L’un des meilleurs slasher sortira en série télé le 12 Mai prochain !
Wolf Creek arrive enfin sur la chaîne australienne de vidéo à la demande, Stan, pour six épisodes à couper le souffle. C’est du moins ce que présage le trailer de la mini-série adaptée d’un des films de Psycho-killer les plus réussis de ces dernières années. Après un premier volet redoutable en 2005, Wolf Creek 2 s’était de nouveau démarqué en 2013 par son mélange de gore et d’humour délirant et tout bonnement jouissif. Le personnage complètement barré du tueur de touristes, Mick Taylor, avait d’ailleurs révélé au grand jour le réalisateur australien Greg McLean. Pas étonnant donc qu’avec cette tendance à transposer les films en séries tv, Peter Gawler et Elisa Argenzio (respectivement scénariste et producteur de Underbelly) aient entrepris de produire la série Wolf Creek.
La série nous ramènera dans l’Outback impitoyable, zone désertique de l’Australie et terrain de jeu préférée du légendaire meurtrier psychopathe. Eve Thorogood, une jeune américaine de 19 ans, a survécu au massacre de sa famille perpétué par le maniaque raciste du coin, Mick Taylor. Elle jure alors de le traquer pour lui faire payer ce crime abominable. Un pitch qui nous promet un survival sanglant et rythmé ! D’autant que, pour l’occasion, John Jarratt reprend son rôledésormais emblématique de prédateur terrifiant mais néanmoins charismatique.
La jeune Eve, quant à elle, sera incarnée par Lucy Fry, vue dans Vampire Academy. Le casting est complété par Dustin Clare (Spartacus), Deborah Mailman et Miranda Tapsell (Les Saphirs), Richard Cawthorne (Underbelly), Jessica Tovey (Dance Academy) et Jake Ryan (Wentworth). Et ce n’est autre que Greg McLean, le réalisateur des deux Wolf Creek, qui a écrit le scénario de la sérieet dirigé l’un des six épisodes aux côtés de Tony Tilse. De quoi nous mettre définitivement l’eau à la bouche !
Il y a encore quelques mois, les médias de masse et leurs experts autoproclamés les qualifiaient de « loups solitaires ». Puis, drames après drames, revendications après revendications, il a fallu admettre que les ennemis de notre chère civilisation occidentale ne sont pas que d’obscurs groupuscules de sociopathes mais partagent une même idéologie.
Synopsis : Sans nous imposer leur jugement sur ce qu’ils filment, deux réalisateurs français donnent la parole à plusieurs théoriciens de l’idéologie dont se prétendent les islamistes qui mènent le terrorisme en Europe et les guerres civiles au Moyen-Orient et au Sahel.
Parce que vouloir comprendre ce n’est pas vouloir pardonner
Dès les lendemains de l’odieux attentat qui a secoué Paris le 13 novembre 2015, un documentaire encore en post-production a commencé à susciter l’ire des pouvoirs politiques qui allèrent jusqu’à bafouer notre sacro-sainte liberté d’expression en tentant de l’interdire. Ce documentaire c’est Salafistes. Comme son titre l’indique sobrement, il s’agit d’une tentative d’analyse de la rhétorique de cette école de pensée dont on sait finalement trop peu de choses pour le mettre en perspective de la religion dont elle se réclame. L’argument du CNC, avec le soutien illégitime du Premier Ministre, pour tenter d’empêcher sa sortie en salles est l’accusation d’ « Apologie du terrorisme ». Il est vrai que le parti-pris des deux réalisateurs, Lemine Ould M. Salem (un reporter franco-mauritanien très impliqué sur le terrain) et François Margolin (déjà réalisateur de plusieurs documentaires dont L’Opium des Talibans qui utilisait un processus similaire), est d’avoir donné la parole aux pratiquants, théoriciens et défenseurs de cette pratique extrémiste de l’islam, et donc de contenir des paroles en totale contradiction avec le politiquement correct de chez nous. Cette approche du journalisme basée sur les témoignages pris à la source va évidemment à contrario des méthodes des grands médias basées sur leurs commentaires explicatifs. Le pari est donc de mettre le spectateur face à la réalité des choses sans lui dire quoi en penser, chose qu’il n’a malheureusement plus l’habitude de faire.
Mais alors, est-ce que le fait d’entendre des imams mauritaniens défendre leurs idéaux et leurs méthodes d’application de la charia va pousser le public à adopter leur point de vue ? Une chose est sûre : ceux qui le pensent ont du public l’image d’une masse de crétins incapable de réfléchir par eux-mêmes, et ce mépris envers le peuple est finalement tout aussi dangereux pour la démocratie que peut l’être le fanatisme religieux. Ceux qui se reconnaitront dans les propos tenus ne pouvaient être que déjà adeptes de cette mentalité radicale, il n’y a alors rien à faire pour eux. L’ignominie des propos tenus, que ce soit à propos de la justice, de l’égalité, des femmes, des juifs ou des homosexuels, illustrés par des images choquantes issues de la propagande de Daech pêchées sur Internet, rendra impossible à tout spectateur un tant soit peu responsable l’adhésion à ce mode de pensée. C’est en effet le passage de la théorie –que l’on pourra toujours jugée comme pleine de bonne volonté– à une pratique purement inhumaine qui révèle les pires contradictions du salafisme. Toutefois cette immersion dans cette volonté d’application littérale du Coran ne réussit pas à nous faire comprendre tous les mécanismes de ce courant islamiste.
Le caractère unique des témoignages, qu’aucun autre journaliste occidental ne saurait réunir, fait évidemment de ce film un document historique indispensable pour comprendre comment pensent ceux qui nous menacent au quotidien, mais reste incomplet dans l’appréhension globale du problème. Bien évidemment, les images parlent pour elles-mêmes et la confusion intellectuelle de certains intervenants est révélatrice des limites de leur regard sur le monde moderne et sur l’islam. Toutefois, il est indéniable que le documentaire aurait énormément gagné à définir concrètement les mots « salafisme » ou « djihad », à installer un débat par interviews interposées plutôt que de se concentrer sur l’avis des moralistes de la charia, et surtout à proposer des données historiques et chiffrées afin de comprendre comment est née et s’est répandue cette idéologie au sein du monde musulman en moins d’un siècle. Peut-être que le contre-champ qui fait tant défaut à cet empilement d’interviews est à trouver dans des fictions tels que La désintégration de Philippe Faucon mais surtout Timbuktu, Abderrahmane Sissako ayant été un temps proche du projet et a attendu sa sortie en salles pour admettre s’en être inspiré : la scène de l’exécution d’un berger touareg et les deux derniers intervenants, les « fortes têtes » de Gao, dont Zabou la danseuse lunatique -que l’on regrettera de ne pas avoir été plus présent à l’écran tant ils incarnent l’espoir et l’esprit de résistance-, en sont la preuve.
Parce qu’il est nécessaire de comprendre ses ennemis pour mieux les combattre et que la politique de l’autruche que nous imposent nos gouvernements hypocrites a trop durée, Salafistes est une œuvre importante à voir pour qui tient à se forger son opinion individuelle sur le fondement de la menace djihadiste. Et même s’il est loin de se suffire à lui-même pour appréhender pleinement le problème, il s’agit incontestablement d’une pièce maîtresse dans le travail qu’il nous faut faire pour découvrir ce phénomène à l’échelle internationale.
