quartier. C’est alors que Koji, son beau-frère, revient à la maison après avoir quitté son emploi à Tokyo…

Celle-ci s’est forgé différentes identités selon les époques et les nationalités. Sans remonter à l’invention du dispositif cinématographique sous l’égide de Georges Melies et, plus tard, son perfectionnement par les frères Lumière, nous pouvons constater deux mouvements majeurs qui permirent son éclosion. La Nouvelle Vague Française au début des années 60 par Truffaut, Godard, Rhomer et Chabrol. Laquelle fut suivie peu après par la déferlante du Nouvel Hollywood des Coppola, Cimino, Bogdanovich et autre De Palma en pleine révolte Vietnamienne. Le mouvement essaima alors dans le monde entier et fit le pari que le renouveau d’un 7ème art moribond retrouverait sa splendeur d’antan.

Quel est l’utilité de ce bref rappel? Présenter un film jusqu’alors inédit dans les salles hexagonales, de Mikio Naruse, esthète japonais au même titre que ses glorieux compatriotes Oshima, Ozu ou Mizoguchi. Plus proche de la mouvance réaliste de ce dernier, il aime à portraiturer une société impérialiste déchue de sa force au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Loin de l’anecdote, ce détail préfigure une volonté de retranscrire une identité nationale pacifiste. Le cas de  Une Femme dans la Tourmente est à cet égard très intéressant. Comme dit plus haut, l’archipel n’échappe pas à l’hégémonie visuelle qui compte marquer les esprits.

Voyez la splendeur des cadres composés qui font rejaillir l’éclat des visages et la méticulosité des décors. Veuve de guerre s’occupant d’un petit commerce dans un quartier populaire, Reiko ne sait comment faire face à la concurrence déloyale du nouveau supermarché avoisinant. Difficulté supplémentaire, son jeune beau-frère est un indécrottable paresseux qui se contente de vivre à ses crochets. Intelligent mais cynique, il est de plus couvé par sa grand-mère et ses sœurs. Ce point de départ suffit à Naruse pour démontrer que la reconstruction économique des villes isolées est grandement perturbée par l’essor d’une industrie commerciale inéquitable. Propre à toutes les nations ravagées, elle est ici opérée irraisonnablement et cloisonne encore un peu plus la classe moyenne. Fort de cette base scénaristique solide, il sait appuyer son point de vue par une réalisation remarquable. Tourné sous l’angle du mélodrame, l’attention portée aux émotions des personnages permet de s’identifier à eux aisément. La grammaire technique est au diapason. Gros plans fixés sur les figures pour souligner l’immense désarroi qui les étreint, la caméra sait se mettre à bonne distance des protagonistes lorsque l’intimité des situations le demande. Le grain en noir et blanc de la pellicule accentue également l’élégance d’un film au pouvoir d’attraction fascinant. La partition sonore participe de cette réussite, donnant à bon escient la mesure structurelle qui renvoie aux différentes étapes de la narration.

Le choix s’avère judicieux de débuter par un récit essentiellement sociologique pour mieux poursuivre dans la veine tragique. En effet, le processus garantit des rebondissements qu’un axe plus tranché n’aurait peut-être pas permit d’atteindre. Nous découvrirons quel rapport ambigu entretient la commerçante avec le brillant jeune homme. Et par quelle astuce schématique la relation que l’on pressent convenue ouvre un horizon inattendu. Sans en dévoiler la teneur, révélons juste le caractère particulier de Koji. Sous son air négligeant semble se dessiner l’anticonformisme de la jeunesse qui refuse de se plier aux ordres. Il finira bien par lâcher un peu du lest mais dans un but bien précis. Peu connu pour être un militant de la première heure, il se pourrait que cette évocation rebelle signe un geste idéologique nouveau pour le réalisateur nippon.

A l’image du long-métrage de son compère Mizoguchi La Rue de la Honte, Naruse allie harmonieusement la symbolique de l’image à la rigueur narrative. En résulte une ode poétique magique que quelques ralentissements ressentis ça et la n’altèrent pas le moins du monde. Difficile d’oublier de sitôt la grâce qui illumine les performances de Hideko Takamine et Yuzo Kayama. La restauration du patrimoine mondial à décidément de beaux jours devant eux.

Bande annonce – Une femme dans la tourmente

Une Femme dans la Tourmente – Fiche Technique

Titre original : Midareru
Réalisateur : Mikio Naruse
Scénario : Zenzo Matsuyama
Acteurs : Hideko Takamine, Yuzo Kayama, Mitsuko Kusabue, Kumeko Urabe, Yûzô Kayama, Hideko Takamine, Aiko Mimasu, Mitsuko Kusabue
Distribution : Les Acacias
Nationalité : Japonais
Durée : 1h38
Genre : Drame
Date de sortie : 1964
Durée : 1h38mn
Date de sortie : 9 décembre 2015

Homeland : Irak année zéro, un film d’Abbas Fahdel: Critique

Pour de nombreux cinéastes, faire des films relève d’un besoin viscéral qui va au-delà du plaisir cinéphilique. De ce point de vue, le cinéma reste encore une forme d’art militant, plus qu’il n’est un divertissement. Je ne parle pas de cette frange du cinéma bien spécifique qui a accompagné les luttes sociales, mais de ces films qui font date parce que les personnes qui les font ont l’audace et la ténacité de mener à terme un projet non consensuel. Homeland : Irak année zéro participe de ces œuvres qui ne pouvaient pas ne pas exister, au vu de ce que ce film représente aux yeux de son auteur.

Synopsis : Homeland : Irak année zéro du cinéaste irakien Abbas Fahdel est une fresque puissante qui nous plonge pendant deux ans dans le quotidien de sa famille peu avant la chute de Saddam Hussein, puis au lendemain de l’invasion américaine de 2003.

« Je devais faire ce film, même si personne ne le voyait, je devais faire ce film. »

Abbas Fahdel

Abbas Fahdel, est un réalisateur franco-irakien qui a suivi des études de cinéma en France. Dans ses films, il prend le pouls de sa terre natale, secouée depuis trois décennies par des conflits à répétition qui semblent ne jamais devoir s’arrêter. L’Irak d’aujourd’hui est plongé dans une guerre qui n’a pas de nom et pas d’images, si ce n’est celles que l’on reçoit ponctuellement lorsqu’un attentat retentissant vient frapper un pays exsangue. Fahdel ne vit pas en Irak mais une grande partie de sa famille demeure à Baghdad. Il n’était pas au Moyen-Orient quand s’est déclarée la première guerre du Golfe, et il a souffert de ne pas pouvoir être auprès de ses proches. En 2002, l’imminence d’un nouveau conflit entre l’Irak et les États-Unis amène Fahdel à retourner dans son pays d’origine pour être là et témoigner, caméra au poing, sans bien savoir encore ce que sera le devenir de ses images. L’idée d’un film est déjà là, mais bien sûr personne ne peut présumer de la tournure qu’il prendra : on sent que la guerre est proche mais on ne peut pas en dessiner les contours. Au début de l’année 2003, Abbas Fahdel rentre en France, et le 20 mars de la même année, l’invasion américaine commence. Il lui faudra attendre la chute de Baghdad en mai 2003 avant de pouvoir retourner sur les lieux et filmer, autant que possible. Cette caméra qui se voudrait omnisciente ne tombe pourtant jamais dans la monstration obscène que donne parfois à voir le reportage télé. Fahdel filme l’humain qui vit, agit, pense et parle et évite l’écueil compassionnel dans lequel il est si facile de tomber en ne choisissant de ne montrer que des images propres à éveiller la terreur et la pitié, le genre d’images qui nous plongent dans un état d’épuisement émotionnel sans jamais nous laisser l’opportunité de réfléchir. On sent dans le geste du cinéaste une volonté d’offrir une tribune à tous ceux qu’il filme, un espace pour s’exprimer : la démocratie par le cinéma.

Cette œuvre monumentale qu’est Homeland : Irak année zéro a l’ampleur d’une fresque. Le film est composé en deux parties de près de trois heures chacune. Dans la première, intitulée « Avant la chute », Abbas Fahdel se concentre sur sa famille, le film est presque exclusivement tourné en intérieur. La guerre se précise, on s’y prépare, d’un côté on creuse un puits en prévision des coupures d’eau à venir, de l’autre on va chercher les rations alimentaires pour se prémunir d’éventuelles pénuries alimentaires. Les adultes appréhendent ce conflit à venir, eux qui ont connu la première guerre du Golfe, les enfants jouent à la guerre comme tant d’autres à travers le monde tout en ayant par moment la gravité de ceux qui comprennent que rien ne sera plus comme avant.

Le cinéaste est particulièrement attentif à la parole portée par les enfants, les plus jeunes qui n’ont connu que Saddam au pouvoir et pour lesquels la guerre a des airs de récit mythologique. L’un des personnages principaux est le neveu du réalisateur, Haidar, un jeune garçon de douze ans. On suivra cet enfant volubile et curieux dans son voyage initiatique au bout de l’enfer durant les cinq heures que dure le film. Chacune des séquences qui mettent en scène des enfants agissent comme un contrepoint à celles dédiées aux adultes. La résilience des plus jeunes donne lieu à des scènes hallucinantes : dans une zone bombardée par les forces américaines, les enfants font l’inventaire des douilles et autres munitions répandues au sol et sont capables de donner le type d’arme à laquelle elles sont associées mieux que n’importe quel expert de l’armée. S’en suit un simulacre de photo de classe macabre, dans laquelle les enfants posent à côté des armes.

