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The Girlfriend Experience S1, série de Seimetz & Kerrigan : Critique

D’abord lymphatique et presque inconsistante dans son caractère sensuel, The Girlfriend Experience s’élève et se révèle d’épisode en épisode, cédant la place à un thriller psychologique perspicace et fascinant, à l’image de son personnage.

Synopsis : Jeune et jolie étudiante en droit, Christine est prise comme stagiaire dans un célèbre cabinet d’avocats. Rapidement, ses études coûteuses et sa libido vont la conduire à rejoindre le monde secret des escorts girls.

Un jeu complexe :

Le vernis qui semble au départ recouvrir une jeune femme ambitieuse, froide et vaguement apathique se craquelle peu à peu pour laisser deviner à la fois les faiblesses et le génie du personnage brillamment interprété par Riley Keough. Christine Reade est une étudiante extrêmement intelligente. Elle joue son rôle à la perfection : la comédie de la vie, du travail, où tout est écrit et appris par cœur. On pourrait même y voir quelques traits autistiques tant son quotidien est réglée, solitaire et tant sa relation aux autres, à ses collègues et à sa famille semble compliquée et douloureuse.
Christine n’a pas d’ami, comme elle le dit si bien. Elle ne fait confiance à personne, ne se livre pas, garde tout pour elle jusqu’à en avoir le souffle coupé. On lui a d’ailleurs conseillé de « respirer », le meilleur conseil qu’on lui ait donné dit-elle. Mais lorsque l’ennemi viole son jardin secret, tout-à-coup, elle suffoque. Christine est humaine, Christine est fragile.

Alors, pour ne pas perdre le contrôle, l’étudiante a un garde-fou : le sexe, seul plaisir qu’elle s’autorise, seul moment de relâche où elle se permet de fermer les yeux. Et lors de ses ébats, elle se détend complètement et s’échappe un instant de sa difficile réalité. Surprise dans un moment d’intimité par une caméra, Christine n’en reviendra pas elle-même et regardera à plusieurs reprises ce film où elle se masturbe. Avec une certaine curiosité, la belle observera cet acte réconfortant où elle paraît vraiment prendre du plaisir…être heureuse peut-être ? Car dans cette vie factice, le bonheur et l’amour semblent lui manquer cruellement. Sans doute un amour paternel dirons-nous ; en témoignent son attachement à Michaël et les larmes versées pour le sexagénaire…

Une série génésique :

Certains diront que The Girlfriend Experience est dérangeante, voyeuriste, qu’elle s’attaque aux tabous de façon peut-être éhontée mais, à travers les yeux de Christine – qu’on suit de près, caméra au-dessus de son épaule ou dans son dos –, c’est le naturel de la chose qui nous éclate au visage.
Car la corruption est partout dans la série : dans ce cabinet juridique, dans la famille de Michaël prête à tout pour récupérer l’héritage, dans la fausse amitié d’Avery, dans l’agence d’escorts et même (et surtout) dans l’amour mensonger et perverti de son client Jake. Mais elle déserte les draps du personnage, où l’acte est simple, propre, libérateur. Ici, point de perversion. Le sexe est décrit comme un geste naturel et « normal » qui tranche avec l’aspect malsain et angoissant de tout le reste. La sexualité devenant ainsi le seul temps calme et serein de la série. Au-delà du thriller sulfureux, The Girlfriend Experience est une expérimentation sociologique, une étude des relations humaines dans un contexte où l’argent et l’ambition salissent tout. L’escort est une compagne, une thérapeute qui tente de se sauver par la même occasion. Et pas question d’en avoir honte. Avec délicatesse, Riley Keough interprète ce personnage volontaire, énigmatique et charnel, qui lutte contre les conventions manichéennes et patriarcales.
Droite comme un i, Christine restera fière, courageuse, insaisissable et, finalement, insalissable.
Adaptée du film de Steven Soderbergh, The Girlfriend experience est décidément une série originale, intelligente et subtile qui, si elle ne plaît pas à tout le monde, ne manquera pas de piquer l’intérêt du spectateur.

Retrouvez la bande-annonce et la critique des épisodes 1 à 4 : Ici

Fiche Technique : The Girlfriend Experience

Titre original : The Girlfriend Experience
Genre : Série dramatique, thriller
Production : Steven Soderbergh, Philip Fleishman, Lodge Kerrigan, Amy Seimetz
Acteurs principaux : Riley Keough, Paul Sparks, Mary Lynn Rajskub, Briony Glassco, Kate Lyn Sheil, Alexandra Castillo
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : Starz
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 13
Durée : 30 minutes
Diff. originale : 10 avril 2016 – en production

États-Unis – 2016

Selon Charlie, un film de Nicole Garcia : critique

Raconter ces moments fugitifs dans une vie où l’on est amené à cesser de se laisser porter par une confortable routine et où l’on doit faire des choix, c’est la trame de Selon Charlie.

Synopsis : Une ville au bord de l’Atlantique, hors saison. Trois jours, sept personnages, sept vies en mouvement, en quête d’elles-mêmes, qui se croisent, se ratent, se frôlent, se percutent et qui en se quittant, ne seront plus jamais les mêmes.

Le cœur des hommes

Nicole Garcia choisit pour cela de bâtir son film autour de sept hommes qui ne se connaissent pas mais dont les existences vont se heurter l’espace d’un instant. A travers les destinées de chacun d’entre eux, la réalisatrice explore différentes manières d’être un homme. Qu’un regard masculin soit porté sur un personnage féminin, cela confine au lieu commun tant les exemples sont nombreux, la réciproque en revanche est moins connue. A l’inverse du film documentaire qui s’appuie sur une situation existante et tisse autour d’elle sa narration, le cinéma de fiction crée – presque – une histoire ex nihilo. Cette contrainte nécessaire implique l’élaboration de protagonistes identifiables afin que leur appréhension ne vienne pas parasiter la fluidité de l’intrigue. Ainsi, à l’image de ce que ce qui s’est toujours fait dans les contes, les héros sont plus ou moins réduits à des personnages types lors de la phase d’exposition (tout l’intérêt résidant bien sûr dans la capacité à se départir de cette typicité). En multipliant par sept, Nicole Garcia prend le parti de proposer une vision fractionnée du genre masculin, au risque de ne pas toujours développer suffisamment chacun de ses protagonistes.

Le portrait est sans concession et s’attache surtout à décrire les revers de l’ambition, les blessures d’ego et les petites lâchetés du quotidien. Ce choix de réalisation, assez largement critiqué à la sortie du film en 2006, est concomitant de la volonté de placer les héros face à une situation charnière de leur vie qui amène à la résurgence de douleurs passées, et donc au dévoilement de faiblesses. La crise est un ressort scénaristique des plus fréquents, c’est finalement ce qui déclenche l’intrigue, ni plus ni moins. La décision d’associer personnages bancals et situation critique se justifie donc parfaitement ; il semble que les griefs viennent surtout du portrait peu flatteur que fait la réalisatrice de ce panel masculin. Chacun est juge… En outre, on peut regretter que les femmes de ce film soient reléguées au second plan. Leur présence physique à l’écran est faible, même si elles font pourtant partie intégrante de l’histoire (femme trompée ou mari cocu, maîtresse ou amant, les deux cas se retrouvent dans le film). En voulant filmer un portrait d’hommes, la cinéaste a négligé les rapports entre ses héros et les femmes qui partagent leur vie, et plus largement des rapports sociaux entre les êtres, qui sont peu mis en avant.

Établir un récit choral n’est pas une chose aisée : il s’agit de ne pas se perdre dans les ramifications d’une intrigue à plusieurs voix, au risque de tomber dans des longueurs narratives, ou à l’inverse de pécher par brièveté. Le scénario de Selon Charlie est habilement construit et évite ces écueils. Le film navigue en permanence de l’un à l’autre des sept, et tout ceci avec fluidité. Rien n’est gratuit, chaque heurt est maîtrisé et a une valeur particulière pour la suite de l’histoire. Tous les personnages n’ont pas la même importance, une hiérarchie pyramidale s’est mise en place pour souscrire aux exigences scénaristiques. Les rôles joués par Vincent Lindon, Patrick Pineau, Benoît Poelvoorde et Arnaud Valois viennent soutenir les interprétations de Jean-Pierre Bacri et Benoît Magimel. Ces derniers jouent respectivement Jean-Louis, le maire, et Pierre, le professeur de SVT, ancien collaborateur de Mathieu – Patrick Pineau, l’archéologue par qui le scandale arrive. Ils bénéficient d’une attention toute particulière de la part de la cinéaste qui leur dédie une place plus grande à l’écran et rend leurs personnages plus complexes. Les quatre autres rôles insufflent une dynamique au scénario, mais ce sont réellement Bacri et Magimel les héros du film. Ferdinand Martin, le Charlie du titre, dispose d’un statut différent : il est un vecteur de relations, entre les protagonistes bien sûr mais aussi auprès du spectateur. Charlie est un jeune garçon presque insignifiant, et cette neutralité est notre point d’accès à l’intrigue. « A travers Charlie » serait plus exact que « selon Charlie ».

