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Kaili Blues, un film de Bi Gan : Critique

Il semble que 2015 fût une très bonne année pour les premières œuvres : Le Fils de Saul et Mustang à Cannes, L’Enfance d’un chef de Brady Corbet à Venise, pour ne citer que les plus connus. Une autre grande découverte aux festivals l’année dernière était le premier long métrage de Bi Gan, primé meilleur nouveau réalisateur à Locarno. Le jeune cinéaste chinois (né en 1989) a commencé le tournage avec 20 000 yuan (3000 euros) dans la poche et une équipe encore plus jeune que lui. Heureusement, l’investissement a suivi et le quatrième festival d’Europe l’a pris.

Synopsis : Chen Sheng, ancien voyou et détenu, mène une vie tranquille et solitaire comme « médecin aux pieds nus » dans la petite ville Kaili au Guizhou, une province pauvre au sud-ouest de la Chine. Quand Weiwei, son neveu bien-aimé, est vendu par son propre père, Chen Sheng part le chercher, malgré l’hostilité de son frère. Ce voyage déclenche une série d’expériences surréalistes, qui lui permettent de réfléchir ce qu’il a parcouru toute sa vie.

Pour les connaisseurs de l’industrie cinématographique en Chine, même avant de voir Kaili Blues, le parcours de son auteur est déjà une étonnante exception. Depuis au moins trois ou quatre décennies, les cinéastes chinois qui ont fait du bruit à l’échelle internationale, étaient tous formés à la prestigieuse Beijing Film Academy, pendant longtemps la seule formation du cinéma qui existait dans la République populaire. Cependant, Bi a fait ses études à l’Université de communication de Shanxi, une faculté sans aucune importance jusqu’ici. Une fois diplômé, au lieu d’entrer dans l’un des grands studios de l’état comme tous les anciens élèves de l’Academy, il a signé un contrat avec Heaven Pictures, une entreprise privée.

« On voulait juste finir le film ; personne n’a pensé à l’exploiter » dit-il lors d’une interview. Pourtant, depuis fin mars, ce premier long métrage a pu sortir en salle dans l’hexagone — un destin rare pour ce genre de film de nature fort expérimentale. En plus, après une sortie taïwanaise en avril, il verra le grand public en Chine, où la culture consumériste et l’obsession avec les blockbusters américains ces dernières années ont presque tué le cinéma d’auteur. Avec ses expérimentations audacieuses sur le fond et la forme, Kaili Blues annonce une nouvelle génération de cinéastes chinois, qui montent sur scène avec plus d’ambitions que les précédentes.

Le plan-séquence et la jeunesse

Depuis son avant-première mondiale dans la petite ville lacustre helvétique, ce dont tout le monde parle est un remarquable plan-séquence d’environ 40 minutes. Dans la deuxième moitié du film, lors d’un voyage en quête de son neveu, Chen Sheng est emmené, par un motard prénommé également Weiwei, dans un petit village au bord de l’eau. Il y rencontre des personnages qui sont essentiellement les projections des connaissances importantes dans sa vie, y compris sa femme, décédée en son absence. Ici la caméra est endossée d’une subjectivité remarquable. Elle suit tantôt le protagoniste, tantôt d’autres personnages secondaires, parfois même les villageois mobilisés comme figurants. Le décalage entre les mouvements de caméra et les acteurs, tout en renforçant cette subjectivité, crée un effet de flâneur rêveur.

Malgré quelques défauts techniques dus, sans doute, à la longueur extrême du plan, il est difficile à croire que le chef opérateur Wang Tianxing est aussi un first-timer. La mise en scène et l’opération de caméra sont méticuleusement calculées et les jeux des acteurs, amateurs pour la plupart, révèlent un naturalisme très personnel. Au début du plan-séquence, quand Weiwei et Chen Sheng descendent la rue principale à moto, la caméra prend un raccourci entre les bâtiments pour les rejoindre en bas, ce qui crée un effet de course-poursuite entre le public et les personnages. Ce mouvement de caméra hors norme signale le commencement d’une séquence surréaliste et nous prépare pour une forte présence de la volonté de l’auteur sur l’écran. Un autre exemple est quand on suit Yangyang, dont Weiwei est amoureux, pour faire un tour du village. Le réalisateur joue beaucoup sur le son pour remplir le vide laissé par l’image, pour créer une profondeur globale et enfin immerger la caméra (et ainsi le public) complètement dans l’ambiance du village. Cette caméra personnifiée participe ensuite à la quasi-course-poursuite de Weiwei et Yangyang, formant une sorte de triangle amoureux. Bi Gan explore ainsi une nouvelle dimension dans la narration d’un cliché thématique.

Il y a une prédilection de l’auteur très marquée pour les longs plans : le film s’ouvre avec une série de longs plans descriptifs ; la mise en scène est très travaillée pour remplacer le montage, employé seulement où il est absolument nécessaire. Mais le plan-séquence de 40 minutes, en plus d’un choix esthétique, s’opère bien dans le grand schéma narratif du film. Il est une déviation narrative qui est autrefois souvent présenté comme analepse sur le plan narratif et est marqué par le montage. Ici, pourtant, aucun outil formel n’est convoqué pour diviser les intrigues principales et secondaires ; c’est un choix esthétique (le plan-séquence) qui nous indique que le récit de ces 40 minutes est une parenthèse par rapport au film entier. Si les procédés filmiques (le montage, la voix off, etc.) pour jalonner une subplot héritent directement de ceux du littéraire (ex. les sauts de ligne, le chapitrage — pensez à Un amour de Swann de Proust), le choix de Bi Gan doit son inspiration au jeu vidéo, dont la quête secondaire n’a pas une rupture formelle avec la narration principale mais souvent marquée par son contenu clairement dévié.

Le bouddhisme et le temps

Paradoxalement, ce jeune cinéaste avec plein d’esprit innovateur a cité un ancien texte bouddhiste comme épigraphe de son film. La pensée bouddhiste se trouve dès le début de sa carrière. Jin Gang Jing, le titre chinois de son unique court métrage The Poet and the Singer, est la traduction chinoise du Sūtra du Diamant, dont la phrase plus connue s’affiche au début de Kaili Blues : « La pensée du passé n’est pas saisie, la pensée du futur n’est pas saisie, la pensée du présent n’est pas saisie.» Elle est donc la clé pour comprendre le film dont le temps est le thème central.

Le remords persistant du passé et l’espoir fort pour l’avenir sont tous les deux condamnés par le bouddhisme. Ces « péchés » sont précisément ce que pratique Chen Sheng, qui ne cesse pas de regretter sa jeunesse de gangster et la mort de sa femme, alors qu’il place toutes ses espérances sur la prochaine génération (son neveu Weiwei). C’est là que s’arrêtent la plupart des lectures mondaines du Sūtra du Diamant, mais Bi Gan va plus loin dans le sens philosophique. Il s’agit d’une vacuité totale, par laquelle le texte bouddhiste nie le caractère fixe et inchangeable de toute chose, au passé, au présent ou au futur. Donc le protagoniste rencontre, lors de son détour dans le super-plan-séquence, ses connaissances du passé et de l’avenir, dont un personnage qui ressemble à sa femme défunte et un jeune qui a le même prénom que son neveu : ils sont essentiellement sa femme rajeunie et un Weiwei grandi. Les divisions entre les différents objets/personnes et espace-temps sont ainsi brisées.