La seconde partie du film intitulée « Après la bataille » est résolument tournée vers l’extérieur. C’est la citoyenneté, le rapport au pays et à la société qui sont interrogés. Face à un État qui se délite, le désarroi initial a laissé place à une colère sourde qui monte parmi toutes les franges de la population et divise les habitants. A nouveau, en permettant à ceux qu’il rencontre de s’exprimer, on prend conscience de la complexité de la situation. Pas de manichéisme, pas de clan du bien face au forces du mal, tels qu’a voulu les dépeindre Bush dans son appréciation grossière et inconsciente. Le film apporte un éclairage crucial sur les conséquences de l’invasion américaine dont les répercutions sont loin d’être terminées. La fin survient brutale, cruelle. Peut-être se sent-on plus durement touchés encore parce que l’on savait déjà le sort funeste vers lequel on s’acheminait. Le réalisateur a choisi de mettre au courant ses spectateurs en disséminant des cartons à divers moments du films. Ces quelques mots nous renseignent sur un destin qui n’était pas écrit lors du tournage. On sait d’avance que l’on va vers une tragédie annoncée. On sort ébranlé d’un film comme celui-ci, il fait partie de ces œuvres qui restent, celles qui forgent notre point de vue sur le monde.

« Il m’a fallu 12 ans pour revenir sur les images que j’avais tournées, j’avais 120 heures de rush et je devais en faire quelque chose. Aujourd’hui, mon deuil n’est pas terminé, mais le film existe. » Abbas Fahdel

Bande-annonce: Homeland (Iraq Year Zero) de Abbas Fahdel

https://vimeo.com/141512965

Homeland : Irak année zéro: Fiche Technique

Réalisé par: Abbas Fahdel
Irak
Genre : fresque documentaire
Partie 1 : Avant la chute 160′
Partie 2 : Après la bataille 174′
Durée: 334 minutes
Image : Abbas Fahdel
Son : Abbas Fahdel
Produit par Abbas Fahdel
Distribué par : Nour Films
Date de sortie : 10 février 2016
Récompenses: Sesterce d’or du meilleur long métrage de la Compétition Internationale au festival Visions du réel de Nyon, 2015.
Doc Alliance Selection Award, Festival international du film de Locarno, 2015.

Vous pouvez aussi lire cet article: Lussas : « Homeland », une famille et la guerre en Irak

Cosmos, un Film d’Andrzej Zulawski : Critique

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Cela faisait plus de quinze qu’on n’avait pas vu un film d’Andrzej Zulawski sur nos écrans. Et c’est peu de dire que son retour célébré en grande pompe au dernier festival de Locarno (où il reçut le prix de la meilleure réalisation) était attendu.

Synopsis : Witold a raté ses examens de droit et Fuchs vient de quitter son emploi dans une société de mode parisienne. Ils vont passer quelques jours dans une pension dite de famille où les accueille une série de présages inquiétants : un moineau pendu dans la forêt, puis un bout de bois dans le même état et enfin des signes au plafond et dans le jardin. Dans cette pension il y a aussi une bouche torve, celle de la servante, et une bouche parfaite, celle de la jeune femme de la maison dont Witold tombe éperdument amoureux. Malheureusement, elle est fraîchement mariée à un architecte des plus convenables. Mais cette jeune femme est-elle, elle aussi, également convenable ? La troisième pendaison, celle du chat, est l’œuvre de Witold. Pourquoi ? Et surtout… la quatrième sera-t-elle humaine ?

Mais que penser de l’état de sidération dans lequel nous plonge d’emblée Cosmos ? Faut-il le rappeler, un jeune homme croise un moineau pendu à un fil lorsqu’il se rend sur son lieu de villégiature. Voilà comment s’ouvre le nouveau film de Zulawski, à coup de monologue hystérique et folie assumée.

Après avoir croisé l’incompréhensible (un oiseau pendu à un fil), Witold (l‘auteur/personnage) se lance dans une enquête métaphysique où chaque objet, chaque petit événement du quotidien devient porteur d’un sens qui lui est directement adressé. Avec son nouvel ami, il se met à tout déchiffrer, de l’orientation d’un râteau dans le jardin à une tâche d’eau au plafond…

À première vue, Cosmos ressemble à du théâtre archi-contemporain, à une pièce du compatriote Krzysztof Warlikowski où les acteurs, complètement en roue libre, laissent la folie prendre le pas sur des dialogues raisonnés en se donnant à corps perdu pour les désirs de leur auteur. Ça crie, ça déblatère sur des non-sens total et tous les personnages semblent plus ou moins fous. On y croise aussi un homme déguisé en Tintin. Mais une fois l’hystérie ingurgité, comme chez Warlikowski, le spectateur voit surgir du sens dans cette folie.

Le seul personnage qui apparaît normal dans ce film, est celui qui finit dans la même situation que le moineau, c’est-à-dire pendu à un fil. Zulawski semble décrire un monde affreux (suffit de voir les images de guerre et de misère qui abondent à chaque plan où une télévision est allumée) où les bien-pensants, ceux qui ne connaissent du monde que des couleurs et des sons sans substance, n’ont pas leur place.

Cosmos est tiré d’un roman de Witold Gombrowicz, un auteur jugé inadaptable pour beaucoup. Pour réaliser l’impossible, Zulawski choisit d’inscrire son histoire dans un environnement le plus normal possible au lieu de se lancer dans une reconstitution historique. De la banalité de ces décors surgit plusieurs sources de lumières, souvent mystérieuses voire mystiques du chef opérateur André Szankowski. Ce choix radical de mise en scène souligne l’incongruité de la situation, plongeant ce quotidien dans une parenthèse fantastique. Un fantastique qui surgit dès lors que le héros aperçoit l’oiseau pendu à un fil. Cette hésitation (empruntée de la théorie de Todorov) entre le surnaturel ou le naturel d’un événement plonge aussitôt le film dans le fantastique. Le cinéaste n’a pas essayé de faire quelque chose de plus compréhensible que le roman, mais préféré en faire un prolongement tout aussi troublant.

Cosmos d’Andrzej Zulawski – Bande-annonce

Fiche Technique : Cosmos

Titre original : Cosmos
Date de sortie : 09 Décembre 2015
Nationalité : Français
Durée : 103 min.
Genre : Comédie dramatique, Policier
Réalisateur : Andrzej Zulawski
Auteurs : Andrezej Zulawski d’après l’oeuvre de Witold Gombrowicz
Casting : Sabine Azéma, Jean-François Balmer, Jonathan Genet, Johan Libéreau
Chef opérateur : André Szankowski
Chef décoratrice : Paula Szabo
Monteur : Julia Gregory
Compositeur : Andrzej Korzynski
Producteur :  Paulo Branco
Distributeur : Alfama Films, Leopardo Filmes
Budget : NR
Prix de la Meilleure Réalisation au Festival de Locarno 2015

Un + Une, un film de Claude Lelouch: Critique

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Depuis un demi-siècle, et en particulier son premier grand film Un homme et une femme en 1966, Claude Lelouch explore le dessous des histoires d’amour. Le nouveau film du cinéaste, Un + Une est parfaitement dans cette veine, au point de se demander si son cinéma a jamais se renouveler.

Synopsis : Antoine est un célèbre compositeur de musique, mondialement connu pour la bande-originale des films qu’il a signé. Il part justement pour l’Inde afin de participer à l’élaboration d’un film d’auteur. Là-bas, il fait la connaissance d’Anna, la femme de l’ambassadeur français, dont il ne partage pas les valeurs, mais va naitre entre eux, une immuable attirance. Le périple qu’ils vivront ensemble ne fera que les pousser dans les bras l’un de l’autre.

Les efforts d’un cinéaste incapable de se renouveler

Le marivaudage et la présence de grands acteurs et actrices (de Jean-Paul Belmondo à Catherine Deneuve en passant par Fabrice Luchini, Maïwenn et Jean Yanne) sont une nouvelle fois le socle de ce nouveau film. . Et la présence de Francis Lai en guise de compositeur ne fait qu’accentuer cette impression de réchauffé.  La question est donc de savoir si l’aventure romantique que vivront les personnages de Jean Dujardin et Elsa Zylberstein est fondamentalement différente de celle vécu par Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée cinquante ans plus tôt.

Deux différences notables sont à observer dans ce long-métrage. Premièrement, le fait que ce n’est pas Lelouch qui a recruté ses acteurs pour leur faire interpréter des rôles pré-écrits, mais que ce sont les deux acteurs qui, désireux de jouer ensemble dans une comédie romantique, ont demandé au réalisateur de les intégrer dans son prochain film. Preuve que Lelouch est reconnu au sein du cinéma français comme un auteur capable, mieux que quiconque, de réunir le public devant un schéma scénaristique éculé. La seconde différence est immanquablement son cadre. Alors que l’un des reproches récurrents des détracteurs de Lelouch était de s’être depuis longtemps enfermé dans l’esprit « franchouillard » de son propre cinéma, il est cette fois allé poser sa caméra en Inde. Même si le sentiment de carte postale qu’apportent les images, elles-mêmes contrebalancées par un misérabilisme quelque peu gênant, au point de reposer sur un équilibre très délicat entre exotisme dépaysant et nonchalance postcoloniale, les choix de la réalisation misent avant tout sur la dimension spirituelle que peut apporter un tel décor. Le fait que la scène la plus émouvante soit celle de la rencontre avec sa Sainteté Mata « Amma » Amritanandamayi n’est en cela pas un hasard, au point qu’elle sera recyclée par le générique de fin.