Avec ce cinquième long métrage, Nicole Garcia filme des hommes en privilégiant leurs failles et leurs défauts, sans pour autant en faire un portrait désespérant. Il est dommage toutefois que la cinéaste n’ait pas cherché à mettre plus en avant les interactions et les liens sociaux. Ses personnages sont promis à être des « hommes de solitude », à l’image de ce squelette de premier homme découvert par Mathieu, figé dans les glaces, loin des siens, définitivement seul.

Selon Charlie : fiche technique

Réalisation : Nicole Garcia
Scénario : Jacques Fieschi, Nicole Garcia, Frédéric Bélier-Garcia
Interprétation : Jean-Pierre Bacri (Jean-Louis), Benoît Magimel (Pierre), Vincent Lindon (Serge), Benoît Poelvoorde (Joss), Patrick Pineau (Mathieu), Arnaud Valois (Adrien), Ferdinand Martin (Charlie), Minna Haapkylä (Nora), Sophie Cattani (Séverine), Philippe Lefebvre (Pierre-Yves), Samir Guesmi (Mo)…
Photographie : Stéphane Fontaine
Montage : Emmanuelle Castro
Son : Nicolas Moreau
Production : Alain Attal, Jean-Philippe Blime
Distribution : Mars Distribution
Durée : 111 minutes (140 dans la version longue)
Genre : Drame
Date de sortie : 23 août 2006France- 2006

Un homme à la hauteur, un film de Laurent Tirard : Critique

Après nous avoir tous deux offert de belles performances fin 2015, il semblait logique de réunir Virginie Efira (Le goût des merveilles) et Jean Dujardin (Un + une) le temps d’une comédie romantique. Avec Un homme à la hauteur, ils nous proposent une histoire sympathique, autour d’une rencontre originale, qui devrait faire sourire le public tout le long du film.

Synopsis : En rentrant chez elle, Diane (Virginie Efira) reçoit un coup de téléphone d’un inconnu du nom d’Alexandre (Jean Dujardin), qui lui annonce qu’il a récupéré son portable. Après une petite discussion, il lui demande un rendez-vous à déjeuner afin de lui rendre et pouvoir faire plus ample connaissance. Le lendemain, Diane a la surprise de découvrir qu’en réalité il s’agit d’une personne de petite taille.

Voir plus grand, mais surtout voir plus loin.

Ce fut une bonne idée de rencontrer dans le même long-métrage pour la première fois ces deux acteurs connus du paysage cinématographique français. Ils montrent une forte alchimie l’un pour l’autre, et nous ressentons une vraie empathie pour leurs personnages, séparés par 40 centimètres, mais qui iront au-delà de cette différence de taille pour vivre leur romance et s’aimer.

Comme souvent, nous avons un scénario classique reprenant les codes de la comédie traditionnelle : une rencontre entre un homme et une femme qui se découvrent, et qui s’apprécient jusqu’à tomber amoureux. Puis un obstacle qui force les héros à se séparer. Ici ce seront les difficultés de Diane à vivre avec une personne plus petite, jusqu’à ce qu’elle réalise son erreur et décide de retrouver l’homme qu’elle aime pour le reconquérir.
L’humour permet à la fois d’être représentatif de certains clichés sur les individus plus petits, mais surtout de casser le préjugé pour qu’on aille au-delà. Autrement dit, l’ensemble des situations burlesques créé un statut inconfortable pour Alexandre mais le rend encore plus attachant et amusant pour le spectateur finalement.

Par conséquent, le but de ce film est de présenter le caractère et l’état d’esprit d’un nain afin de représenter l’ensemble de cette communauté pouvant s’assimiler au personnage de Dujardin, avec de l’autodérision et de l’ironie, bien gérées dans l’écriture, afin d’alléger les difficultés et à priori sur ces individus sans forcément les victimiser.
De plus, le sujet permet, grâce au rôle de Virginie Efira, de comprendre également le point de vue de nombreuses personnes qui ne se voient pas vivre avec un nain, au départ, et qui réfléchissent à deux fois avant d’imaginer construire une relation avec lui.
L’ambition d’Un homme à la hauteur est donc de raconter d’une part, une comédie touchante et légère, mais aussi d’apporter un message en toile de fond, celui de ne pas rentrer forcément dans la pensée commune en imaginant les nains comme des handicapés avec un problème physique – comme le fait la mère de Diane après avoir appris que sa fille en aimait un.

La technique et les effets spéciaux ont une place importante et sont aussi à relever. En effet, le réalisateur, Laurent Tirard, aurait pu choisir un vrai nain pour jouer Alexandre, mais la décision de prendre Jean Dujardin pour le rôle est très audacieuse. Cela montre encore une fois tout son talent d’acteur de pouvoir jouer un rôle vraiment différent de ce qu’il a l’habitude d’interpréter, permettant donc aux deux vedettes de travailler d’une tout autre manière pour ce long-métrage.
Malgré les fonds verts, une doublure, et une mise en scène particulière jouant sur les perspectives et les échelles de plans, cela n’a pas empêché d’apporter une interprétation sincère et poignante de la part des deux comédiens en dépit des difficultés.

Nous aurons plaisir à suivre cette union particulière qui concernent beaucoup de couples et qui sont très peu représentés à l’écran. Ainsi, Un homme à la hauteur est un bon divertissement, certes déjà vue et assez familier dans sa construction, mais avec une touche de nouveauté.

Un homme à la hauteur : Bande-annonce

Un homme à la hauteur : Fiche Technique

Réalisation : Laurent Tirard
Scénario : Laurent Tirard
Interprétation : Jean Dujardin (Alexandre), Virginie Efira (Diane), Cédric Kahn (Bruno), César Domboy (Benji), Myriam Tekaïa (Stéphanie), François-Dominique Blin (Sébastien).
Décors : Françoise Dupertuis
Costumes : Valérie Artiges-Corno
Photographie : Jérôme Altéras
Montage : Valérie Deseine
Musique : Eric Neveux
Producteurs : Sidonie Dumas, Vanessa van Zuylen
Sociétés de production : VVZ Productions, Gaumont, Creative Andina, Scope Pictures
Société de distribution : Gaumont (France et Monde)
Durée : 98 minutes
Genre : comédie
Date de sortie : 4 Mai 2016
France – 2016

Cannes 2016 & OCS : Pleins feux sur Keanu Reeves !

Dans le cadre du Festival de Cannes, OCS prévoit deux soirées consacrées à Keanu Reeves.

Fans de Keanu, en mai, préparez-vous à être comblés ! L’acteur sera à l’affiche de The Neon Demon, en compétition à Cannes et fera l’objet de deux soirées spéciales sur OCS.

Le 7 mai à 20h, OCS Max proposera une émission CINE, SERIES & CIE spéciale Keanu Reeves. Présentée Sophie Soulignac avec Charlotte Blum et Stéphane Charbit, ce programme unique reviendra sur la filmographie de l’acteur et ses projets en tant que réalisateur (notamment Henry’s Crime). De Point Break à Knock Knock, en passant par Constantine, nous suivrons le parcours de ce passionné de cinéma et découvrirons comment il en est venu à s’interroger sur son Art avec son documentaire Side by Side : la révolution numérique. Pour Madame est Série(s), Charlotte Blum recueillera les confidences de Keanu Reeves à propos de cette révolution et de ses goûts en matière de séries télé. Elle tentera de comprendre comment les séries ont abordé le passage de la pellicule au numérique.

Dès le 16 mai à 23h sur OCS City, vous pourrez enfin visionner Side by Side, le film fascinant de Keanu composé d’interviews exceptionnelles des plus grands noms d’Hollywood : Martin Scorsese, David Lynch, Christopher Nolan, George Lucas… Un documentaire qui traite de l’adaptation de l’industrie cinématographique au numérique et de l’impact de telles avancées technologiques… Est-ce la fin de la pellicule ? Quels bouleversements génèrent le numérique ?

