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La Fête du cinéma 2016 se déroulera du 26 au 29 Juin 2016

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La Fête du cinéma fait son grand retour pour le plus grand bonheur de tous les cinéphiles français, à la fin du mois de Juin.

En ce début d’été 2016, alors que l’Euro bat son plein en France et à quelques jours d’intervalle de la fête de la musique, le septième art sera à l’honneur du 26 au 29 Juin dans toutes les salles de cinéma de France. Un tarif exceptionnel de 4 euros pour chaque séance sera proposé à l’occasion de ces quatre jours de célébration.

Un bon moyen pour tous les cinéphiles d’effectuer de nombreuses séances de rattrapage pour les blockbusters et les films phares de l’été 2016 (Elle, Warcraf : Le commencement, Ninja Turtles 2, Captain America Civil War, Le Monde de Dory) ou de se laisser tenter par des films qui sortent des sentiers battus (Ma ma, American Hero, The Neon Demon, The Witch, Folles de joie, Celui qu’on attendait, Illégitime) mais également d’encourager et de se faire un avis sur les dernières productions françaises (Camping 3, Dans les forêts de Sibérie, L’outsider, Ils sont partout, L’idéal, Le secret des banquises, La forêt de Quinconces, La loi de la jungle, Bienvenue à Marly-Gomont, Diamant noir, Merci patron).

Un grand jeu concours est organisé sur le site Internet de l’événement. Des voyages à Hollywood et à Bollywood sont à gagner ainsi que de nombreux autres cadeaux, des places de cinéma notamment.

http://www.feteducinema.com

 

 

 

 

 

 

L’Âge de glace : les lois de l’univers, un film de Mike Thurmeier : Critique

L’âge de glace revient pour une cinquième aventure incroyable, encore plus folle et extravagante que les précédentes.

Synopsis : Toujours à la poursuite de son gland, Scrat finit, malgré lui, dans une soucoupe volante, provoquant la collision entre deux planètes. Les débris forment des astéroïdes en direction de la Terre. Manny, Diego, Sid, et le reste de la meute retrouve leur ancien ami Buck et collaborent ensemble pour sauver leur planète…

Une dernière aventure explosive !

Après avoir survécu à la fonte des glaces, aux dinosaures ou à la dérive des continents, nos héros doivent littéralement sauver le monde entier d’un astéroïde qui fonce droit eux. Dans ce nouveau film d’animation, Blue Sky voit les choses en grand, en ramenant tout les personnages préférés des précédents opus, ainsi, le célèbre Buck du troisième épisode est de retour pour notre plus grand plaisir. Mais chaque long-métrage de la saga amène aussi son lot de nouveaux personnages, comme le fiancé de Pêche, Julian, Shangri Lama, ou encore Brooke, qui arriveront facilement à trouver une place dans le cœur des fans.
Entre les anciens, et les nouveaux arrivants, nous avons ici le plus gros casting depuis L’âge de glace premier du nom.

D’un point de vue technique, Les lois de l’univers est certainement le plus beau des cinq films. Nous avons un univers très coloré, rappelant l’atmosphère du Temps des dinosaures, assez différent des autres chapitres, misant sur les couleurs froides de la banquise. Les effets spéciaux sont très réussis, que ce soit la partie de Scrat dans l’espace, ou celle de nos héros sur Terre, nous sommes loin des images de synthèse du début des années 2000. Les décors sont moins vides et plus fournis en détails.

De plus, le montage de James Palumbo rend l’animation très dynamique, à travers un scénario qui ne s’arrête jamais à cause des nombreux rebondissements et de la menace de l’astéroïde.

Cependant, le défaut majeur de L’Âge de glace : les lois de l’univers se trouve justement dans cette technique qui se veut grandiose. Nous sentons que les scénaristes souhaitent en faire le plus possible dans ce qui semble être la conclusion d’une saga commencée il y a 13 ans.
Ce trop-plein d’artifices et d’effets spéciaux, mêlé à un humour grossier mal adapté dans certaines situations, rendent le récit de plus en plus balour au fur et à mesure des mésaventures de nos héros.
Première conséquence, l’insistance sur le comportement ridicule du personnage de Buck en devient vite agaçante. En contre partie, notre chère Mémé aurait mérité plus de temps à l’écran pour nous dévoiler de nouveaux numéros hilarants, dignes du précédent long-métrage.