L’humanisme qui déborde de cette ballade sur les berges du Gange est parfaitement compatible avec la relation qui naît entre les personnages. De ce scénario, que d’aucuns qualifieront de bavard et convenu, se dégage une certaine tendresse, et ce grâce à la façon dont chacun des acteurs s’empare pleinement de son rôle. Jean Dujardin réussit à incarner un garçon antipathique, car monomaniaque et je-m’en-foutiste, (jusque-là, pas de difficulté, il est typiquement dans son registre) alors que face à lui Elsa Zylberstein est globalement plus inégale, mais son interprétation d’une ésotérique lunatique permet d’apporter aux dialogues la légèreté dont le film avait besoin. Mais la véritable surprise est incontestablement la prestation de Christophe Lambert que l’on ne pensait plus depuis longtemps jouer avec une telle justesse. Au-delà de son talent de directeur d’acteur, la qualité de Lelouch se confirme par sa mise en scène, et en particulier par la façon dont le montage réussit, lors des quelques flashbacks notamment, à aller dans le sens de l’ambiance romanesque.

A propos de la maîtrise de la réalisation, il est d’ailleurs bon de noter que les dernières minutes, ayant lieu à Paris après une ellipse d’au moins 5 ans (un écart source de petites incohérences sur lesquelles il vaut mieux fermer les yeux), est la partie la mieux travaillée. Ce qui semble confirmer l’idée que Lelouch s’est énormément reposé sur la magie des décors indiens. Le regret le plus obsédant  que l’on puisse avoir à la sortie de ce film est que le réalisateur ne soit allé plus loin dans la piste métafilmique entamée dans la première partie du film. En effet, la façon dont le personnage de réalisateur indien s’inspire d’une histoire d’amour, en tous points semblables à celles dont Lelouch aurait pu lui-même faire un de ses « films populaires », pour faire un « film de festival » -que Lelouch n’hésite pas à qualifier, par la bouche d’Antoine de « chiant »- aurait été un matériau intéressant à explorer pour nous démontrer que le réalisateur savait prendre un peu de recul sur son propre travail. Malheureusement, il n’en est rien car c’est bel et bien à une redite de ce qu’il a déjà fait et refait que nous assistons.

Mieux vaut revoir Un homme et une femme, qui est et restera à jamais la quintessence du cinéma de Lelouch, et, si le sujet vous intéresse, le splendide documentaire Kumbh Mela sur les pèlerinages hindous sur les berges du Gange, car même si Un + Une  profite d’une fraicheur qui le place au-dessus de ses derniers films, le réalisateur n’a pas pu s’empêcher d’accoucher d’un long-métrage trop formaté pour être mémorable.

Un + Une : Bande-annonce

Un + Une : Fiche technique

Date de sortie : 9 décembre 2015
Nationalité : France
Réalisation : Claude Lelouch
Scénario : Claude Lelouch
Interprétation : Jean Dujardin (Antoine), Elsa Zylberstein (Anna), Christopher Lambert (Samuel Hamon), Alice Pol, (Alice Hanel), Venantino Venantini (le père d’Antoine)…
Musique : Francis Lai
Photographie : Robert Alazraki
Costumes : Christel Birot
Montage : Stéphane Mazalaigue
Sociétés de production : Les Films 13
Sociétés de distribution : Metropolitan FilmExport
Genre : Comédie romantique
Durée : 113 minutes

 

Actualités séries : American Crime Story, GOT, Rambo, Outlander…

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Actualités séries : American Crime Story, Game of Thrones, Wynonna Earp…des bandes-annonces et des nouveautés !

Découvrez vite les dernières actualités séries : American Crime Story, Outlander saison 2 et le teaser de Game of Thrones saison 6. Des photos exclusives, des teasers, des trailers mais surtout quelques nouveautés séries en préparation : Wynonna EarpRambo, The Collection et le reboot de la série SF des 80′ Mystery Science Theater 3000.

 Actualités séries  :  The Collection, une série sur la mode en préparation

Le site britannique Amazon UK a commandé une première saison de 8 épisodes pour la nouvelle série d’Oliver Goldstick, The Collection. Le réalisateur de Ugly Betty et Pretty Little Liars s’attaque à la mode du Paris de l’après-guerre et Dearbhla Walsh (Penny Dreadful) n’est pas indifférente à ce beau projet ! La série s’intéressera à deux frères à la tête d’un empire de la mode, en 1947. Le tournage de The Collection devrait débuter en Janvier 2016 en France et en Angleterre.

 Rambo  :  New blood sans Stallone ?

Écrit par Jeb Stuart (Die Hard, Le Fugitif), la série adaptée de la saga Rambo rendra hommage aux films, en explorant la relation complexe entre John Rambo et son fils JR, un ex-Marine. Seulement voilà, Sly ne participera en aucune manière à ce futur projet. Verra-t-il quand même le jour ?

 Actualités séries  : la bande-annonce de Outlander saison 2

Outlander, la série de fantasy américano-britannique créée par Ronald D. Moore revient pour une saison 2 pleine d’action et de passion et se déroulera à Paris ! Moore avait tweeté en septembre une date de diffusion pour Mars/Avril 2016 :

@RonDMoore @IDELIZ1 1. Hasn’t been set officially. Look for March/April 

https://www.youtube.com/watch?v=VVw1QI178Wk

 Actualités séries : American Crime Story

 FX a dévoilé un premier trailer au top des actualités séries : American Crime Story ! Avec cette nouvelle série télé, Ryan Murphy s’attaque une nouvelle fois aux travers de l’Amérique en misant sur l’affaire O. J. Simpson ! A l’affiche, on retrouve des actrices de American Horror Story Sarah Paulson et Connie Britton mais surtout des stars plus ou moins grandes telles que John Travolta, Cuba Gooding Jr. (Le Majordome), Selma Blair, Jordana Brewster (Fast and Furious) et David Schwimmer…

 Game of Thrones : un premier teaser qui en dit peu…

Vendredi 4 décembre, Cineseries-Mag avait consacré un article à ce flash-teaser que nous vous laissons consulter : ICIMais depuis, les premières photos du tournage de Game of Thrones saison 6 ont été dévoilées et on peut dire que les actrices semblent bien s’amuser ! On y découvre Daenerys Targaryen (Emilia Clarke) prête pour le combat pendant que Sensa (Sophie Turner) et Arya Stark (Maisie Williams) s’éclatent en coulisses.

 

Le teaser de Game of Thrones saison 6 :

 Actualités séries : les premières images de Wynonna Earp

La série télé de Syfy, Wynonna Earp tirée du Comic book de Beau Smith, est en train de prendre forme sous les jolis traits de Melanie Scrofano (Supernatural, Robocop). Ce western de science-fiction met en scène la descendante du cow-boy Wyatt Earp. Dans le Comic, Wynonna est un agent d’une unité spéciale au sein de l’US Marshals connue sous le nom The Monster Squad. Elle se bat contre des menaces surnaturelles telles que Bobo Del Rey et ses vampires. La série débutera avec le retour de la justicière, après des années de cavale et de détention juvénile. Wynonna n’est pas la bienvenue en ville mais elle est la seule à pouvoir la sauver de ses mystérieux démons… Wynonna Earp sera diffusé en avril 2016.

 Mystery Science Theater 3000 : enfin le reboot !

La série SF ultra kitschos Mystery Science Theater 3000 (MST3K) est de retour grâce à Kickstarter. Les contributions ont permis de redonner vie à cette comédie culte des années 80′ sous la direction de Joel Hodgson qui avait déjà fait un retour remarqué dans les 90′. MST3K met en scène un présentateur et deux robots qui, sous prétexte d’être prisonniers d’une station spatiale, sont obligés de regarder des films de série B qu’ils commentent avec un humour délirant. En 2007, MST3K a été classée dans le top 100 des meilleures séries télévisées de tous les temps par le Time.

CW‬ dévoile le premier teaser pour la saison 3 de la série The 100‬ à suivre dès le jeudi 21 janvier 2016 !

Basée sur le livre de Brian Ross, investigateur chez ABC News « The Madoff Chronicles. ‪‎Richard Dreyfuss‬ incarne Bernard Madoff dans son ascension spectaculaire jusqu’à sa chute en 2008 avec à ses côtés: Blythe Danner, Tom Lipinski, Danny Deferrari, Charles Grodin et Lewis Black.

Les Premiers, les Derniers, un film de Bouli Lanners : Critique

Le Cinémovida d’Arras fête ses dix ans. A l’occasion, deux avant-premières suivies d’interviews ont été proposées. La première est celle du nouveau film de Bouli Lanners, Les Premiers, Les Derniers.

Synopsis : Cochise (Albert Dupontel) et Gilou (Bouli Lanners), deux inséparables chasseurs de prime doivent retrouver un téléphone au contenu sensible, égaré par son influent propriétaire. Leur recherche va les conduire dans une petite ville paumée, où ils vont croiser Esther (Aurore Broutin) et Willy (David Murgia), un jeune couple en marge du monde qui semble fuir un grand danger…

            Du Western Crépusculaire à l’Épopée Apocalyptique

Bouli Lanners est un véritable cinéaste cinéphile. Des grands espaces à la présence de deux grands noms du cinéma, Michael Lonsdale et Max von Sydow, la filmographie de Bouli Lanners est habitée de cinéphilie. Si Eldorado (2012) renvoyait aux genres proprement américains du Road Movie et du Western, Les Premiers, Les Derniers est un film plus proche du Western et du genre Apocalyptique.