Keanu Reeves a récemment signé son retour devant la caméra et sera à l’affiche de Suspicions le 9 mai et surtout de The Neon Demon, présenté au Festival de Cannes. Réalisé par un habitué du cinéma choc, Nicolas Winding Refn, ce dernier est annoncé comme « un film d’horreur cannibale chez les tops models » par le délégué général du festival, Thierry Frémaux. Dans une bande-annonce magique et sanglante, on découvre Elle Fanning et Christina Hendricks aux côtés de l’acteur. Le sujet du film : le mannequinat, objet de désirs, de fantasmes, de jalousie et de perversion…

The Neon Demon : Teaser trailer

OCS est disponible sur la TV d’Orange, Canalsat, la box de SFR, Numericable, la Bbox de Bouygues Telecom, la Freebox, Fransat, PlayStation, Parabole, Tahiti Nui Satellite, My.T, GOtv, Réglo TV et Vialis. Pour plus d’informations : www.ocs.fr

Cannes 2016 : Victoria de Justine Triet (Semaine de la Critique)

La Review de Cannes : Victoria de Justine Triet

Synopsis : Victoria Spick, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu’elle a sorti d’affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime. Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu’elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d’une série de cataclysmes pour Victoria.

            Quel réjouissant  film d’ouverture de la Semaine de la Critique que ce Victoria, second long métrage de Justine Triet porté par une Virginie Efira qui s’émancipe enfin -mais pas trop- de ses rôles de comédies romantiques un peu trop formatées. On se souvient de Justine Triet avec la sensation qu’elle avait faite en 2013 et La Bataille de Solférino à l’ACID. Désormais exit la forme semi-fiction, semi-documentaire de son précédent film et place à une forme plus conventionnelle -certes- mais élégamment plus maîtrisée. Il y a un sens du cadre, de la lumière tamisée, de l’utilisation de la musique qui donne à cette oeuvre un parti-pris pop, électrique, inarrêtable. Comme si la vie filait à toute vitesse.

            Il faut dire que la situation n’est pas simple pour Victoria pour qui tout va trop vite. Elle qui tente de combler maladroitement ses ardeurs sexuelles avec des rencontres d’un soir, de gérer sa carrière d’avocate, de faire face à un ex-mari qui dévoile sa vie sur un blog, de s’occuper de ses deux filles et de l’arrivée impromptue d’un de ses anciens clients. Tout ce bordel existentiel donne au personnage de Victoria une profondeur remarquable qui en fait un personnage féminin incontestablement moderne.

 

            A ce petit jeu, Virginie Efira passe par tous les états, de l’insouciante femme moderne à la névrosée au bord du burn-out en passant par l’amoureuse refoulée qui tente de remettre de l’ordre dans sa vie. C’est ça Victoria, une femme qui s’amuse, bois, baise, tombe, dépérit et déborde de vie. Virginie Efira n’hésite pas à donner de son corps pour apporter une sensualité suave bienvenue et contrebalance tout en nuance avec ce personnage affolé. A côté d’elle, Vincent Lacoste trouve également un rôle à sa mesure et peut voir ce film comme un passage de flambeau entre l’adolescent un peu gauche et le jeune homme à fière allure, dont la ressemblance avec Louis Garrel devient de plus en plus troublante.

            Tout comme son précédent film, Justine Triet use du comique de situations pour apporter une fraîcheur et une dimension absurde bienvenue. On s’amuse de ce procès où tout repose sur les témoignages d’un chien diagnostiqué possessif ou d’un chimpanzé photographe. Mais derrière la comédie se cachent des personnages pathétiques, tristes dans leur vie et dont l’angoisse existentielle en font des personnages facilement identifiables. De ce parcours chaotique d’une jeune quadra, on rit, on s’émeut, on déprime et on applaudit. Justine Triet maîtrise comme personne ces écarts émotionnels et font de Victoria un film drôle et inattendu. Parmi toutes les rom-coms qui inondent les écrans français, Justine Triet fait de Victoria un film presque OVNI tant il s’avère ni plus ni moins que l’une des plus audacieuses et borderlines comédies romantiques.

            Victoria est le portrait drôle, contemporain et sensible d’une névrosée bordélique, facilement rattachable à toute une génération d’actifs dépassés par le bordel de la vie. Sans doute le plus beau rôle de Virginie Efira.


Victoria

Un film de Justine Triet
Avec Virginie Effira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…
Distributeur : Le Pacte
Durée : 97 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 14 septembre 2016
France – 2016

La Porte du Paradis, un film de Michael Cimino : critique

Synopsis : Wyoming, comté de Johnson, 1890. Alors que les immigrés fuyant l’Europe arrivent par milliers, une association de riches propriétaires et éleveurs recrute 50 tueurs à gages et établit une liste de 125 étrangers à abattre.

Film maudit et chef d’œuvre éblouissant, l’épopée de Michael Cimino revisite le mythe de l’Amérique

En 1978, Michael Cimino est devenu un des cinéastes à la mode à Hollywood. Le jeune scénariste protégé par Clint Eastwood, qui produira son premier film, Le Canardeur, en 74, vient de remporter l’Oscar du meilleur réalisateur pour Voyage au bout de l’Enfer, son deuxième long métrage qui fait l’unanimité autour de lui. Le succès est tel que le cinéaste se voit confier carte blanche pour son film suivant.

Le résultat sera dantesque : projet pharaonique, tournage interminable, campagne de presse désastreuse alors que le film était encore loin d’être achevé, attaques personnelles contre le cinéaste, première sortie calamiteuse, nouveau montage en catastrophe. Et surtout, désastre financier qui entraîne la faillite de la United Artists et qui brise net la carrière d’un des cinéastes les plus prometteurs et les plus talentueux de l’époque.

L’Amérique de l’injustice sociale

Les attaques furent de plusieurs ordres. D’abord, bien entendu, la cible fut l’histoire racontée. Le scénario s’inspire de la Johnson County War, authentique épisode historique remanié par Cimino. Le réalisateur dresse alors le portrait peu glorieux d’une Amérique fondée sur l’injustice sociale. « Ce pays est dangereux quand on est pauvre », dira un des personnages. Cimino nous montre ce qu’il convient d’appeler une lutte des classes, où des riches tout-puissants, ayant le soutien des dirigeants politiques, refusent non seulement le partage des richesses, mais aussi l’accession à leur statut. Les classes sociales sont hermétiquement closes et se reproduisent entre elles (les enfants de riches vont à Harvard où ils apprennent à diriger le pays).

En cela, c’est tout le mythe du Rêve Américain que Cimino réduit à néant. Non, il n’est pas possible, lorsque l’on est pauvre, de devenir riche et de réussir socialement. Les cloisons sociales sont closes. Pire ! Les pauvres dérangent, on lance contre eux toutes sortes d’accusations : ils sont sales, ce sont des voleurs et des anarchistes. Avec beaucoup d’intelligence, Cimino ne dresse pas non plus un portrait idyllique de ces foules immigrées. Oui, il y a parmi elles des voleurs et des fauteurs de troubles, mais rien ne justifie l’attaque criminelle qui leur est opposée.

Personnages ambigus

Une des critiques contre le film concernait les personnages. Il est vrai qu’une des forces de La Porte du Paradis est d’échapper au manichéisme primaire et de proposer des caractères ambigus, impénétrables car constamment vus de l’extérieur. Cette volonté de ne pas tomber dans la caractérisation psychologique fait que son film n’a pas, à proprement parler, de héros, ce qui, dans un western, est particulièrement novateur. Une preuve de plus que Cimino parvient à la fois à employer les codes du genre et à les détourner avec intelligence et originalité.

James Averill (Kris Kristofferson) n’est ainsi pas le grand défenseur du droit et de la justice que l’on voudrait voir. Il apparaît avant tout comme un homme seul. « Je ne te connais pas. Personne ne te connaît », lui dira Ella (Isabelle Huppert). Rejeté par les riches qui voient en lui un traître à sa classe sociale, pas vraiment accepté par les pauvres qui ne comprennent pas pourquoi il n’agit pas plus tôt, il est complètement isolé. Seul dans ce train qui l’emmène au Wyoming, seul dans les grandes plaines, seul sur le bateau dans cette scène finale extraordinairement émouvante, il est celui qui n’appartient à aucune classe, à aucun camp.

Son attitude face aux événements reflétera cette ambiguïté sociale. Manifestement révolté par la décision de l’Association de financer l’assassinat de 125 immigrés, il ne va cependant pas agir, même lorsqu’il apprendra qu’Ella, sa « fiancée », est sur la liste noire. Procrastination, refus de s’opposer frontalement à ses anciens camarades de Harvard, fatigue générale, volonté de fuir, les raisons possibles sont multiples, mais rien n’est dit avec clarté et certitude. Cimino privilégie des personnages complexes et inexplicables.

