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Black Book un film de Paul Verhoeven : critique

Synopsis : Pays-Bas, lors de la Seconde Guerre Mondiale. Rachel, ayant échappé de justesse à des bombardements et au massacre perpétré par une patrouille nazie, s’engage dans la Résistance. Elle reçoit la mission d’entrer en contact (et plus si affinités) avec un des responsables locaux de la Gestapo, Müntze.

En abordant la période de la Seconde Guerre Mondiale, Paul Verhoeven signe un film décapant et brutal

Lorsque l’on jette un coup d’œil extérieur à la filmographie de Paul Verhoeven, on en ressort avec l’impression d’une œuvre disparate. Entre un thriller érotique, un film de guerre médiévale et un polar futuriste, quel rapport ?

Et pourtant, rarement une œuvre aura été aussi cohérente. Les thèmes développés par le réalisateur né à Amsterdam tournent à l’obsession. Les procédés également se retrouvent de film en film, sans jamais devenir répétitifs cependant.

Bestialité humaine

Parmi ces thèmes, il y a celui de la brutalité des humains livrés à leurs pulsions. Et peut-on rêver meilleure période, pour montrer la bestialité des hommes, que les guerres ? Que ce soit une guerre médiévale (La Chair et le sang) ou une guerre de science-fiction (Starship Trooper), elles ont toutes ce même point commun.

La Seconde Guerre Mondiale est donc le théâtre idéal pour que Verhoeven développe ses idées. Et personne n’y échappe. Bien entendu, il y a la violence des Nazis, avec la Gestapo et les S.S., mais l’une des forces du cinéaste est de ne pas s’arrêter aux découpages manichéens trop faciles. Ainsi, le spectateur est amené à trouver Müntze plutôt sympathique, pour un Nazi. Ce n’est que pour mieux montrer ses obsessions sexuelles, celles d’un homme qui laisse libre cours à sa libido la plus débridée.

L’une des bases du film est cependant là : Rachel utilise cette libido pour approcher et accrocher Müntze. Sous cet angle, elle n’est pas très éloignée de Catherine Trammell (Sharon Stone dans Basic Instinct), mais plus naïve, n’allant pas au bout. Une Catherine Trammell qui commet l’erreur de tomber amoureuse.

Ce film permet à Verhoeven de signer un magnifique portrait de femme. Là aussi, il échappe à toute caractérisation facile : même si Rachel est souvent dans la position de victime, elle se fait aussi manipulatrice. Comme le personnage de Jennifer Jason Leigh dans La Chair et le sang, elle représente une forme d’innocence souillée, avilie par le contact de la guerre et de la monstruosité.

Film électrochoc

Loin des films habituels sur le sujet, Verhoeven signe une œuvre qui échappe à la sempiternelle ritournelle du Bien contre le Mal. Gentils résistants contre méchants Nazis ? Si c’était aussi simple…

La guerre, c’est le déchaînement autorisé de la violence et des plus bas instincts, quel que soit le côté. D’ailleurs, il n’y a souvent pas vraiment de convictions personnelles, juste des appartenances opportunistes. Ainsi, le Général nazi rejoint allègrement les Alliés et se fait le champion du retournement de veste.

Quant aux exactions commises à la « Libération », elles n’ont rien à envier à ce qui s’est passé sous l’Occupation. Renvoyant dos à dos les deux camps, Verhoeven renouvelle en profondeur un genre figé et livre un film sous forme d’électrochoc.

Il faut dire que sa mise en scène ne nous cache rien des horreurs de l’époque. Ce n’est pas le genre du cinéaste, qui a largement mérité son surnom de Hollandais Violent. Avec une technique parfaitement maîtrisée et un sens du rythme rare (les 145 minutes du film défilent à une vitesse folle), Verhoeven instaure une tension permanente. Le danger peut venir de n’importe quel côté. Les Alliés sont aussi dangereux que les ennemis (et les appellations peuvent varier d’un moment à l’autre).

À cela, ajoutons une interprétation irréprochable, et nous obtenons un grand film, qui sait être brutal et romantique, caustique et lucide. Une œuvre de plus à l’actif d’un des plus grands cinéastes contemporains.

Black Book : Bande Annonce

Black Book : Fiche Technique

Titre original : Zwartboek
Réalisateur : Paul Verhoeven
Scénario : Gerard Soeteman, Paul Verhoeven
Interprétation : Carice Van Houten (Rachel Stein), Sebastian Koch (Ludwig Müntze), Thom Hoffman (Hans Akkermans), Halina Reijn (Ronnie), Waldemar Kobus (Günther Franken).
Photographie : Karl Walter Lindenlaub
Montage : Job ter Burg, James Herbert
Musique : Anne Dudley
Production : Jeroen Beker, Teun Hilte, San Fu Maltha, Jens Meurer, Frans van Gestel
Sociétés de production : Fu Woreks, Egoli Tossell Film, Clockwork Pictures, Studio Babelsberg, Motion Investment Group, Motel Films, Hector BV, ContentFilm International.
Société de distribution : ContentFilm International
Budget : 21 millions de dollars
Date de sortie (France) : 29 novembre 2006
Genre : drame, guerre
Récompenses : Meilleur film, meilleure actrice et meilleure réalisation au Festival du cinéma néerlandais d’Utrecht
Rembrandt Awards 2007 (équivalent néerlandais des Césars) : meilleur film, meilleure actrice
Durée : 145′

Pays-Bas – 2006

Criminal, une bande originale de Brian Tyler et Keith Power : critique

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Criminal – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Bande-originale sans originalité, ces compositions de Brian Tyler et Keith Power pour le film Criminal, semblent confirmer les espoirs que l’on peut placer à travers elles, dans un film au casting incroyable : Kevin Costner, Tommy Lee Jones et Gary Oldman. Bien loin de la musique classique adaptée pour le cinéma, les compositeurs des bandes-originales de Fast And Furious, Tokyo Drift, The Expendables ou encore Hawaii 5.0, privilégient une musique électronique à l’efficacité indéniable. Après une ouverture détendue (presque évanescente) sur Drift And Fall Again (interprétée par Lola Marsh), les morceaux survitaminés aux rythmes appuyés, presque martelés s’enchaînent, laissant à peine le temps de souffler. Si l’on imagine que des compositeurs s’inspirent du film sur lequel ils travaillent pour créer des partitions, alors Criminal pourrait être une bonne surprise.

D’autant que par moments, l’électronique de la musique de Criminal rappelle certaines partitions de Jean-Michel Jarre, pape mondial de ce genre musical. C’est particulièrement vrai sur le morceau Regress, qui ramène des décennies en arrière, du temps de l’album Oxygène. Autre influence que l’on pourrait imaginer, celle d’Éric Serra, également référence de la musique électronique de film. Mais au final, c’est bien le travail de Brian Tyler et Keith  Power que l’on écoute car, si elle n’est pas originale, cette musique fait l’effort d’être plus qu’une bande sonore. Il y a ici de vraies compositions, un authentique travail créatif pour au final, produire une œuvre qui se suffit à elle-même, capable de vivre sans le film dont elle serait l’alter-ego sonore. Une réussite.

Sortie : 15 avril 2016

Distribution : Lakeshore Records

Durée : 72’24

Tracklist :

1. Drift and Fall Again (featuring Lola Marsh) 4:06
2. Criminal (Madsonik Remix) 3:54
3. Pope 3:17
4. Division 4:12
5. Distant Memories 4:46
6. By The Sword 3:21
7. Chained 3:54
8. Waves of Intuition 2:48
9. Regress 2:28
10. Chrono 4:16
11. You Remember 3:39
12. Jericho 4:57
13. Time and Adoration 2:15
14. Fixer 8:30
15. Resilience 2:30
16. The Real Jericho 3:54
17. Inexorable 2:36
18. Culmination 3:19
19. Drift and Fall Again (featuring Lola Marsh) [Kill the Noise Remix] 3:42

Irresponsable et The Night Manager: Séries Mania 2016

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Festival Series Mania 7eme édition : Tanguy devient papa / John Le Carré par la caméra de Susanne Bier

Irresponsable

Première série émanant du cursus séries tv de la Fémis, sur fond générationnel, Irresponsable dépeint avec un excès de tendresse la dépendance post-adolescente. Julien, la trentaine revient chez sa mère, après avoir été expulsé de chez lui et perdu son emploi. Bien sûr, elle ne le sait pas. Entre la mère déluré Kitty Forman du 70’s show et Sabine Azéma, on ne peut que penser à Tanguy d’Étienne Chatiliez. On a d’ailleurs du mal à s’éloigner de cette principal référence, tant l’humour chatiliezesque ne repose que sur le duo débridé parent/enfant. Sébastien Chassagne se voit offrir son premier rôle télévisé et Stephen Cafiero (Les Dents de la nuit, Looking for BarcelonaTempleton) est derrière la caméra, mais le ton issu d’une bande dessinée pour la jeunesse -même Le P’tit Spirou est plus drôle et Cédric plus attachant- manque de nuances et l’intrigue linéaire s’enferme dans une conception rincée du réapprentissage de soi. On hésite encore entre applaudir ou bailler l’initiative !

