Cannes 2016 : Victoria de Justine Triet (Semaine de la Critique)

La Review de Cannes : Victoria de Justine Triet

Synopsis : Victoria Spick, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu’elle a sorti d’affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime. Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu’elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d’une série de cataclysmes pour Victoria.

            Quel réjouissant  film d’ouverture de la Semaine de la Critique que ce Victoria, second long métrage de Justine Triet porté par une Virginie Efira qui s’émancipe enfin -mais pas trop- de ses rôles de comédies romantiques un peu trop formatées. On se souvient de Justine Triet avec la sensation qu’elle avait faite en 2013 et La Bataille de Solférino à l’ACID. Désormais exit la forme semi-fiction, semi-documentaire de son précédent film et place à une forme plus conventionnelle -certes- mais élégamment plus maîtrisée. Il y a un sens du cadre, de la lumière tamisée, de l’utilisation de la musique qui donne à cette oeuvre un parti-pris pop, électrique, inarrêtable. Comme si la vie filait à toute vitesse.

            Il faut dire que la situation n’est pas simple pour Victoria pour qui tout va trop vite. Elle qui tente de combler maladroitement ses ardeurs sexuelles avec des rencontres d’un soir, de gérer sa carrière d’avocate, de faire face à un ex-mari qui dévoile sa vie sur un blog, de s’occuper de ses deux filles et de l’arrivée impromptue d’un de ses anciens clients. Tout ce bordel existentiel donne au personnage de Victoria une profondeur remarquable qui en fait un personnage féminin incontestablement moderne.

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            A ce petit jeu, Virginie Efira passe par tous les états, de l’insouciante femme moderne à la névrosée au bord du burn-out en passant par l’amoureuse refoulée qui tente de remettre de l’ordre dans sa vie. C’est ça Victoria, une femme qui s’amuse, bois, baise, tombe, dépérit et déborde de vie. Virginie Efira n’hésite pas à donner de son corps pour apporter une sensualité suave bienvenue et contrebalance tout en nuance avec ce personnage affolé. A côté d’elle, Vincent Lacoste trouve également un rôle à sa mesure et peut voir ce film comme un passage de flambeau entre l’adolescent un peu gauche et le jeune homme à fière allure, dont la ressemblance avec Louis Garrel devient de plus en plus troublante.

            Tout comme son précédent film, Justine Triet use du comique de situations pour apporter une fraîcheur et une dimension absurde bienvenue. On s’amuse de ce procès où tout repose sur les témoignages d’un chien diagnostiqué possessif ou d’un chimpanzé photographe. Mais derrière la comédie se cachent des personnages pathétiques, tristes dans leur vie et dont l’angoisse existentielle en font des personnages facilement identifiables. De ce parcours chaotique d’une jeune quadra, on rit, on s’émeut, on déprime et on applaudit. Justine Triet maîtrise comme personne ces écarts émotionnels et font de Victoria un film drôle et inattendu. Parmi toutes les rom-coms qui inondent les écrans français, Justine Triet fait de Victoria un film presque OVNI tant il s’avère ni plus ni moins que l’une des plus audacieuses et borderlines comédies romantiques.

            Victoria est le portrait drôle, contemporain et sensible d’une névrosée bordélique, facilement rattachable à toute une génération d’actifs dépassés par le bordel de la vie. Sans doute le plus beau rôle de Virginie Efira.


Victoria

Un film de Justine Triet
Avec Virginie Effira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…
Distributeur : Le Pacte
Durée : 97 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 14 septembre 2016
France – 2016

Reporter/Rédacteur LeMagduCiné