Epopée moderne

Avec La Porte du Paradis, Michael Cimino réalise une épopée à la fois classique et moderne. Avec son alternance entre scènes de foule et d’intimité, entre action et mélancolie, le cinéaste ménage un rythme idéal. Malgré sa longueur, le film n’ennuie pas un seul instant. Les éléments indispensables au genre sont présents : amour, paysages splendides, fusillades, cavalerie, casting impressionnant, magnifique musique. Le spectacle est total, et tout y est maîtrisé, des cadrages à la musique.

Mais Cimino cherche également à s’affranchir des codes du genre. Par la virulence de son attaque politique, par son refus systématique de reprendre le mythe de la fondation de l’Amérique, par sa violence permanente, par sa façon inédite de filmer les foules prises dans un mouvement constant (que ce soit pour danser ou pour se tirer dessus), La Porte du Paradis est un film novateur, dont le regard désabusé ne pouvait pas être accepté par les Etats-Unis de Reagan. Ce n’est qu’avec le recul, et grâce à la copie restaurée sortie il y a quelques années, que ce film a pu prendre la place qui lui est due, celle d’une des œuvres les plus belles et les ambitieuses du cinéma américain.

La Porte du Paradis : Bande annonce

La Porte du Paradis : Fiche technique

Titre orignal : Heaven’s gate
Scénario et réalisation : Michael Cimino
Interprétation : Kris Kristofferson (James Averill), Isabelle Huppert (Ella), Christopher Walken (Nate Champion), John Hurt (William Irvine), Sam Waterston (Frank Canton), Brad Dourif (Mr. Eggleston), Jeff bridges (John L. Bridges), Joseph Cotten (The Reverend)…
Montage : Lisa Fruchtman, Gerald Greenberg, William Reynolds, Tom Rolf
Photographie : Vilmos Zsigmond
Musique : David Mansfield
Décors : James Berkey, Josie MacAvin
Costumes : J. Allen Highfill
Production : Joann Carelli
Société de production : Partisan productions
Société de distribution : United Artists
Budget : 44 millions de dollars
Durée : 216 minutes
Genre : western, drame
Date de sortie en France : 22 mai 1981

Etats-Unis-1980

TCM Cinéma Programme : Crossing Guard, un film de Sean Penn : Critique

[Critique] Crossing Guard

Un film disponible sur TCM Cinéma à partir du 22 mai 2016, à l’occasion de la soirée Spéciale Vilmos Zsigmond

Synopsis : Après avoir purgé une peine de six ans pour avoir accidentellement tué une gamine alors qu’il conduisait en état d’ivresse, John Booth sort de prison, bien décidé à absoudre ses torts. Freddie Gale, le père de la jeune défunte va enfin pouvoir se venger, il décide alors de lui laisser trois jours de sursis.

Double Penn

Son premier film, The Indian runner (1991), nous avait déjà prouvé que, derrière la caméra, l’ancien enfant terrible d’Hollywood Sean Penn était capable de faire preuve d’une extrême sensibilité. Quatre ans plus tard, il remet le couvert quand, marqué par le décès prématuré du fils son ami Eric Clapton alors que lui-même venait d’avoir son premier enfant, il se lance dans l’écriture, la production et la réalisation d’un étonnant long-métrage sur fond d’interrogation sur la culpabilité autodestructrice face à un tel drame. Ce sentiment va prendre la forme de deux schémas comportementaux radicalement opposés : Celui un père endeuillé qui sombre dans un désir de vengeance au point de perdre toutes ses attaches avec ce qui lui reste de famille, et de l’autre celui d’un tueur accidentel rongé par un besoin rédemption qui tourne à l’obsession. La possibilité ou non de pardonner, à l’autre comme à soi, est ainsi l’enjeu de ce face à face qui, plutôt que d’être frontal va passer par une étude approfondie de ses deux antagonistes.

La problématique du pardon va d’ailleurs implicitement dépasser le cadre du fait divers sordide pour atteindre une dimension plus universelle et historique via le simple choix du nom de ce chauffard (John Booth n’étant ni plus ni moins que l’assassin de Lincoln, une similitude qu’il est difficile d’admettre comme anodine !).

Le postulat de départ pose d’entrée de jeu le doute quant à la tournure que va prendre le scénario : Allait-il se présenter à la façon d’un revenge movie, adoptant le point de vue de cet homme qui trouve légitime de se faire justice lui-même, ou à l’inverse d’un mélodrame psychologique autour de ce tueur, rendant larmoyants l’expression de ses remords et son impossibilité de faire à la fois le deuil de ce qu’il a commis parallèlement à sa réinsertion sociale ? Mais Sean Penn est bien trop malin pour s’être laissé enfermer dans l’un ou l’autre de ces moules cinégéniques préconçus, préférant laisser toujours plus de place à la part sensible et à l’humanité amochée de ses personnages.

Pour cela, il installe deux astuces, qui vont devenir l’alpha et l’oméga de sa réalisation : D’abord, celle de faire du père un être violent bien plus antipathique que cet ex-taulard plein de tendresse, brouillant ainsi les cartes du manichéisme propre à la dualité entre victime et bourreau, mais surtout celle de mettre en place un montage alterné au rythme apaisé qui donne le temps à leur détermination et leurs doutes de se creuser. Le réalisateur créé ainsi un terrain d’observation idéal pour scruter les blessures internes de ces deux hommes brisés, en particulier dans leurs façons contradictoires mais finalement convergentes de se comporter avec les femmes qui les entourent, marquant bien que la prise de conscience de leurs faiblesses respectives se révèle être un frein à leur reconstruction affective, et aussi – et c’est là que le film est porteur d’un terrible fatalisme – que l’aura de la jeune fille morte six ans plus tôt suscite toujours plus de passion que ne peuvent en fournir les vivants.

Grâce au travail du légendaire chef opérateur Vilmos Zsigmond, le chasser-croiser entre les deux hommes va se faire dans un Los Angeles filmé majoritairement de nuit. Des images nocturnes d’une beauté plastique qu’il faudra attendre près de dix ans, et le Collateral de Michael Mann, pour se faire égaler. Un tour de force technique consolidé par le soin avec lequel Sean Penn s’applique à filmer ses acteurs, et en particulier dans cette langoureuse scène d’ouverture où Jack Nicholson erre dans la foule au rythme du magnifique Missing de Bruce Springsteen. A noter d’ailleurs l’usage de ralentis, déjà présents dans Indian Runner où ils appuyaient la violence de certains gestes, mais qui sont à l’inverse ici révélateurs de la solitude de ceux qui les accomplissent.

Le générique d’ouverture, une scène mythique :

C’est incontestable, Sean Penn aime ses acteurs. Le rôle de ce père vengeur borderline semble avoir été écrit pour Jack Nicholson, à qui Penn redonnera le rôle principal de son The Pledge six ans plus tard, et que David Morse, dont les studios semblent incapable de prendre conscience du potentiel, ait été rappelé après The Indian Runner sont les preuves de l’indéfectible fidélité du réalisateur envers ses comédiens. Le choix le plus audacieux du casting est sans aucun doute celui qui a consisté à faire prêter les traits de l’ex-femme du personnage de Jack Nicholson à Anjelica Huston, autrement dit à l’ex-femme de Jack Nicholson. Ce pari est une réussite, puisque les scènes qu’ils partagent sont d’une intensité conflictuelle imparable. Leur tête-à-crossing-guard-anjelica-huston-jack-nicholsontête dans le snack est d’ailleurs l’une des scènes les plus fortes du film.

Mais ce casting n’est-il pas non plus la limite du long-métrage, car après tout, que retient-on de Crossing Guard sinon le souvenir d’un Nicholson dans un rôle taillé sur mesure ? Certainement le développement de son intrigue, fâcheusement pauvre en rebondissements. Nul doute que, pour le spectateur qui n’a pas les clefs qui lui permettraient de voir dans le rôle de David Morse une projection de Sean Penn, le personnage pourra sembler assez insipide et donc nuire à l’équilibre sur lequel est censé reposer le film. Ce n’est pas uniquement parce que sa petite-amie est interprétée par Robin Wright, à l’époque la femme du réalisateur, mais surtout parce qu’il partage avec lui un douloureux voyage en prison dont il aimerait faire oublier les causes, qu’il faut voir dans ce John Booth son alter-égo. Dès lors son parcours apparaît comme un déballage des fêlures intimes de la part de Sean Penn et fait donc de son film une forme de quête de rédemption par procuration. Mais alors faut-il lire dans les frasques nocturnes de son ennemi la représentation de son passé refoulé d’alcoolique notoire ? Si c’est le cas, alors le plan final, qui les réunit pour la première fois à l’écran, prend une signification qui, à lui-seul, fait de Crossing Guard une œuvre indispensable pour cerner l’intériorité chaotique de Sean Penn.