 

Irresponsable : Fiche Technique

Créateur: Frédéric Rosset
Scénaristes: Frédéric Rosset et Camille Rosset
Réalisateur: Stephen Cafiero
Avec Sébastien Chassagne
Vendeur international : 100% Distribution
Diffuseur(s) : OCS Signature
Version vf – 10×26′
France – 2016

The Night Manager

Adapté du roman d’espionnage du même nom de John Le Carré de 1993 et réalisé par Suzanne Bier (Revenge, A Second Chance, Serena) qui assit sa réputation de cinéaste à l’européenne, cette minisérie en six épisodes d’une heure sur fond romanesque distille un parfum bon marché entre James Bond et OSS 117, l’humour en moins. C’est ce qui manque principalement à l’écriture qui manque de recul sur elle-même en abordant frontalement, au risque de paraître par moments kitsch (la faute à Aure Atika?), le surpassement de soi et la vengeance liée à la perte d’un être cher. On salue toujours autant la prestation d’Olivia Coleman, enceinte jusqu’aux dents et celle d’Elizabeth Debicki (The Kettering Incident). L’équilibre bancal fait que l’on est, à la manière d’un yo-yo, ballotté entre sévère passion pour l’élégance et relatif désintérêt pour le déchaînement pailleté des émotions et ce dans un même épisode. L’effet était semblable avec La Taupe de Tomas Alfredson en 2012 avec Gary Oldman. Le Carré, inadaptable ?

The Night Manager : Fiche Technique

Créateurs et scénaristes: David Farr / John Le Carré
Réalisateur : Susanne Bier
Musique : Víctor Reyes
Avec Tom Hiddleston, Hugh Laurie, Olivia Colman, Aure Atika, Elizabeth Debicki, Tom Hollander
Vendeur international :  WME/ IMG, The Ink Factory
Diffuseur(s) :  BBC One / AMC
Version vostfr- 06×58′
Etats-unis, Royaume-Uni- 2016

Séries Mania 2016 : Au-delà des murs

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Festival Series Mania 7eme édition : sortir de la maison

Déjà plus d’une semaine que Séries Mania ne cesse de remplir les salles comme l’on remplit un distributeur de bonbons et l’attente Au-delà les murs, poussée par une expérience inédite en box close au Foyer du Forum (ce n’est qu’un Ipad et un point and click assez basique pour permettre de s’inscrire à un tirage au sort et gagner un escape game), est enfin comblée. Avec Jordskött, maintenant Norskov et Beau Séjour, Arte a gagné beaucoup dans l’estime des meilleurs sériphiles. La minisérie en 3×52 minutes est diffusée ce vendredi 23 avril à 20h30, avec plus d’une demi-heure de retard. On vous raconte l’expérience.

Synopsis : Au décès de son voisin, Lisa apprend à sa stupéfaction que cet inconnu lui a légué sa maison. Installée dans sa nouvelle demeure, elle rend compte que les murs renferment des secrets. 

Après Pigalle, la nuit, Les Oubliés ou Les Témoins (relatif échec sur France 2 avec Thierry Lhermitte), nous retrouvons le duo français Hervé Hadmar et Marc Herpoux, associés à la scénariste Sylvie Chanteux (Un village français, Section de recherche, Plus belle la vie) pour une visite immobilière aux frontières du réel. Papier peint Rorschach, couloirs sombres et silhouettes désarticulées, Stéphane Plaza pourra toujours essayer mille et un numéro de cirque, pour rien au monde quiconque s’aventurerait dans cette maison. Elle n’a rien d’hanté, et pourtant la référence au film d’Aménabar, Les Autres est une évidence. Le huis-clos n’est pas intégral et le dédale provoque une légère narcose sur le premier épisode, mais l’intérêt pour ce récit initiatique mêlant merveilleux et fantastique ne nous quitte plus dès le deuxième. Revisitant le mythe de La Belle et la Bête et d’Orphée et vu par Cocteau en 1946 et 1950 au prisme d’un personnage féminin merveilleusement interprété par Veerle Baetens (Alabama Monroe, Les Ardennes), méconnaissable en femme solitaire qui se fait passer pour mariée afin de fuir la gente masculine, Au-delà des murs est une immersion silent-hillesque sur l’accomplissement de soi et le deuil à faire. A la fois poétique, philosophique et labyrinthique, la minisérie en trois épisodes ne provoque que quelques frissons par son atmosphère brillamment reconstituée dans des châteaux abandonnés en Wallonie. Mais la comparaison avec L’Hôpital et ses fantômes (qui a fait découvrir au rédacteur le genre de l’horreur) de Lars Von Triers mérite bien un arrêt sur image. Visuellement, peu de choses semblent ne réunir ces deux séries hors du commun. Aucune photographie sépia, peu ou pas de mouvements de caméra flottants, guère de personnages rocambolesques, et pourtant la même impression de terreur s’en dégage.

Le réalisateur et créateur, Hervé Hadmar nous confie avoir partagé toutes ses références avec la productrice d’Arte et Alien est soulevé durant le questions/réponses, notamment par le travail sonore, pensé dans la narration. « La difficulté dans le cinéma fantastique en France, c’est qu’on ne sait plus en faire. Tous les corps de métier doivent réapprendre ce genre » nous avance ce dernier. Et il n’a pas tord, l’âge d’or français ne se limite que d’après-guerre et depuis, peu osent franchir le pas. Le nom de Polanski est évoqué, mais la paranoïa n’est malheureusement jamais aussi bien retranscrit. Le Locataire, Répulsion ou Rosemary’s baby, seul le deuxième avec Catherine Deneuve est vraisemblablement justifié à la comparaison. Relativement anxiogène (« On ne fait pas The Descents« ), le spectateur s’embarque dans une expérience psychanalytique post-romantique, néo-gothique, à la frontière du survival horror lissée par la voix suave d’Agnès Obel et son titre The Curse au générique immersif. Les non-amateurs du genre se laisseront prendre au jeu, les afficionados trouveront ça peut-être trop épuré, mais Arte ne cesse d’innover et donc, on applaudit !

Bande annonce pour Arte

https://www.youtube.com/watch?v=Xw9ZTQk2prE

Au-delà des murs : Fiche Technique

Créateurs: Hervé Hadmar et Marc Herpoux
Scénaristes: Hervé Hadmar, Marc Herpoux et Sylvie Chanteux
Réalisateur: Hervé Hadmar
Avec Veerle Baetens, Géraldine Chaplin, François Deblock
Musique: Eric Demarsan
Vendeur international : NeweN Distribution
Diffuseur(s) : Arte
Version VF- 3×52′
France – 2016

Dough, un film de John Goldschmidt : Critique

Synopsis : Nat Dayan est un vieil homme juif qui tient seul la boulangerie familiale, au bord de la faillite. Privé du soutien de sa propre famille, il embauche comme apprenti le fils de sa femme de ménage, Shaun, un jeune musulman. Celui-ci ne cherche en fait qu’une couverture pour revendre de la marijuana. D’abord réticents l’un envers l’autre, ces deux hommes qui n’ont en commun que leurs problèmes d’argent respectifs vont finir par sympathiser, jusqu’à ce que le petit commerce de Shaun soit découvert par Nat.