Salafistes : Extrait
https://www.youtube.com/watch?v=Mjk0ug-n_X8
Salafistes : Fiche technique
Réalisateurs : Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin
Scénaristes : Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin
Intervenants : Mohamed Salem Madjissi, Oumar Ould Hamaha, Abou Hamza Attounissi, Sanda Ould Boumama…
Production : Margo Films
Distributeur : Margo Cinema
Genre : Documentaire
Durée : 71 minutes
Date de sortie : 27 janvier 2016
Avertissement : Interdit aux moins de 16 ans France – 2015
Synopsis : Une année universitaire à Rennes vécue par deux personnages dont les destins s’entrelacent : Françoise, enseignante en histoire de l’art, et Ion, étudiant en géographie. Trop occupés à fuir leurs fantômes, ils ignorent qu’ils ont un passé en commun.
Humaine géographie
Tous ceux d’entre nous qui habitent en ville ont sans doute un jour remarqué ce phénomène : dès que les cieux se font plus cléments et que les jours rallongent, on observe cette étonnante migration des citadins vers les parcs, les bois ou tout autre espace vert nous permettant de nous soustraire un moment au tumulte de la ville. Ce ballet urbain semble exister depuis que l’être humain s’est mis à habiter la ville de façon massive, comme pour perpétuer le souvenir de temps immémoriaux où nous aurions vécu en symbiose avec la nature. Cette époque fantasmée a vu le développement de toute une mythologie, véhiculée par les arts et notamment la peinture. De nombreuses représentations picturales d’un pays imaginaire à la culture pastorale paisible se sont développées au fil des siècles ; c’est ainsi qu’est née l’Arcadie, terre de bergers ancrée dans une ruralité magnifiée, à laquelle nous souscrivons toujours, nous les citadins qui échappons au béton des villes en allant au parc. L’Arcadie, c’est la porte d’entrée de Suite armoricaine, le nouveau film de Pascale Breton.
La cinéaste est de celles et ceux qui attachent beaucoup d’importance à l’influence des lieux. Loin d’être un simple élément contextuel, le lieu est constitutif du personnage. A ce titre, l’affiche du film est particulièrement révélatrice : Valérie Dréville, qui est aussi l’héroïne du film, est littéralement habité par cette Arcadie dont elle parle lors des cours d’histoire de l’art qu’elle dispense à ses étudiants. Chaque être humain est un paysage. Ce n’est pas un hasard si le film débute sur un cours de géographie : nous façonnons les lieux comme nous sommes façonnés par eux. Être au monde, ce n’est pas seulement voir mais c’est aussi ressentir et toucher. L’étudiante aveugle, apprentie géographe, vient symboliser ces multiples manières d’appréhender l’espace. Le handicap n’est pas vécu comme une diminution de l’être, ce personnage n’est pas dans la dépendance des autres, mais comme une autre voie d’accès au monde. Le lieu principal où se déroule l’intrigue est le campus universitaire de Rennes, un endroit qui apparaît comme étant hors de la ville comme de nombreuses universités modernes et permettant des échappées dans la nature, certes domestiquée mais qui réactive toute cette mythologie arcadienne. Dans le bois attenant à l’université, des étudiants recréent de chastes bacchanales autour d’un feu de camp. « L’Arcadie serait peut-être ce campus, où la jeunesse est éternelle », lâche Françoise, l’héroïne du film lors de son discours d’introduction à ses élèves.Ce préambule fait directement écho au choix qu’elle a fait de quitter Paris pour Rennes, cherchant par là une échappatoire à l’enfer de la ville, personnifié par la capitale. Il s’avère que ce départ pour Rennes est en fait un retour au pays natal pour l’enseignante, ce qui est essentiel pour le développement de l’intrigue qui va jouer sur deux temps ; l’avoir été et le ici et maintenant.
Outre Françoise, un second protagoniste intervient dans Suite armoricaine pour tisser ce scénario fait d’allers et retours, il s’agit de Ion, un étudiant. Sans faire usage de flash-backs tonitruants et démonstratifs, Pascale Breton réussit à établir le lien entre passé et présent en suivant tour à tour l’un et l’autre des personnages. Les êtres qui peuplent Suite Armoricaine sont des cheminants, leurs vies parfois s’entrecroisent et ils cheminent côte à côte, puis se séparent de nouveau pour se recroiser, peut-être, un peu plus loin. La beauté de cette mise en scène du cheminement, c’est que la cinéaste évite les clichés et les stéréotypes. En ne figeant pas dans le temps et l’espace ses personnages pour les confiner dans un rôle, en privilégiant le mouvement et le changement, elle interdit l’établissement de ces cases dans lesquelles on peut avoir vite tendance à ranger un personnage ; c’est le plus beau cadeau qu’elle puisse donner à ses protagonistes, et par extension à ses spectateurs. L’interprétation de Valérie Dréville, dans la peau de Françoise, est très réussie. Elle évolue dans ce tourbillon de la vie sans se laisser happer par le schéma conformiste de la femme en pleine force de l’âge et en plein doute qui reviendrait sur son passé pour mettre de l’ordre dans son avenir. En se refusant à endosser ce rôle archétypal, elle donne à son personnage de l’épaisseur et de la complexité, ce qui est trop souvent négligé et manque cruellement à bien des rôles.
Avec sa mise en scène élégante, subtile et soignée, Pascale Breton élabore un très beau film, en nous invitant à suivre le cheminement de ses personnages, au sein d’un récit labyrinthique qui ne perd jamais sa fluidité. C’est une œuvre ample, tant mieux, on peut prendre le temps de se plonger dans cette histoire à plusieurs voix et de marcher nous aussi aux côtés de celles et ceux qui l’habitent.
Le moins qu’on puisse dire est que le titre du dernier film du croate Dalibor Matanic, Soleil de plomb, est une traduction plus que littérale de son ambiance générale : une combinaison de lumière, de feu et d’aridité. Des caractéristiques qui s’appliquent aussi bien au fond qu’à la forme du métrage.
Synopsis: Soleil de Plomb met en lumière trois histoires d’amour, à travers trois décennies consécutives, dans deux villages voisins des Balkans marqués par une longue histoire de haine inter-ethnique. Soleil de Plomb est un film sur la fragilité – et l’intensité – de l’amour interdit….
Les Autres
Soleil de plomb est un ensemble de trois histoires, trois segments interprétés par les mêmes acteurs sur fond de déchirement de l’ancienne fédération Yougoslave, racontant les amours contrariées de trois couples inter-ethniques serbo-croates. Le garçon est croate, la fille serbe, et les deux villages des Balkans où se déroulent les récits, voisins mais ennemis, sont les mêmes ; la Mer bénéfique et sereine, la même, et la haine entre les deux peuples, la même, quasi-intacte sur trois décennies.
Dans le premier segment, sans doute le plus fort des trois, Ivan (Goran Markovic) est un jeune croate, et Jelena (Tihana Lazovic), une serbe qui habite le village voisin. Nous sommes en 1991, à l’orée de la guerre. Mais le départ à Zagreb qu’ils préparent en secret est davantage lié au rejet de leur couple mixte par les familles que par la guerre proprement dite, qui est une autre conséquence de cette haine ancestrale entre les deux peuples. Pour chaque famille, l’amoureux venu de l’autre village est pire qu’un alien, c’est « l’un des leurs »… Les acteurs figurent un couple très jeune et insouciant, que l’on rencontre pour la première fois à la plage – les immersions dans la mer se répèteront dans les trois segments, avec une vraie vertu purificatrice et de nouveau départ – La caméra de Marko Brdar joue merveilleusement avec cette jeunesse, en choisissant de très lumineux gros plans de l’un et de l’autre, et en les alternant avec des plans moyens d’une nature sèche mais belle, non pas écrasée, mais comme domptée par le soleil de plomb. La tragédie qui va se jouer dans ce premier récit est écrite d’une manière finalement assez conventionnelle, mais le spectateur est sans cesse tenu en éveil par la beauté des mouvements de la caméra ou des sujets, ou au contraire par leur sidération, comme par exemple avec ce troupeau de moutons saisis d’effroi au son des armes des belligérants. Les deux acteurs principaux ne sont pas les derniers à donner une vie intense à leurs personnages.