Ainsi, cela sera le principal problème : l’équilibre du temps de passage dans le film à cause de son imposante distribution. L’histoire repose sur ses personnages et leurs évolutions, assez bien construites depuis le commencement. Malheureusement, en dehors de la famille de Manny, aucun personnage n’est vraiment développé. Avec 11 animaux à suivre et 3 nouveaux venus, le récit est devenu choral. Nous regrettons surtout le manque de scènes entre nos trois héros Sid, Manny et Diego. Heureusement la mascotte reste intacte, on se régale toujours autant devant les pitreries de Scrat, seul responsable de tous les événements catastrophiques de ce nouvel épisode. Ses aventures dans l’espace sont vraiment originales, innovantes, mais ce n’est pas une vraie surprise, ce petit écureuil constitue à lui seul le succès de L’Âge de glace.

Malgré ces défauts, nous gardons une cohérence dans l’évolution de nos héros. Manny et Ellie vivent la dernière étape dans leur vie de parents, avant de laisser leur enfant voler de ses propres ailes. Du côté de Diégo, il se montre heureux avec Kira, et ils imaginent fonder une famille. Enfin, après tant de recherches, tant de difficultés, Sid, le magnifique, trouve finalement l’amour, ou plutôt, l’amour l’a trouvé.

Nous voyons dans cette intrigue la parfaite conclusion pour tous nos personnages, malgré certains couacs portant préjudice au scénario.
L’Âge de glace : les lois de l’univers devrait satisfaire le public qui suit les aventures de Manny, Diego, Sid et Scrat depuis plus de 10 ans, en dépit d’une narration qui souffre d’un humour parfois mal amené. Désormais tous nos héros sont heureux aux côtés de leurs moitiés, il n’est peut-être pas nécessaire de pousser l’histoire sur un sixième film après ce point final…

L’Âge de glace : les lois de l’univers : Bande-annonce

L’Âge de glace : les lois de l’univers : Fiche Technique

Titre originale : Ice Age : Collision Course
Réalisation : Mike Thurmeier, Galen T. Chu
Scénario : Michael J. Wilson
Doublages (VO) : Ray Romano (Manny), John Leguizamo (Sid), Denis Leary (Diego), Queen Latifah (Ellie), Keke Palmer (Pêche), Jennifer Lopez (Kira), Simon Pegg (Buck), Wanda Sykes (Mémé), Chris Wedge (Scrat), Jesse Tyler Ferguson (Shangri Lama), Adam DeVine (Julian), Nick Offerman (Gavin), Max Greenfield (Roger), Stephanie Beatriz (Gertie), Melissa Rauch (Francine), Michael Strahan (Teddy), Jessie J (Brooke), Neil deGrasse Tyson (Neil deBuck Weasel)
Doublages (VF) : Gérard Lanvin (Manny), Élie Semoun (Sid), Vincent Cassel (Diego), Armelle Gallaud (Ellie), Lisa Caruso (Pêche), Laura Blanc (Kira), Emmanuel Curtil (Buck), Évelyne Grandjean (Mémé)
Montage : James Palumbo
Musique : John Debney
Producteurs : Lori Forte, Carlos Saldanha, Chris Wedge
Sociétés de production : 20th Century Fox Animation, Blue Sky Studios
Société de distribution : 20th Century Fox
Durée : 94 minutes
Genre : Animation, comédie
Date de sortie : 13 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

Le secret des banquises, un film de Marie Madinier : critique

Malgré son titre aux allures de grand froid, Le secret des banquises est une petite douceur. Sorte de conte scientifique souvent très drôle, le film sait aussi être poétique, notamment quand il plonge dans les yeux ébahis de son héroïne.