Consommez des space cakes, ça rend plus joyeux !

Même si on l’a aperçu dans la saga Pirates des Caraïbes, et plus récemment dans la série Game of Thrones, cela faisait plus de vingt ans Jonathan Pryce ne trouvait plus que des rôles secondaires, c’est donc un réel plaisir que de retrouver l’acteur principal de Brazil en tête d’affiche d’un nouveau film ! Derrière la caméra, c’est également un come-back qu’effectue John Goldschmidt, dont le précédent long-métrage remonte à 1987. Le réalisateur anglo-autrichien n’a toutefois pas chômé pendant tout ce temps puisqu’il fut très prolifique à la télévision britannique, y enchainant aussi bien des téléfilms que des documentaires. Et justement, on ressent dans sa façon de filmer son nouveau film qu’il s’est imprégné des mécanismes propres à une approche très vintage de la télévision, au point de lui faire perdre beaucoup de son potentiel cinégénique. Sans doute peut-on également imputer la mollesse du rendu à un budget réduit que les producteurs ont dû aller chercher jusqu’en Hongrie, où se sont d’ailleurs tournées la plupart des scènes en intérieur.

Démarrant par une banale présentation des personnages en montage alterné, il est dans un premier temps difficile de savoir dans quelle direction veut aller le scénario : le dispositif ressemble à celui d’un Snatch, l’énergie en moins, tandis que la sous-intrigue naissante autour des brioches rappelle celle de An de Naomie Kawase, la poésie en moins, et que, à l’inverse, celle autour du cannabis rappelle plutôt celle d’une comédie sous influence telle que How High… l’irrévérence en moins. Bref, dès les premières minutes, on sent qu’il manque quelque chose à la recette de ce long-métrage un peu fouillis. Mais rapidement, les deux personnages principaux sont amenés à se rencontrer et dès lors, les choses se mettent en place. Et alors que la relation entre ce vieux Juif et ce jeune Musulman se développe de la façon la plus prévisible qui soit, on en vient à regretter ces quelques minutes d’ouverture où l’on ignorait encore à quel point le scénario serait attendu.

La question que l’on peut alors se poser est la suivante : un film se voulant feel-good-movie et porteur d’un appel à la tolérance peut-il sortir des carcans d’un certain traditionalisme un peu gnian-gnian ? Il semble évident que la bien-pensance inhérente à un tel message a tout intérêt à profiter d’un scénario qui sache lui donner un certain degré de sympathie (Intouchables, inattaquable grâce au label « histoire vraie »), un humour en décalage avec cette thématique candide (outrancier comme Ted 2 ou cynique comme Men & Chicken) ou enfin un double-discours subtil et bien moins politiquement correct (n’oublions pas que Zootopie tire sa maturité du regard très nuancé qu’il porte sur le rapport entre individualisme et vivre-ensemble). Mais le plus souvent, c’est l’apport de poésie par la réalisation qui permet de voir les meilleurs feel-good-movie sans être gêné ni par la naïveté de leur message sociologique ni par la prévisibilité d’un happy-end assuré. Malheureusement, dans le cas de Dough, ni le scénario ni la mise en scène ne parviennent à élever le film à la hauteur de ses bonnes intentions.

Car de bonnes intentions, il n’en manque pas. Une histoire d’amitié entre deux personnages que tout oppose est forcément quelque chose de touchant, et la façon qu’a le film de jouer avec les clichés sur les Juifs est assez drôle. A ce propos, on sent tout de suite que l’idée de rire des clichés sur les Musulmans rend le réalisateur moins à l’aise, préférant concentrer les situations caricaturales sur sa propre communauté. Quelques répliques et situations sont amusantes, en particulier lorsque les clients de la boulangerie se régalent de brioches épicées à la ganja. Outre le décalage interculturel, de nombreuses thématiques sont mises sur la table : le trafic de drogue, le mal-logement, la difficulté de faire prospérer un petit commerce face à la grande distribution, l’héritage… Mais aucune de ces pistes, qui permettent de rapprocher le film de ces comédies sociales dont on sait les Anglais friands, ne sera traitée avec autant d’attention que la relation entre les deux héros. D’abord méfiants l’un envers l’autre, y projetant les pires a priori qu’ils puissent avoir, ils vont peu à peu se rapprocher, leurs vannes devenant alors plus bon-enfant, avant de se disputer à nouveau pour enfin se réconcilier afin de faire face à un méchant… Comment imaginer schéma narratif plus convenu ? Et la banalité de cette écriture en manque d’inspiration est encore amplifiée par la caractérisation caricaturale des personnages secondaires et leur utilisation qui en font de simples « astuces ». En guise d’exemple, le plus frappant est celui de la petite-fille, qui ne sert qu’à rendre Nat attachant aux moments où il apparaît comme le moins sympathique, ou, pire encore, les deux méchants, aussi grotesques l’un que l’autre dans leur représentation négative du mâle protestant anglo-saxon que véhicule le film (preuve qu’il n’y a peut-être pas que de bonnes intentions).

Autres défauts, bien plus formels cette fois : d’une part, la photographie grisonnante avec laquelle est tournée cette petite aventure rend difficile à rendre compte de la bonne humeur qu’elle souhaiterait dégager. Ne sachant pas tirer profit des décors assez réduits, en taille comme en nombre, auxquels il est astreint, le réalisateur enferme le déroulement du film dans des milieux où il ne fait pas bon vivre, faisant des quelques scènes de danse de véritables respirations dans cet univers un peu terne. D’autre part, l’autre grande maladresse de Goldschmidt vient de son montage qui manque fondamentalement de l’énergie propre à toute comédie. La lenteur de l’action noie la plupart des gags dans des longueurs souvent inutiles, qui leur font perdre beaucoup de leur impact comique. Seuls quelques passages, tels que le montage alterné des entretiens d’embauche, profitent d’assez d’énergie pour assurer à chaque réplique d’être percutante.

Sympathique téléfilm à la morale bien-pensante digne d’une publicité Coca-Cola et à l’humour juif ultra-light, Dough est une réalisation sans prétention bâtie sur un scénario baigné de clichés et de grosses ficelles, mais qui se laisse agréablement regarder pour oublier ses soucis le temps d’un après-midi pluvieux. A long terme, il semble cependant évident qu’il ne restera pas dans les annales de la comédie sociale britannique.

Dough : Bande annonce (VOSTFR)

https://www.youtube.com/watch?v=uBV9RNNI10s

Dough : Fiche technique

Réalisateur : John Goldschmidt
Scénario : Jonathan Benson, Jez Freedman
Interprétation : Jonathan Pryce (Nat Dayan), Malachi Kirby (Shaun), Philip Davis (Sam Cotton), Ian Hart (Victor Gerrard), Pauline Collins (Joanna), Daniel Caltagirone (Stephen Dayan)…
Photographie : Peter Hannan
Montage : Michael Ellis
Musique : Lorne Balfe
Décors : Jon Bunker
Producteurs : Wolfgang Esenwein, György Gattyán, John Goldschmidt, András Somkuti
Sociétés de production : Docler Entertainment, Three Coloured Dog Films, Docler DProd, Dough Film, Viva Films
Distribution (France) : Margo Cinéma
Durée : 94 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 4 mai 2016

Grande-Bretagne/Hongrie – 2015

American Crime saison 2 : Series Mania 2016

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Festival Series Mania 7eme édition : au-delà des apparences

La deuxième saison du show de John Ridley a ouvert cette 7ème journée de festival avec les deux premiers épisodes (as usual / « comme d’habitude »). Les Américains semblent avoir boudé les péripéties de Taylor Blaine et les accusations de viol, qui changeront définitivement sa vie et celle des élèves du lycée privé Leyland et de leurs parents. De 5 millions d’audience en moyenne pour la saison 1 d’American Crime, on passe à 3 millions pour la deuxième qui s’approprie une problématique sociale majeure. Après les faiblesses du système judiciaire américain, John Ridley explore la question de l’éducation. Sujet qui lui est personnel, puisque sa femme est au conseil d’administration d’une école et que sa mère et sa belle-mère sont enseignantes. Deux établissements, deux classes sociales opposées accompagnent le récit pour faire surgir de cette confrontation un examen complet de la réalité sociale du système éducatif.