Nous voyons défiler à l’écran de grandes images de paysages étalés, plats et dominés par le ciel, dans lesquels se déplacent, avec des véhicules automobiles ou à pied, des silhouettes. Lorsqu’elles ne sont pas filmées de loin, elles sont filmés dans des échanges, des duos ou des triellos (terme utilisé en référence au triel à la fin du Bon, la Brute, et le Truand, de Leone, 1966) ou encore dans des gros plans. Des échanges au début du film toujours constitués par des conflits (même pour le couple Esther / Willy qui a peur que l’un se fasse attraper par les autorités), conflits qui sont au cœur même des personnages : Gilou est souffrant et ne veut pas le dire, Cochise en a marre de la bêtise humaine mais va trouver du réconfort et l’amour avec le personnage de Suzanne Clément… Justement, ces luttes internes et externes (une bande de fachos du coin veulent rendre eux-mêmes la justice, mais bien sûr, sont des idiots qui veulent juste dominer un territoire par la violence et des discours haineux) vont trouver des réponses lumineuses. Les échanges vont ainsi devenir de plus en plus portés par l’amour et d’autres sentiments humanistes : Cochise et Gilou vont aider Esther et Willy, Gilou perdra son sentiment de mort pour retrouver une énergie vitale grâce aux figures paternelles et sages incarnées par Michael Lonsdale et Max von Sydow et le duo Cochise / Gilou va aussi arrêter de traquer des objets pour des personnes mauvaises et mettre leur talent pour aider des personnes emplies de bonté…

Il s’agit ainsi d’un voyage dans les ténèbres percées par la lumière que nous propose Bouli Lanners. Si ces précédents films se terminaient mal, celui est habité par l’espoir. L’image du film a été visuellement construite au montage avec une colorimétrie protée sur le gris. Au fur et à mesure du film, alors que l’on avance vers le Bien, la lumière perce ces ténèbres. On notera cependant que l’image aura parfois tendance à être monochrome, notamment dans des plans très peu éclairés. Ces images grisonnantes d’espaces aux constructions parfois ravagées ne sont pas sans rappeler La Route (John Hillcoat, 2009) où l’on suivait deux personnages avancer pour survivre dans des décors détruits ou presque, et surtout dans des images très grises. Nous avons aussi un duo qui survit avec Esther et Willy. Et ce n’est définitivement pas un hasard, puisque le réalisateur nous a confirmé que le film l’avait profondément touché et inspiré (voir l’interview du cinéaste ici). La cinéphilie du cinéaste n’est cependant pas comparable à celle d’un Edgar Wright ou d’un Quentin Tarentino. Il ne s’agit pour Bouli Lanners d’un cinéma de référence, mais d’un cinéma véritablement héritier. Dans son cas, l’idée d’un cinéma qui porte les concepts, idées, images d’un ancien, est à ouvrir sur un cinéma porteur d’héritages artistiques et culturels multiples.

Le titre du film fait référence à la Bible, précisément au divin qui est à la fois le premier et le dernier, l’alpha et l’oméga. Il s’agit ici pour Lanners de filmer des personnages qui sont à la fois finis et à leur commencement, vides et pleins, mais surtout à la fin, et au début. L’apocalypse selon Lanners n’est pas concrètement apocalyptique. Il s’agit d’un espace non nommé mais universel, où tout le monde semble se rencontrer – on trouve toujours des non-lieux chez le cinéaste – qui est habité par une ambiance mortifère et des émotions tout aussi morbides (portées par les fascistes, par Gilou, et d’autres), moins qu’un espace où l’apocalypse a lieu avec certaines voies très largement médiatisées au cinéma et à la télévision : une catastrophe naturelle mondiale, le retour des morts-vivants, la domination d’une race extraterrestre colonisatrice entre autres.

Ici les personnages sont à la fin d’une étape de leur vie et au début d’une toute nouvelle. Et ils assistent aussi à la fin d’un monde ténébreux dominé par des obscurantistes profonds, et au début d’un tout autre beaucoup plus lumineux, porté par l’espoir.

Il s’agit alors moins d’une fin du monde destructrice que d’une apocalypse spirituelle. La mort ronge les êtres qui vont être ici soit révélés, soit détruits. Si Lanners a déclaré dans l’interview ne pas avoir fait un film biblique, on ne cesse d’y voir un récit porté par des valeurs bibliques, sinon au moins religieuses. D’ailleurs, Jésus traverse l’histoire du film. En effet, Philippe Rebbot incarne un personnage qui dit s’appeler Jésus, et qui ressemble beaucoup à la figure peinte du prophète fils du divin : blanc, barbu, les cheveux mi-longs châtains/bruns. Le personnage se révélera être la clef pour la majorité des autres : Willy, Esther, Gilou qu’il croisera à l’hôpital… Une certaine ambiguïté peut subsister quant au statut du personnage, est-il véritablement ou non le Christ ? D’après le cinéaste, chacun peut y voir ce qu’il veut, mais pour lui, c’est bien Jésus, ressuscité et revenu pour l’apocalypse. Si le récit n’est pas premièrement biblique, il pourrait toutefois être pensé comme une interprétation, une relecture du livre de l’apocalypse. Lanners s’affiche définitivement comme un cinéaste non pas d’une religion, mais comme un artiste religieux, à l’image de Martin Scorsese – qui réemploiera les idées, les concepts moraux et autres tels que la rédemption pour créer des films qui ne servent pas une religion ou une autre, mais qui sont emplis de grâce, de foi, d’humanité, et qui sont définitivement religieux, reliés au divin et à tout le bien et qu’il peut représenter, pour ainsi réaliser des films à l’humanisme universel.

Les Premiers Les Derniers est ainsi un film qui prône l’espoir qui subsiste même dans le contexte le plus sombre. Ce qui n’est pas sans rappeler le récent Mad Max Fury Road (George Miller, 2015), via la figure de Max en pleine rédemption et en même temps rédempteur, qui va apporter l’espoir dans un monde qui avait sombré dans le chaos le plus total. Ce qui n’est pas pour nous faire du bien dans cette période sombre que nous vivons aux niveaux micro et macroscopique de notre histoire humaine. Ce film empli de l’humour absurde propre à l’univers de Lanners et admirablement servi par son casting confirme l’importance du cinéaste dans le paysage cinématographique mondial et agrandit son cosmos d’auteur tout en poursuivant certaines lignes, notamment cinéphiles… Une vraie surprise cinématographique à ne pas rater, et à revoir très vite.

Nous vous conseillons de compléter cette lecture avec celle de la rencontre avec le cinéaste Bouli Lanners si ce n’est pas encore fait, disponible ici.

Les Premiers, les Derniers: Fiche Technique

Réalisation : Bouli Lanners
Scénario : Bouli Lanners
Casting : Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément, Aurore Broutin, David Murgia, Philippe Rebbot, Michael Lonsdale, Max von Sydow, Serge Riaboukine, Lionel Abelanski
Directeur de la photographie : Jean-Paul de Zaetijd
Musique : Pascal Humbert
Producteur : Jacques-Henri Bronckart
Production : Versus Production
Distribution : Wild Bunch Distribution, O’Brother Distribution
Date de sortie : 27 Janvier 2016

Rencontre avec le cinéaste Bouli Lanners: 10 ans du Cinemovida d’Arras

           Ce jeudi 10 décembre, après voir vu en avant première Les Premiers, Les Derniers (dont la sortie publique est programmée le 27 janvier 2016) en début de journée, nous avons pu rencontrer le réalisateur et acteur Bouli Lanners. Tous les journalistes sont conviés à s’asseoir dans une petite salle dans le sous-sol de l’Anagramme d’Arras. Arrive alors le cinéaste avec son petit chien Gibus (voir photographie ci-à droite), aussi « acteur » du film. Commence alors l’interview.

Sur son arrivée à Arras dans le cadre des dix ans du Cinémovida… Est-ce que ça compte pour lui ?

            « C’est important de faire le tour de France, de Belgique, de rencontrer les exploitants, le public… Il s’agit aussi de montrer la matière vivante. »

C’est un anniversaire, ça a quelque chose de festif ?

            « C’est-à-dire que ça veut dire qu’il a duré dix ans donc c’est important ! »

Sur le lien familial dans le film

            Il ne vient pas forcément de la structure explique le cinéaste, il est revenu dans l’écriture, pas de manière théorique.

Qu’est-ce qui lui est d’abord venu concernant le film ? Un lieu ? Un personnage ?

            « Une image » répond-il. Celle de la rampe de lancement d’un train, point de départ sur lequel se base tout le reste. Il s’agissait aussi de traiter du crépuscule et de la fin du monde. Cela dans un non-lieu, il ne s’intéresse pas au contexte géographique.

Cineséries-mag : « En voyant votre film, j’ai pensé à Eldorado (2008), vous êtes un cinéaste des grands espaces, du paysage, vous avez clairement un rapport au western, est-ce que vous pourriez nous en parler ? »

            « Ça vient de mon éducation, je viens d’un milieu populaire, où il n’y avait pas de cinéma, on regardait la télévision » répond-il à votre serviteur. Il a ainsi découvert de nombreux westerns à la télévision.

            C’est aussi dû à sa passion pour la peinture. Le cinéaste est d’abord un peintre.

Et c’est enfin lié au pays, la Belgique, avec ces espaces si particuliers dans un petit pays où les frontières sont alors un élément important. Il reprend donc en effet des codes du genre.

Sur la construction du film

            « Tout se construit petit à petit ». À la base, à l’écriture, il s’agissait de parler du personnage de Gilou qui vit quelque chose de mortifère, notamment pour parler de notre époque dans laquelle les gens semblent très mortifères eux-aussi, selon le cinéaste.