Malgré son esthétique irréprochable et l’excellent travail fait sur l’ambiguïté morale des personnages, accentuée par des interprétations brillantes, le sentiment que l’intrigue fait du sur-place légitimé par le manque d’évolution de ces fameux personnages jusqu’à la conclusion, peut laisser conclure que cette réalisation de Sean Penn est un peu vaine. Mais dès l’instant que l’on parvient à en décortiquer sa dimension intimiste, voir psychanalytique, le résultat en devient profondément bouleversant.

Crossing Guard : Bande-annonce

Crossing Guard : Fiche technique

Titre original : The Crossing Guard
Réalisateur : Sean Penn
Scénario : Sean Penn
Interprétation : Jack Nicholson (Freddy Gale), David Morse (John Booth), Anjelica Huston (Mary), Robin Wright (Jojo), Piper Laurie (Helen Booth), Richard Bradford (Stuart Booth) …
Photographie : Vilmos Zsigmond
Montage : Jay Cassidy
Musique : Jack Nitzsche
Décors : Michael D. Haller
Producteur : Sean Penn, David Shamroy Hamburger
Sociétés de production : Miramax
Distribution (France) : Miramax
Durée : 109 minutes
Genre : Drame, thriller
Date de sortie : 15 novembre 1995

Etats-Unis – 1995

Criminal, un film de Ariel Vromen : Critique

Synopsis : Afin de déjouer un complot et une terrible catastrophe, le gouvernement décide d’implanter la mémoire et le savoir-faire d’un agent de la CIA décédé dans le corps de Jericho Stewart (Kevin Costner), un condamné à mort aussi imprévisible que dangereux. Il est la seule chance de réussir cette mission. Cependant, en récupérant l’esprit de l’ancien agent, Jericho a également connaissance de ses secrets…

Papy s’en va-t-en guerre…

Lorsque l’on est une star vieillissante à Hollywood, on se voit dans l’obligation de se recycler dans des archétypes de rôles pour au final ne plus en ressortir. Pour les hommes, ce recyclage se cantonne aux films d’actions, une mode lancée par Liam Neeson avec Taken et qui s’est vu donner l’exemple à d’autres stars en quêtes de comeback comme Mel Gibson ou celui qui nous intéresse ici, Kevin Costner. Déjà héros du très mauvais 3 Days to Kill, il retente ici ça chance dans le thriller musclé très inspiré de la saga Jason Bourne (le quatrième film mis à part), qui a engendré une foule de films du genre mais qui n’ont jamais réussi à dépasser le maître et sont restés cloisonnés dans la série B voire même Z parfois. C’est Ariel Vromen qui a la lourde tâche de rendre ce énième film d’action digeste, après avoir réalisé le plaisant The Iceman en 2013, mais qui ne s’est jamais imposé par le succès ni la qualité limité de ses films. Autant dire que ce Criminal a de quoi inquiéter.

Le scénario part d’un pitch digne des plus grands nanars pour amener de la science-fiction à un film qui n’en n’avait pas forcément besoin. Surtout que le procédé de transférer la conscience d’un individu dans un autre n’est pas pleinement exploité et est traité de manière facile et incohérente. On a vu une idée similaire -et autrement mieux géré- dans le sympathique Renaissances (Self/less en anglais) sorti l’an dernier. Là, ce n’est qu’un prétexte pour pouvoir s’offrir un anti-héros plus « original » que la moyenne. A la décharge du film, il est vrai que cet anti-héros en est le principal atout notamment dans les deux premiers tiers où il s’impose par sa violence et son absence de bon sens, n’ayant aucune notion de bien ou de mal. Cela permet d’emmener le tout vers des élans de noirceurs assez inattendus pour une telle production. Ça flirte avec la gratuité mais ça donne à l’ensemble un côté imprévisible et indomptable. Il est juste dommage qu’après ça le récit revienne sur les rail du classicisme avec l’habituelle histoire de famille mièvre que le « héros » devra protéger, le méchant ultra caricatural ainsi qu’un tas de seconds rôles inutiles et jetables qui sont lancés a la poursuite du personnage principal. D’ailleurs en ce qui concerne le méchant, non seulement son plan machiavélique est totalement improbable et stupide mais en plus le personnage semble forcé dans le récit. Chaque scène où il apparaît donne l’impression d’avoir été rajouté maladroitement apportant un lot d’incohérences assez incroyable. Ça part dans tout les sens, les dialogues sont médiocres, tout ce qui entoure la famille du personnage est forcé et agaçant et on a l’impression que rien n’est vraiment connecté dans tout ça, comme si les intrigues avançaient en « va comme je te pousse ». On à la sensation d’un truc inconsistant qui peine à accrocher le spectateur et qui finit par être ridicule surtout dans un dernier tiers qui enchaîne les aberrations et les moments totalement débiles.

Le casting prestigieux aurait pu sauver le tout du naufrage si il avait été utilisé à bon escient. Ici les acteurs ne sont pas en cause, étant globalement tous impeccable à part Jordi Mollà qui offre un cabotinage ridicule dans le rôle du méchant mais c’est davantage la direction d’acteurs et l’écriture du personnage qu’à l’acteur en lui-même qui doit être pointé du doigt. Le problème vient du fait que le film place des acteurs d’envergures pour leurs faire jouer des seconds couteaux inutiles et oubliables. Tommy Lee Jones, Gary Oldman et Ryan Reynolds, dans une moindre mesure, n’ont absolument rien à jouer et ne font qu’acte de présence. Ils ne jouent pas mal, il ne jouent tous simplement pas car ils n’ont pas la place pour faire vivre leurs personnages et les avoir embauché relève du gâchis. Des acteurs moins connus auraient tout aussi bien fait l’affaire et auraient été plus en accord avec les rôles. Par contre on retiendra Kevin Costner, qui à défaut d’offrir une grande performance s’amuse beaucoup. Il est toujours aussi énergique et assure dans les phases plus intimistes comme dans les moments plus bourrins. Il est accompagné de Gal Gadot qui est juste malgré un rôle peu développé et de Michael Pitt qui malgré le fait qui soit mis de côté durant tout le récit arrive souvent à voler la vedette lorsqu’il apparaît. Sans trop forcer, c’est lui qui apporte le plus de profondeur à son personnage.

La réalisation est plutôt réussi dans son genre, la photographie est générique mais pas honteuse, le montage est suffisamment maîtrisé pour maintenir un rythme soutenu et ne cède pas au sur-découpage, ce qui offre des scènes d’actions qui gardent leurs lisibilités. La musique n’est pas des plus inspirés mais fait convenablement le travail, ayant des relents électro pas désagréables et dynamisant bien les certaines séquences. Même si celle que l’on retiendra le plus ne provient pas des compositions originales, mais d’une musique déjà existante et qui vient parfaire une séquence nocturne assez cool et qui s’impose comme la meilleure du film. Durant ce passage, c’est là que la mise en scène d’Ariel Vromen se fait plus inspirée, montrant les traumas du personnage principal avec plus de subtilité et de grâce arrivant même à augurer le meilleur pour la suite. Dommage que ce passage intervient au début du film et que par la suite la mise en scène devienne terriblement fade. Par leur mollesse, les scènes d’actions finissent par manquer d’envergure et les passages de dialogues sont de simples champ/contrechamps ennuyeux qui ne profite jamais du casting pour faire quelque chose de plus excitant. C’est décevant surtout lorsque l’on a tout un passage qui réunit Tommy Lee Jones, Kevin Costner et Gary Oldman pour ne rien en faire. On sent très clairement qu’une opportunité a été manquée face à l’insignifiance de la scène. Il y a donc quelque chose de visuellement pauvre mais qui dispose d’une certaine maîtrise, c’est mieux que certains films qu genre qui ne peuvent même pas se vanter d’être fait proprement, même si ça reste un produit dérisoire et feignant.

Criminal est juste un mauvais film de plus parmi la horde de médiocres films d’actions estampillés Jason Bourne (la référence se fait bien ressentir ici) qui vient hanter nos écrans chaque année. C’est mou, c’est chiant et c’est mal écrit mais ça a au moins le mérite d’être plus digeste et lisible que les productions Luc Besson même si ce n’est pas forcément un exploit en soi. On retiendra peut être un premier tiers assez sympa qui laissaient présager un divertissement efficace, un casting certes sous-exploité mais qui reste convenable et un traitement du personnage principal plus « audacieux » que la moyenne du genre. C’est très limité et ça ne sauve pas le film de la noyade mais ça permet d’avoir un petit lot de consolation pour quelque chose qui au final ne mérite pas le coup d’œil.