La seule motivation de Chen Sheng dans la deuxième moitié du film est de sauver son neveu — on suppose qu’il est maltraité, même abusé comme la plupart des enfants enlevés. Mais quand il le trouve, Weiwei vit mieux avec son acheteur qu’avec son propre père. Le bonheur de Weiwei est ce qui préoccupe Chen Sheng, il est précieux comme le diamant très recherché dans le Sūtra, symbole de l’obsession qui empêche la progression de sagesse et l’atteinte de l’éveil. Après ces aventures, Chen Sheng prend le train pour rentrer chez lui ; c’est là où il retrouve la paix et le sommeil. Il atteint enfin l’état parfait que certains appellent zen, endormi mais éveillé.

Également dans ces derniers plans, il y a des graffiti d’horloges sur le train qui va en contre sens et quand les trains se croisent en haute vitesse, ces images créent l’effet visuel d’une seule horloge tournant en contre sens. C’est le moyen, selon Weiwei le motard, de remonter le temps, mais aussi le fonctionnement d’un film : une série de photogrammes en mouvement de grande vitesse. C’est donc le commentaire métafilmique de Bi Gan : le cinéma est une magie qui nous permet de remonter le temps, de retrouver les vielles connaissances, de se libérer de tout remords et de toute obsession, d’atteindre un nouvel état de vie, s’il n’est pas l’éveil final.

La tradition et la poésie

La poésie lyrique a une place éminente dans la littérature chinoise, elle influence toute création artistique, y compris le cinéma. Un autre film Chang Jiang Tu, le gagnant d’un Ours d’argent à Berlin cette année et probablement le représentant chinois aux Oscars 2017, se construit autour de la poésie. Bi Gan est un poète publié et il n’hésite pas à insérer ses poèmes dans sa création cinématographique. Lu Bian Ye Can (littéralement « pique-nique au bord de la route »), le titre chinois de Kaili Blues, vient du titre d’un recueil de poèmes de Bi Gan. Dans le film, il est aussi le titre d’un recueil de Chen Sheng, qui est un « mauvais poète », selon le réalisateur.

Chen Sheng, toujours joué par le même acteur amateur (il est en fait l’oncle du réalisateur), est un protagoniste récurrent dans l’œuvre de Bi Gan. Il sert au personnage principal dans The Poet and the Singer et le sera dans La Dernière nuit de la Terre (titre et traduction provisoires), le prochain film en préproduction de M. Bi. L’image du poète serait la réflexion du réalisateur lui-même et les qualificatifs « mauvais », « amateur » relèvent de l’autodérision des artistes, vus par le monde consumériste comme « inutiles ». Cette autodérision, qui se trouve aussi dans Chang Jiang Tu, est le fruit amer de la société chinoise autant plus concentrée sur le profit économique.

Le poète-cinéaste regarde la tradition avec des avis complexes. D’une part il veut se révolter contre la tradition pour créer son propre style, mais de l’autre la tradition est ce qui garde certaines valeurs précieuses de la société. Bi Gan vient de Kaili, la ville éponyme du film habitée principalement par la minorité ethnique Miao, à laquelle il fait partie. Kaili Blues parle aussi de ses racines et son identité. À part la recherche de Weiwei, Chen Sheng doit aussi trouver un maître musicien miao, qui fut l’amoureux de sa vieille collègue à la clinique. Quand il arrive chez lui, le maître est absent et ses jeunes élèves sont contents de pouvoir faire un concert du pop, le genre de musique interdit en présence de leur maître.

Leur concert et la musique pop servent de musique d’ambiance pour le super-plan-séquence et participent brièvement au récit. Une liberté retrouvée de ces musiciens est mélangée avec la nostalgie de Chen Sheng, preuve de l’ambivalence de Bi Gan devant les conflits entre la tradition et la modernité. On sait à la fin que le maître est mort, quand le film se clôt avec son cortège funèbre où ses plus anciens élèves se réunissent pour lui jouer la dernière fois le lusheng, un instrument traditionnel du peuple Miao. Les réflexions de l’auteur sur la tradition et sur l’identité n’ont pas une conclusion définitive dans cette première œuvre, mais elles trouveront certainement une continuation dans la future création du jeune cinéaste.

Bande-annonce : Kaili Blues (Lu Bian Ye Can)

Fiche Technique : Kaili Blues (Lu Bian Ye Can)

Réalisation : Bi Gan
Scénario : Bi Gan
Interprétation : Chen Yongzhong (Chen Sheng), Xie Lixun (Tête de fou), Guo Yue (Yangyang), Yu Shixue (Weiwei le motard), Luo Feiyang (Weiwei, l’enfant)
Image : Wang Tianxing
Montage : Qin Yanan
Son : Liang Kai, Lou Kun
Musique : Lim Giong
Décors : Zhu Yun
Production : Wang Zijian, Li Zhaoyu, Shan Zuolong, Wang Jianguo
Société de production : Blackfin-Beijing Culture & Media Co. Ltd., Heaven Pictures The Movie Co. Ltd.
Diffusion : Capricci Films
Durée : 113 min
Festivals : Locarno, Nantes
Date de sortie : 23 mars 2016

Chine – 2015

Rencontre et débat avec Vincent Poymiro,Tony Grisoni : Séries Mania 2016

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Festival Séries Mania 7ème édition : comment soutenir les auteurs dans l’innovation et rencontre avec Tony Grisony

Cette quatrième journée de festival est marquée par la rencontre avec Tony Grisoni, scénariste de Terry Gilliam et Michael Winterbottom, ainsi que membre du jury. Mais en premier lieu, se tenait la première table ronde professionnelle sur « comment mieux accompagner les auteurs dans l’innovation ? ». Pour animer le débat, le scénariste/metteur en scène/réalisateur et membre de la SACD, Laurent Levy. Autour de lui, Marie-Pierre Thomas, membre de la guilde des scénaristes et également membre de la SACD,  David Robert, auteur émergeant, membre du collectif européen « The Dirty Dozen », Vincent Poymiro créateur de la série Ainsi-Soient-Ils, Claude Scasso scénariste sur Caïn (France 2) et créateur de la prochaine série de science-fiction Transfert et Fabienne Aguado Responsable du Centre des écritures cinématographiques au Moulin d’Andé, résidence à l’écriture en Haute-Normandie.

Le débat en trois parties, a permis de pointer du doigt, notamment grâce à Vincent Poymiro, le monopole des grandes chaînes qui, sclérosées dans le « plaire au plus grand nombre » ne permettent pas l’innovation. Marie-Pierre Thomas, féministe convaincue, liste l’exemple du genre policier, médical, mais elle oublie l’univers scolaire/adolescent qui, avec la série Sam (TF1) à 20h, enfonce le clou sur la redite et le cliché éculé. Elle critique la proéminence du masculin dans la création, le manque de femmes dans la prise des décisions et leur absence dans les instances financières. Pourquoi n’y a-t-il que les petites chaînes pour bousculer les codes ? Implicitement, on pense à OCS, même si son nom n’est jamais désigné. Canal +, autre câblée permet à une autre échelle l’innovation. L’étiquette « création originale » suffit-elle à valider cette acceptation ? Si Baron Noir est mis en avant par la dernière intervenante citée, on pense dernièrement à Section Zéro d’Olivier Marchal (Braquo) qui reprend un genre rarement abordé en France : l’anticipation. C’était en effet Arte qui était représentée aujourd’hui par Claude Scasso et Vincent Poymiro qui revient sur Trépalium – cette dernière série était grandement attendue par la rédaction, plus que déçue par le caractère profondément froid et distancié, que ce soit dans la mise en scène ou le jeu des acteurs.