Sur le récit du film qui démarre dans un contexte sombre pour avancer vers la lumière

            « Oui, parce que pour moi, même si c’était l’apocalypse, il faudrait le vivre humainement. »

Cineséries-mag : « À nouveau concernant votre cinéphilie, vous avez réussi à avoir dans votre film les acteurs Michael Lonsdale et Max von Sydow, deux géants du cinéma, est-ce que vous pouvez nous parler du processus d’engagement de ces acteurs ? Et comment ça s’est passé sur le plateau ? Il devait y avoir un certain stress non ? »

            Le cinéaste nous répond qu’il a comme Gilou vraiment eu une pathologie cardiaque. Les personnages de ces deux acteurs sont nés après son opération, alors qu’il venait de rencontrer une personne assez proche de celui de Michael Lonsdale. Traiter de cette pathologie « fonctionnait mieux avec des personnages plus vieux et plus fragiles ».

            Pendant le casting, on lui a proposé ces deux grands noms du cinéma, mais jamais il n’aurait cru qu’ils auraient accepté. Sur le plateau, il y avait du stress. Mais ils étaient très respectueux et impliqués sur le projet. « C’était surréaliste » dit-il. Il continue :

Bouli Lanners – « Je n’ai pas vu Le Septième Sceau (Bergman, 1957), moi c’était Hibernatus (Molinaro, 1969)… ».

Cineséries-Mag – « Et l’Exorciste (Friedkin, 1974)… »

Bouli Lanners – « Et l’Exorciste voilà ! »

Concernant le casting des autres comédiens   

            C’est le report de tournage de trois mois causé par l’opération qui a permis d’avoir les deux autres acteurs principaux : David Murgia et Aurore Broutin.

À nouveau sur les personnages de Michael Lonsdale et Max von Sydow

            « Même si l’échéance est courte, même si la fin du monde est là, il faut la vivre avec humanité, pas pour soi, mais aussi pour les autres. »

Michael Lonsdale et Max von Sydow sont les « pères, les grands-pères de Gilou. »

Sur le lieu du tournage

            « On a tourné en Beauce, un coin un peu paumé, ça n’est pas une région très touristique » répond-il, amusé.

Concernant la musique

            Il s’agissait d’une guitare des années 30 construite pour faire du blues, notamment fabriquée avec de la mécanique automobile, d’où ce son très particulier. Au départ il devait bosser avec le groupe Détroit, et il a finalement bossé avec le bassiste Pascal Humbert.

À propos du personnage de Jésus, est-il réellement le Christ ou non ?

            « Chacun y voit ce qu’il veut, moi je suis croyant donc pour moi, c’est Jésus. (…) Même si les gens ne croient pas, historiquement il a existé, donc c’est Jésus. »

Un film humaniste sortant dans le contexte actuel de la montée des nationalismes en Europe

            « Dans mes films, il n’y a jamais de nation, la nation m’exaspère, parfois l’humanité aussi, mais surtout la nation. C’est pour ça qu’on ne sait pas où ça se passe. ». Il poursuit : « Le nationalisme il est avec ces quatre abrutis qui ont des revendications territoriales, c’est lié à leurs frontières, le voilà le nationalisme. »

Sur le titre Les Premiers Les Derniers

            « Euh Parce que c’est un très bon titre, c’est très dur d’en trouver d’autres. » répond-il, amusé. « Et c’est principalement Dieu, l’un de ses surnoms. ».

            De plus, c’est lié à l’apocalypse avec l’idée qu’ils sont les derniers des hommes, et en même temps, les premiers, c’est lié à l’idée du primitif, « moi je suis passionné d’histoire, et c’est ça, revenir au primitif avec la fin… ».

À propos de l’imagerie grisonnante du film

            Le visuel était déjà pensé avant le film, et il fut beaucoup travaillé avec l’étalonnage au montage, la ligne d’horizon a été revue, des effets spéciaux ont été utilisés, et cetera.

Un film très solaire au final

            « Ce sont les personnages qui éclairent le film. (…) C’est l’amour, l’humanité qui apporte la lumière. »

Est-ce un film biblique ?

            « Autant il y a des références à la Bible, autant il y en a au Western, (…) mais le film n’est pas du tout biblique, c’est un film sur l’homme. C’est à nous de reprendre ça, ça n’est pas mystique. »

Sur le traitement de la violence dans le film

            « La suggestion de la violence est parfois plus forte que de la filmer », répond-il.

Concernant sa carrière multifonctionnelle

            « N’être que comédien est beaucoup plus simple, on a une ligne de conduite et on la suit. ».

L’expérience sur son dernier film lui a donné envie de réécrire et réaliser plus vite. Il va donc commencer à écrire plus tôt le prochain film.

Cineséries-mag : « Est-ce que vous avez vu La Route de John Hillcoat (2009) ? Car comme ce film, vous avez proposé une vision de l’apocalypse très grisonnante, dans les mêmes tons de couleur… Alors vous a-t-il inspiré ? »

            « La Route, ça m’a vraiment pris, inspiré… », répond-il. « Mais c’est vraiment… Vraiment un autre niveau… C’est au-dessus du niveau apocalyptique. J’avais lu le livre et je pensais être déçu du film, et je suis allé le voir, et je ne l’ai pas du tout été, c’est très fort… Il n’a peut-être pas eu une très bonne critique, et pourtant… ». Il continue : « C’est extrêmement plombant, ça se termine très mal, sans lumière, et c’est dur à faire au cinéma. Les gens ne veulent pas voir ça au cinéma. »

Sur son statut de film belge

            « Au niveau de l’identité, il ne faut surtout pas rentrer sur ce terrain là ! Dès qu’on met en scène son identité, on la perd. ». Donc ça n’est pas un film belge, mais un film humain dans lequel on entend des personnages parler français.

            Ce fut alors la fin de cette riche interview de Bouli Lanners, formidable cinéaste cultivé, sincère, et humaniste. Nous le remercions pour sa drôlerie, sa sympathie – il a notamment accepté que nous prenions des photographies avec lui. Et nous remercions le très calme et gentil Gibus qui a particulièrement apprécié mâchouiller le sac de votre serviteur, lui laissant une trace, un « autographe » à sa manière.

            Nous remercions aussi l’équipe du Cinémovida d’Arras pour leur formidable accueil, notamment Ingrid Waeghe. On se retrouve très vite pour la prochaine avant-première phare des dix ans de la structure avec Rosalie Blum le lundi 14 décembre, et dont la sortie publique est programmée le 23 mars 2016.

Comment c’est loin, un film de Orelsan: Critique

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Depuis quelques années maintenant, Aurélien Cotentin aka Orelsan devient l’homme à suivre dans l’univers du rap français. Armé d’une fougue insoupçonné et de textes brillants de justesse, le jeune homme, originaire d’Alençon, perce immédiatement dans la scène musicale.

Synopsis: Comment c’est loin raconte qu’après une dizaine d’années de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson. À l’issue d’une séance houleuse avec leurs producteurs, ils sont au pied du mur : ils ont 24h pour sortir une chanson digne de ce nom. Leurs vieux démons, la peur de l’échec, la procrastination, les potes envahissants, les problèmes de couple, etc. viendront se mettre en travers de leur chemin.

Un film audacieux et d’une sincérité rare, malgré sa paresse

Son premier album, « Perdu d’avance », sorti en 2009, rencontre un franc succès avant de connaître la gloire avec « Le chant des sirène », en 2011. Dès sa sortie, le disque est qualifié de chef d’œuvre par les critiques et est un carton commercial, qui classe déjà Aurélien, à 29 ans, comme une référence évidente dans son genre musical.

Cependant, 10 ans plus tôt, une rencontre l’a marqué, celle avec Guillaume Tranchant, ou Gringe dans le métier, avec qui il fonde le groupe des Casseurs Flowters (jeu de mot cocasse entre le « flow » rap et les casseurs flotteurs, méchants du cultissime long métrage Maman, j’ai raté l’avion). De cette collaboration en résulte un album conçu tel un buddy movie, ainsi nommé « Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters ». Dès lors, les deux garçons écrivirent un long métrage qui adapterait cette album, en reprenant le même esprit libéré et truculent de ce dernier. C’est ainsi que naquit de la plume même d’Orelsan, Comment c’est loin, une comédie férocement drôle, très intelligente et d’une sincérité rare dans le cinéma français.

Une comédie humaine et atone

Le long métrage dispose d’un pitch résolument simple : deux losers d’une bourgade de province, suite à un ultimatum de leurs producteurs, ont 24h pour mettre en boîte une chanson digne de ce nom et « qui parle à tous », chose que le tandem n’a pas réussi à faire en 5 ans. Compte tenu du manque d’expérience cinématographique du duo, ils firent appel à Christophe Offenstein, auteur de l’excellent En Solitaire, pour le script et la mise en scène. Anti autobiographique, cette comédie transpire la sincérité par l’image.  Soucieux de refuser toute forme d’effet tape à l’œil, Offenstein et Orelsan proposent une réalisation qui mixe l’aspect classieux du cadre avec la simplicité débordante des situations. En résulte de ces procédés, un très joli rendu visuel, à la photographie soignée et jamais factice. La mise en scène réussit à rendre les héros formidablement attachants, on suit leur parcours semé d’embûches avec un enthousiasme rare pour une production française. Il en résulte des jeux d’acteurs convaincants de la part des comédiens, qui se donnent entièrement à leurs personnages. Cependant, il est à noter que la prépondérance de cette simplicité rend l’ensemble un peu paresseux ; un peu comme si une telle passivité avait pour effet pervers de dynamiter totalement le potentiel du film, qui passe de fait, très vite du statut d’œuvre notable à simple divertissement des familles. Heureusement, on pourra compter sur la qualité des chansons -issues pour la plupart de l’album- qui confère au film une orientation humaniste bienvenue, et qui laisse à penser que le néo-metteur en scène comprend la teneur de son sujet, fait rare dans la production actuelle.