Criminal : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=kyLklNdHwxE

Criminal : Fiche technique

Réalisation : Ariel Vromen
Scénario : Douglas S. Cook et David Weisberg
Interprétation: Kevin Costner (Jericho Stewart), Gary Oldman (Quater Wells, le chef de la CIA), Gal Gadot (Jill Pope), Tommy Lee Jones (Dr Frank, neuroscientifique), Michael Pitt (Jan Stroop), Ryan Reynolds (Bill Pope)…
Image : Dana Gonzales
Montage: Danny Rafic
Musique: Brian Tyler et Keith Power
Costumes : Jill Taylor
Décor : Robert Wischhusen-Hayes
Producteur : Chris Bender, Christa Campbell, Boaz Davidson, Mark Gill, Lati Grobman, Avi Lerner, Matthew O’Toole, Trevor Short, J. C. Spink et John Thompson ; S. Esther Hornstein et Ran Mor ; Jason Bloom, Christine Crow, Lonnie Ramati et Jake Weiner
Société de production : BenderSpink, Campbell Grobman Films, Lionsgate et Millennium Films
Distributeur : Nu Image Films et Metropolitan Filmexport
Durée : 113 minutes
Genre: Action
Date de sortie : 4 mai 2016

Etats-Unis – 2016

American Horror Story Hotel, saison 5 : Une série de Ryan Murphy et Brad Falchuk

American Horror Story Hotel commençait bien, après une saison 4 pas totalement convaincante mais qui rattrapait une saison 3 déjà bien décevante. La série semblait alors prendre un nouveau départ.

Synopsis : Une série de meurtres sanglants commis à Los Angeles amène le détective John Lowe jusqu’au mystérieux Hôtel Cortez, tenu par la comtesse Elizabeth et hanté par de macabres résidents.

Début très prometteur

 Le grand changement de cette saison est bien sûr l’absence de Jessica Lange, impératrice incontestée de la série. Il va sans dire que cela n’a pas plu à tous les fans, cet adieu était pourtant nécessaire car, si l’actrice nous a offert des performances habitées et mémorables, ses personnages n’en étaient en fait qu’une seule entité recyclée saison après saison.
Apprenant alors les leçons de Freak Show dont la principale faiblesse était ses personnages et situations vus et revus, Ryan Murphy chamboule les rôles et c’est avec surprise qu’on retrouve Evan Peters jusqu’alors habitué aux rôles de “gentils” jouer le défunt fondateur du Cortez, Mr. March, accessoirement serial killer, qui avait construit l’hôtel dans le seul but d’en faire un immense vide cadavres et ainsi pouvoir tuer ses victimes à sa guise. Denis O’Hare nous surprend lui aussi avec son nouveau rôle, celui de l’émouvante Liz Taylor, barman travesti, qui change profondément des personnages habituellement antipathiques de l’acteur. On retrouve brièvement Lily Rabe dans deux épisodes, notamment dans le très bon Devil’s Night, où elle interprète Aileen Wuornos ou plutôt le fantôme de cette prostituée devenue serial killer. Après une apparition furtive dans Freak Show, Matt Bomer et Wes Bentley sont promus personnages principaux. Et enfin mais pas des moindres : Lady Gaga elle-même, qui a su convaincre les plus sceptiques d’entre nous en offrant une performance plus qu’honnête pour son premier rôle, celui de la vampirique Comtesse Elizabeth.

Pourquoi changer quand ça marche ?

Un casting plutôt alléchant au sein d’un superbe décor donc, car si on peut accorder quelque chose à Murphy c’est bien son titre de “créateur d’univers”, avec ses décors travaillés et sa photographie léchée, Hotel à une esthétique très aboutie. Le Cortez fait partie intégrante des personnages et on se complaît à errer dans ses couloirs kubrickiens.
Mais voilà, créer de super personnages, les déposer dans un chouette hôtel pour ensuite les laisser vagabonder et tuer anarchiquement les clients, ça ne suffit pas à faire une série. Murphy nous offre un semblant de renouveau avec le premier épisode mais s’arrête ici, ne remettant rien d’autre en question et on retrouve alors tout ce qui faisait défaut aux saisons précédentes. A l’instar de ses aînées, Hotel est une saison en dent de scie, alternant des épisodes palpitants et d’autres terriblement en dessous de nos attentes, comme si les scénaristes se lassaient en chemin. Car si les personnages étaient prometteurs, leurs histoires ne suivent pas : la créature au gode tout droit sorti de Seven n’est que très peu évoquée alors qu’elle était de loin le personnage le plus intriguant de l’hôtel, de même que les enfants vampires créés par la comtesse, un des secrets énigmatiques de l’hôtel qui ne mène pourtant nulle part au final. La plupart des histoires sont bâclées et mises de côté même celle du mystérieux détective John Lowe, personnage principal qui nous faisait découvrir l’hôtel autour duquel le récit était centré mais qui disparaît au fil des épisodes, n’apparaissant qu’occasionnellement avant de voir le dénouement de son récit expédié lors du finale. Si les premières saisons avaient réussi à gérer ce trop plein de personnages et de récits, Hotel n’y parvient pas et donne l’impression d’un fouillis incontrôlé pour lequel on peine à sympathiser avec ces personnages qui manquent de profondeur. Mention spéciale a Denis O’Hare cependant, qui arrive à nous émouvoir et fait de Liz Taylor le personnage le plus touchant de la saison et à vrai dire le seul dont l’histoire nous intéresse réellement. Au final, Hotel ne nous offre rien de bien nouveau, les nouveaux rôles reprennent en fait le schéma habituel, Jessica Lange a juste été remplacé par une version plus jeune d’elle-même. Redondant jusqu’au dernier épisode, sorte d’épilogue happy end où tous les fantômes se trouvent une raison d’être, American Horror Story nous rabroue ici encore et avec peu de subtilité l’idéologie qui affirme que même les freaks ont le droit au bonheur, mais après cinq saisons on est en droit de se demander si on n’a pas un peu fait le tour de la question.

Et l’horreur dans tout ça ?

Pensant qu’une série en anthologie signifie assez de renouveau pour faire ce qu’ils veulent, les créateurs perdent de vue le concept original. Exit l’ambiance glauque à souhait sur laquelle la série devait reposer mais pas de problème quant à recycler les personnages et les histoires à l’infini alors que c’est tout le contraire qu’ils auraient dû faire.
Outre les problèmes scénaristiques, American Horror Story peine à garder l’ambiance qui a fait sa renommée et même si les touches d’humour de plus en plus présentes sont les bienvenues (la scène de la fusillade sur “Hotline Bling” ou encore celle de la vidéo tribute d’Iris étaient aussi surprenantes qu’hilarantes), le reste n’a malheureusement plus rien à voir avec ses débuts. Additionnant scènes sanglantes et références horrifiques le tout sur de la bonne musique goth/punk, certains moments sont assez jubilatoires, mais il nous manque quelque chose. Hotel n’arrive jamais vraiment à nous faire peur.
American Horror Story était la promesse d’un film d’horreur sordide et terrifiant au format série. Et les deux premières saisons ont tenu cette promesse, nous faisant frissonner de peur et nous déstabilisant tant la série était dérangeante à l’époque mais qui est loin d’être le cas à présent. Alors soit, on nous offre un vrai bain de sang et du sexe à chaque épisode, mais c’est loin, très loin d’être suffisant pour nous choquer. Devant cette provocation facile on ne peut que se sentir nostalgique des débuts, quand les mystères de Murder House nous empêchaient de dormir le soir ou quand Asylum nous avait offert un univers tellement glauque qu’il devenait presque insoutenable à regarder par moment et nous restait en tête bien après l’épisode.
On continue d’espérer à chaque nouvelle saison la renaissance de la série tout en sachant au fond qu’on ne retrouvera rien de tout ça. Et c’est cette sensation de rester sur notre faim à chaque fois, cette frustration de voir un tel potentiel gâché qui nous empêche d’apprécier pleinement la série et c’est bien dommage.

On ne va pas se mentir, la série reste bonne, et malgré ses défauts évidents il nous arrive de prendre encore notre pied. Une fois encore, on attend avec impatience la saison prochaine, piégé par ce concept d’anthologie qui ne cesse d’attiser notre curiosité, mais encore combien de temps avant qu’on se lasse définitivement ?