Le cadre se focalise sur un seul personnage, généralement en gros plan, pour accentuer les forces contradictoires qui l’agitent, à la limite de l’insoutenable, presque. À la différence de la saison 1, la réalisation s’adoucit tout en gardant la brutalité du propos. Par exemple, Gregg Araki, ayant réalisé le troisième volet, s’est prêté à l’exercice formel en s’effaçant davantage au profit d’une sobriété stupéfiante. La thématique homosexuelle passée au prisme de l’agression juvénile, dans une société conservatrice qui scande encore de nos jours « Boys don’t get raped! » (les garçons ne se font pas violer) n’en apparaît que plus cinglante. En particulier dans l’épisode 7, où l’arroseur se retrouve arrosé. Sans oublier une pléiade d’acteurs sensationnels que l’on retrouve ou redécouvre : Felicity Huffman, Lili Taylor, Timothy Hutton, Regina King (Emmy Award l’année dernière pour le meilleur second rôle dans AC saison 1), Richard Curtal (son personnage, de père de famille hacker informaticien reste à ce jour le plus incompréhensible, aux raisons obscures…). American Crime, en 10 épisodes, construit donc des conflits humains d’une force époustouflante, créant rapidement une addiction singulière

American Crime : Trailer

American Crime : Fiche Technique

Créateur : John Ridley
Scénaristes : John Ridley, Ernie Pandish
Réalisateurs : John Ridley, Clement Virgo (Gregg Araki…)
Interprétation : Felicity Huffman, Lili Taylor, Timothy Hutton, Regina King, Richard Curtal, Connor Jessup, Trevor Jackson, Joey Pollari
Vendeur international : The Walt Disney Company
Diffuseur(s) : ABC (US), Canal + (Fr)
Version : vostfr
USA – 2016

Festival Séries Mania : The Writer, créée par Sayed Kashua

The Writer : entre réalité et fiction, comédie et drame, un génie du quotidien et de l’humain

Synopsis : Un père de famille et scénariste de renom d’une série populaire ressent un besoin de changement.

            À l’occasion de la diffusion de ses quatre premiers épisodes au festival Séries Mania, CineSeriesMag a découvert The Writer. La série israélienne créée par Sayed Kashua suit ses propres aventures. L’ensemble du casting ou presque est composé des personnalités réelles jouant leur propre rôle. Excepté pour son propre rôle, car Sayed Kashua a choisi un acteur pour l’incarner, Yousef Sweid. La synopsis est très loin d’annoncer la forme particulière de la série qui n’est pas une simple fiction. Partagée entre la fiction et la réalité, The Writer s’inscrit dans la tradition aujourd’hui importante du mockumentaire.

            D’Arrested Development à Un Petit Brin de Vie et Modern Family en passant par les nombreuses télé-réalités qui ont envahies nos écrans, le mockumentaire se présente comme un faux documentaire, ou le documentaire fictif d’une réalité elle-aussi fictive, ou d’une fiction dont les frontières avec le réel sont rendues ambiguës, avec son inscription dans notre réalité par exemple. Il manque toutefois à The Writer un élément essentiel du mockumentaire, la présence consciente de la caméra dans l’univers. La série est davantage une captation d’une réalité mise en scène -fictionnelle dira-t-on- qui ne casse pas le quatrième mur du téléviseur à coup de regards et adresses aux caméra. Fiction inspirée de la réalité du créateur et de son quotidien, The Writer est alors à rapprocher de Platane, la série d’Eric Judor et Hafid F. Benamar, qui suit le nouveau parcours d’Éric dans le cinéma après un accident de voiture.

            Avec cette forme, l’auteur Sayed Kashua s’interroge sur son quotidien professionnel et familial. Mais surtout, il permet à sa thérapie d’être abordable et accessible par tous. On aurait pu se questionner quant à la force de l’intérêt des spectateurs face à un pur mockumentaire de cette période de la vie de Sayed Kashua. N’y aurait-il pas déjà eu un trouble déjà provoqué par la trop forte ambiguïté des rapports réalité /fiction ? D’ailleurs la présence de l’acteur – Yousef Sweid, formidable de justesse – et non de l’auteur dans son propre rôle permet de fictionnaliser et probablement de rendre abordable au plus large public cette histoire. Elle permet aussi au créateur de prendre du recul sur lui même et ainsi véritablement de mettre en place un travail thérapeutique sur cette crise qu’il traverse.

            La prise de recul permet aussi une certaine autodérision quand à son propre personnage. A l’instar de Platane ou Derek, la série est drôle, même si l’humour absurde, souvent porté par situations, n’est pas des plus écrits. C’est-à-dire que le créateur forge la comédie sur des situations de la vie, moins sur des situations inventées ou fictives. Il faut dire The Writer raconte précisément l’histoire d’un scénariste arabe à succès en Israël, et le créateur nous fait par exemple rire et sourire en nous exposant les différences qui rassemblent et séparent les juifs et les arabes (aussi entre eux) dans des situations quotidiennes et souvent absurdes (dans le sens de la comédie) – ou alors qui le deviennent – du héros : il conduira son fils au lycée et s’étonnera et s’énervera presque qu’il soit fermé et on lui apprendra alors que ce même jour a lieu une fête juive sacrée. C’est ainsi un humour très naturel qui se dégage ici. Rappelons qu’il s’agit de réfléchir sa vie et de la travailler dans la série. Ainsi un humour du vivant n’est pas surprenant, mais sa rigueur et sa justesse sont remarquables. Car on pouvait s’attendre un dosage mal géré entre humour du vivant, et situations dramatiques par le quotidien peu enjoué des personnages, à l’image de nos vies en somme. L’œuvre aurait également pu être trop centrée sur le quotidien extraordinaire du scénariste dans le monde de la télévision et du cinéma. Mais non, The Writer a véritablement réussi à capter le drame du réel, de l’humain, de son quotidien familial et professionnel, banal, surprenant, désagréable, heureux et qui avance comme un cours d’eau inarrêtable. Ainsi Sayed Kashua ne nous présente pas juste une histoire personnelle destinée à lui seul, il nous propose d’avancer avec lui dans ce récit universel, pour nous permettre nous aussi d’exorciser des problèmes communs, de faire notre propre thérapie, pour au final, avancer tous ensemble.

            La série n’a pas encore de date de diffusion en France.

The Writer : Fiche Technique

Créateur : Sayed Kashua
Scénariste : Sayed Kashua
Casting : Yousef Sweid, Ruba Blal-Asfour, Yasmin Churi, Adham Bachus
Réalisateur : Shay Capon
Producteur : Dori Media Paran
Production : Keshet Broadcasting et IBA
Distributeur international : Keshet International
Diffusion :
Israël : Keshet Broadcasting IBA
France : /
Format : 25 minutes (x 10 épisodes pour la saison 1)
Genre : comédie dramatique

Israël – 2015

Mékong stories, un film de Phan Dang Di : critique

Au début de Mékong stories, on a l’impression de voir se dessiner le portrait choral d’une certaine jeunesse vietnamienne.

Synopsis : Saïgon, début des années 2000. Vu est apprenti photographe, Thang vit de petits trafics et Van rêve de devenir danseuse. Réunis par le tumulte de la ville, ils vont devoir affronter la réalité d’un pays en pleine mutation.

Dans la moiteur de la nuit

Ce sont quatre jeunes hommes d’une vingtaine d’années que l’on rencontre, et le choix est fait de nous les présenter en bande, les comportements de groupe sont plus évidents à percevoir, et le réalisateur n’a pas l’intention de développer la psychologie de chaque rôle ; il s’agit plutôt ici d’élaborer une chronique de l’éros. On n’en saura donc pas plus sur Vu, étudiant en photographie, plus juvénile que ses comparses et qui est celui par lequel on entre dans le film. Il a le profil du poète, du doux rêveur pas vraiment à sa place dans le monde. En retrait, il observe l’agitation qui émane de ce groupe comme s’il en était un élément exogène. En bon admoniteur, à l’image de ce personnage qui dans un tableau apostrophe le spectateur, Vu fait la jonction entre eux et nous à travers son activité de photographe. C’est particulièrement limpide quand il décide de prendre pour terrain d’observation la boîte de nuit où travaille son ami Thang. Extérieur au tumulte des noctambules qui se déhanchent sur la piste de danse, Vu assis seul à une table photographie des scènes fugitives dans ce tourbillon de musique et de lumière. Le retour dans le monde est brutal : il est molesté par un policier qui le prenait pour un journaliste… Vu est tout de suite désigné comme un être particulier, et sa singularité dérange. Cette singularité se traduit dans ses aspirations artistiques (ce n’est pas « un vrai travail » disent les autres) mais aussi dans le désir qu’il ressent pour le musculeux Thang, chose vécue comme une humiliation par le père de Vu. Les tabous d’une société sont de puissantes entraves. Parfois, l’enfer, c’est les autres.