L’intelligence de la mise en scène se manifeste notamment par le choix de ce segment le plus percutant pour ouvrir le film. Et c’est alors sans réticence qu’on suit le réalisateur dans une nouvelle histoire qui reprend les mêmes acteurs, dix ans après, une guerre plus loin. Ici, c’est la sensualité la plus torride et la plus réfrénée, qui est au centre du dispositif, et plus encore que dans la première partie, la caméra s’attarde sur des détails signifiants : deux mains qui se frôlent au-dessus d’une planche, des yeux brillants de désir et/ou de frustration, une perle de sueur qui chemine le long de la nuque de la serbe Natasha, une jeune femme en colère d’être attirée par Ante, l’artisan croate engagé par sa mère pour retaper la maison familiale tombée en ruines lorsqu’elles ont dû l’abandonner pour se réfugier en ville. Ante est « l’un des leurs » , un homme qui, potentiellement, aurait pu être celui qui a tué son frère pendant la guerre… Très peu de dialogues sont échangés, mais la tension sexuelle est portée à son comble par une accumulation paroxystique de plans tout aussi sensuels les uns que les autres, dans une langueur accentuée par la chaleur du plein soleil. Plus encore que l’acte d’amour lui-même, pourtant très explicite, une scène en particulier vaut tous les discours : pendant qu’Ante rabote une porte dans la pièce à côté, Natasha s’amuse à faire du bruit avec la salière et le poivrier, selon un rythme qui accompagne celui du rabot, dans une sorte de danse nuptiale étourdissante, une scène de toute beauté…
Ne laissant absolument aucune image au hasard, le film de Dalibor Matanic pourrait passer pour un (brillant) exercice de style si les acteurs n’étaient pas aussi impliqués, ni la mise en scène aussi créative. Chaque cadrage, chaque gros plan, chaque travelling est tiré au cordeau, en profitant systématiquement de l’intensité lumineuse, une vraie réussite esthétique. Mais le vrai plus du film est amené par tous les non-dits par rapport à la difficulté de la résilience d’une part, et de la réunification des ethnies d’autre part, ce que les deux jeunes acteurs expriment avec beaucoup de talent…
Dans le troisième segment, la guerre est en effet terminée depuis quelques années, les lumières de la vile brillent à nouveau, la jeunesse s’amuse à nouveau dans des raves géants importés d’ailleurs. Et pourtant, le croate Luka, le troisième personnage masculin joué par Goran Markovic n’est pas heureux : rattrapé par l’atavisme de la haine inter-ethnique, il a fui le village pour la ville en y laissant Marija, son amoureuse du maudit autre bord. La répétition des situations en affadit quelque peu l’impact, d’autant que le scenario est vraiment mince pour cette partie, mais du coup, le spectateur a tout le loisir de chercher les petits détails qui raccrochent l’histoire aux deux précédentes : ce chien de garde qu’on a déjà vu auparavant, cette tombe qui est celle d’un personnage d’un autre segment; cette route blanche sinueuse, barrée autrefois de herses, libre à présent ; et toujours ces deux villages, peuplés des mêmes acteurs principaux et secondaires, tantôt serbes, tantôt croates, dans une vision allégorique d’un peuple que le cinéaste ne voudrait faire qu’un…
Soleil de plomb est une très belle réussite sur fond d’une guerre qui a déjà inspiré plus d’un cinéaste balkan : (Baril de poudre de Goran Paskaljevic ou encore Joli village, jolie flamme de Srdjan Dragojevic). Dalibor Matanic lui a pris le parti des dommages collatéraux et non de la guerre elle-même, et selon les propres termes du cinéaste, de l’intensité et la fragilité des amours impossibles, pour parler de l’absurdité et même du danger de ces haines de l’autre, en résurgence ces temps-ci avec toutes ces attaques terroristes au nom de la différence…
Soleil de plomb – Bande annonce
Soleil de plomb – Fiche technique
Titre original : Zvizdan
Réalisateur : Dalibor Matanic
Scénario : Dalibor Matanic
Interprétation : Tihana Lazovic (Jelena / Natasha / Marija), Goran Markovic (Ivan / Ante / Luka), Nives Ivankovic (Mère de Jelena / Mère de Natasha), Dado Cosic (Sasha), Stipe Radoja (Bozo / Ivno), Trpimir Jurkic (Père de Ivanov / Père de Luka), Mira Banjac (grand-mère Ivan)
Musique : Mychael Danna
Photographie : Marko Brdar
Montage : Tomislav Pavlic
Producteurs : Frenk Celarc, Nenad Dukic, Ankica Juric Tilic, Miroslav Mogorovich, Petra Vidmar
Maisons de production : Kinorama, Gustav film, See Film Pro
Distribution (France) : BAC Films
Récompenses : Prix du Jury – Festival de Cannes 2015 – Sections un Certain regard et nombreuses autres récompenses
Budget : ND
Durée : 123 min.
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 30 Mars 2016
Croatie, Serbie, slovénie – 2015
The Neon Demon: le film d’horreur signé Nicolas Winding Refn se dévoile un peu plus
Le fantasque Nicolas Winding Refn, fils spirituel d’Alejandro Jodorowsky, met en ce moment même les dernières touches à son film The Neon Demon. Un projet aussi intriguant que fascinant, qui ne devrait pas manquer de faire parler de lui, puisqu’il se murmure déjà qu’il effectuera un petit crochet par le palais des festivals cannois. Cependant, malgré le flot de rumeurs enserrant le film, seules quelques photos ont été dévoilées par la production, ne faisant qu’ajouter à ce caractère nébuleux. The Jokers, face à l’évidente pression des aficionados du cinéma expérimental (et sûrement face à la discrétion du réalisateur avec son projet), a de fait dévoilé la date de sortie française de The Neon Demon.
Il faudra donc encore patienter un peu pour voir la dernière œuvre de l’auteur danois. En effet, le distributeur a prévu de sortir le long métrage pour le mercredi 8 juin prochain. Une date un peu plus tardive que celle de Only God Forgives et qui semble différer par rapport à une éventuelle projection au festival de Cannes. Néanmoins, on peut rappeler que l’attente ne sera finalement pas trop longue, seulement deux petits mois à patienter avant de découvrir le nouveau film du réalisateur après son film incompris Only God Forgives.
Pour rappel, le long métrage, semblant être dans la droite lignée de Nicolas Winding Refn, malgré l’aspect horrifique nouvelle pour lui, narre l’histoire de Jesse, une jeune fille souhaitant devenir mannequin et qui se rend à Los Angeles pour réaliser son rêve. Celui-ci tourne très vite au cauchemar lorsqu’elle réalise qu’elle est l’objet de tous les désirs de femmes obsédées par sa beauté et sa vitalité et qui sont prêtes à user de tous les moyens pour s’en emparer. Un pitch qui fera sans aucun doute la part belle à la magnifique image de Winding Refn, la sublime photographie de Natacha Braier (qui a œuvré sur le film post apocalyptique The Rover) et la divine musique de Cliff Martinez, récurrent chez le metteur en scène danois (Drive, Only God Forgives).
Au casting on retrouve du beau monde Keanu Reeves, Christina Hendricks, Alessandro Nivola, Elle Fanning (Super 8), Abbey Lee (Drive), Jena Malone (Hunger Games – La Révolte : Partie 1), Bella Heathcote (Beneath Hill 60), et Karl Glusman (Stonewall).