Pourquoi le modèle français n’arrive-t-il pas à innover à la manière des plateformes telles Netflix, Amazon ou Hulu? Claude Scasso y répond très pragmatiquement. « Tout est une question de budget… Nous doutons que cela suffise. Ne pouvons-nous pas ajouter à cela une certaine tradition nationale dont les institutions en seraient fières ? » Paradoxe, puisque quasi 50% des programmes à succès sont des adaptations notamment anglo-saxones. The Voice, Top Chef, Danse avec les stars… TF1 est quand même régulièrement sur le ring !

La création des programmes de deuxième partie de soirée (8 en un an) sur France 2 notamment était un point survolé puisque cette question ne pouvait être posée légitiment qu’aux distributeurs absents de cette table ronde, comme l’a fait remarquer un homme dans le public. On retient la prise de parole du créateur d’Ainsi Soient-Ils qui a utilisé la métaphore d’une petite fenêtre pour souligner l’ouverture étroite dans laquelle les auteurs doivent s’engager avec leurs producteurs. Car le duo créatif semble être une nécessité pour peser sur le marché face aux grandes imminences institutionnelles closes. D’autres, comme Tony Grisoni, peuvent tout simplement avoir la chance de tomber sur la bonne personne au bon moment…

J.J. Abrams et Daisy Ridley à nouveau réunis pour Kolma

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Daisy Ridle retrouve J.J.Abrams pour un nouveau film fantastique intitulé Kolma, remake d’un téléfilm israélien sorti en 2003

Après  le carton monumental de Star Wars : Le Réveil de la Force, J.J. multiplie les projets, que ce soit en tant que réalisateur ou producteur. Malgré un 10 Cloverfield Lane plutôt décevant sur le fond, Abrams repart à la production d’un nouveau film de science fiction prometteur, appelé Kolma. La nouvelle est doublement réjouissante d’autant qu’il est rejoint dans son projet par Daisy Ridley, révélée aux yeux du grand public dans l’épisode VII de la saga interstellaire. A ce projet prometteur s’ajoute la présence de Marielle Heller à la réalisation, découverte avec le long métrage Diary of a Teenage Girl.

Kolma serait ainsi un long métrage de science fiction saupoudré de romance et de drame adapté d’un téléfilm israélien (Kol Ma She’Yesh Li de Keren Margalit) datant de 2003. Il suit une jeune femme de 22 ans perdant son petit ami dans un accident de voiture. S’étant remariée et ayant fondée une famille, la jeune femme se retrouve confrontée à un réel dilemme lorsqu’elle atteint l’Au-Delà : Continuer sa vie telle qu’elle avec sa famille ou tout oublier pour retrouver son premier amour qui l’attend de l’autre côté.

 

Le projet est dans les cartons de la Paramount depuis quelques années déjà et nul doute que la présence de Daisy Ridley fera accélérer la production. A ce jour, c’est la scénariste Megan Holley (Sunshine Cleaning) qui a signé la version la plus récente du script. Daisy Ridley étant en plein tournage de Star Wars : Épisode VIII, il faudra encore patienter avant de la voir ailleurs que dans la célèbre saga. J.J. Abrams se concentre donc sur ses productions qui ne cessent de s’accumuler : à quand un retour derrière la caméra pour le très talentueux réalisateur de Mission Impossible 3 ou encore Super 8 ?

Serie Mania 2016 : « Sam », une prof pas comme les autres

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Festival Series Mania 7eme édition : Sam, une prof pas comme les autres pour un programme comme les autres

Pour clôturer cette 4ème journée, il nous fallait bien un peu de légèreté après une table ronde, la rencontre avec Tony Grisoni et le pilote de Capital (critique de l’intégral à venir) en Video Library. Sam, l’adaptation par TF1 de la comédie danoise Rita semble être bien choisie. La curiosité l’emporte sur la conscience professionnelle et malheureusement nous ne pouvons voir la troisième série en compétition internationale, El Marginal venue représenter l’Argentine, dépeignant un univers carcéral « au plus près du réel ».

L’équipe au quasi grand complet est venue faire honneur à ce nouveau programme, loin d’innover le genre et encore moins la création, pour faire écho au débat précédent, et surtout rendre un bel hommage à la réalisatrice, Valérie Guignabodet, qui nous a quitté en février dernier. La directrice de la fiction à TF1 nous présente la série comme audacieuse. Mathilde Seigner s’enorgueillit d’être entourée de femme qui en ont une belle paire (de cou***). Mais en vérité, Sam, pour être rester les deux épisodes durant (bien que le désir de quitter la salle en cours de pilote était plus pressante qu’une envie d’uriner), n’est qu’une ersatz de bien-pensance inversée, à la photographie terne, au mouvement de caméra flottant comme hésitant (la steady cam n’est pas un jouet) et aux jeux des acteurs pour ainsi dire mauvais. Les intentions sautent aux yeux comme un teckel non sevré et affamé. Les fans de programmes français de la première chaîne, Camping Paradis, Joséphine ange gardien ou une autre abstraction populaire télévisuelle (la série Clem n’est pas entièrement visée, car son potentiel nous semble légitime), sans réelle volonté de mise en scène, y trouveront leur compte avec leur dose de personnages sur-attachants, la résolution en 45 minutes d’une pseudo-intrigue sociétale et des thématiques prônant la tolérance. Après le succès des Profs (oui un trois en préparation), la série Pep’s ou les mêmes images d’adolescence véhiculée sur un ton léger, mais qui se veut touchant, Sam rajoute une couche de graisse dans les déjà trop lourds programmes calibrées et manquant de vraisemblable esprit d’innovation de TF1.

Sam : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=OPr3K_YxQdQ

Sam : Fiche Technique

Créateur : Claire LeMaréchal
Scénaristes : Claire LeMaréchal, Stéphanie Tchou-Cotta
Réalisatrice et directrice artistique : Valérie Guignabodet
Avec Mathilde Seigner, Fred Testot, Jean-Pierre Lorit, Camille Jappy, Kevin Dias, Roxane Bret, Valentin Byls
Producteur : Authentic Prod
Diffuseur(s) : TF1
Année de production : 2016
Format : 06×52′
Pays : France

Rencontre avec Keanu Reeves pour OCS spécial Cannes 2016

Entretien avec Keanu Reeves à l’occasion de la présentation du programme spécial Cannes de la chaîne OCS :

OCS met Cannes à l’honneur dans une programmation riche et exceptionnelle :

Le festival de Cannes approche à grands pas ! Pour l’occasion, OCS a présenté à la presse sa programmation spéciale prévue pour toutes les chaînes du bouquet avec en prime une entrevue exceptionnelle avec Keanu Reeves. Sur OCS Max, une émission quotidienne « Cannes, Séries & Cie » sera présentée par Sophie Soulignac et Stéphane Charbit dès le 14 mai à 20h20. La chaîne diffusera entre autres une sélection de films des plus grands réalisateurs : David Cronenberg, Jane Campion, Walter Salles, Sofia Coppola, Xavier Dolan, Woody Allen, Quentin Tarantino…
OCS City proposera un palmarès cannois avec des films emblématiques tels que The tree of life de Terrence Malick, Gomorra et Reality de Matteo Garrone, Thirst de Chan-wook Park, Le Scaphandre et le papillon de Julian Schnabel, Les Invasions Barbares de Denys Arcand et bien d’autres encore primés dans les différentes catégories.
La chaîne OCS Choc prévoit deux soirées spéciales autour de Nicolas Winding Refn et Paul Verhoeven tandis que OCS Géant programmera deux soirées en hommage à Ettore Scola, cinéaste engagé italien décédé en janvier dernier, à 84 ans.