Phang Dang Di réalise un instantané de la vie de cette jeunesse, sans s’intéresser à l’antériorité de leur existence ou à ce qu’il adviendra après, et ce cliché unique transpire le désir. Tout dans ces histoires du Mékong concourent à rendre palpable cette envie de l’autre. Néanmoins, le cinéaste privilégie la suggestion à l’affirmation et élabore son discours avec finesse et subtilité. Il ne confond pas désir et excitation et ne cède pas à la facilité d’une surenchère du corps nu. Le réalisateur choisit de parsemer son film d’éléments évocateurs, à nous ensuite de faire travailler notre imagination. Mékong stories est peu bavard, c’est visuellement que l’intrigue se joue. La quasi totalité des scènes se déroulent dans la torpeur moite de la nuit vietnamienne. La chaleur est suggérée à plusieurs reprises : on s’évente, on s’asperge d’eau, on retire un vêtement trempé de sueur, les corps se dévoilent à peine dans le clair-obscur de la nuit, rien n’est jamais montré crûment. Naturellement, la photographie aussi est une métaphore : à travers l’image, c’est un peu le corps aimé que l’on possède.

Cette jeunesse amoureuse multiplie les histoires, venant justifier le pluriel de ce titre. Les filles sont des personnages plutôt discrets dans Mékong stories, mais elles jouent aussi leur rôle dans cette chronique du désir. Ainsi, Vu qui aime Thang est aimé de Van qui elle est aimée de Thang. Dans l’enchevêtrement des envies, chacun n’y trouve pas son compte ; le désir s’adosse toujours à la frustration.

Mékong stories déconcerte : la grande partie des films que nous avons l’habitude de voir – issus pour beaucoup de la production américaine – nous sont d’un accès simple et fluide parce que leurs techniques de narration nous sont familières. L’œuvre de Phang Dang Di nous semble singulière parce que le cinéaste décide de maintenir une opacité et de ne pas expliciter. Les dialogues sont peu nombreux, le montage déroute parfois ; ce film ne se dévoile pas si facilement. Il est agréable de pouvoir être encore surpris, perplexe et séduit devant une cinématographie qu’on ne connaît pas, la découverte n’en est que plus belle.

Mékong stories : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=A10srBi7sQE

Mékong stories : Fiche technique

Titre original : Cha và con và
Réalisation : Phan Dang Di
Scénario : Phan Dang Di
Interprétation : Cong Hoang Le (Vu), Truong The Vinh (Thang), Do Thi Hai Yen (Van), Quoc Viet Mai (Tung), Thien Tu Nguyen (Mai) Ha Phong Nguyen (M. Sau), Thi Kieu Trihn Nguyen (Mme Phung)
Photographie : K’Linh Nguyen
Montage : Julie Béziau
Son : Frank Desmoulins
Musique : Louis Warynski
Production : Paolo Bertolin, Markus Halberschmidt, Claire Lajoumard, Tran Thi Bich Ngoc, Diep Hoang Nguyen
Distribution : Memento Films

Durée : 1h42

Genre : Drame
Date de sortie : 20 avril 2016
Vietnam/France/Allemagne/Pays-Bas – 2016

Rencontre avec Olivier Marchal: Festival Séries Mania 2016

Rencontre avec Olivier Marchal, le cinéaste/créateur français de 36 Quai des Orfèvres et Braquo au festival Séries Mania

CineSeriesMag s’est rendu à la rencontre organisée par Séries Mania avec Olivier Marchal – cinéaste français de renom à qui l’on doit 36 Quai des Orfèvres, Les Lyonnais, MR73, Braquo entre autres -, à la suite de la projection du premier épisode de sa nouvelle série diffusée sur Canal +, Section Zéro.

Olivier Marchal explique avoir pris trois ans pour faire Section Zéro. Il en est venu à la série car c’est une forme qui lui plaît : « J’ai eu un vrai plaisir de créer la saison 1 de Braquo qui devait être un long métrage ». D’ailleurs les Lyonnais aurait dû être une série. Ici certes il s’agissait d’avoir l’efficacité de la télévision mais mine de rien il a eu tout de même douze jours et pas dix pour l’épisode I.

Dans la série, il rend hommage à Mad Max, Looper… Aussi il voulait essayer de faire autre chose, même si on retrouve ses obsessions : la crasse, la mort, les flics, les prostituées, la drogue… « Je trouve qu’on ne se détache jamais d’une œuvre, d’un cinéma qu’on construit ».

Après cette courte introduction s’en sont suivis des questions-réponses avec le public.

Quel est le budget de ce premier épisode par rapport au pilote de Braquo ?

« Sur Braquo on était à 1 million 2 en tournant en pellicule et ici à 2 millions en numérique. »

Vous vous êtes tourné vers l’Est pour vos décors ?

« On voulait vraiment jouer sur le bloc de l’ouest (…) et c’est vrai que j’ai eu le coup de foudre avec la Bulgarie, et on se croirait vraiment au bout du monde (…) tout est en désolation, même Sofia est une capitale grise éteinte, c’est très austère. Et évidemment pour des raisons économiques, les techniciens sont moins chers, les figurants sont moins chers (…) Tout est moins cher (…) À 30 pour cent du temps on était installé en studio (où ont été tournés 300, Expendables, entre autres) (…) Quand j’ai vu ça (le centre métallurgique) c’est vrai que j’avais mes décors de désolation. »

La femme est très présente dans vos récits…

« Une histoire sans femme n’est pas une histoire intéressante, j’ai essayé d’éviter les pièges de Braquo… je trouve que les rôles féminins sont plus importants. (…) les femmes me font peur, je suis assez timide malgré les apparences, les femmes me font peur car je ne les ai toujours pas comprises à 58 ans, et je les aime autant que je les hais… Je serais incapable (de faire une romance), ou alors ce serait très manichéen. (…) les femmes en prennent plein la gueule (…) et à la fin faut considérer que c’est un monde où on ne fait aucune différence entre les hommes et les femmes (…) c’est un monde très détraqué, très pessimiste mais c’est ma vision personnelle et c’est ce vers quoi on arrive »

Quel est votre rapport à la violence ?

« Je pense pas que la violence touche le public (…) j’ai pas de problème avec la violence, j’ai un problème avec la violence de rue. J’ai une de mes filles qui s’est faite tabasser et ça m’a traumatisé (…) avant c’était mieux, je pense que depuis les années 50, on est dans des rapports très violents (…) ce qui va arrriver est pire, (…) on le sait. (Ma monteuse) a un regard féminin sur ce que je propose. Dans la boite de nuit, on a essayé d’étouffer tous les sons, c’est stylisé. Dans l’épisode II, il y a Sacha Distel, La belle vie (…) voilà je m’inspire de Leone, de Peckinpah, de tous ces grands qui m’inspirent (…) Mais je crois que la critique a un problème avec la violence, car lorsque je fais MR73, qui est une histoire d’amour (…), les critiques ont dit « Enfin Olivier Marchal ne se balade plus avec un flingue », (…) autant qu’on me dégomme sur le plan cinéphilique ça me va, ça m’est déjà arrivé, mais la plupart des critiques agressent (…) La violence elle peut être belle, au cinéma. Après moi je préfère filmer une scène de violence qu’une scène de cul (…) car je suis gêné. (…) (Toutefois) la violence m’intéresse quand c’est justifié. »

« La bagarre (dans la boite de nuit) a été faite en deux fois, dit-t-il. On avait rempli les gobelets, les figurants en dansant ont tout renversé et l’acteur s’est détruit tous les ligaments. » Il y a eu d’autres accidents, malgré les préparations, explique-t-il.