Peu enthousiaste à l’idée de rejoindre son mari à Bangkok pendant qu’il y tourne son nouveau film, Liv Corfixen a compensé ses appréhensions en emmenant avec elle sa caméra et en commençant à le filmer dans son travail et dans son quotidien. Le résultat en a été des heures de rushs qu’il aura fallu près d’un an et demi à monter, faute de financement.
Synopsis : 2012. Nicolas Winding Refn, tout juste couronner du succès de Drive, part en Thaïlande tourner son film suivant, entrainant avec lui toute sa famille. De la pré-production à la diffusion à Cannes, ses incessantes remises en question rendent son humeur si fluctuante qu’il devient très difficile de partager son quotidien.
Making-of conjugal
Evidemment, le film de Nicolas Winding Refn, Only God Forgives, étant déjà sorti et distribué sous format Blu-ray/DVD depuis longtemps, l’idée d’en sortir aujourd’hui un making-of peut sembler une idée tordue. Mais ce qu’a tiré Liv Corfixen de ce petit film n’est pas à proprement parler le making-of du film.
Puisque les deux époux étaient en pleine thérapie conjugale lorsqu’elle a pu achever le montage de son documentaire, la réalisatrice s’en est servie pour composer une réflexion sur son couple, et sans doute, d’une manière plus globale, sur la condition délicate de « femme de réalisateur ». Entre les scènes de vie conjugale et le plateau de tournage, un leitmotiv revient régulièrement, il s’agit du manque de confiance en soi dont Nicolas Winding Refn fait preuve. Obnubilé par la qualité de son film et l’accueil que lui fera le public, le réalisateur en viendrait presque à délaisser sa famille, qui eux-mêmes s’obligent à prendre du recul sur le travail de l’homme de la maison. Voir que c’est Ryan Gosling qui s’occupe des deux fillettes ou entendre la plus âgée dire « Ce n’est qu’un film » en sont des exemples parmi tant d’autres. Malgré les conseils de son ami Alejandro Jodorowsky, qui considère Refn comme son « fils spirituel », il ne cessera jamais d’être hanté par son propre succès, tiraillé entre la recherche frénétique de la reconnaissance d’auteur et la peur de s’enfermer dans un schéma qui nuirait à sa créativité.
C’est également Jodorowsky qui tentera d’ouvrir les yeux à Liv sur la nécessiter de s’interroger sur le bien-fondé de leur vie de couple avant que celui-ci n’implose. C’est ainsi que faire ce film semble lui avoir fait comprendre que le rapport qu’entretient son mari à son œuvre est finalement le même qu’à leur relation amoureuse, dans le sens où l’une comme l’autre nécessitent d’être constamment remise en doute pour mieux être apprécié à long terme. Toutefois, vivre au quotidien auprès d’un artiste aussi tourmenté et lunatique apparait comme quelque chose qui peut être tour à tour détestable et passionnant, mais toujours moralement harassant. Cet état de fait est ce qui ressort de ce film intimiste qui, s’il n’avait pas été fait par la femme de l’un des cinéastes les plus en vue de ces dernières années, n’aurait été finalement qu’un banal film de famille dont le visionnage aurait même relevé du pur voyeurisme. Heureusement, grâce à la notoriété du réalisateur danois et à l’intérêt de voir à travers ses yeux les coulisses de l’un de ses films, mais aussi à la contribution de son compositeur Cliff Martinez qui signe une bande originale vivifiante, le film prend son sens et dépasse son statut d’exercice cathartique pour devenir un documentaire original.
Même s’il satisfera les fans du réalisateur de la saga Pusher désireux d’en savoir plus la face cachée du réalisateur, My Life Directed by Nicolas Winding Refn n’en reste pas moins qu’une réalisation sans prétention. On pourra surtout regretter qu’il soit exploité sous le format d’un DVD individuel alors qu’il aurait davantage eu sa place en tant que bonus à une réédition deOnly God Forgive. Espérons dès lors que nous le retrouverons dans le prochain coffret consacré au réalisateur.
Pour en savoir plus, voir l’interview sur ce lien.
My Life Directed by Nicolas Winding Refn
My Life Directed by Nicolas Winding Refn
Réalisation: Liv Corfixen
Scénario : Liv Corfixen
Intervenants : Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Alejandro Jodorowsky, Kristin Scott Thomas…
Image : Liv Corfixen
Montage : Catherine Ambus
Son: Kristian Eidnes Andersen, Kristoffer Salting
Musique : Cliff Martinez
Production : Lene Børglum
Distribution : Les Jokers
Durée : 75 minutes
Genre : Portrait, making-of
Date de sortie : 27 avril 2016 en DVD
Retour de Jeanne d’Arc, le beau film de Victor Fleming, dans sa version longue inédite restaurée
« Jeanne, au secours ! » criait en mai 2015 un vieil homme fatigué empli de mauvaises intentions à la statue de Jeanne la Pucelle de Domrémy, située dans le premier arrondissement de Paris. Mais la statue est restée inerte, et là on se souvient. On se remémore les propos qu’a pu tenir l’une des interprètes de la pucelle d’Orléans : « moi qui n’ai jamais voulu blesser personne, ne permettez pas qu’on blesse en mon nom ». Celle qui l’a dit est la Jeanne d’Arc incarnée par Ingrid Bergman dans le film éponyme réalisé par Victor Fleming en 1948 et écrit par Maxwell Anderson et Andrew Solt d’après la pièce du premier, Joan of Lorraine.
Mais pourquoi vous parler de ce film ? Parce que l’Atelier d’images et The Corporation ont ressorti le 2 février 2016 dans une version remasterisée inédite le métrage de Victor Fleming. Précisément, ils ont remasterisé la version « longue » qui est en fait la version complète telle que l’ont pensé le réalisateur et son équipe. Qui dit version « longue » dit version cinéma, et justement, les éditeurs l’ont aussi incluse dans les box dvd/blu ray, dans l’état dans lequel ils l’ont trouvée, sans remasterisation. Comme l’explique de manière très limpide Jérôme Wybon dans l’analyse des deux versions, le film tel qu’il est sorti en salles est le produit des producteurs qui en ont coupé plus de quarante minutes, après une projection test de la version originale de 2h20 jugée insatisfaisante. La version cinéma est un objet catastrophique, elle enchaîne mécaniquement les scènes, avec une voix-off omniprésente expliquant celles-ci de manière abrutissante tout en tentant de rendre leur enchaînement logique. D’ailleurs elle démarre sur la scène de procès de Jeanne pour ensuite revenir, via un flashback, sur son parcours –là où la version longue introduit une grande fresque historique, en présentant le casting de chaque étape de la vie de l’héroïne.
Et la force du film est certainement ici, dans la peinture historique qu’il réalise. Les éditeurs parlent de l’extrême rigueur historique du film comme l’un de ses atouts. Oui, il y a une rigueur dans le travail de reconstitution, des costumes (armures, comme vêtements aux couleurs correspondant aux tableaux contemporains de cette période du quinzième siècle et au sigle de fleur de lys sur leurs parures) aux événements factuels de l’histoire de Jeanne d’Arc (la rencontre avec le dauphin, la bataille d’Orléans, le couronnement de Charles VII, le procès et le bucher de Jeanne). Mais la rigueur de la reconstitution « historique » tient davantage du travail de reconstitution de l’histoire telle qu’on la connaît à travers la peinture, notamment celle du XIXème. On peut par exemple penser au choix de l’acteur et à certains tableaux, ou encore à certains plans et certaines peintures :
Ci-dessus, Charles VII dans Jeanne d’Arc, de Victor Fleming.