Keanu Reeves et la révolution numérique :

Dans le cadre de la programmation cannoise, OCS City diffusera un documentaire inédit produit par Keanu Reeves : Side by Side, la révolution numérique. Dans ce film, Keanu a interrogé de grands noms de l’industrie du film (Martin Scorsese, George Lucas, Vittorio Storaro…) sur les progrès du cinéma et sur la technologie numérique. Est-ce une révolution ? Est-ce la fin du Cinéma ?
Lors de la présentation de ce programme Spécial Cannes, l’acteur et réalisateur s’est joint à l’équipe d’OCS pour un échange passionné autour du cinéma d’hier et de demain. La présentatrice Sophie Soulignac a dirigé l’interview dont vous trouverez, ci-dessous, un extrait rédigé en français et en anglais, et complété par un autre filmé :

Sophie Soulignac : How did you transform into an interviewer ? You wanted to be as a layman or a future expert ?
Comment êtes-vous entré dans la peau d’un interviewer ? Vous vouliez être comme un profane ou comme un futur spécialiste ?
Keanu Reeves : Actually when I was a kid, I was a host of a talkshow, of a « kidshow ». And when I was 17, I did the show, I was interviewing people and I enjoyed it very much because I was investigating a subject, something that I love. So it was very cool to do the research on everyone that I was meeting and I was learning aswell.
En fait, quand j’étais petit, j’animais un talkshow, un « kidshow ». Et à 17 ans, dans le contexte du show, j’ai interviewé des gens et j’ai vraiment aimé ça car je devais enquêter sur un sujet, sur quelque chose que j’adorais. C’était vraiment génial de faire des recherches sur tous ces gens que je rencontrais et dont j’ai appris en même temps.

Before you made this documentary, did you imagine how brutal this revolution would be ?
Est-ce que vous aviez conscience avant de démarrer ce documentaire à quel point cette révolution avait été violente ?
Keanu Reeves : Absolutly not. When I was starting the documentary, I didn’t think that Henry’s Crime, the project that I was on, would be the last work I would ever be a part of that sort of films. When I was working on Henry’s Crime in 2011, film was the majority technology use. Today in 2016, it’s the minority and not almost. I wasn’t expected that. So George Lucas was right. (Editors note : in the documentary, Lucas said : « A lot of big meetings say I was the devil incarned. I was going to destroy the industry, I was going to destroy all their jobs. »)
Absolument pas. Quand j’ai commencé ce documentaire, je n’imaginais pas que Henry’s Crime, le projet sur lequel je travaillais, serait le dernier film du genre que je tournerais. Quand je travaillais sur Henry’s Crime en 2011, la pellicule était la technique la plus utilisée. Aujourd’hui en 2016, c’est celle qu’on utilise le moins voire quasiment pas. Je ne m’attendais pas à ça. Donc George Lucas avait raison. (NDLR : dans le documentaire, Lucas expliquait : « Dans de nombreux débats, on disait que j’étais le diable incarné, que j’allais détruire l’industrie, que j’allais détruire leurs métiers. »).

What can we expect concerning the digital technology ?
A quoi peut-on s’attendre concernant le numérique ?
Keanu Reeves : Numerical aspect created the possibility to tell stories in so many way. The technology is definitly implosing itself on traditional exhibitions and the executors are pushing it back. But it’s a big wave that’s coming. What I’ve seen is that people are trying to create other experiences for communal. We’ve seen a lot more of amusment parc ideas in 4D and in China, they’re exhibiting tv shows in theatres. So there obviously seems to be an impulse wether it’s from the business side who find an opportunity to create another monetizing experience but people want to get together, they want to get outside…
L’aspect numérique a déclenché cette possibilité de raconter des histoires en grand nombre de plein de façons différentes. La technologie s’impose véritablement sur les méthodes traditionnelles de diffusion et les distributeurs se rebiffent mais c’est une grande déferlante qui arrive. J’ai aussi constaté que les gens essayent de créer de nouvelles expériences partagées. Nous voyons émerger beaucoup de parcs d’attractions en 4D et, en Chine, ils projettent des émissions de télé dans les cinémas. Donc il y a sans doute une impulsion de la part du marché qui y voit une opportunité de faire de l’argent mais toujours est-il que les gens aiment se rassembler, ils aiment sortir…

Suite de l’entretien avec Keanu Reeves en vidéo (à retrouver sur notre chaîne Youtube) :

« To be a cinematographer is to have the knowledge of the Art. Without any doubt, Cinema today is a mixing of art in technology. » – Vittorio Storaro, Side by Side. (Être un directeur de la photographie c’est avoir la connaissance de l’Art. Sans aucun doute, le cinéma d’aujourd’hui est un mélange d’art et de technologie)

Series Mania 2016 : Casual, NSU German History X

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Festival Series Mania 7eme édition: le dating online contre un groupuscule néonazi

A 14h45 avait lieu la projection des trois premiers épisodes de la comédie Hulu, Casual. La plus grande salle du Forum des Images était comble et réagissait à la série. Peu étonnant, la création de Zander Lehmann et dirigée par Jason Reitman (Juno) est une des meilleures comédies de cette nouvelle année 2016. La rédaction s’apprête à rédiger un top 3 dans les semaines à venir. La séance était suivie d’un « débat » avec l’universitaire Iris Brey, auteure de La sexualité féminine à travers les séries TV. Sa prestation avait déjà été remarquée l’année dernière en employant à de nombreuses reprises le mot « cunnilingus » devant une salle entière amusée. Cette édition, sa prestation se résume en une rapide présentation des chapitres de son ouvrage en parallèle avec les trois premiers épisodes de la série. Casual aborde la sexualité/les relations amoureuses via internet de manière décomplexée autour de trois points de vue, le grand-frère Alex Cole créateur du site de rencontre Snooger auquel lui-même ne croit pas, sa sœur psychologue Valérie qu’il héberge depuis son récent divorce et la fille de Valérie, Laura de 16 ans. En plus de permettre deux très beaux retours à la télévision pour Eliza Coupe (Happy Endings, Benched) et Frances Conroy (Six Feet Under, American Horror Story), la dramédie provoque très rapidement l’addiction, de par ses personnages fortement attachants, ses répliques cinglantes et le caractère fortement moderne de ses thématiques.