« Je dois beaucoup aux équipes et aux acteurs (…) ils m’ont beaucoup porté car j’y croyais pas. » « J’avais peur d’aller dans ça », c’est-à-dire de tomber dans le registre du comique tel Qui a tué Paméla Rose explique-t-il. « Il y a des maladresses, après je suis jamais content de moi ».

Comment s’est déroulé le montage ?

Il a eu lieu en Belgique, explique le cinéaste, et c’est son frère Denis Marchal qui a supervisé tout l’étalonnage. Concernant l’image, il y a 80 pour cent du travail du chef opérateur et 20 pour cent du travail de montage.

Est-ce que vous pourriez expliquer les personnages et leurs nombreux tatouages ?

« Tout ce qui est maquillage coiffure c’est les Bulgares qui ont bossé avec les Américains. Le chef maquilleur a trouvé une méthode… Alors il y a eu de faux tatous, mais il y en a eu de vrais ! (…) (Au moment de choisir des Nazis) je vois des mecs tatoués, et je dis ah cool ils paraissent vrais et on m’a répondu « ce sont des vrais ! ». Aussi il explique que le chef maquilleur a inventé une technique qui permettait au tatouage de rester cinq six jours (en résistant aux douches) et il n’y avait qu’à le reprendre le lendemain. « Moi j’aime bien les tatous, je trouve ça sexy (…) je pense que dans quinze ans, vingt ans, ce sera complètement banal. C’est quelque chose qui va redevenir has been peut être ».

Section Zéro, une série d’anticipation…

Olivier Marchal explique qu’il avait 20 ans lorsqu’il a vu le premier Mad Max, le meilleur de la saga selon lui : « Je voulais faire mon Mad Max à moi ». Il enchaîne en disant que le genre « me permet surtout de dire (et faire) n’importe quoi (…) les looks (…) ça m’a permis d’assurer mes délires et mes fantasmes ». Aussi il ne s’agit pas de dire qu’il a fait une nouvelle œuvre digne de ses inspirations : « Ça n’est pas de la fausse modestie, c’est juste que je pense qu’il faut jouer dans sa cours ».

Quelle est votre relation avec votre chef-opérateur ?

« On a déjà une relation très alcoolisée avec mon chef op’… Non je plaisante ! On a fait un film et on s’est retrouvé sur (ses films suivants) (…) C’est un type qui travaille très vite sans matériel et qui est cinéphile (…) On travaille à partir de films et photos (…) Je vois un film à la télévision qui m’interpelle, hop, je lui dis de regarder (…) Parfois on s’engueule, il me dit « le plan tu le monteras pas » (…) Il est aussi artiste. »

Il explique ensuite que sur la série se trouvaient des techniciens qui ont travaillé avec Oliver Stone et Alejandro Inarritu. Le cinéaste ne programme pas tout à l’avance, et compte sur ses collègues pour lui faire des propositions et surtout l’aider à concrétiser sa vision : « Alors après je sais ce que je veux mais ne sais pas l’exprimer ».

CineSeriesMag – Vous parlez beaucoup de Mad Max comme inspiration, on voit aussi Blade Runner, et beaucoup Robocop.

« Ah oui complètement, dans le genre de l’anticipation complètement. »

CSM – Est-ce que vous vous êtes inspiré du jeu vidéo Tom Clancy’s The Division ?

« Alors non, pas du tout, j’en ai entendu parler, mais non. »

CSM – Parce-qu’on retrouve bien des similitudes entre vos décors post-apocalyptique et le New-York du jeu vidéo ?

« Ah oui ? Faudra que je vois ça alors. »

CSM – Vous vous êtes inspiré des films de David Ayer qui travaillent beaucoup les techniques policières, les gestes policiers ?

« Euh non, je ne connais pas. »

CSM – Vous placez l’action dans le futur, malgré tout on reconnaît de nombreuses techniques et gestuelles de policiers, d’ailleurs déjà aperçues dans certaines de vos précédentes œuvres. Est-ce que vous avez réfléchi à ce que serait la police dans l’avenir, à ses techniques, à ses gestes… ?

« Alors non, hélas, on n’a pas eu le temps. C’est qu’il faut que ça va très vite (…) et on s’est concentré sur l’écriture (…) donc quand on en est arrivé là, on a pris nos flics, nos commandos et hop c’était parti. Donc non hélas, je suis pas allé jusqu’à ce point, c’est dommage, mais on n’avait pas le temps. »

La rencontre toucha à sa fin. Nous avons aussi appris qu’Olivier Marchal travaillait sur l’adaptation d’un livre de son ami romancier Jean-Christophe Grangé (Les Rivières Pourpres), La Ligne Noire, avec possiblement Mickey Rourke au casting.

Ci-dessus une featurette promotionnelle sur le travail d’Olivier Marchal sur Section Zéro.

Section Zéro d’Olivier Marchal: Critique du pilote

Synopsis: En Europe, dans un futur proche, les Etats endettés ont renoncé à leur souveraineté au profit de multinationales, immenses agrégats économiques ultra-puissants. Parmi ces nouvelles « sociétés titans », Prométhée, l’une des plus puissantes et dangereuses, ne cesse d’étendre son emprise sur la Fédération. Son but : remplacer la police par une milice privée, le Black Squad, dirigée par le dangereux Munro, et créer une armée d’hommes robotisés, les Mékas. Sirius, flic idéaliste, veut se battre pour empêcher la disparition du monde dans lequel il a vécu. Il va entrer en résistance et diriger un groupe d’élite, la Section Zéro, qui utilise tous les moyens, y compris l’illégalité et la violence. Derrière ce combat politique se joue également pour lui le combat d’un père et d’un mari pour retrouver les siens.

Projection au festival Séries Mania du pilote de Section Zéro, la série d’Olivier Marchal : grandes inspirations et manque d’originalité, inventivité française, clichés, et acteurs/personnages plus ou moins bons.

             Olivier Marchal, cinéaste/créateur français à qui l’on doit 36 Quai des Orfèvres ou encore Braquo, s’est attaqué à un genre presque méprisé – du moins laissé de côté – en France, la science-fiction. Il s’est précisément attaqué à son sous-genre, l’anticipation. Quel culot de la part d’un Français et même deux – puisque la série a été co-créée avec l’écrivain de polars Laurent Guillaume – de tenter une nouvelle expérience dans ce genre qui effraie la majorité des producteurs de l’hexagone, fonctionnant au risque zéro. Mais si on encourage l’initiative, on ne peut s’arrêter de réfléchir et de travailler une œuvre sur ce principe de pavé jeté dans la marre. Alors, Section Zéro est-elle un objet réussi ?

            Il nous faut rappeler que cet écrit se fonde sur le pilote de la série. S’il a été le seul épisode à avoir été présenté au festival, il y a bien des choses à dire. Olivier Marchal, créateur, scénariste, showrunner et réalisateur du show, s’est beaucoup inspiré de films qu’il adule: Mad Max (George Miller, 1979), Blade Runner (Ridley Scott, 1982), RoboCop (Paul Verhoeven, 1987). Si le créateur a beaucoup parlé de l’importante influence du premier dans notre rencontre (que vous pouvez retrouver ici), les autres sont bien ici, dans de nombreux décors (cyber)punks (tels que la boite de nuit ou la ruelle en pleine nuit au début de l’épisode), ou encore dans l’image même : l’image grisâtre et les entrepôts désaffectés tels ceux de Détroit de RoboCop ; ses voitures de polices qui ressemblent fortement à celles du même film (et saga), modifiées pour être plus Mad Max-isées ; d’ailleurs il reprend au plan près ceux des deux premiers films de la licence, notamment les arrivées dans des zones industrielles désaffectées. Voir autant de cinéphilie dans une des rares séries françaises de science-fiction a quelque chose de plaisant et grisant même, toutefois on peut voir cela dans un tout autre sens. En effet, on peut appréhender toutes ces références comme un manque d’originalité de cet univers. Dans le fond, Prométhée est l’équivalent de l’OCP de RoboCop. Dans la saga, l’entreprise, si elle tend à servir l’ordre et la justice, veut en fait contrer la grève des policiers et baisser leurs effectifs en les remplaçant par des robots, puis des cyborgs. On peut même aller du côté de Blade Runner avec les conglomérats créant des androïdes « plus humains qu’humains ». Quant à la séparation des villes en deux zones : pauvres / riches, Elysium et Trepalium (série diffusée sur Arte) sont déjà passées par là. Ce caractère est présenté de manière très anecdotique sans qu’on le voie bien concrétisé à l’écran.