Ci-dessous, le portrait de Charles VII par Jean Fouquet, peint vers 1445-50.
Ci-dessus, Jeanne au bûcher par Jules Marc Lenepveu, 1886-90.
Ci-dessous, Jeanne au bûcher dans le film de Fleming.
Et enfin, Jeanne d’Arc en armure devant Orléans, par Jules Eugène Lenepveu, 1886-90…
…et dans le film de Fleming.
Aussi Victor Fleming n’a pasété choisi au hasard pour la réalisation de ce film. Il est l’un des grands cinéastes du Technicolor, procédé naissant dans les années 30 et qui impose l’aide de techniciens spécialisés de l’entreprise éponyme pour son utilisation. C’est un procédé qui, jusqu’au début des années 50s, sera utilisé pour des films aux genres tournés vers l’exotisme, l’histoire, des genres éloignés du réel en somme. Il faut aussi savoir qu’une des dirigeantes de Technicolor, Nathalie Kalmus, avait un rapport à la couleur qui obéissait à son rapport à la peinture (voir son allocution nommée Color Consciousness, 1932). Penser l’œuvre de Fleming comme picturale n’est donc pas une erreur. On retient de cette séance des images incroyables comme celles-ci :
On peut donc dire qu’il ne s’agit pas d’une représentation réaliste et brute de la réalité de l’époque. Si les flèches s’enfoncent dans les armures et les chairs, si les soldats crachent du sang, nous sommes loin des déchirures du corps et des fracas de métal mis en scène par Mel Gibson dans Braveheart (dont l’intrigue se situe en Angleterre deux siècles auparavant), ou encore de la violence viscérale, brute et sans concession du film de science-fiction moyenâgeuse d’Alexeï Guerman, Il est difficile d’être un dieu. Et si le film est une représentation dite picturale, elle n’en reste pas moins hollywoodienne.
En effet, tous les acteurs principaux sont américains, et alors qu’ils jouent tous en usant de la langue anglaise, les personnages parlent des langues mêmes, le français et l’anglais. De plus, si le père de Jeanne, paysan, a le visage noirci et abîmé par la boue et le labeur, la pucelle, elle, n’est pas juste blanche et propre de par sa pureté. Elle est aussi très bien maquillée et a le brushing soigné. On peut même noter à un moment suivant la consécration du roi, la possibilité d’un baiser amoureux entre Jeanne et l’un de ses compères. Ces derniers points rejoignent un fait important : la présence dans le rôle-titre d’Ingrid Bergman, dont chacune des images la contenant tend à iconiser à la fois l’actrice et le personnage. Son interprétation impressionne tant elle arrive à faire de sa Jeanne d’Arc, une héroïne chrétienne persuadée de l’être (car détenant la vérité divine grâce à sa foi) dans un monde dominé par les hommes et l’ordre du clergé, qui apparaît ici comme corrompu par le pouvoir et l’argent. Ce dernier point est à nuancer dans le sens où le Pape est entendu comme la figure de l’autorité divine toute puissante et surtout juste, quoiqu’il arrive. Bergman arrivera aussi à travailler les faiblesses humaines du personnage, elle a environ dix-neuf ans (à ce propos, le physique de l’actrice est crédible), elle est très naïve, persuadée, manquant de maturité et de recul sur des situations et des points – qu’on pourra dire « pragmatiques » – auxquels ses alliés s’attendaient… Ensuite, elle est la seule à entendre ces fameuses voix, la réalisation les suggère à travers des images exposant la grâce de Jeanne d’Arc. De plus, elle reniera sa foi de peur de mourir brûlée vive, pour sauver sa vie. Elle incarne aussi à merveille l’héroïne chrétienne, « soldat augmenté » (voir l’essai éponyme du chercheur Pierre Lecocq) par sa foi tel David contre Goliath. En effet, on la retrouvera certes souvent encourageant les troupes à aller au combat, et on la verra à de multiples reprises aller au combat, souffrir d’une flèche dans l’épaule, pour ensuite y repartir plus hardie que jamais. Aussi elle affrontera le bûcher le cœur léger, vaillante, éprouvant toutefois de la tristesse – Bergman est tout à fait juste –, par rapport aux humains qui se déchirent, notamment à son propos.
Si le début du film (d’une durée de 2h20) va bien trop vite – avec Jeanne qui arrive au Dauphin en trente minutes montre en main –, comparé au reste de l’ensemble très développé, l’œuvre de Fleming est incontournable et intemporelle (notamment grâce à son aspect historico-pictural). L’édition remasterisée que proposent l’Atelier d’images et The Corporation est magnifique, apportant une nouvelle jeunesse au film. On notera quelques défauts d’images : des plans avec rétroprojection et le personnage devant dont l’arrière plan perd en netteté ; la couleur très rarement instable tendant vers le vert… Mais rien de grave, bien au contraire, cette édition est une réussite pure. Vous retrouverez plusieurs bonus fortement intéressants : l’analyse des deux montages du film, des archives d’Ingrid Bergman, la rencontre avec Marine Baron, sa biographe. Retrouvez Jeanne d’Arc (Joan of Arc) en dvd à 14 euros 99 et en blu ray à 19,99.
Ci-dessous, un extrait du début du film.
Jeanne d’Arc Version longue Restaurée Haute Définition
Titre : Jeanne d’Arc (Titre original : Joan of Arc)
Réalisation : Victor Fleming
Scénario : Maxwell Anderson et Andrew Solt, d’après la pièce Joan of Lorraine de Maxwell Anderson
Casting : Ingrid Bergman, Francis L. Sullivan, J. Carrol Naish, Ward Bond, Shepperd Strudwick, Gene Lockhart, John Emery, Leif Erickson, Cecil Kellaway, José Ferrer…
Costumes : Dorothy Jeakins et Barbara Karinska
Maquillage : Jack P. Pierce
Décors : Joseph Kish, Casey Roberts
Direction artistique : Richard Day
Photographie : Winton C. Hoch, William V. Skall, Joseph A. Valentine
Musique : Hugo Friedhofer
Production : Walter Wanger
Société de production : Sierra Pictures
Société de distribution : RKO Radio Pictures (US), Balboa Film Distributors (Mondial)
Pays : Etats-Unis
Langue : Anglais
Durée : version cinéma : 1h36 ; version longue : 2h20
Sortie en salle : 1948
Ressortie en édition dvd-blu ray par l’Atelier d’images & The Corporation, distribué par Arcades : le 2 février 2016
Jeanne d’Arc de Victor Fleming, avec Ingrid Bergman, Francis L. Sullivan, Ward Bond, USA, 1948, 2h20 (version originale intégrale), 1h36 (version cinéma), dvd et Blu-ray, 14.99 et 19.99 euros.
Bonus : archives d’Ingrid Bergman, rencontre avec marine Baron, biographe de Ingrid Bergman, et analyse des deux montages du film par Jérôme Wybon.
The Man Who Killed Don Quixote de Terry Gilliam financé à18 millions de dollars
On annonçait en juin 2015 que, sponsorisé par Amazon, Terry Gilliam pensait reprendre en 2016 le tournage de son grand projet The Man Who Killed Don Quixote. Entreprise en 1998, cette oeuvre quasi mythique pour ses tentatives infructueuses vient d’obtenir un nouveau financement de la part du producteur Paulo Branco. Ce dernier produira donc le film sous son label Alfama Films, basée à Paris, avec les productions espagnoles Tornasol Films et en co-production avec les Leopardo Filmes au Portugal.