American Horror Story Hotel, saison 5 – Bande-annonce

American Horror Story Hotel, saison 5 : Fiche Technique

Création : Ryan Murphy et Brad Falchuk
Réalisation : Bradley Buecker, Alfonsa Gomez-Rejon et David Semel
Scénario : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Tim Minear, Jennifer Salt, Jessica Sharzer et James Wong
Interprétation : Kathy Bates, Sarah Paulson, Evan Peters, Wes Bentley, Matt Bomer, Denis O’Hare, Lady Gaga…
Décors : Mark Worthington
Costumes : Chrisi Karvonides-Dushenko
Photographie : John B. Aronson et Michael Goi
Montage : Adam Penn, Fabienne Bouville, Bradley Buecker et Robert Komatsu
Musique : James S. Levine
Casting : Eric Dawson, Carol Kritzer et Robert J. Ulrich
Production : Alexis Martin Woodall et Chip Vucelich ; Tim Minear (consultant) ; Jessica Sharzer (superviseur)
Production exécutive : Dante Di Loreto, Brad Falchuk, Ryan Murphy, Bradley Buecker, Jennifer Salt et James Wong
Société de production : 20th Century Fox
Genre : horreur, dramatique, fantastique
Format : 12 épisodes de 42 minutes
Diffusion: FX

Into the Wild, un film de Sean Penn : Critique

Sean Penn, acteur extrêmement reconnu, prouve à nouveau en 2008 en réalisant Into The wild, qu’il est aussi à l’aise derrière la caméra que devant. En adaptant au cinéma le roman de Jon Krakauer,

Synopsis : Il s’agit là des pérégrinations intellectuelles, spirituelles, physiques et morales d’un jeune homme américain fraîchement diplômé d’Harvard et qui est bien parti pour prendre le même chemin que ses parents pour finir très haut placé. Mais tout d’un coup, il réalise que cette société le dégoûte bien trop pour se fondre hypocritement dans la masse et d’abandonner à terme ce en quoi il aspire réellement, comme tout Homme : le bonheur. S’ensuit une « fugue » de la vie telle qu’elle est, pour entamer une poursuite passionnée et acharnée de la vie telle qu’elle devrait être conçue par l’Homme, qui a depuis longtemps perdu de vue cette vérité. L’esprit et le coeur rempli des plus grands récits de la Littérature (London, Tolstoï… ), il va chercher à s’affranchir de sa destinée et vivre une quête personnelle d’absolu. Son ultime frontière sera l’Alaska, l’un des derniers territoires encore « vierge » de civilisation et de progrès.

Sean Penn fait mouche, tant cette œuvre marquera le cinéma de son empreinte, devenant sans doute l’un des road-movies les plus cultes. Ce film scelle de façon exacte une vérité de l’émotion en frôlant parfois la grandiloquence mais tout en restant d’un lyrisme efficace.

« Il est au sein des bois un charme solitaire, Un pur ravissement aux confins du désert, Et de douces présences où nul ne s’aventure. Au bord de l’océan qui gronde et qui murmure, Sans cesser d’aimer l’homme, j’adore la Nature »

Cette œuvre résonne comme un chant. Elle est une véritable ode à la Nature et à la place que devrait tenir l’Homme, c’est-à-dire soumis à la respecter jusqu’à son dernier souffle, car c’est bien elle qui donne la vie et la maintient.

Cette sensation de paix, d’harmonie et d’amour avec son environnement épargné par la main de l’Homme, l’infime espoir d’une possibilité d’évolution de la situation environnementale et sociale actuelle, tout cela ressort superbement de cette œuvre grandiose. C’est pourquoi Into the Wild semble indispensable, comme un reflet de nos velléités.

Into the Wild c’est quand même beaucoup plus qu’un simple éloge de la liberté, beaucoup plus qu’un film pour adolescents anticonformistes. Sean Penn laisse la place à la pluralité des points de vue. Il se permet de proposer plusieurs morales au sein du même film. Il n’impose rien et laisse à son spectateur la possibilité de se construire lui-même sa ligne directrice, selon ses souhaits, ses principes, ses convictions. Ainsi il s’adresse autant à celui qui veut y voir une critique de la société et un retour aux sources libérateur, qu’à celui qui veut y voir l’échec de la désocialisation et la nécessité – vitale – du « vivre ensemble ». Dans les deux cas, il touche à la fibre humaine de chacun d’entre nous, dans notre rapport aux autres, à la nature et à la société.

Son personnage, Christopher, a construit une peur phobique du mensonge, ne trouvant que la nature comme compagne fidèle, certes parfois hostile, mais toujours vraie, toujours honnête. Mais ce n’est pas qu’un homme à la recherche de la « vérité ». C’est aussi un aventurier qui a soif d’expériences, de sensations fortes. Il y a ainsi deux dimensions dans sa quête : la dimension spirituelle, liée à l’esprit, et la dimension irréfléchie, liée au corps, à l’expérience physique. Tout cela se rejoint pour constituer un personnage plus pluriel qu’il n’y paraît, plus intéressant, aussi. Les rencontres qu’il fait au cours de son errance contribuant à accentuer cela. Des rencontres qui fascinent dans la mesure où elles sont toujours imprégnées de cette fameuse « vérité ». Il y a une telle donation mutuelle, un tel partage, une telle tendresse communicative, que l’on prend conscience, au travers de tous ces portraits esquissés, de la nécessité qu’ont les hommes de se livrer, de s’emmêler, de se prendre et de se donner. Les acteurs se donnent d’ailleurs corps et âmes, pour donner vie à ces personnages. L’humanité, la tendresse, l’émotion, jouées et improvisées devant la caméra, font tellement vraies. Et puis les regards, ces regards disent tout, ils sont merveilleux.

La réalisation enrobe le tout, en étant très virtuose – les ralentis, les effets de lumières toujours cohérents, le montage tantôt discret tantôt survitaminé, les interludes musicaux –, toute la machinerie cinématographique est maîtrisée à la perfection pour accompagner la quête du personnage comme il se doit. On est là, à côté de lui mais en même temps distants, en pleine contemplation. On partage certaines de ses tâches les plus quotidiennes sans pour autant tomber dans le réalisme. C’est toujours pensé selon une logique poétique ; Sean Penn transcende alors ainsi le réel pour en faire jaillir la beauté, rien que la beauté, celle des corps, des paysages, de la vie.

Les deux éléments les plus importants qui marquent le plus dans ce film restent la photographie et la musique. Et quand les deux sont mêlées, c’est tout simplement incroyable. Eddie Vedder a sans doute réalisé la meilleure bande originale qu’il m’ait été donné d’entendre. Sa voix, d’un timbre assez rare, et sa guitare, jouant des notes très finement placées, sont en adéquation totale avec les paysages grandioses des Etats-Unis choisis par le photographe Eric Gauthier, du Dakota du Nord à l’Alaska, en passant par le Grand Canyon. Tout au long du film, les morceaux écrits par Vedder nous bercent au rythme du périple de Christopher.

Outre cette magnificence esthétique, c’est avec émotion que l’on suit le parcourt de ce héros atypique, anticonformiste et antimatérialiste partit à la recherche de son idéal. Malgré son étonnante simplicité le film reste porteur d’un authentique et universel message de liberté, sous couvert de désaliénation.

Des images, des musiques et des acteurs magnifiques au service d’un film profondément idéaliste et romantique (au sens premier : aspiré vers un absolu, une transcendance, une pureté). Mais ce film ne suit pas naïvement ces penchants utopistes : par les rencontres que le personnage fait, par son destin tragique, par ses réflexions, on est amené à s’interroger sur le sens de cette quête d’absolu, sur ce qui fait notre humanité quelque part entre idéalisme personnel et réalisme social.

Into the Wild : Fiche Technique

États-Unis – 2007
Réalisation: Sean Penn
Scénario: Sean Penn d’après: le livre Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer
Interprétation: Emile Hirsch (Christopher McCandless), Marcia Gay Harden (Billie McCandless), William Hurt (Walt McCandless), Jena Malone (Carine McCandless), Brian Dierker (Rainey), Catherine Keener (Jan Burres), Vince Vaughn (Wayne Westerberg)…
Image: Éric Gautier
Montage: Jay Cassidy
Musique: Michael Brook, Kaki King, Eddie Vedder
Producteur(s): Sean Penn, Art Linson, Bill Pohlad
Date de sortie: 9 janvier 2008
Durée: 2h27

 

 

Première bande annonce épique pour l’adaptation d’Assassin’s Creed !

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Une bande annonce épique et stylisée pour l’adaptation de la franchise vidéoludique « Assassin’s Creed »

Sorti le 13 novembre 2007, le jeu vidéo Assassin’s Creed, premier d’une future longue franchise vidéoludique, est un carton internationale et permet à son studio français, Ubisoft, de s’implanter au niveau mondial et de donner une référence francophone dans le milieu du jeu vidéo. Narrant l’histoire de Desmond Miles, un barman descendant de la confrérie des assassins et forcé par la sombre société Abstergo à rentrer dans un « Animus », une machine permettant à son utilisateur de visualiser la mémoire génétique de ses ancêtres.