Un hymne à la glande sincère et touchant

Mais ce qui rend cette oeuvre aussi atypique se véhicule aussi par son message. Outre une forme posée et un brin décomplexée, la teneur du métrage réside aussi dans son effort de viser un large panel. Puisque le duo se doit d’écouler une musique répondant à une thématique inter-générationelle, très vite se développe l’idée dans le film que de répondre à la question du « Qu’est ce qui parle à tous ? ».

Et en guise de réponse, le duo n’hésite pas. De chansons en chansons, disséquant toutes les strates psychologiques des personnages, le film se plait à travestir sa forme (on passe de caméra à l’épaule à des plans fixes entre deux scènes pour montrer l’évolution psychique des protagonistes) tout en se faisant l’écho d’une évolution voulue pour pouvoir refléter au mieux ces « tous », catégorie que cherche justement à atteindre le duo. Et en cherchant finalement à dépeindre une véritable tranche de vie, entre galères estudiantines propres aux héros qui retrouvent pour l’occasions quelques vieilles connaissances (tel que Skread, Claude, personnages récurrent de l’album des Casseurs Flowters ou des membres de sa famille) et sincérité désarmante, le duo peut se targuer d’offrir une comédie existentielle teintée d’une réelle envie de cinéma.

A tel point que l’ensemble, malgré des dysfonctionnements latents niveau scénario (doit-on rappeler qu’il s’agit d’une première oeuvre ?) arrive à toucher au coeur, sans pour autant sombrer dans l’écueil du public ciblé. Car la plus grande force du film, outre de tabler sur une réelle puissance narrative, aura été de pouvoir délivrer un message sans pour autant occulter ce dernier en fonction de son destinataire. C’est un roc, un tout agissant en tant que manifeste de deux jeunes perdus dans une société qui fonce à tout allure. Si bien que se pose la question que de savoir comment le duo aurait pu manifester ce regard de la société, autre que par l’image, puisque comme le dit l’adage, une image vaut mieux qu’un long discours.

Comment c’est loin : Fiche Technique

Titre original : Comment c’est loin
Réalisation : Orelsan et Christophe Offenstein
Scénario : Orelsan, Christophe Offenstein et Stéphanie Murat
Casting: Orelsan (Orel/Aurélien), Gringe (Gringe/Guillaume), Seydou Doucouré (Bouteille), Claude Urbiztondo Llarch (Claude), Ablay (Ablaye), Skread (Skread), Paul Minthe (Le patron de l’hôtel), Sophie de Fürst (Pauline), Chloé Astor (Arielle)
Décors : Frédérique Doublet
Costumes : Alice Cambournac
Montage : Jeanne Kef
Musique : Skread, Orelsan, Alexis Rault
Production : Romain Rousseau, Maxime Delauney, Olivier Poubelle
Sociétés de production : NoLiTa Cinema, Les Canards Cinema
Sociétés de distribution : La Belle Company
Pays d’origine : France
Budget : 1 800 000€
Langue : Français
Durée : 90 minutes
Genre : Comédie
Dates de sortie : 9 décembre 2015

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd, un documentaire de Laetitia Carton

Synopsis : Ce film est adressé à mon ami Vincent, mort il y a dix ans. Vincent était Sourd. Il m’avait initiée à la langue des signes. Je lui donne aujourd’hui des nouvelles de son pays, ce monde inconnu et fascinant, celui d’un peuple qui lutte pour défendre sa culture et son identité.

« Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, nous résolvons d’exposer une Déclaration solennelle précisant les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien du bonheur de tous.
En conséquence, nous reconnaissons et déclarons,les droits suivants de l’Homme et du Citoyen.
Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Ainsi parle la Constitution d’une des plus grandes et vielles démocraties au monde : la notre. Le très beau film de Lætitia Carton tend à prouver, si tant est qu’il soit encore nécessaire de le démontrer aujourd’hui, que ces idéaux se brisent sur le mur d’indifférence qui jalonne le parcours d’hommes et de femmes singulier. Dans un monde uniforme ou tout ce qui s’éloigne plus ou moins de la conformité est au mieux rejetée et au pire méprisé, il est difficile de trouver sa place. A plus forte raison lorsque cette singularité peut connaître des conséquences corporelles. La surdité réunit ces stigmates que l’on préfère honnir, honteux de reconnaître dans cette autre humanité un possible miroir de nos souffrances. Mais tandis que nous fermons les yeux, nous revient en mémoire cette antienne de Victor Hugo qui écrivait à un grand ami sourd-muet le 25 novembre 1845 : « Qu’importe la surdité de l’oreille, quand l’esprit entend. La seule surdité, la vraie surdité, la surdité incurable, c’est celle de l’intelligence ». Car il faut avoir l’honnêteté d’affirmer que peu de nous autres, valides, prenons le temps de les regarder et de les comprendre. L’intégration est l’affaire de tous, L’État ne devant être que le dernier recours juridique appuyant la volonté citoyenne. Nous ne savons que trop nous cacher derrière la faillite des institutions publiques, laquelle n’étant nullement à nier. Le changement n’en est pas moins à chercher du coté de la société civile pour lui ouvrir l’esprit.

Ce documentaire est un premier pas qui peut permettre une meilleure appréhension d’un univers incompris. La cinéaste y rend un bel hommage à un ami proche décédé qui souffrait de l’ostracisation. A travers son destin, elle entend rendre compte d’une situation que le temps n’a pas fait évolué, bien au contraire. Les témoignages touchants de l’ancienne génération concrétisent un aspect tus par beaucoup, par peur et par fatigue. Il faut entendre ces personnes dirent leur effarement lorsque le corps médical considère cet état comme une maladie dégénérative, infligeant ainsi une réponse uniquement médicamenteuse. Il faut écouter la tristesse et l’indignation face à ce qu’ils considèrent comme une hégémonie de la pensée unique. Les regarder se battre avec dignité pour une éducation des enfants respectueuse de cette particularité. Admirer la ténacité d’artistes et d’enseignants faisant fi des obstacles pour s’inventer un nouveau langage. Lætitia Carton s’emploie à magnifier ces portraits en procédant à des astuces techniques inventives. Sa voix-off qu’elle appose sur des ciels lumineux procède de la mécanique du poème. Le montage qu’elle élabore mise sur la parole comme libération du cœur, n’hésitant jamais à superposer du silence quand il s’avère utile. Le grand soin pris à bâtir une véritable mise en scène prouve l’immense respect qu’elle tient à montrer envers eux. L’expressivité du corps renvoie ainsi aux illustres légendes du cinématographe muet : Charlie Chaplin pour le rire discret, Buster Keaton pour l’amplitude du mouvement.

C’est un geste élégant de la part d’une femme soucieuse de réunir toute la diversité humaine, un geste d’apaisement pour atténuer les colères et les peines. Un appel aussi à regarder le monde sous un prisme plus joyeux. Un acte militant qui tisse le fil rouge d’une longue marche entre Paris et Milan pour signifier que le terrain se conquiert à la force des jambes. Une prise de conscience sur l’introspection que nous nous devons pour affirmer notre égalité. Une œuvre sur laquelle je ne me serais jamais arrêtée si l’occasion ne m’en avait pas été donnée, me persuadant qu’elle n’aurait rien à m’apprendre et rien qui ne puisse me concerner : l’erreur est humaine. Tout juste pourrait on lui reprocher un didactisme superlatif un peu fort par moments, mais nous ne le ferons pas. Pour la simple raison qu’une conviction, s’il elle veut pouvoir être audible dans l’espace public, se doit d’être porté avec force. Surtout si celle-ci concerne un tel enjeu majeur pour notre avenir. Nous ne pouvons que vous encourager à vous faire entendre et vous souhaiter bonne route dans votre noble combat.

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd: Fiche Technique

Réalisation : Laetitia Carton (Premier documentaire « D’un chagrin j’ai fait un repos ». Elle a également signé « La pieuvre » un autre documentaire, sur la maladie de Huntington, sélectionné au Fipa en 2010)
Production : Olivier Charvet et Sophie Germain
Co-Production : Gabriel Chabanier
Image : Gertrude Baillot, Laetitia Carton, Pascale Marin
Son : Nicolas Joly, Jean Mallet
Montage : Rodolphe Molla
Musique originale : Camille
Distribution France : Epicentre Films/sortie en salles, le 20 janvier 2016

FESTIVALS
Lussas – Etats Généraux du film documentaire
Gingou – Rencontres cinéma
Douarnenez – Festival du film
Clermont-Ferrand – Festival Traces de vie
Albi- Festival du Film Francophone « Les Oeillades »

« Laetitia Carton a réussi à transformer la colère qu’elle avait emmagasinée en un film poétique, subversif et « réjouissif » : cela donne même envie d’inventer un mot, puisqu’il est question de langage…  » LE MONDE 

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Au-delà des montagnes, un Film de Jia Zhang-ke: Critique

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On attendait beaucoup du retour de Jia Zhang-ke qui, après une série de chefs d’œuvre, avait fini en apothéose en sortant A touch of sin, un des films les plus marquants de 2013. Seulement, après la bombe politique brillamment mise en scène et ambitieuse dans sa narration qu’était son dernier film, il y a de quoi être déçu devant Au-delà des montagnes.