Aux dernières nouvelles, les rôles imaginés un temps pour Jean Rochefort et Johnny Depp puis, pour Ewan McGregor et Robert Duvall, avait finalementété attribués à John Hurt et Jack O’Connell. Et malgré un cancer du pancréas diagnostiqué au début de l’année dernière, John Hurt a reçu le feu vert de ses médecins en octobre 2015.
Cette fois-ci donc, aucune ombre au tableau et Gilliam devrait pouvoir accoucher de ce qu’il se plaît à appeler sa «Folie». Rappelons que ses nombreux échecs pour aboutir à la réalisation de The Man Who Killed Don Quixote lui avaient valu un making-of documentaire révélateur et original : Lost in La Mancha. En mars 1999, au moment de la pré-production, c’est Guilliam lui-même qui avait demandé à Keith Fulton et Louis Pepe de filmer le tournage et de rendre compte de cette malédiction et de ce combat acharné pour venir à bout de son rêve. Conscient de ses difficultés, le réalisateur avait même avoué :
« Ce projet a mis si longtemps à émerger et a été victime d’une telle malchance que quelqu’un doit en faire un film. Et parti comme c’est parti, ce ne sera pas moi. »
A l’époque, c’était Jean Rochefort qui avait enfilé l’armure du héros Don Quichotte… Et Johnny Depp celui d’un personnage du présent qui se déplace dans le temps et va à la rencontre du pseudo-chevalier errant. Le Pirate des Caraïbes confiera plus tard à la Presse : « On aurait dit qu’un étrange nuage noir planait au-dessus de nos têtes. »
Terry Gilliam débutera le tournage de The Man Who Killed Don Quixote le 16 septembre prochain en Espagne et au Portugal avec un nouveau budget fixé à 18,25 millions de dollars (16 millions €). Un financement peu conséquent quand on sait qu’en 1999, le budget était de 32 millions de dollars…
The Man Who Killed Don Quixote – extrait du premier essai de 1999/2000 :
Le festival lyonnais des Hallucinations Collectives, grand adepte du cinéma de genre, va clore sa 9ème édition avec la présentation du très attendu « High Rise » de Ben Wheatley.
Niché dans le haut-pays lyonnais et l’enceinte d’un des meilleurs cinéma de la ville – le Comoedia-, le Festival des Hallucinations Collectives se fait le pari depuis déjà 9 an, d’incarner l’un des derniers bastions français du cinéma de genre ; comprenez un cinéma différent très éloigné des poncifs français en la matière, peu avide de diffuser ce versant mésestimé du 7ème art. Noble entreprise que voilà, surtout lorsque l’on sait que ses principaux artisans tels que Christophe Gans (Silent Hill, La Belle et la Bête), Pascal Laugier (Martyrs) ou Nicolas Boukhrief, se sont presque tous exportés aux USA, terre de cinéma nettement plus encline à tolérer ces élans virant à la digression dans une industrie naturellement portée par une vision commerciale et mainstream. Et contre toute attente en dépit de la faible notoriété affiliée à l’évènement et la défection relative du public sans doute peu enclin à cette forme de cinéma enlevé et hyper-violent, le festival tient bon. Année après année, les festivités lyonnaises continuent ainsi à attirer un public, sans doute conquis par un déroulé aux airs de contre-programmation, se faisant tantôt l’éloge d’un cinéma/cinéaste oublié, ou d’une œuvre emblématique d’un genre à la fois protéiforme et sans surprises, retenu par aucune limite.
Et après Christophe Gans, ce fut au tour de la réalisatrice Lucile Hadzihalilovic (Innocence) d’être conviée aux festivités. En profitant pour projeter son dernier film, Evolution, qui l’aura vue batailler pendant plus de 10 ans pour mener à bien le projet, la réalisatrice n’est toutefois pas venue les mains vides. Dans ses valises, une pléiade d’œuvres oubliées, ringardisées et certaines promptes à devenir les nouvelles figures du cinéma de genre comme HardcoreHenry, l’OVNI de la programmation, qui telle une bonne mandale des familles, a mis le public K.O en ouverture. Car au milieu de la programmation se voulant en forme d’hommage à un pan de cinéma tout entier (le film de monstre avec Phase IV de Saul Bass ou Razorback de Russel Mulcahy), le festival se fait aussi le pari de soumettre à la compétition quelques longs-métrages. A la clé, un trophée voulu à des fins de faire gagner de la notoriété et de la reconnaissance au film et à son cinéaste, qui évolue, soit-dit en passant, dans un sillage déjà dessiné en amont par des cinéastes aujourd’hui mondialement réputés comme Alex de la Iglesia (Les Sorcières de Zuggaramurdi), Denis Villeneuve (Sicario, Prisoners) ou encore Ben Wheatley (High Rise). Et cette année, au milieu des bizarreries coutumières du festival, le palmarès s’est arrêté sur un film au ton très atypique : Men and Chicken, porté par Mads Mikkelsen et David Dencik, ou comment voir 2 frères chercher tant bien que mal leur paternel sur une ile remplie de fous en roue libre qui ne leur rendront pas la tache facile.
Palmarès
Prix du public longs-métrages : MEN & CHICKEN d’Anders Thomas Jensen
Prix du jury Petit Bulletin longs-métrages: GREEN ROOM de Jeremy Saulnier Prix du public courts-métrages : THE PRIDE OF STRATHMOOR d’Einar Baldvin
Prix du jury lycéen courts-métrages : MANOMAN de Simon Cartwright
Bref, le cinéma de genre n’est pas mort et soyez sûrs que le Festival des Hallucinations Collectives se fera un plaisir de faire perdurer ce statu quo.
Impatient de revoir la téméraire Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) briser le joug despotique du Capitole ? Ça tombe bien, Hunger Games : La Révolte – Partie 2 est disponible dans les bacs depuis le 22 Mars.
On mentirait si l’on disait que le dernier volet de la saga brillamment portée par Jennifer Lawrence et Donald Sutherland, n’était pas l’une de nos plus grosses attentes de cette fin d’année 2015. Il faut dire qu’outre de pouvoir compter sur un casting solide (Woody Harrelson, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, Jeffrey Wright, Stanley Tucci), la saga Hunger Games pouvait compter à tout instant sur une intrigue éludant avec brio les fondements d’une dictature, sans pour autant dénigrer la veine du divertissement auquel il appartient. Forcément, au vu de son statut hybride, et d’un dernier film ayant profondément divisé, certains n’y voyant qu’une introduction de luxe quand d’autres plus réfléchis, y voyaient là l’occasion d’étoffer la sève profondément libertaire du métrage, la saga se devait de mettre le pied à l’étrier pour le final, quitte à choquer son spectateur, devenu par la force des choses transi de n’assister à aucun combat. Et bien que ce volet échoue à rééditer l’exploit du dernier opus en peinant à convoquer action et politique, force est d’admettre que le film mérite quand même ses lauriers. Interprétations soignées, scénario malin et intrigue encore une fois très référencée, le dernier volet de la saga accuse simplement le coup d’un découpage en deux films ayant sapé toute surprise ou fluidité, mais demeure assurément un blockbuster young-adult de bonne facture, capable à lui seul d’enterrer les Divergente et autres Labyrinthes.
Une apothéose que la Metropolitan a voulu rendre d’ailleurs exceptionnelle pour quiconque a vu l’un des films puisque la firme au cheval ailé le propose dans différents formats, quitte à l’inclure sans surprises dans un coffret réunissant les 2 derniers métrages mais aussi un compilant les 4 longs-métrages consacrés à Katniss.