Synopsis : Le professeur Quignard et son équipe de chercheurs étudient la PPM, une protéine immunisante produite par le pingouin. Christophine, jeune thésarde un peu maladroite et émotive, décide de s’injecter du génome pingouin pour aider le professeur dans ses recherches, mais aussi pour se rapprocher de lui… 

Chaleur polaire

C’est un film qui fait du bien, car il dit aussi que le plaisir (ici, la jouissance) est le secret d’une longue vie (voire de l’immunité !). L’amour n’est pas ici la seule issue du côté « comédie romantique » très bien assumé (et détourné!) par Le secret des banquises. On y retrouve une Charlotte Le Bon tantôt perdue, tantôt rêveuse, mais surtout mystérieuse. Quant à Guillaume Canet, il fait le job en séducteur malgré lui. Les seconds rôles sont tout aussi croustillants, d’Anne Le Ny en laborantine frustrée à Damien Chapelle qui devient acrobate là où on l’attend le moins, tout fasciné par les souris qu’est son personnage.

« La jouissance, c’est la clef de l’immunité »

Marie Madinier est une jeune réalisatrice dont le premier film sort clairement du lot. On y retrouve une ambiance particulière (scellée par un décor intéressant et un bon sens du cadre), faite de conflits entre laboratoires, de petits arrangements avec la science et d’une dose d’humour très équilibrée. Le décalage naît de la naïveté apparente de Christophine (qu’on n’appelle jamais vraiment par son prénom…) dans cet univers impitoyable où s’entassent les cobayes (pas encore humains, le laboratoire n’en n’a pas reçu l’autorisation, contrairement aux Américains). Plus il avance, plus le film s’entoure d’un mystère avec cette héroïne prête à tout pour être regardée par celui qu’elle aime/admire en secret. C’est qu’au lieu de rester terre à terre, le film prend son envol, s’écarte des sentiers battus et recouvre son personnage féminin d’une nouvelle aura. Le sacrifice (Christophine devenant cobaye par fascination) est traité ici avec délicatesse, drôlerie et un amour pour ses personnages que Marie Madinier distille tout du long, n’hésitant pas à aller jusqu’en Antarctique pour sceller une union un brin décoiffante. Et si le titre du film, Le secret des banquises, était une sorte d’hommage à la chanson d‘Alain Bashung, on retiendrait ces paroles « J’ai des doutes sur la notion de longévité », question qui ne manque pas d’alimenter ce film singulier et les réactions les plus folles de ses personnages.

Le secret des banquises : Bande-annonce

Le secret des banquises : Fiche technique

Réalisation : Marie Madinier
Scénario : Marie Madinier
Interprétation : Charlotte Le Bon, Guillaume Canet, Anne Le Ny, Patrick D’Assumçao, Damien Chapelle
Photographie : Pascal Marti
Montage : Guerric Catala
Son : Olivier Le Vacon
Costumes : Anaïs Romand
Production : Les Films du Lendemain, Entre Chien et Loup
Distribution : Mars Films
Durée : 81 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 22 juin 2016

France – 2016

Plus fort que le diable, un film de John Huston : critique DVD

Synopsis : Cinq aventuriers minables attendent dans un petit port d’Italie. Ils s’apprêtent à prendre un bateau pour l’Afrique, où ils veulent acheter des gisements d’uranium. Un couple d’Anglais arrive à son tour et se mêle à l’histoire.

Le film d’aventures marque la dernière collaboration entre John Huston et Humphrey Bogart

John Huston est un des cinéastes les plus importants du cinéma américain, auteur d’une œuvre personnelle où il s’amusait à détourner les genres avec humour, humanité et, parfois, un brin de cynisme. Depuis Le Faucon Maltais, qui a « inventé » le film noir, jusqu’aux mafieux de L’Honneur des Prizzi en passant par les cambrioleurs de Quand la ville dort ou les paumés des Misfits, la filmographie du réalisateur est parsemée de chefs d’œuvres qui ont bouleversé l’histoire du 7ème art et qui lui ont assuré une place à part à Hollywood, en marge du système des studios.

Plus fort que le diable est une preuve de plus de cette indépendance par rapport aux producteurs tout-puissants de Hollywood. D’abord, adapter le roman d’un communiste notoire en plein MacCarthysme, il fallait oser. C’est d’ailleurs une des raisons qui ont poussé Huston à partir tourner son film loin de Los Angeles.