Sous fond de complot, de religion et d’Histoire, le sujet s’intègre parfaitement à une mécanique cinématographique et peu avant la sortie de Assassin’s Creed III, Ubisoft Entertainment annonce un partenariat avec la 20th century Fox pour une adaptation sur grand écran. Ainsi, les annonces et les théories se mettent à pleuvoir jusqu’aux officialisations de casting : Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons, Brendan Gleeson, Denis Menochet pour l’acting et Justin Kurzel, auteur du fabuleux et stylisé Macbeth, à la réalisation. Une sortie est alors annoncée pour décembre 2016 et après une série d’images alléchantes, la toute première bande annonce du long métrage vient d’être dévoilée.

 

Affublée d’une esthétique prometteuse, la bande annonce tient toutes ses promesses au niveau visuel. On suit alors l’histoire de Callum Lynch (Michael Fassbender) se réveillant sur un lit d’hôpital et accompagné du Dr Sophia Rikkin (Marion Cotillard). Avec une trame similaire aux jeux vidéos, Callum revit les aventures de son ancêtre, Aguilar de Nehra, dans l’Espagne du XVe siècle. Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, et amasse les connaissances dont il aura besoin pour affronter une autre redoutable organisation : l’Ordre des templiers. Promettant des batailles épiques et une esthétique des plus intéressantes, l’adaptation cinématographique d’Asssassin’s Creed confirme son statut d’attente privilégiée de fin d’année et semble, avec Rogue One : A Star Wars story, promettre une fin d’année riche en expériences visuelles.

Bande-annonce de l’adaptation cinématographique d’Assassin’s Creed 

Cannes 2016 : Sieranevada de Cristi Puiu (Compétition Officielle)

La Review Pour/Contre de Cannes : Sieranevada de Cristi Puiu

Synopsis : Trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père. Lary – 40 ans, docteur en médecine – va passer son samedi au sein de la famille réunie à l’occasion de la commémoration du défunt. L’événement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu’il occupe à l’intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

L’avis sans doute surestimé de Kévin

            Première sélection dans la compétition cannoise pour Cristi Puiu qui, avec Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours) est l’un des fers de lance du cinéma roumain. Ce déjà-habitué de la Croisette (il a remporté le Prix Un Certain Regard en 2005 pour La Mort de Dante Lazarescu) dresse avec Sieranevada un portrait habile, cynique et oppressant de la société roumaine coincée entre ses traditions, ses tensions, ses peurs et ses doutes. Le film suit le repas d’une famille dont la tension et les rancœurs vont lui donner des allures de règlements de compte. Une exécution familiale en somme qui se déroule quasi-intégralement en huis-clos, soit dans un appartement fermé où les personnages passent de pièce en pièce, chacune comprenant un récit qui fait partie d’une intrigue générale où tout se mêle, se chevauche et s’envenime.

            Cristi Puiu aborde le point de vue de Larry, un personnage imposant et attachant -bien qu’un peu maladroit- qui agit comme observateur. Celui qui l’incarne n’est autre que Mimi Branescu, un acteur que les amateurs de Cristi Puiu reconnaîtront puisqu’il était déjà présent dans La Mort de Dante Lazarescu. Doté d’une profondeur qui lui permet de jouer une vague palette d’émotions, il apporte au récit une compassion, une autorité soudaine (il devient l’homme de la famille), une absurdité (par ses rires nerveux) et une mélancolie toutes bienvenues qui en font un personnage terriblement attachant. Tout le film n’est pour Lary qu’une succession de situations gênantes où il se retrouve coincé malgré lui dans les colères noires de sa femme, les mauvais stationnements, les disputes familiales, les discussions conspirationnistes, les révélations et ce repas gargantuesque qui n’arrive jamais. Jeune neurologue qui voyage en France et à Genève pour le travail, Lary n’est autre que cette représentation de la Roumanie qui tente de trouver sa place mais qui ne peut se défaire de son passé, de ses tensions internes et de ses vices.

            Bien qu’interminable (avec ses 2h53 dans le ventre), Sieranevada fascine et bouleverse par la justesse de ses acteurs, l’authenticité de sa mise en scène et la représentation d’une Roumanie qui se cherche et ne sait pas où se situer, entre son passé conservateur et son désir d’aller de l’avant. Ses baisses de régime n’y font rien, on est subjugué par la force évocatrice de ce huis-clos qui donne à voir une critique juste et nuancée d’un pays divisé en deux. Un Prix (du Scénario ?) ne serait assurément pas démérité.

 Retour mi-figue mi-raisin par Benjamin

            La salle Debussy du Palais des Festivals est plongée dans le noir. Tout à coup, le film démarre sur un long plan séquence avec la caméra fixée sur son axe, manipulée dans des panoramiques horizontaux. Tel le Rossellini des temps du Messie (1975), le réalisateur capte un moment, ou plutôt un instant, et tous ses moments / accidents. Un papa barbu sympathique est mal garé, il est entré dans un bâtiment, une camionnette arrive et attend que le conducteur revienne. Le barbu est suivi d’une femme élégante, accompagnée d’une petite fille puis d’une femme âgée (la grand-mère de la petite, la maman de la grande). Le plan ne s’arrête pas là, la voiture fera le tour du bloc de bâtiment encore une fois. Les deux individus sortiront, déposeront la gamine et repartiront à deux. Ainsi commence Sieranevada, film réalisé par Cristi Puiu, en compétition officielle au Festival de Cannes édition 2016.

            Le métrage long de ses deux heures et cinquante-trois minutes suivra le protagoniste barbu pendant un diner de famille (au repas sans cesse retardé). Comme dans Le Prénom (2012) ou dans Carnage (2011), cette réunion devient le théâtre d’événements familiaux, de révélations, de relations ouvertes à l’autre, de drames, de rires et d’absurdité. Un théâtre familial qui en amène très peu subtilement un autre, celui de la Roumanie, avec ses secrets, ses blessures, ses paradoxes, ses rituels, ses conflits internes, et ses histoires d’une grande Histoire qui reste encore mystérieuse. Le film, construit comme une pièce de théâtre naturaliste – avec la caméra qui observe à partir de très longs plans fixes dont le seul mouvement tient de panoramiques –, avec un espace central, la maison, et quelques autres espaces extérieurs et surtout intérieurs, la voiture, est loin d’être justement réaliste. L’idée d’un film de groupe (familial, amical) agissant dans une maison, et dont les membres vont se révéler les uns aux autres – via des disputes, des échanges, des relations parfois absurdes – n’est pas nouveau comme il a été noté précédemment. Aussi l’idée d’un film naturaliste s’efface rapidement avec la mise en place de personnages-types, archétypaux dira-t-on : la vieille mémé convaincue, le jeune homme moqué pour ses convictions, la mama roumaine… Un comic relief vient alléger le film entre deux moments dramatiques et mêmes tragiques, cela pendant tout le métrage, notamment avec l’usage de punchlines qu’on ne trouverait qu’au cinéma. L’ensemble est très chorégraphié, ainsi la captation du réel se transforme presque en ballet corporel. Le scénario peu subtil cache difficilement ses grosses ficelles : un personnage extérieur arrive, bouleversant les espaces et les relations / situations des autres personnes. Le protagoniste barbu rentre dans une pièce, visitant des espaces bien définis (la cuisine où on prépare les repas, on se dispute / se stresse / s’énerve et aussi où l’on fume), parfois isolés des autres lors du saut de la caméra dans celui-ci, provoquant l’arrivée d’une scène dans ce présent de cet espace. Ce travail très théâtral est loin d’être inintéressant, notamment puisqu’il tend à servir ce naturalisme, cette observation de ce chapitre de vie de la famille, véritable carrefour d’événements s’enchaînant les uns après les autres et s’empilant ou s’empalant, de manière irréaliste. Il s’agit plus particulièrement du parcours du barbu dans tout ce brouhaha.

            Si certains moments sont d’une extrême justesse, c’est-à-dire qu’ils sont purement humains, la majorité du film manque d’incarnation, d’humanité (et alors de subtilité), d’accidents, ce que recherche d’ailleurs le métrage à travers des panoramiques (faussement ?) hésitants. L’ensemble, s’il n’est pas original, est trop mécanique, trop écrit, trop mis en scène, et bien trop long. Nous aurions espérer avoir plus de ces 2h53, toutefois comme les personnages et acteurs complètement sincères et justes à sa fin, nous touchons à une certaine euphorie, à de l’absurdité, à l’idée que la vie reprenne et qu’enfin le repas – cannois pour notre part – soit dégusté.

Sieranevada
Un film de Cristi Puiu
Avec Mimi Branescu, Judith State, Bogdan Dumitrache
Distribution: Wild Bunch
Durée : 177 minutes
Genre : Drame
Date de sortie indéterminée

Roumanie – 2016

Sieranevada : Extrait