Hunger games la révolte partie 2 – DVD
Contenu : EDITION AVEC FOURREAU
Format image : 2,35 : 1- 16/9 compatible 4/3
Format audio : Français 5.1 Dolby Digital / Anglais 5.1 Dolby Digital / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 134 min
Supplément (vost) : commentaire audio du réalisateur Francis Lawrence et de la productrice Nina Jacobson
Hunger games la révolte partie 2 – Bluray
Contenu : EDITION AVEC FOURREAU
Format image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Format audio : Français 7.1 DTS HD Master audio / Anglais Dolby Atmos DTS HD master audio / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 137 min
Suppléments (vost) : plus de 4 heures de suppléments
Commentaire audio du réalisateur Francis Lawrence et de la productrice Nina Jacobson ; Making of en huit parties (141 min) ; Le carnet de croquis de Cinna (10 min) ; Hunger Games : l’exposition (2 min) ; Un voyage en photos (10 min) ; Jet to the set (41 min)
Hunger games la révolte partie 2 – Combo 3D – Collector
Edition : Collector Contenu : EIDTION PRESTIGE LIMITEE BD 3d
Format image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Format audio : Français 7.1 DTS HD Master audio / Anglais Dolby Atmos DTS HD master audio / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 137 min BD 2d
Format image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Format audio : Français 7.1 DTS HD Master audio / Anglais Dolby Atmos DTS HD master audio / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 137 min DVD film
Format image : 2,35 : 1- 16/9 compatible 4/3
Format audio : Français 5.1 Dolby Digital / Anglais 5.1 Dolby Digital / Audiodescription
Sous-titres : Français / Sourds et malentendants
Durée : 134 min DVD des bonus
SUPPLEMENTS (en HD et en SD)
Commentaire audio du réalisateur Francis Lawrence et de la productrice Nina Jacobso
Making of en huit parties (141 min) Le carnet de croquis de Cinna (10 min)
Hunger Games : l’exposition (2 min) Un voyage en photos (10 min)
Fiche Technique : Hunger Games : La Révolte – Partie 2
Titre français : Hunger Games : La Révolte, partie 2
Titre original : The Hunger Games: Mockingjay – Part 2
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong, d’après Hunger Games : La Révolte de Suzanne Collins
Direction artistique : Philip Messina
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt and Bart
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Production : Nina Jacobson et Jon Kilik
Sociétés de production : Color Force et Lions Gate Film
Sociétés de distribution : Lions Gate Film (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France), Entertainment One (Canada)
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : Couleurs – 70 mm – 2.39:1 – Son Dolby numérique
Genre : action, drame, science-fiction dystopique
Budget : 125 millions $
Durée : 137 minutes (2h17)
Dates de sortie2 :
Allemagne : 4 novembre 2015 (avant-première mondiale à Berlin)
France : 18 novembre 2015
États-Unis, Canada : 20 novembre 2015
On pourrait épiloguer des heures durant sur la personnalité -somme toute barrée- de Michael Bay. Quand d’aucun prétexteront qu’il n’est un pyromane patriote doublé d’un profond crétin, ayant su sans complexe tirer le blockbuster américain vers un abime de bêtise et de vulgarité, d’autres rétorqueront non sans malice, qu’il est de cette race de cinéastes incompris à la Ed Wood, en l’occurrence ici artiste complet à l’aura versatile qui depuis tout ce temps, n’aura cru bon d’user d’une identité formelle tendant inexorablement vers une certaine catharsis, pour affirmer son art.
Synopsis : Le 11 septembre 2012, 11 ans jour pour jour après les attentats du 11 septembre 2001, des terroristes attaquent un camp de l’armée américaine et une agence de la CIA à Benghazi, en Libye. Quatre Américains sont tués, dont l’ambassadeur des États-Unis en Libye J. Christopher Stevens. Cette attaque est repoussée par six agents de sécurité.
Force est toutefois d’admettre qu’au détour de films aux airs de sinécures le voyant tantôt épouser les contours du buddy-movie (Bad Boys), du délire SF mégalo (The Island), et du divertissement fait de bêtise crasse et humour bas du front (Transformers), le réalisateur américain n’aura rien fait pour taire cette dualité, quitte à interroger le gratin de la profession sur la teneur de son travail. Car, non content d’imposer un style érigeant en modèle un vide intellectuel, construit autour d’un cyclone formel épuisant/brillant à la limite de la crise épileptique, la question de son apparent triomphe au box-office a surtout laissé place à l’incompréhension que de savoir si une cohérence pouvait exister entre bagnards (Rock), flics et robots. En somme de savoir si derrière l’apparent fatras que constitue son œuvre, demeure une intention plus ou moins consciente allant bien au-delà de la misogynie et du racisme dont elle souvent traitée. Et au-delà de la bêtise devenue caractéristique chez lui, on ne pourra que reconnaitre, malgré la grosseur du trait employé, une certaine propension à épouser la notion d’héroïsme et surtout celle de patriotisme. Deux notions qui irriguèrent déjà ses œuvres précédentes (Pearl Harbor, Armageddon) et qui sont véritablement au cœur de sa dernière, 13 Hours.
Un « Fort Alamo » géopolitique
Récit de l’héroïsme de 6 soldats basés en Libye et ayant bravé les interdits pour protéger l’ambassadeur sur place en Septembre 2012, 13 Hours peut sembler à bien des titres comme le film de la maturité pour Michael Bay. S’il mettait hier avec Pain and Gain, son style tape à l’œil et ses blagues hétéro-beaufs au service d’un pamphlet sur la vulgarité américaine, force est de constater qu’aujourd’hui avec 13 Hours, il met ici son talent pour la désincarnation et l’abstraction au service d’un film de guerre aux airs de réquisitoire contre la nation même qui l’a engendré. Délaissant le manichéisme obligé de Pearl Harbor, Bay préfère ainsi se concentrer ici sur l’aspect moderne de la guerre, celle-là même étant absconse par nature, en ce que ses origines soient floues, son idéologie pas nette et ses ennemis réduits à des simples points sur un écran. Et en cela, le film en devient passionnant, tant sa sève profondément critique envers les États-Unis, réduite ici à une nation amenant la révolution et insouciante des dommages qu’elles créent, déroge aux précédentes visions du monde du réalisateur américain. Le natif de Los Angeles n’en oublie heureusement pas de questionner une valeur chère à ses yeux : celle du patriotisme. Si ce dernier n’a jamais fait montre de son adoration pour l’Oncle Sam, il est curieux de le voir dresser ici non pas un discours pro-américain, mais pro-soldat, en dressant le portrait de ces hommes, parfois contraints pour des raisons financières de s’exiler dans les endroits les plus dangereux du monde, pour y faire respecter un certain idéal, continuellement bouleversé à la suite des relations diplomatiques vacillantes.
Un défouloir efficace et très référencé
Une contrée inhospitalière d’ailleurs shootée de long en large par le réalisateur, qui non content d’imposer une certaine révolution dans son intrigue en ne favorisant pas l’Oncle Sam comme à l’accoutumée, perpétue ici son art. Et si ce dernier a pu s’affirmer depuis ses débuts comme un condensé à peine digeste d’héroïsme de comptoir, de testostérone et de patriotisme, force est d’admettre que le Californien en a encore sous le capot pour délivrer un défouloir dont lui seul a le secret. Si l’évidente forme du métrage tend à rappeler le mythique « Alamo » de John Wayne, Bay renoue avec l’idéal de Ridley Scott et de La Chute du Faucon Noir en donnant à voir un huis-clos guerrier et nocturne, viscéral de bout en bout, n’hésitant pas à troquer la sobriété pour une violence sèche et parfois implacable. Rudement mené -quoique très peu subtil- et privilégiant un montage en accord avec la photographie posée de Dion Beebe – chef op’ de Michael Mann sur Collateral-, Bay surprend par l’étonnante sobriété conférée à l’ensemble, hautement paradoxale ici vu son sujet. L’on pourra toutefois regretter de voir Bay s’enorgueillir sitôt que les douilles commencent à voler dans les airs, puisque à défaut d’égaler la rage et l’intensité d’un Peter Berg en mode Du Sang et des Larmes, ou la pertinence d’une Kathryn Bigelow en mode Démineurs, Bay ne maintient pas ce discours critique sur l’ensemble quitte à conférer aux scènes d’actions une portée lourde mais terrifiante, en ce que les assauts des tireurs locaux et leurs acteurs jamais réellement montré, accentuant l’aspect impersonnel et finalement distant des conflits modernes. Mais qu’importe puisque avec ce film, Bay sait donner du grain à moudre à quiconque a pris du plaisir un jour à voir des barbouzes faire leur fêtes à des centaines de talibans habillées en veste Adidas. Et c’est pas plus mal vu son pedigree de pyromane.