Casual : Fiche Technique

Créateur: Zander Lehmann
Scénaristes: Zander Lehmann, Sheila Callaghan, Liz Tigelaar, Harris Danow, Halsted Sullivan
Réalisateur: Jason Reitman, Max Winkler, Michael Weaver, Tricia Brock, Fred Savage
Avec Michaela Watkins, Tommy Dewey, Tara Lynne Barr, Nyasha Hatendi, Frances Conroy, Eliza Coupe
Vendeur international : Lionsgate Television
Diffuseur(s) : Hulu, Canal + Series
Année de production 2016
10×26′
Pays USA

Après le rire, la poignante NSU German History X (oui le lien avec le film de 1998 avec Edward Norton est volontaire) nous replonge 20 ans en arrière à une époque sombre de l’histoire de l’Allemagne. Le Nationalsozialistischer Untergrund (“Clandestinité nationale-socialiste”) est le nom du trio formé par Uwe Böhnhardt, Uwe Mundlos et Beate Zschäpe, trois adolescents néonazis qui se sont radicalisés dès la fin des années 80. Leur procès, débuté en 2013 pour meurtres racistes et antisémites, est encore en cours. La minisérie en trois parties d’une heure et demi tient à se distinguer de la réalité en répétant en introduction à de nombreuses reprises par des cartons que ce n’est pas un documentaire. Les trois regards caméras ne manquent pas de nous sortir de la fiction et pourtant l’émotion résonne de part et d’autre. L’ellipse au noir est fondamentale et la photographie au grain jauni type Kodac participe à ce frisson historique. Le format est inhabituel et les deux autres parties qui suivent la première chronologiquement seront d’un tout autre de point de vue selon l’équipe de la série. La productrice Gabriela Sperl, un des acteurs principaux totalement bilingue Sebastian Uzendowsky et le créateur/scénariste Thomas Wendrich nous racontent leur expérience marquante. Si la jeunesse résistante s’appose à leurs parents subissant, c’est que l’après-chute du mur a marqué à jamais toute une génération. Les programmateurs de Séries Mania ont mis plusieurs jours avant de pouvoir parler de la série, nous comprenons pourquoi.

NSU German History X : Fiche Technique

Créateur et scénariste: Thomas Wendrich
Réalisateur: Christian Schwochow (Züli Aladag 02, Florian Cossen 03)
Avec Anna Maria Mühe, Albrecht Schuch, Sebastian Urzendowsky, Nina Gummich
Vendeur international : Beta Film
Diffuseur(s) : ARD
Année de production 2016
3X90′
Pays Allemagne

Soirée Sidney Lumet sur TCM Cinéma

Mardi 19 avril, TCM Cinéma rend hommage au cinéaste Sidney Lumet, décédé il y a cinq ans, à travers une soirée spéciale. Quatre films seront alors diffusés.

Le Gang Anderson ouvre la soirée, dès 19h00. L’occasion de rappeler à quel point Sean Connery est un acteur prodigieux. Savoureux film de braquage sorti en 1971, certains ont pu y voir une préfiguration du Watergate, tant le sujet de la télésurveillance y est présent. À la fois film d’action, comédie et œuvre politique, le film entame bien la soirée.

La soirée se poursuit, à 20h45, en changeant complètement de registre, avec le drame social et politique À bout de course, avec le regretté et incandescent River Phoenix (voir notre critique).

Ensuite, à 22h35, les spectateurs pourront (re)voir le premier long métrage du réalisateur (et son plus célèbre sans doute), Douze Hommes en colère. L’occasion de nous plonger à nouveau dans ce huis-clos magistral, au sein de la salle de délibération d’un tribunal. Henry Fonda (qui a poussé Lumet à faire ce film) interroge notre notion de justice dans une oeuvre maitrisée par Sidney Lumet qui signe ici une référence absolue en la matière.

https://www.youtube.com/watch?v=J5XbNZ2ylwk

Enfin, Le Prince de New-York terminera cette soirée spéciale, à 00h10. Long polar désabusé de 2h45, avec Treat Williams (acteur trop rare vu dans Hair, de Milos Forman) et Jerry Orbach (l’acteur de la série New-York, police judiciaire), ce grand film s’inscrit dans la droite ligne de Serpico, traitant de la corruption avec intelligence, complexité et ambiguïté, loin des facilités de scénarios et du manichéisme que l’on peut trouver ailleurs.

Les quatre films présentés lors de cette soirée permettent d’avoir un aperçu très juste des qualités de Sidney Lumet, ainsi que des thèmes qu’il parcourt régulièrement : la famille, la corruption, le rôle des médias et de la représentation, le personnage solitaire opposé à un groupe, etc. La promesse d’une soirée de cinéma subtil et intelligent, plein de suspens et d’émotions.

Series Mania 2016 : The Kettering Incident

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Festival Series Mania 7eme édition: nature 1 vs espèce humaine 0

Prochain rendez-vous, deuxième série en compétition internationale, The Kettering Incident. Venue représenter l’Australie, cette embardée lynchienne à la photographie sompteuse, à faire pâlir l’œuvre entière de Gus Van Sant, nous transporte telle une comptine dans un rêve éveillé. L’histoire est la suivante : Anna Macy se réveille en Tasmanie. Résidant à Londres, elle n’a aucune idée de la manière dont elle est arrivée là. Son retour sur l’île, qu’elle avait quittée suite à la disparition inexpliquée de l’une de ses amies, est de plus mal perçu par la population. Sur fond de fantastique, entre X-Files et Phénomènes de Night Shyamalan, The Kettering Incident met en scène la Tasmanie comme aucun documentaire ne pourrait le faire de manière plus saisissante. La showrunneuse Victoria Madden nous avoue avoir voulu explorer le sentiment de ne plus appartenir à ses origines, elle-même ayant ressenti ce décalage lorsqu’elle est rentrée au pays.

Néo-gothique, la série, s’appuyant une énième fois sur une disparition d’enfant, retiens l’attention grâce à son actrice principale, Elizabeth Debicki, vue dans  Agents très spéciaux : Code UNCLE ou The Night Manager (également au programme de Séries Mania), et son atmosphère dark ushuaianesque qui se déploie bien insidieusement. On regrette une histoire parallèle superficielle, pour favoriser une saison 2, mais le cœur y est malgré tout. A voir ! Quelles vont être les 6 autres séries compétitions..?

The Kettering Incident : Trailer

The Kettering Incident : Fiche Technique

Créateurs: Vicki Madden, Vincent Sheehan
Scénaristes: Vicki Madden, Louise Fox, Cate Shortland et Andrew Knight
Réalisateur: Rowan Woods and Tony Krawitz
Avec Elizabeth Debicki, Matthew Le NevezAlison Whyte, Katie Robertson, Marcus Hensley, Nathan Spencer, Brad Kannegiesser, Kris McQuade, Matthew Burto
Vendeur international : BBC Worldwide
Diffuseur(s) Australie: Foxtel, Showcase Channel
Année de production 2016
Version vostfr
Pays Australie

 

Séries Mania 2016 : Video Library, London Spy

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Festival Series Mania 7eme édition: une consultation en libre accès pour les accrédités et un thriller paranoïaque sur fond d’amour homosexuel

En ce troisième dimanche d’avril (et oui déjà) et premier du festival, toujours une excellente programmation, l’intégrale de Show Me A Hero est diffusée dès 11h30 tandis que l’ovni télévisé de cette édition, Lola Upside Down, représentant la Finlande (avec Bordertown) au prix des blogueurs, fait relativement sensation. Si elle mérite le détour par ses accents surréalistes et sa satire communautaire mordante, elle ne suffira pas à retenir l’attention. Il faut avouer que la série est la moins accessible de tout le festival. Un univers entre Coen et Bergman, le récit oscille en permanence entre gravité, atmosphère sombre, et légèreté, humour distancié, au point de ne savoir réellement se positionner. D’autant plus qu’il faut s’accrocher pour comprendre les connexions relationnels.