Ensuite, les aventuriers de Huston n’ont strictement rien à voir avec l’image qu’ils avaient dans les films hollywoodiens de l’époque. Ici, nous avons affaire à des personnages de losers, des minables. Et la première réplique, en voix off, donne le ton d’un cynisme ravageur qui va traverser le film. C’est la voix d’un Huston qui va amuser ses spectateurs par une galerie de portraits tous plus grotesques les uns que les autres. Pour cela, le cinéaste retrouve deux acteurs avec lesquels il avait déjà tourné, Robert Morley et surtout le formidable Peter Lorre, l’ancien M Le Maudit de Fritz Lang, qui avait déjà joué avec Huston et Bogart dans Le Faucon Maltais. Flanqués d’Ivor Barnard et Marco Tulli (un des acteurs de la série des Don Camillo), ils forment un quatuor inoubliable de bandits pitoyables mais profondément humains, peut-être les véritables personnages principaux du film, puisque le récit débute et se clôt sur eux.

Mais surtout, Huston s’associe, une fois de plus, une ultime fois hélas, à Humphrey Bogart, son acteur fétiche (et compagnon de beuveries), et lui offre à nouveau un rôle à contre-emploi. Alors que l’acteur était au sommet de sa célébrité et que les rôles de héros s’accumulaient, il se retrouve ici dans la peau d’un aventurier-bandit cynique et séducteur, abandonnant sans vergogne sa Gina Lollobrigida de femme pour aller dans les bras d’un Jennifer Jones teinte en blonde.

Et pour écrire le film, Huston va s’associer au romancier Truman Capote, encore inconnu et qui signera là son premier scénario. Il va ciseler des dialogues remarquables quoique trop envahissants peut-être (la légende prétend que l’auteur écrivait du jour pour le lendemain, sans avoir un plan vraiment défini).

Le minimum que l’on puisse dire, c’est que Plus fort que le diable n’est pas un film d’action. Il s’y déroule relativement peu de choses, et celles-ci sont si rocambolesques qu’on regrette presque qu’elles soient là, comme cette scène avec la voiture. Non, Plus fort que le diable est un film de dialogues et de personnages. Des dialogues d’orfèvres avec des répliques formidables et cinglantes parfois. Et des personnages comme Huston les aime, ridicules certes, mais aussi profondément humains. Parce que le cinéaste aime ses personnages, des marginaux, des hors-systèmes, comme lui (et comme Truman Capote également). Il ne faut pas oublier la vie plus que mouvementée du réalisateur, tour-à-tour aventurier au Mexique, boxeur, etc.

Huston cherche visiblement à détruire le romantisme du film d’aventures. Il y a tout : le dépaysement italien, deux femmes dont l’une pourrait être fatale, des usurpations d’identités, de la suspicion, des projets pas très honnêtes, etc. Mais tout part en quenouille parce que nos personnages sont de minables incompétents, qui sont constamment à côté de la plaque et ne comprennent, finalement, pas grand-chose à tout ce qui arrive.

Sur de nombreux aspects, ce film, souvent sous-estimé, fait pleinement partie, par ses thèmes et leurs traitements, de la filmographie du cinéaste. Les aventuriers cyniques et un peu minables font furieusement penser aux futurs espions de La lettre du Kremlin. Et le rire final de Bogart ne peut que rappeler celui que l’on trouve dans un précédent chef d’œuvre du maître, Le Trésor de la Sierra Madre.

Certes, Plus fort que le diable a des défauts, il est trop bavard et on a souvent l’impression qu’il n’avance pas. Mais il reste un bon film, déroutant, cynique,  terriblement novateur et excellemment interprété.