Film de la maturité pour Michael Bay, ce 13 Hours, à défaut de réinventer le genre saura s’imposer comme un jalon dans la filmographie du Californien, notamment pour sa propension à refléter les enjeux et difficultés des conflits modernes, tout en égratignant quoique subtilement l’aura de l’Oncle Sam.
13 Hours : Bande-annonce
13 Hours : Fiche Technique
Titre original : 13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi
Réalisation : Michael Bay
Scénario : Chuck Hogan, d’après 13 Hours de Mitchell Zuckoff
Interprétation : Pablo Schreiber (Tanto), John Krasinski (Jack), Toby Stephens (Bub), David Denman (Boon), Max Martini (Oz), James Badge Dale (Rone)…
Direction artistique : Marco Trentini
Décors : Jeffrey Beecroft
Costumes : Deborah Lynn Scott
Photographie : Dion Beebe
Montage : Christian Wagner
Musique : Lorne Balfe
Effets spéciaux : Industrial Light & Magic
Production : Erwin Stoff
Producteurs délégués : Scott Gardenhour
Coproducteurs : Michael Kase et Jasmin Torbati
Sociétés de production : Arts Entertainment, Latina Pictures, Dune Films et Paramount Pictures
Sociétés de distribution : Paramount Pictures (États-Unis), Paramount Pictures France (France)
Budget: 50 000 000 $
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2.35:1 – 35 mm – son Dolby Digital
Genre : action, guerre, drame, thriller
Durée : 144 minutes
Dates de sortie :
États-Unis : 15 janvier 2016
France : 30 mars 2016
Interdit aux moins de 12 ans
L’un des grands films de John Sturges est diffusé sur TCM Cinéma mardi 5 avril à 19h20
Synopsis : pour la première fois, le train s’arrête dans le minuscule village de Black Rock, en plein désert de l’Ouest Américain. McCreedy, un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, lors de laquelle il a perdu un bras, arpente l’unique rue en menant une enquête, ce qui n’est pas au goût d’une partie de la population, qui va tenter de se débarrasser de lui.
En 1954, John Sturges était au début de sa carrière et n’avait pas encore signé les films qui le rendront célèbre, que ce soit Les Sept Mercenaires, La Grande Evasion ou Règlement de comptes à OK Corral. Cependant, c’est pour Un Homme est passé qu’il recevra son unique nomination aux Oscars. Il faut avouer que le réalisateur, qui a su prouver dans quasiment toute sa filmographie qu’il était un des grands de Hollywood, maîtrise ici son film sur tous les points.
Ouest sauvage
Pendant tout le générique, le train file à toute vitesse à travers le désert. Cela permet au cinéaste de nous donner deux informations majeures.
D’abord, l’histoire va se dérouler loin de tout, loin des grandes villes, loin de la civilisation même. Arriver à Black Rock, c’est se transporter dans un lieu sauvage, barbare dans tous les sens du terme. Non seulement le minuscule village, ne possédant qu’une demi-douzaine d’habitations réparties de chaque côté de la rue, est l’opposé des grandes villes qui, dans les années 50, étaient synonymes de modernité, mais il en semble même éloigné dans le temps. Aller à Black Rock, c’est revenir dans le passé, à l’époque des cow-boys et des Indiens. La bourgade baigne encore dans cette ambiance où celui qui a une autre culture est un sauvage, et où il est préférable de l’abattre. Black Rock est un anachronisme, une régression morale dans un pays en plein progrès.
De ce fait, Un Homme est passé s’inscrit dans ces films de lynchage que l’on retrouve régulièrement dans le cinéma américain, depuis L’étrange incident de William Wellman jusqu’à La Poursuite Impitoyable, d’Arthur Penn. Le film en a la construction : une tension qui monte crescendo vers un final que l’on prévoit violent, l’opposition entre un personnage et une communauté, la lâcheté de ceux qui se fondent dans un groupe contre le courage du solitaire qui se dresse contre eux, etc.
L’isolement du village renforce encore cette communauté, qui se soude autour de trois personnages interprétés par des acteurs exceptionnels : Smith (Robert Ryan) le chef auto-proclamé, qui essaie de faire bonne figure et de donner une image respectable mais chez qui on sent la haine affleurer ; Trimble (Ernest Borgnine), le chien fou ; et David, personnage menaçant que l’on sent capable d’exploser violemment à chaque instant et auquel Lee Marvin prête son charisme animal.
Un film à pleine vitesse
Ce train qui fonce à toute vitesse pendant le générique impose aussi son rythme au film. Dès le début, nous savons que nous sommes dans un film rapide. Sa brièveté (à peine plus d’une heure) renforce encore son caractère violent. Sturges a débarrassé le film de tout ce qui est inutile : chaque scène, chaque plan est strictement indispensable à l’action.
Le train donne ainsi au film sa temporalité, mais lui fournit aussi ses bornes chronologiques : il passe une fois par jour, et McCreedy est donc enfermé dans ce village pendant 24 heures. C’est pendant cette journée que se déroulera l’action du film (comme l’indique le titre original, Bad Day at Black Rock).
Le scénario nous propose deux énigmes simultanées : que vient faire McCreedy ici ? Et pourra-t-il en repartir ? Ces deux questions structurent le film.
En effet, Un Homme est passé est assez clairement divisé en deux parties. Au lieu de conserver artificiellement un mystère jusqu’à la fin, Sturges a préféré révéler petit à petit les raisons de la venue de l’inconnu, permettant ainsi au récit d’avancer.
C’est aussi par ces révélations au compte-gouttes que l’on aperçoit le thème important du film, celui du racisme contre les Nippo-Américains pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le film se déroule en 1945, deux mois après la fin de la guerre, mais il a été tourné dix ans plus tard. On y sent une dénonciation virulente contre l’attitude d’une partie des Américains, qui ont rejeté sur l’ensemble des Japonais vivant dans leur pays la responsabilité de Pearl Harbour.
Le résultat est un grand film, passionnant, remarquablement écrit, interprété et réalisé.
Un homme est passé – bande Annonce
Un Homme est passé – Fiche Technique
Titre original : Bad Day at Black Rock
Réalisateur : John Sturges
Scénario : Millard Kaufman, Don McGuire
Interprétation : Spencer Tracy (John McCreedy), Robert Ryan (Reno Smith), Anne Francis (Liz Wirth), Walter Brennan (Doc Velie), Ernest Borgnine (Coley Trimble), Lee Marvin (Hector David)
Photographie : William C. Mellor
Montage : Newell P. Kimlin
Musique : André Previn
Producteur : Dore Schary
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Date de sortie française : 26 avril 1955
Durée : 1h21
Genre : drame