            L’anecdotique est d’ailleurs très présent dans la série. Un exemple, on retrouve Sirius dans le quartier chinois à une baraque à bouffe asiatique, digne de Blade Runner. D’ailleurs plusieurs plans en sont repris, sinon inspirés. La cuisinière n’a rien d’asiatique et mieux, pas un seul figurant asiatique dans la séquence qui, dans le fond, ne sert qu’à introduire la maîtresse du personnage et à exposer son collègue comme un bon raciste-xénophobe du village. Les figurants sont peu nombreux et bougent à peine. La majorité des éléments de SF semblent vides, comme si dans le fond, ce qui compte, l’essentiel, la chair du show, c’est le trio de flics ténébreux dans une affaire politique qui les dépasse, et en proie à leurs doutes et problèmes personnels, notamment familiaux. En somme, l’essence Marchal donc. Et pourtant, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par ce monde de science-fiction concocté par Marchal aux nombreuses règles présentées dans l’introduction, un univers véritablement inspiré et qui nous présente un avenir hypothétique peu fantaisiste et plutôt crédible, peut-être probable même. Notons toutefois que les œuvres qui ont inspiré la série ne l’étaient pas moins, bien au contraire.

            Ensuite deux gros problèmes ont perturbé notre séance, le jeu des acteurs et l’écriture des personnages. On ne saurait dire si le chef des gangsters russes a été bien ou mal écrit, mais les dialogues sont bien là, et tout de même, après Braquo, on était en droit d’attendre un certain niveau. En effet, le personnage tel qu’il apparaît à l’image est un tissu embourbé dans le cliché pur et dur. Et il n’est pas le seul, le collègue de Sirius est le second couteau sympatoche mais lourdaud et raciste, et menteur (ce qui annonce probablement de futures divisions au sein du groupe) ; le troisième larron, qui est une jeune femme lesbienne, tentera hélas de combler un manque certain de crédibilité, charisme et de présence à l’écran, en assurant un lot de séquences sexuelles hyper-érotiques et physiques (attention la Vie d’Adèle n’est pas loin). Un dernier exemple, le personnage de Sirius, flic déterminé, intelligent, taciturne et ténébreux, sobrement et justement incarné (et non joué) par Ola Rapace, a une fille adolescente. Devinez, elle est en rébellion avec l’autorité, s’habille en noir avec du maquillage noir, joue de la guitare et sort avec un futur (et possible ancien) taulard impliqué dans du trafic de drogue.

Enfin, si la réalisation n’est pas toujours des plus efficaces (les poursuites en voitures manquent de punch malgré les nombreuses références au RoboCop de Verhoeven, ce qui est assez ironique lorsqu’on repense à l’influence criée haut et fort par Olivier Marchal de Mad Max) malgré une bande-son irréprochable et si l’on regrette le passage de la pellicule (qui était utilisée dans Braquo) au numérique ici, Section Zéro n’a pas un démarrage raté mais plutôt en dents de scie. Remarquons toutefois que le pilote ne nous amène pas à la Section Zéro telle qu’elle est décrite dans la synopsis de la série, mais met en place ses prémices. Affaire à suivre.

Section Zéro: Bande-annonce

Section Zéro: Fiche Technique

Créateurs : Olivier Marchal & Laurent Guillaume
Showrunner : Olivier Marchal
Réalisation : épisodes 1 à 7 : Olivier Marchal ; épisode 8 : Ivan Fégyveres
Casting : Ola Rapace, Catherine Marchal, Pascal Gregory, Tchéky Kario, Francis Renaud, Constantin Balsan, Hilde De Baerdemaeker, Inès Spiridonov, Juliette Dol, Steve Driesen, Maud Jurez, Stefan Ivanov
Directeur de la photographie : Denis Rouden
Composition : Erwann Kermorvant
Producteurs : Thomas Amargyros et Edouard de Vésinne
Production : Canal +, Bad Company, Europacorp Télévision, Umedia
Diffusion : Canal + à partir du 4 Avril 2016
Genre : science-fiction d’anticipation

Format : 52 minutes (x 8 épisodes pour la saison 1)
Année de lancement : 2016

La saison des femmes, un film de Leena Yadav : Critique

Synopsis : Inde, Etat du Gujarat, de nos jours. Dans un petit village, quatre femmes osent s’opposer aux hommes et aux traditions ancestrales qui les asservissent. Portées par leur amitié et leur désir de liberté, elles affrontent leurs démons, et rêvent d’amour et d’ailleurs.

Péripéties indiennes

Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice indienne Leena Yadav fait le choix de défendre la situation des femmes dans un petit village en Inde, et n’hésite pas à dénoncer les violences dont elles sont victimes, la manière dont elles sont considérées, et le peu de pouvoir qu’elles ont. Son nouveau film, que l’on peut aisément définir comme féministe, s’avère plutôt réussi, même si quelques travers propres au cinéma indien viennent noircir le tableau.
Le cinéma indien est un art à part entière, bien loin du cinéma occidental, la comédie musicale étant le seul genre se rapprochant de ce cinéma. Couleurs et musiques sont au rendez-vous à Bollywood, en déplaise à beaucoup de personnes, pour qui la joie constante qui se dégage de ces films est plutôt désagréable. Les productions indiennes dansantes et romantiques sont haut en couleurs, visuellement remarquables, avec cette certaine mièvrerie, ce côté fleur bleue toujours bien ancré, comme une marque de fabrication.
Malheureusement, ces éléments font du mal au film de Leena Yadav. En effet, le sujet, ô combien dramatique et préoccupant, est parfois décrédibilisé par un certain pathos, un amas de bons sentiments qui nuisent à la dureté des propos. A certaines scènes de violences viennent se juxtaposer des sourires et des plaisirs chantés, comme s’il fallait toujours sourire à la vie même si elle s’avère compliquée. Certes, c’est une mentalité de vie remarquable, mais le rythme effréné fait que le spectateur n’a pas le temps de se poser en un état d’esprit précis face aux faits qui lui sont racontés. On assimile sans prendre de réelles réflexions, et pourtant, les ambitions de la réalisatrice sont parfaitement compréhensibles. On perçoit le souhait de prouver que le cinéma indien n’est pas qu’un monde de comédies musicales, et pourtant, La saison des femmes est pourvu de lieux communs qu’il aurait été préférable de minimiser, tant le contexte scénaristiques est tendu.

Mais La saison des femmes, c’est une histoire de femmes fortes, qui bravent les interdits, qui cherchent à fuir des situations familiales, amicales ou professionnelles compliquées. Pour faire vivre des personnages aussi forts, il fallait un casting puissant, et le défi est relevé. La réalisatrice s’entoure de belles femmes qui nous livrent de très belles prestations, tantôt touchantes, tantôt plus ternes, mais toujours bien nuancées. On retiendra Tannishtha Chatterjee (Rani) qui se démarque par sa subtilité et les émotions qu’elle dégage. C’est de son personnage que l’on tirera le plus d’empathie, tant sa situation conjugale et familiale peut faire écho à celle de certaines femmes pas seulement indiennes mais également occidentales.