Synopsis : Chine, fin 1999. Tao, une jeune  fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zang et Lianzi. Zang, propriétaire d’une station-service, se destine à un avenir prometteur tandis que Liang travaille dans une mine de charbon. Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar. Sur un quart de siècle, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie comme promesse d’une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

 Le film est volontairement mineur et nettement plus léger. Sa distribution en salles en Chine témoigne de sa faible portée politique, quand A touch of sin n’est jamais sorti sur les écrans locaux. Néanmoins, même si Jia Zhang-ke dénonce avec moins de véracité les maux de la société chinoise, il porte un regard toujours intéressant sur un pays qu’il n’a jamais vraiment quitté.

La mise en scène peu audacieuse ne saurait camoufler la profondeur du scénario. Sous le vernis d’une histoire de triangle amoureux sur un quart de siècle, le cinéaste dresse la mutation en cours et à venir de son pays. À Fenyang (la ville d’origine de Jia Zhang-ke), Tao est tiraillée entre l’amour de deux hommes : Zang et Lianzi. L’un est un modeste ouvrier timide d’une mine de charbon, l’autre est un confiant propriétaire d’une station-service, à la belle veste et à la voiture clinquante. Nous sommes alors en 1999, la Chine aborde son virage économique. À l’image d’un pays entre deux eaux qui se tourne petit à petit sur le pétrole, laissant le charbon sur le carreau, Tao préfère finalement la stabilité financière offerte par Zang plutôt que la sincérité sentimentale de Lianzi. Dans la deuxième partie qui se déroule aujourd’hui, on se rend compte que Tao, qui a divorcé, a fait le mauvais choix. Sauf que préférer Lianzi, qui meurt à petit feu, n’aurait visiblement pas été plus judicieux. Le destin de Tao est alors conforme à celui de son pays, perdu entre les exigences de croissance et les dangers de la suractivité.

Dans la troisième partie, le réalisateur va plus loin encore. Situant l’action loin du territoire chinois, en Australie, il se concentre sur Dollar, fils de Tao et Zang. Ce dernier acte, le plus émouvant, montre comment un pays, à force de vouloir être à la hauteur des autres, en a perdu de son identité. Dollar (prénom plus qu’américanisé, complètement ‘’capitalismé’’) ne parle plus que l’anglais mais se souvient dans une belle scène en voiture de ses rares moments avec sa mère comme d’une réminiscence voire comme le souvenir d’une existence antérieure. Sauf que, même loin de ses yeux, la Chine subsiste malgré tout. Et c’est le vent mystérieux d’une drôle histoire d’amour qui va ramener Dollar à ses origines qui n’ont jamais totalement disparues. Dans les trois parties, avec un geste optimiste, Jia Zhang-ke s’évertue à montrer que Tao fait et continue à préparer des raviolis, manière de dire que les traditions ne meurent jamais, malgré la brutale évolution du pays.

Même si la déception est perceptible au regard des œuvres précédentes du cinéaste, il y a beaucoup à retenir d’Au-delà des montagnes. Jia Zhang-ke filme et fait ressentir le temps qui passe dans un pays qui ne cesse de grandir à une vitesse folle. Le constat est sévère, sans être pessimiste.

Au-delà des montagnes de Jia Zhang-ke – Bande-annonce

Fiche Technique : Au-delà des montagnes/Mountains May Depart 

Titre original : Shan he gu ren
Date de sortie : 23 Décembre 2015
Nationalité : Chinois
Durée : 126 min.
Genre : Drame, Romance
Réalisateur : Jia Zhang-ke
Auteurs : Jia Zhang-ke
Casting : Zhao Tao, Sylvia Chang, Dong Zijian, Zhang Yi
Chef opérateur : Nelson Yu Lik-wai
Chef décoratrice : Liu Qiang
Monteur : Matthieu Laclau
Compositeur : Yoshihiro Hanno
Producteur :  Shozo Ichiyama, Nathanaël Karmitz, Jia Zhang-ke, Ren Zhonglun, Shiyu Liu
Distributeur : Xstream Pictures, Shanghai Film Group, MK2 / Diaphana, Office Kitano, Arte France, Ad Vitam
Budget : NR
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2015

Doctor Who Saison 9: Critique Série

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Difficile d’écrire une critique sur les nouvelles aventures du Docteur. Depuis son retour en 2005, la série phare de la BBC s’est démarquée par une originalité folle : des personnages variés et haut en couleurs, des images insolites et grandioses et surtout une qualité d’écriture irréprochable qui arrivait à rester intelligente dans son propos sans perdre de vue le jeune public auquel s’adresse la série.

Synopsis: Suite des aventures du Docteur, toujours accompagné de Clara.

Alerte enfance perdue

Seulement voilà, Doctor who est une série protéiforme qui a le changement inscrit dans son ADN. Les interprètes changent régulièrement, le ton aussi, les thèmes abordés sont souvent renouvelés, mais jusque-là toutes ces modification étaient menées avec une habilité impressionnante, même lorsque le showrunner laisse sa place à un autre (ce qui marque souvent le déclin d’une série). Et puis est arrivé l’essoufflement. La dernière saison de Matt Smith (la septième) en présentait déjà les premiers signes. Quelques épisodes intéressants seulement sur les treize que comporte une saison arbitrairement coupée en deux temps. Malgré son interprétation toujours inspirée, l’ère de Eleven était révolue, et l’arrivée de Peter Capaldi comme douzième incarnation du seigneur du temps s’annonçait comme le vent de fraîcheur qu’il fallait pour relancer la machine.

Malheureusement ce fut encore pire, et si nombre de critiques maintiennent que la huitième saison était de haute tenue, il ne faut pas se voiler la face, elle était ennuyeuse et fort peu inspirée. Peter Capaldi s’en tire avec les honneurs mais le reste ne suit pas. Les scénarios semblent déjà vus, l’intrigue générale se conclue sur un final ridicule au possible, certains personnages sont sous-exploités, et même des scénaristes rompus à l’exercice, tel Mark Gatiss, rendent des copies mal finies (le stupide épisode sur Robin des Bois). « Une saison de haute tenue » qui aura quand même fait décrocher nombre de fans pourtant fidèles. Les parents ont du faire une tête de six pieds de long en découvrant avec leurs enfants un épisode de Noël qui tenait plus d’Alien que de la magie des fêtes (malgré un sympathique caméo de Nick Frost en Père Noël). C’est là le problème majeur de l’ère Steven Moffat : A force de vouloir réinventer la série, il perd de vue ses thématiques les plus importantes, et par translation le public qui autrefois le suivait dans tous ses délires. Et cette nouvelle saison n’est qu’une continuation de ce travail de sape involontaire.

Les bon points à retenir ? Le jeu de Capaldi s’affine et il compose un docteur tout à fait crédible, avec ses délires bien à lui et une personnalité propre. C’est tout. Pour le reste, les épisodes défilent et se ressemblent, tentant d’emmener la série dans un univers plus sombre avec des personnages meurtris par les drames de leur vie. Autant dire que dans le genre hors-sujet total Moffat se pose là. Le showrunner roi veut des scénarios complexes (pour ne pas dire sans queue ni tête) et des émotions adultes. Les thèmes abordés sont ceux du deuil, de la violence, de la dépression… Ambiance garantie pour le dîner. Nous pourrions reprendre un par un les épisodes pour déterminer ce qui va où ne vas pas dans chacun d’eux, mais la qualité de l’ensemble est assez constante et tout cela ne vole pas très haut. Une succession agaçante d’intrigues alambiquées et de tentatives avortées de « mindfuck » dont raffolent les geek. L’épisode Before the Flood est en soi représentatif de cette tendance, nous exposant avec prétention le paradoxe de l’écrivain. La série veut jouer au plus malin avec nous ? Soit, mais il ne faut pas gratter longtemps pour se rendre compte que toute ces élucubrations métaphysiques ne sont qu’un écran de fumée qui tente de cacher le vide du scénario. Pareil pour Sleep no more qui, en plus de repomper Blink, justifie de façon débile son utilisation du found footage. Si encore il restait un peu d’humour pour décoincer tout ça…

Doctor who souffre finalement du même problème que ses contemporains, les super-héros américains. Ceux qui ont grandis en découvrant leurs aventures refusent d’admettre que leurs héros furent d’abord créés pour le jeune public. Ils reprennent donc les rennes de leur personnages fétiche pour l’assujettir à leurs nouveaux délires. Ils aiment Doctor Who mais ont peur d’être trop grands pour en assumer le côté enfantin ? Pas de problème, il suffit de changer deux ou trois (ou milles) petites choses pour réadapter tout ça et rendre la série « adulte ». Les intrigues sont complexifiées jusqu’à l’overdose, les thèmes abordés sont plus graves. Et surtout, la série ne doit plus parler qu’à ses fans, et faire de constants retours sur elle-même. Nous avons donc droit à une introspection psychanalytique d’un méchant récurent et l’apparition usée jusqu’à la corde de Maisie William, actrice-phare de la série Game of Thrones. Pendant ce temps là, fini les découvertes de civilisations délirantes ou les voyages dans le temps amusants à la rencontre de personnages historiques connu. Les enfants doivent être ravis !

C’est le nouveau mal de la sacro-sainte culture geek, cette obsession égocentrique qui consiste à transformer tout et n’importe quoi en contenu « mature ». Le sexe et la violence sont placés sur un piédestal, tandis que le rêve et le regard enfantin sont regardés de travers, raillés, ridiculisés et ostracisés (que celui qui n’a jamais utilisé le mot « gamin » dans un sens péjoratif pour designer un film me jette la première pierre). Il en découle des œuvres bâtardes trop sombres pour plaire aux enfants, trop puériles pour intéresser les adultes. Oui Doctor Who était kitsch, enfantine, parfois un peu too much dans ses bon-sentiments, plus pop que rock…Mais c’est ce qui faisait son charme et qui lui permettait de rassembler aussi bien les enfants, les adultes, les gay, les geeks et tout les autres devant la télévision. Un public exceptionnellement varié pour une série pareil qui ne trouve son équivalent que dans la première époque de Star Trek. Aujourd’hui elle n’est plus que l’ombre d’elle même, plate et ennuyeuse. Une série de S-F geek comme les autres, qui s’obstine a gratter sa fanbase dans le sens du poil avec des easter egg faciles, mais ne fait plus rêver personne depuis deux ans.