A 18h se tient la projection de The Kettering Incident. En parlant de « s’accrocher », nous terminons déjà par un des plus gros succès récent de la BBC Two. La minisérie diffusé en novembre dernier et repris sur BBC American le 21 janvier est la première création originale télévisée du jeune romancier/scénariste Tom Rob Smith. Son premier ouvrage Enfant 44 est un best seller et traduit en 36 langues, puis adapté sur grand écran par Daniel Espinoza en 2014. Au travers une histoire d’amour entre deux hommes et inspiré d’un fait divers, London Spy offre un joli rôle à Ben Whishaw et casse les codes de la série d’espionnage. Il retrouve Jim Broadbent depuis Cloud Atlas et Charlotte Rempling pour courir après un souvenir qui n’est pas perdu. Captivante, mais loin d’être passionnante, le show britannique pâtit d’un format qui aurait sévèrement du être raccourci, mais la politique des networks est impitoyable. La faute au réalisateur Jakob Verbruggen qui s’est approprié l’écriture. Si sa maîtrise du cadre lui a valu de participer à deux épisodes de la saison 4 d’House of Cards, son orgueil lui vaudra de prendre le pas sur l’aspect scénaristique. En présentation, Frédéric Lavigne, le directeur du festival, nous avoue le conflit d’intérêt qu’il y a eu sur le tournage entre Smith et Verbruggen. Le résultat s’en ressent. Le pilote est grandiose et fortement envoûtant en déployant avec force et délicatesse la relation des deux personnages masculins, mais lorsque Wishaw se retrouve seul à la manière d’un faux coupable hitchockien, l’incompréhension prend le pas sur l’attention. Souffrant par moment d’un manque de rythme, la série devient parfois trop bavarde, ce qui ne permet pas l’imaginaire de se construire. Les références aux Maître du suspense sont étouffantes. Le salon/ bibliothèque de Charlotte Rempling est le même que dans La Mort aux trousses, la scène sur se tronc en forêt fait écho à Mais qui a tué Harry?, les baies de la tamise lugubre à Frenzy, le coffre à La Corde… La fin de la saison 1 ouvrirait plusieurs portes pour permettre une saison 2 en écriture. On hésite entre scepticisme et curiosité.

Trailer London Spy

London Spy  : Fiche Technique

Créateur et scénariste: Tom Rob Smith
Réalisateur: Jakob Verbruggen
Avec Ben Whishaw, Jim Broadbent, Charlotte Rempling, Edward Holcroft
Vendeur international : NBC Universal
Diffuseur(s) : BBC Two
Année de production 2016
05×60′
Pays USA

 

Critique Série: Metal hurlant chronicles saisons 1 et 2

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« Metal hurlant chronicles » est un projet plutôt atypique. Il s’agit en effet d’une série française de science-fiction, un genre rare dans nos contrées, tournée en partie avec des acteurs étrangers, à la fois en anglais et en français, et bénéficiant d’un budget suffisant lui assurant des effets spéciaux appréciables, à défaut d’être ceux d’un film, ce qui a toutefois l’avantage de lui donner une pâte visuelle caractéristique, que n’aurait pas une grosse production remplis d’effets numériques rutilants.

Synopsis : Les différentes histoires n’ont rien en commun, si ce n’est le Loc-Nar (« Metal Hurlant »), météore vert qui traverse l’espace et le temps, bouleversant la vie des habitants qui l’aperçoivent en semant le mal derrière lui, et témoin de leurs destinés mouvementés, souvent tragiques.

A l’origine une BD

La série est l’adaptation d’une revue de BD française, « metal hurlant », crée dans en 1974 par les Humanoïdes associées », groupe dans lequel on retrouve entre autre l’auteur Moebius. Le magazine proposait divers histoires courtes, mélangeant les genres, tantôt horrifiques, fantastiques, futuristes, et tantôt angoissantes, dérangeantes ou décalées. Il n’est ainsi pas surprenant de voir un drone pénétrer à l’intérieur d’un château médiéval, ou un lapin géant massacrer des robots révoltés ! La revue a servi de tremplin à différents auteurs reconnus, tel Bilal ou Jodorowsky. Elle a marquée son époque et son influence a même atteint l’autre côté de l’atlantique chez les américains qui ont crée leur propre version du magasine, « heavy metal ». Et certains auteurs comme Moebius nommé plus haut ont même été appelés à participer à la conception graphique de films de SF devenus cultes (le cinquième élément, alien, tron).

Un mélange de genre surprenant

En reprenant la structure une histoire par épisode, la série s’apparente ainsi à une anthologie qui n’est pas sans rappeler des œuvres comme la « 4ème dimension ».

Ce type d’histoire n’est pas sans rappeler les nouvelles, format chère à la science-fiction, avec des histoires courtes se concluant souvent par une révélation ou un retournement inattendus.

Aliens hideux, cités futuristes, humour noir ou ambiance pesante, univers sombre, malsain voir totalement kitch, mélange audacieux de genre ou d’époque, déluge d’armes à feu, guerrières aux formes parfaites, la série reprend les éléments traditionnels de la science-fiction, tout en conservant le côté caricatural de l’époque, pour créer une sorte de plaisir coupable, et une vraie curiosité.

Les 12 épisodes (6 par saisons) sont de qualités diverses, si certains sont séduisants par l’univers qu’ils proposent, leur ambiance visuelle ou la réalisation, voir la fin surprenante, d’autres sont plus anecdotiques. Le format de 30 minutes par épisode ne permet pas non plus de réellement approfondir l’univers ou l’histoire, ce qui donne parfois une impression d’inaboutissement. Enfin le jeu des acteurs s’avère inégal.

On pourrait citer comme histoire intéressante celle avec la planète des moines tortues (pour les décors spatiaux), les gladiateurs (pour le mélange des époques), la révolte des robots (pour la réalisation des combats), le far west, le château ou personne ne meurt (pour l’ambiance malsaine), et celle avec les simulations virtuelles (pour l’idée développée).

Une saison 3 semble être prévu avec un changement dans la forme : elle contiendrait 12 épisodes pour des histoires plus sérialisés et un casting récurrent.

Une curiosité

Pas une œuvre indispensable à voir certes, « Metal Hurlant Chronicles » est toutefois un projet suffisamment rare pour mériter que l’on s’y intéresse, d’autant qu’elle ne prend guère de temps à visionner et qu’elle permet de découvrir l’univers caractéristique d’un magazine français qui a marqué le 9ème art (un film existe par ailleurs), dont le style graphique se retrouve dans plusieurs films, et une œuvre majeur d’une science fiction sans limite, diverse et variée, ouvrant la porte à des horizons infinies. A noter que la saison 2 est dans l’ensemble meilleure que la première.

Metal Hurlant Saison 2 Teaser episode 1 « the Endomorphe »

Metal Hurlant Chronicles : Fiche technique

Création : Guillaume Lubrano
Réalisateurs : Guillaume Lubrano
Scénaristes : Guillaume Lubrano (12 épisodes), Justine Veillot (7 épisodes) et Dan Wickline (1 épisode)
Producteurs : Guillaume Lubrano, Justine Veillot
Musique : Jesper Kyd
Société de production : WE Productions, Belvision et Nexus Factory
Genre : Science-fiction
Chaîne d’origine: France 4
Nationalité : Français, Belgique
Nombre d’épisodes : 12
Durée : 30 minutes

 

TCM Cinéma Programme : À bout de course

Mardi 19 avril, TCM Cinéma diffuse un des chefs d’œuvre du grand Sidney Lumet

Synopsis : à 17 ans, Danny est un jeune Américain comme les autres. Il joue au base-ball avec ses copains, il fait du vélo ou du piano, etc. Mais lorsque deux voitures suspectées d’appartenir au FBI sont aperçues près de sa maison, sa famille et lui doivent repartir. Les parents de Danny sont poursuivis par les autorités fédérales pour avoir commis en 1971 un attentat qui a grièvement blessé et handicapé un gardien. Depuis, tous les six mois, Danny doit changer de ville et de vie, adopter une nouvelle identité et intégrer une nouvelle série de mensonges.