Le thème de la violence est un thème récurrent mis en scène de manière très réfléchie. Mais la violence n’est pas basée uniquement sur les coups qu’une femme peut recevoir, elle est également sexuelle est psychologique. En nous immergeant dans cette société, la réalisatrice nous fait voir le place du viol et des pressions morales, qui sont ancrées de manière ostentatoires dans les mœurs. Mais il serait trop simple de faire un catalogue de la violence. Ainsi, la réalisatrice indienne effectue un gros travail sur le hors champ, qui s’avère soigné et réfléchi, et qui ne fait que multiplier les images d’horreur, tant l’imaginaire du spectateur est mis à contribution.
Mais comment se défaire de cette violence dans une société où la femme peut être tuée si elle ne suit pas les règles ? La reponse de Leena Yadav est très judicieuse et emplie de réflexions. Pour les occidentaux que nous sommes, de petits éléments qui nous paraissent anodins sont de véritables actes révolutionnaires pour ces femmes. Ôter leur voile, partir en excursion entre filles, transformer des insultes pour qu’elles ne rabaissent plus la femme, rigoler, chanter, danser, ce sont toutes ces petites choses du quotidien qui témoignent du progressif rejet de leur situation. La réalisatrice embellit ses actrices dans leurs actes, et leur faire vivre des instants de grâce, qui ne peuvent que nous ravir. Malheureusement, le revers de la médaille est le retour de la violence et du mépris envers elles, qu’elles tentent d’oublier dans des petits moments hors du temps, qui les transportent dans un ailleurs un peu meilleur.

La saison des femmes est un long-métrage aux propos intéressants, qui méritent d’être vu pour son aspect militant. Malheureusement, les clichés de mise en scène et scénaristiques des films indiens Bollywoodiens sont encore trop appuyés pour que la crédibilité du film soit maximale. Toutefois, les actrices marquent les esprits et sont vraiment convaincantes.

La saison des femmes : Bande-annonce

La saison des femmes : Fiche Technique

Titre original : Patched
Réalisatrice : Leena Yadav
Scénario : Leena Yadav
Interprétation : Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla, Lehar Khan, Riddhi Sen, Mahesh Balraj…
Photographie : Russell Carpenter
Montage : Kevin Tent
Musique : Hitesh Sonik, Swanand Kirkire
Direction artistique : Armadeep Behl
Producteurs : Leena Yadav, Ajay Devgn, Aseem Bajaj, Gulab Singh, Rohan Jagdale
Sociétés de production : Shivalaya Media Entertainment, Blue Water Productions
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 116 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 20 avril 2016

Inde – 2016

Vivre dans la peur, un film d’Akira Kurosawa : critique DVD

Synopsis : Le professeur Harada, dentiste de profession, est consultant auprès d’un tribunal. Il est appelé pour donner son avis sur un cas particulier : des enfants veulent placer leur père, Kiichi Nakajima, sous tutelle en le déclarant irresponsable. En effet, depuis un moment, celui-ci, terrorisé par la bombe atomique, déclare qu’il veut fuir au Brésil en amenant toute sa famille.

Juste après Les Sept Samouraïs, Akira Kurosawa signe un film politique et un drame émouvant sur le péril nucléaire

En 1955, Akira Kurosawa est un cinéaste mondialement connu. Le Lion d’or et l’Oscar du meilleur film étranger attribués à Rashômon ont fait de lui le premier réalisateur japonais dont les films sont présentés en Occident. Ses œuvres connaissent un succès rare.

La place de Vivre dans la peur, coincé chronologiquement entre Les Sept Samouraïs et Le Château de l’Araignée (c’est-à-dire entre deux des plus grands chefs-d’œuvre du cinéaste, et ce n’est pas peu dire), fait que ce film est souvent considéré comme mineur actuellement, dans l’ombre de deux monuments. Pourtant, malgré quelques maladresses, Vivre dans la peur est un très bon film et son sujet peut toujours toucher les spectateurs actuels.

Qui est le plus fou ?

Dès la fin de la guerre, le Japon est occupé par les Américains. La censure officielle est finie depuis 1949, mais il reste des sujets tabous. Les bombes atomiques en font partie. Généralement, les grands studios refusent de produire des films traitant directement d’Hiroshima ou Nagasaki. Mais le sujet, encore présents dans bien des esprits, ne peut être tu trop longtemps. Et, en ce milieu des années 50, on le voit resurgir de façon indirecte. En 1954, Ishirô Honda (qui avait été l’assistant réalisateur de Kurosawa sur Chien enragé) réalise Godzilla, l’histoire d’un monstre qui ravage les villes nippones après avoir été réveillé par des essais nucléaires.

Un an plus tard, Akira Kurosawa s’attaque au sujet, mais pas frontalement. Lui qui était si humaniste, si proche de ses personnages, va parler de la bombe à travers le portrait d’un personnage particulier, un chef d’entreprise que la peur d’une attaque nucléaire va entraîner dans la folie.

Et au lieu de faire de longs discours, Kurosawa va plutôt employer les moyens que lui offre le cinéma pour implanter une ambiance anxiogène et nous faire partager cette peur. La chaleur étouffante, les éclairs violents, la pluie quasiment incessante, tout rappelle ces explosions qui peuvent survenir à chaque instant.

Car, dans ce film, il n’est pas question de se souvenir d’Hiroshima ou Nagasaki (comme ce sera le cas dans un des derniers films du cinéaste, Rhapsodie en août, film sur la mémoire de ces catastrophes). Ici, il s’agit plutôt de prévenir un peuple jugé trop insouciant que le cataclysme nucléaire peut resurgir à chaque instant. Comme le dit un médecin à la fin du film : « Est-ce vraiment lui le fou, ou est-ce nous, qui restons impassibles en ces temps de folie ? ». Le film se veut donc un cri d’alerte face à un peuple nippon que Kurosawa juge inconscient, trop occupé à reconstruire un pays et à profiter du grand boom économique que vit alors l’archipel.

Peuple sous tutelle

« Vous ne pouvez rien faire », dira un personnage en parlant à Nakajima. La mise sous tutelle de ce père de famille présente deux aspects essentiels à l’histoire. D’un côté, elle montre bien les changements sociaux survenus au Japon. Depuis l’ère Meiji et son ouverture à l’Occident, mais surtout avec l’occupation américaine, la société nippone s’est fortement occidentalisée et s’est éloignée de ses valeurs traditionnelles. Ici, Kurosawa montre bien la disparition du respect dû aux anciens, qui était pourtant une part essentielle de la culture japonaise. Voir Nakajima s’agenouiller et s’humilier pour supplier ses enfants, c’est bien assister à la déchéance honteuse d’un père de famille, quelque chose qui était inconcevable dans le Japon classique.

Et c’est bien là une des sources d’incompréhension entre le père et ses enfants. Kiichi vit dans le passé. Avec sa femme et les maîtresses qu’il entretient au vu et au su de tout le monde, il se comporte en seigneur médiéval et paraît complètement décalé aux yeux de ses enfants, ce qui justifie, en partie, la mise sous tutelle.

Mais cet acte est aussi symbolique de l’état du Japon en 1955, pays toujours occupé par les Américains où le gouvernement n’est pas totalement libre de faire ce qu’il veut. Aux yeux de Kurosawa, c’est comme si tout le peuple japonais était mis sous tutelle, ne pouvant décider souverainement de l’attitude à tenir en cette période de Guerre Froide (alors que la guerre de Corée s’est déroulée à quelques encablures seulement).

En bref, Kurosawa, avec sa maîtrise habituelle de la mise en scène, fait un film émouvant et effrayant à la fois, non dénué d’enjeux politiques. Et si on pourrait lui reprocher d’avoir abusé du maquillage pour vieillir Mifune, il faut quand même recommander ce très beau film qui s’inscrit pleinement dans les thématiques du génial cinéaste.

Vivre dans la peur est édité aux éditions Wild Side ; le coffret DVD+ Blu-ray + livret sort le 27 avril 2016

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Vivre dans la peur – Extrait

Vivre dans la peur- Fiche technique

Titre original : ikimono no kiroku
Réalisateur : Akira Kurosawa
Scénario : Shinobu Hashimoto, Hideo Oguni
Interprètes : Toshiro Mifune (Kiichi Nakajima), Takashi Shimura (Harada), Kyoko Aoyama (Suê), Minoru Chiaki (Jiro)…
Photographie : Asakazu Nakai
Musique : Masaru Satô, Fumio Hayasaka
Production : Sôjirô Motoki
Société de production : Toho Company
Société de distribution : Toho Company
Durée : 100 minutes
Genre : Drame
Date de sortie (France) : avril 1956

Japon- 1955