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-Uni
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statut : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Au coeur de l’océan, un film de Ron Howard : Critique

Deux ans après le très réussi Rush, Ron Howard retrouve Chris Hemsworth pour cette fois-ci nous raconter l’histoire vraie derrière le roman Moby Dick de Herman Melville.

Synopsis :Hiver 1820. Le baleinier Essex quitte la Nouvelle-Angleterre et met le cap sur le Pacifique. Il est alors attaqué par une baleine gigantesque qui provoque le naufrage de l’embarcation. À bord, le capitaine George Pollard, inexpérimenté, et son second plus aguerri, Owen Chase, tentent de maîtriser la situation. Mais face aux éléments déchaînés et à la faim, les hommes se laissent gagner par la panique et le désespoir…

Moby Dick

Le réalisateur n’a pas du trop tergiverser pour y voir une œuvre dans laquelle il pourrait s’épanouir ayant toujours aimé raconter les histoires tellement incroyables qu’elles en dépassent la condition d’homme. Et si en plus ces histoires sont emprunts de la réalité il parvient à être à son meilleur pour livrer un grand moment de cinéma comme il avait pu le faire avec son précédent film ou encore l’admirable Frost/Nixon.  Tous les éléments sont donc réunis pour qu’Au cœur de l’océan soit le long métrage ultime du metteur en scène que ce soit en termes d’ambition, d’ampleur mais aussi d’esthétisme. Sauf que le film sera très vite rattrapé par ces nombreux défauts, et même si il est loin du naufrage, il ne sera pas aussi satisfaisant que ses mirobolantes promesses.

La faute reviendra principalement aux lourdeurs du scénario qui va se jouer en deux temps. Premièrement, on sera face à une œuvre quasiment biblique, qui montre le combat de l’infiniment petit, à savoir l’Homme, face à l’immensément grand, la nature. Le récit prend donc très vite des contours écologiques qui sont indéniablement louables, permettant de montrer les différentes facettes de la chasse à la baleine, ici à la fois un sport euphorisant qui rapproche, une quête de domination de l’homme sur la nature et aussi un acte barbare et cruel qui se doit d’être puni. Alors que les deux premiers thèmes sont plutôt traités avec discrétion et intelligence et viennent habilement faire écho au troisième, ce dernier devient très vite pompeux dans sa manière d’être appuyé que ce soit par la mise en scène ou l’écriture, ces aspects du récit vont simplifier les choses par la providence divine et ont tendance à agacer. Ensuite le récit sera aussi profondément ancré dans la rivalité humaine, ici symbolisé à travers deux hommes, le capitaine (Benjamin Walker) et son second (Chris Hemsworth), faisant d’Au cœur de l’océan, une suite spirituelle à Rush, la rivalité et les méthodes divergentes entre les deux hommes rappellent instantanément ce qui faisait le cœur de la relation entre Lauda et Hunt dans son précédent film. Cela forme une continuité appréciable dans la filmographie du réalisateur qui poursuit ses thématiques avec l’aide du scénariste Peter Morgan avec qui il avait collaboré sur son dernier film ainsi que sur son Frost/Nixon. Ici cette dualité entre les deux hommes est clairement l’aspect le plus intéressant du récit sauf que c’est celui qui est le moins exploité. On vit l’histoire à travers le témoignage d’un jeune mousse de l’équipage (Tom Holland dans sa version jeune, Brendan Gleeson dans sa version âgé) qui conte son aventure à Herman Melville (Ben Whishaw) qui travaille sur l’écriture de son Moby Dick.

Ce choix de narration devient très vite un autre gros problème du scénario car il alterne de manière régulière entre les scènes avec l’équipage du Essex dans le « passé » et les scènes de conversations entre l’écrivain et le dernier rescapé dans le « présent », venant à plusieurs reprises casser le rythme de l’aventure. Préférant s’intéresser à la chasse de baleine et faisant du naufrage son point d’orgue, sans pour autant accorder trop d’importance au combat contre le cachalot blanc qui est finalement anecdotique et expédié. Le film va quelque peu négliger la période de survie de l’équipage, se servant de sa structure narrative pour faire de nombreuses ellipses et passer sous silence les aspects les plus anxiogènes de cette histoire. Ce qui aurait dû être le cœur de l’œuvre n’est en fait qu’un post-scriptum en bas de page, toute la dimension psychologique est quasiment oubliée au profit de l’efficacité et de l’accessibilité de l’ensemble pour un vaste public. On est donc en face d’un récit exaltant mais désincarné qui ne suscite jamais l’effroi et le vertige qu’il aurait dû susciter. De plus toute les scènes avec l’écrivain sont maladroitement écrites et peinent à convaincre notamment dans la manière d’ajouter la femme du rescapé (Michelle Fairley) dans le récit, qui semble forcée et grossière offrant quelques passages assez agaçants. Tout ça reste quand même contrebalancé par les scènes dans le « passé » qui malgré un sentiment de survol par moment, se montre efficaces et solidement écrites que ce soit dans les dialogues ou les relations entre les personnages qui arrivent à convaincre et à impliquer le spectateur en seulement quelques instants.

Le casting est pour beaucoup dans l’attachement que l’on peut avoir avec les personnages, tous font un travail incroyable et sont suffisamment connus pour susciter très vite la sympathie. Chris Hemsworth est encore une fois excellent et plein de charisme dans un rôle qu’il maîtrise à la perfection mais ici c’est vraiment le jeune Tom Holland qui impressionne. S’apprêtant d’ailleurs à rejoindre Hemsworth chez les super-héros Marvel, il prouve ici que c’est un acteur sur qui on pourra compter et qui fait preuve d’une densité de jeu assez incroyable, il est très bon dans chacune des facettes de son personnage. On notera aussi un Brendan Gleeson toujours aussi juste malgré des scènes bancales donnant la réplique à un très bon Ben Whishaw, sans oublier Cillian Murphy dans un rôle assez discret mais qui impressionne toujours autant par l’intensité de son jeu. Le seul et unique bémol viendra peut-être de Benjamin Walker qui a tendance à en faire un peu trop dans son prestation de capitaine acariâtre.

La mise en scène de Ron Howard, malgré quelques effets un peu trop appuyés, est fabuleuse et d’une densité folle. Arrivant à attirer l’œil de manière habile sur les détails les plus importants permettant de créer une œuvre à la symbolique bien pensée et subtile. Il utilise différentes focales pour accentuer l’aspect irréel voire cauchemardesque de son récit faisant de l’ensemble quelque chose de visuellement exaltant, jouant sur les plongées et contre-plongées pour accentuer la lutte entre l’homme et la nature, utilisant habilement la profondeur de champs et les échelles de grandeur arrivant à nous faire ressentir un sentiment de d’étouffement au milieu de ses grandes étendues d’eau et de vide. La mise en scène est donc appliquée et possède de nombreuses idées virtuoses même si elle n’est pas techniquement parfaite. Certains fonds verts sont visibles gâchant parfois certains effets de gigantisme et le montage donne à l’ensemble un rythme en dents de scie, certaines longueurs se font trop ressentir. La photographie est saturée, donnant un effet jaunâtre et maladif à l’oeuvre et est étonnamment efficace s’accordant à merveille avec le récit et permet quelques plans sublimes, étant aussi accompagné d’un score musical inspiré et accrocheur.

Au coeur de l’océan est un film réussi mais indéniablement décevant quand à ses belles promesses, sur le papier tout était réunis pour en faire une oeuvre forte, primitive et marquante. Au final on est face à un bon divertissement, efficace et visuellement superbe mais souvent lourd et approximatif. Devant être l’apothéose de la collaboration entre Peter Morgan et Ron Howard, on est plus face au plus faible opus de leur trilogie malgré de sublimes et fulgurantes visions de cinéma. Le spectacle est cependant hautement regardable et recommandable par ce casting qui incarne magistralement ce récit malgré tout solide et superbement emballé par la mise en scène d’Howard.

Fiche technique : Au coeur de l’océan

États-Unis – 2015
Titre original: In the Heart of the Sea
Réalisation: Ron Howard
Scénario: Charles Leavitt, d’après une histoire de Rick Jaffa, Peter Morgan et Amanda Silver d’après La Véritable Histoire de Moby Dick : le naufrage de l’Essex qui inspira Herman Melville (In the Heart of the Sea) de Nathaniel Philbrick
Interprétation: Chris Hemsworth (le second capitaine Owen Chase), Cillian Murphy (le lieutenant Matthew Joy), Benjamin Walker (le capitaine George Pollard), Tom Holland (le mousse Thomas Nickerson (14 ans)), Brendan Gleeson (Thomas Nickerson (adulte)), Ben Whishaw (Herman Melville),…
Photographie: Anthony Dod Mantle
Décors: Niall Moroney
Costumes: Julian Day
Montage: Daniel P. Hanley et Mike Hill
Musique: Roque Baños
Producteur(s): Brian Grazer, Marshall Herskovitz, Joe Roth et Paula Weinstein
Production: Imagine Entertainment, Warner Bros., Village Roadshow Pictures, Cott Productions, Enelmar Productions, Roth Films, Spring Creek Productions, Sur-Film
Distributeur: Warner Bros.