Tourné dans la seconde moitié des années 80, après un film (Le lendemain du crime) plus que décevant, À bout de course rassure les admirateurs du grand cinéaste : il est encore capable de signer un véritable chef d’œuvre qui porte la marque de son intelligence et de sa subtilité.

Portrait d’un adolescent

Le film est donc principalement le portrait d’un adolescent, incarné d’une façon magistrale par River Phoenix. Et l’adolescence, c’est le moment où un jeune est tiraillé entre son enfance auprès de ses parents et sa volonté d’une vie d’adulte autonome. C’est cela que montre Lumet en priorité ici. La scène finale du film se déroule à un carrefour et l’on peut voir nettement deux routes partir dans des directions différentes : cette image résume le long métrage.

D’un côté, il y a la fidélité à ses parents, qui ont été des activistes d’un groupe d’extrême-gauche au tout début des années 70. Le père (Judd Hirsch, que Lumet avait déjà dirigé dans Serpico, et qui tient ici le rôle de sa vie) est toujours fidèle à ses opinions, parfois jusqu’à la caricature (au point de rejeter la musique classique, considérée comme bourgeoise). Il exerce une autorité qu’il voudrait incontestable sur sa famille, prenant toute les décisions, maintenant une mainmise paranoïaque sur sa femme et ses enfants (« on est une unité », dira-t-il comme toute justification à une future fuite). Mais Lumet, avec la grande intelligence qui le caractérise, ne juge pas et ne condamne pas cet homme. Le spectateur le trouve excessivement sévère et directif ? Il suffit d’une scène de tendresse avec ses enfants pour faire pencher la balance de l’autre côté et nous montrer un homme sincère et intègre, aimant franchement sa famille.

Mais ce père refuse de voir la réalité en face. Sa famille se délite progressivement. Tout le monde veut quitter ce mode d’existence trop contraignant qui interdit toute vie sociale. Et Danny est celui qui semble donner l’impulsion de départ. Parce que vivre normalement, comme n’importe quel adolescent, devient un désir de plus en plus fort. Son attachement auprès de son prof de musique, son histoire d’amour avec Lorna, la question de son avenir et de sa possible entrée à l’université, tout cela s’oppose frontalement à la vie de fugitif imposée par ses parents.

Film politique

En s’attachant à ce personnage qui va à contre-courant de ses parents, Lumet retrouve un de ses  procédés narratifs habituels : celui du solitaire qui s’oppose au groupe. Comme Henry Fonda face aux autres jurés (dans Douze Hommes en colère), comme Treat Williams face aux flics corrompus qu’il balance (dans Le Prince de New-York), Danny est celui qui va en sens contraire et qui va, progressivement, en entraîner d’autres avec lui.

L’autre thème que l’on retrouve souvent chez le cinéaste, c’est celui de la famille. Et ici il est, bien entendu, en première ligne. La famille représente à la fois le lieu de développement de ses capacités et de son caractère (la mère qui apprend à Danny à jouer du piano) et l’endroit des interdits où ces capacités sont étouffées (Danny joue merveilleusement bien du piano, mais à la maison il le fait silencieusement, et il n’y a qu’à l’extérieur que ce don peut éclater au grand jour, loin du cocon familial).

À travers ces portraits de personnages complexes et en pleine mutation, Lumet fait preuve d’une grande subtilité. Jamais il ne juge ce qu’il montre, ne cherchant pas à condamner les engagements des parents par exemple, mais montrant à quel point l’époque a changé. Les convictions et les procédés des années 70 paraissent désuets à la fin des années 80, et le militantisme actif s’est transformé en banditisme.

Jamais le cinéaste ne force le trait, et c’est pour cela que ce film touche autant les spectateurs. Évitant les pièges du mélo, À bout de course n’en est que plus émouvant, et le final est absolument irrésistible. Refusant de traiter directement de politique, Lumet signe paradoxalement une grande œuvre politique sur l’engagement, l’éducation, la place de la famille dans la société.

Avec un casting impressionnant de justesse et une mise en scène d’une grande maîtrise, Sidney Lumet signe un chef d’œuvre émouvant, un grand film sur la famille et la politique.

À bout de course – Bande annonce

À bout de course – Fiche technique

Titre original : Running on empty
Réalisateur : Sidney Lumet
Scénario : Naomi Foner
Interprétation : River Phoenix (Danny Pope), Judd Hirsch (Arthur Pope), Christine Lahti (Annie Pope), Jonas Abry (Harry Pope), Martha Plimpton (Lorna Phillips), Ed Crowley (Mr. Phillips)
Photographie : Gerry Fisher
Montage : Andrew Mondshein
Musique : Tony Mottola
Producteurs : Amy Robinson, Griffin Dunne
Sociétés de production : Double Play, Lorimar Film Entertainment
Société de distribution : Warner Bros
Budget : 3 millions de dollars
Date de sortie en France : 26 octobre 1988
Durée : 111’
Genre : drame

 

États-Unis – 1988

Le Livre de la jungle, un film de Jon Favreau : Critique

Chez Walt Disney Pictures la production de remakes en prise de vue réelles de leurs vieux dessins animés est devenu monnaie courante. C’est un moyen peu inventif de se faire de l’argent car il consiste à produire des films qui ne nécessitent pas de gros efforts dans l’élaboration d’un scénario puisque les bases sont connues de tous.

Synopsis : Recueilli par des loups, le jeune Mowgli (Neel Sethi) est contraint de quitter sa nouvelle famille afin de fuir le redoutable tigre Shere Khan (Idris Elba) qui jure de l’éliminer. Guidé par la panthère Bagheera (Ben Kingsley), il entreprend alors un voyage initiatique dans la jungle et part à la rencontre des animaux qui la peuplent.

Un remake qui en fait peu…

Et le succès est quasiment garanti car le film attire un public grâce à la fibre nostalgique de personnes qui veulent se replonger en enfance ou qui veulent montrer l’univers avec lequel ils ont grandi, dans une version plus moderne, à leurs propres enfants.  Jusqu’à maintenant ses adaptations live ont connu un franc succès, permettant au studio de gagner gros en faisant peu car même s’il y a un succès public indéniable à ce genre d’entreprise, il faut reconnaître que la qualité des produits fournis laisse à désirer. Alice aux pays des merveilles de Tim Burton, Maléfique avec Angelina Jolie et le Cendrillon de Kenneth Branagh sont des films paresseux et sans âme qui sont au mieux pas terribles comme pour le film de Branagh et au pire mauvais voire médiocre comme pour celui de Burton et le Maléfique. Cette fois-ci c’est Jon Favreau, réalisateur entre autres des deux premiers Iron Man, qui a la lourde tâche de donner un intérêt à ces projets avec son adaptation du Livre de la jungle, qui a au moins pour elle le mérite de laisser entrevoir une vraie prouesse technique.

Il ne faudra pas attendre grand chose du scénario, qui a pour seul mérite d’essayer de se détacher de la version animée sortie en 1967. Le récit reste dans les grandes lignes le même, mais c’est le regard porté sur celui-ci qui change drastiquement. Beaucoup plus sombre avec de vraies envies de maturité, le film s’impose comme un spectacle sérieux où l’humour se fait relativement rare. Une chose qui déstabilise beaucoup et qui souligne le premier problème de l’adaptation : elle ne sait tout simplement pas où aller. Elle n’est clairement pas destinée aux enfants qui risquent de s’ennuyer devant ce spectacle morne et sinistre qui est plus parcouru par un sentiment de mélancolie et de désespoir que d’un vrai souffle de bonhomie et d’inconscience qui caractérisait tout ce qui faisait la saveur du dessin animé. Mais elle n’est pas non plus pensée pour être un spectacle adulte, étant bien trop légère dans son écriture et faisant sans cesse référence à l’ancienne adaptation, essayant de faire de l’humour avec Baloo ou en réutilisant deux chansons directement issues du film de 1967. Elles sont d’ailleurs très mal intégrées dans le récit et perdent toute leur saveur car elles ne correspondent pas à l’univers dépeint ici, soulignant bien les problèmes de tons de celui-ci et le fait qu’à force d’essayer de faire un spectacle adulte tout en alimentant l’aspect enfantin du projet il n’aboutit dans aucune des deux démarches. Il essaye même de remettre la scène culte du serpent Kaa mais il l’a réduite à une simple scène d’explication sur les origines de Mowgli et l’expédie en une poignée de secondes. Elle n’est ni le sommet d’hilarité qu’elle était dans le dessin animé, ni la scène menaçante et glauque que l’on veut nous laisser entrevoir durant son exposition. Dans l’ensemble, la plupart des idées ou des tentatives entreprises ici se soldent par des échecs. Le méchant est caricatural et la manière que le récit à de le lier à Mowgli est maladroite voire même extrêmement ridicule lors du final, la relation entre Mowgli et Baloo est expédiée comme le traitement de Bagheera ainsi que tout ce qui entoure les hommes. Car il y a vraiment une recherche de mystification autour des hommes, les présenter comme des êtres abstraits et menaçants mais même cette tentative assez intéressante est gâchée par un traitement trop en surface pour que cela puisse prendre une véritable importance. Après on retiendra quand même le développement fait autour des loups, la vie de Mowgli au sein de la meute étant plus développée que par le passé, donnant un vrai poids à ses motivations même si on regrette que Mowgli soit lui-même traité en facilité scénaristique, étant une espèce de MacGyver qui sait se sortir de n’importe quelle situation, enlevant de la sorte tout enjeu au récit. Au final, la seule séquence qui apparaît comme une véritable réussite, entre hommage amusant au dessin animé et renouveau plus sombre, c’est celle qui implique le Roi Louie. Prenant, bien écrit et efficace, c’est le seul passage qui parvient vraiment à accrocher et à faire ressentir des choses aux spectateurs.

Le tout parvient quand même à être soutenu par un casting vocal impeccable. Même si les prestations d’acteurs ne sont pas folles, la distribution des rôles se montre ingénieuse. Bill Murray apparaît comme une évidence dans le rôle de Baloo avec sa voix rassurante et bon enfant tout comme Idris Elba qui fait vraiment des merveilles en Shere Khan avec son timbre grave et menaçant. L’idée de génie vient surtout dans le fait d’avoir donné le rôle de Kaa à Scarlett Johansson qui grâce à sa voix envoûtante et son timbre si particulier arrive à magnifier le personnage. Il est juste dommage qu’elle soit totalement sous exploitée. Le reste du casting est aussi très bon, même s’ils font un travail plus classique dans leur genre, comme Ben Kingsley qui au final reste égal à lui-même en Bagheera. On regrettera juste que le jeune Neel Sethi ne soit pas particulièrement bon acteur, surjouant beaucoup trop et ne parvenant pas à rendre son Mowgli mémorable ni même attachant.

Pour ce qui est de la réalisation, il faut reconnaître que la prouesse technique est bien là. Les effets spéciaux semblent plus vrais que nature, les détails sur les animaux, dans les décors, etc. sont vraiment impressionnants. Même si évidemment tout ça n’est pas parfait (les effets de la pluie sont assez mal retranscrits sur les animaux car on a du mal à percevoir s’ils ont le poil mouillé ou non) ça reste suffisamment discret pour ne pas entacher le visionnage. Surtout que l’ensemble est soutenu par une photographie chatoyante, qui rend les couleurs criardes et très chaudes lors des moments d’insouciance comme elle peut se montrer très sombre voire anxiogène lors des scènes de tension. Le montage permet une lisibilité constante sur les événements et assure un rythme effréné, le film malgré ses défauts n’ennuie jamais, tandis que la musique est correcte même si elle manque d’inspiration. Elle accompagne bien les images, reprend de différentes manières les anciennes chansons du dessin animé mais reste peu mémorable. La mise en scène de Jon Favreau sent le chaud et le froid. Même si on reste admiratif devant sa capacité à associer prises de vue réelles et animation et que l’on s’incline devant sa manière très fluide de jouer avec la verticalité des décors, on ne peut qu’être déçu de le voir autant de fois céder à la facilité. Pompeux par moments, bien trop théâtral et lourd dans certains de ses effets et usant en abondances des jumpscares, il se montre autant inventif et énergique dans son travail que paresseux et prévisible. C’est d’autant plus dommage qu’il arrive vraiment à offrir des séquences mémorables à l’imagerie forte comme la scène au royaume des singes qui est un très bon moment de mise en scène, mis à part peut être un jumpscare trop prévisible, mais à cause de certains effets trop génériques, il les dépossède de leur force iconique pour en faire un rendu global sans âme et peu innovant.

Le Livre de la jungle est une adaptation plutôt moyenne du livre de Rudyard Kipling et un remake décevant du dessin animé de 1967. Il ne parvient jamais vraiment à trouver sa propre voie ni même à justifier son existence en dehors de l’appel du profit. La démarche est assez honteuse mais il faut admettre que dans la catégorie remake en prises de vue réelles, il est peut être le plus réussi sorti à ce jour. Même si l’écriture maladroite l’empêche d’être un bon film pour enfants comme un film adulte et que le traitement global de l’histoire est bien trop succinct et caricatural, on reste conquis par la prouesse technique qui en fait au moins un divertissement qui se suit. Car la mise en scène, au-delà de ses relents de fainéantises, possède vraiment ses fulgurances et arrive à offrir ici et là de très bonnes scènes toujours soutenues par un casting vocal au top. Dommage que le seul acteur physiquement présent ne soit pas aussi convaincant dans son rôle. Une suite semble déjà être en préparation et il ne fait aucun doute que le film va trouver son public et être un joli succès commercial, mais hormis ça il n’est pas grand chose de plus. Un simple produit destiné au profit qui se regarde, qui peut parfois se faire apprécier mais qui au final s’oublie très vite.

Le Livre de la jungle : Bande annonce

Le Livre de la jungle : Fiche technique

Titre original: The Jungle Book
Réalisateur : Jon Favreau
Scénario : Justin Marks, d’après le roman éponyme de Rudyard Kipling
Interprétation: Neel Sethi (Mowgli), Bill Murray (Baloo), Ben Kingsley (Bagheera), Idris Elba (Shere Khan), Lupita Nyong’o (Raksha), Christopher Walken (King Louie), Scarlett Johansson (Kaa),…
Image: Bill Pope
Montage: Mark Livolsi
Musique: John Debney
Costumes : Laura Jean Shannon
Décor : Amanda Moss Serino
Producteur : Brigham Taylor
Société de production : Walt Disney Pictures
Distributeur : Walt Disney Pictures
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur effets visuels pour Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R. Jones et Dan Lemmon
Durée : 105 minutes
Genre: Aventures
Date de sortie : 13 avril 2016

Etats-Unis – 2016