Plus fort que le diable (Beat the Devil)

sortie du combo DVD-Blu-Ray le 14 juin 2016
Pour la 1ère fois dans une copie restaurée et en Haute Définition
Format 1.33

Langue : Anglais
Sous-titres français
Son mono

Suppléments du DVD :
Découvrir John Huston (45 min) : un portrait du cinéaste illustré d’extraits de ses plus grands films
Interview de Patrick Brion (33 min)

Fiche Technique : Version restaurée en haute définition
USA / 1953/ 89 mn / Noir et Blanc / Format 1.33 / Langue: Anglais / Son mono / Sous-titres français
Suppléments du DVD : Découvrir John Huston (45 mn) : un portrait du cinéaste illustré d’extraits de ses plus grands films, dont Chinatown, L’homme qui voulait être Roi, Les Misfits, Moby Dick, …
Interview de Patrick Brion (historien du cinéma) (33 mn)
Film annonce
Sortie en combo DVD et Blu-ray le 14 juin 2016
Prix public conseillé: Combo DVD et Blu-ray : 19,99 €

Rimini Editions

Plus fort que le diable : bande annonce

Plus fort que le diable : Fiche Technique

Titre original : Beat the devil
Réalisateur : John Huston
Scénario : John Huston et Truman Capote, d’après le roman de James Helvick (Claud Cockburn)
Interprètes : Humphrey Bogart (Billy Dannreuther), Gina Lollobrigida (Maria Dannreuther), Robert Morley (Peterson), Peter Lorre (Julius O’Hara), Marco Tulli (Ravello), Ivor barnard (The Galoping Major Jack Ross), Jennifer Jones (Gwendolen Chelm), Edward Underdown (Harry Chelm).
Photographie : Oswald Morris.
Montage : Ralph Kemplen
Musique : Franco Mannino
Producteur : John Huston
Sociétés de production : Rizzoli Haggiag, Romulus Films, Santana Pictures Corporation
Société de distribution : United Artists
Date de sortie en France : 13 août 1954
Durée : 89’
Genre : aventures, comédie

Etats-Unis-1953

L’Effet aquatique, un film de Solveig Anspach : critique

Avant de succomber au cancer qu’elle avait si vaillamment combattu jusque dans son plus beau film, Haut les cœurs!, Solveig Anspach a tourné L’Effet aquatique, une romance pas tout à fait comme les autres.

Synopsis : Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Mais son mensonge ne tient pas trois leçons – or Agathe déteste les menteurs! Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis, Agathe s’envole pour l’Islande où se tient le 10ème Congrès International des Maîtres-Nageurs. Morsure d’amour oblige, Samir n’a d’autre choix que de s’envoler à son tour…

De l’eau, il y en a à foison dans ce film rempli d’humour et d’amour, bref d’humanité brute. Issu d’une trilogie composée de Back Soon et Queen of Montreuil, L’Effet aquatique n’est pas à proprement parler une suite, mais une variation autour du personnage d’Agathe, la veuve de Queen of Montreuil, de ses amis Islandais et du beau grutier amoureux, Samir (interprété par Samir Guesmi). 

Amour et amnésie 

Le film commence sur un ton combatif. On retrouve Agathe, que l’on avait laissée reine de Montreuil il y a trois ans, prête à en découdre avec un type qui, non content de ne pas vraiment lui proposer du boulot, veut en plus profiter de son corps. La petite jeune femme ne se laisse pas faire, tout cela sous les yeux amusés de Samir. Il veut dès lors en savoir plus sur elle. Et c’est à la piscine, dans un boxer de bain orange et orné d’un palmier, acheté spécialement pour l’occasion, qu’il vient chercher sa dulcinée, maître-nageuse. Ce ne sera pas tout à fait elle qu’il retrouvera dans un premier temps. Ces premières scènes donnent lieu à quelques moments hilarants où Samir Guesmi joue au grand enfant, entouré de joyeux Luron auquel Philippe Rebbot, entre autres, donne toute leur saveur. Piégé une nuit dans la piscine, Samir parvient enfin à toucher Agathe en plein cœur, avant de se faire rattraper par son mensonge.

La piscine

Ce premier moment du film nous mènera bientôt en plein milieu de l’Islande. Agathe fait le voyage inverse de celui effectué par sa nouvelle copine, Anna, dans Queen of Montreuil. Elle remplace son collège durement renvoyé par Solveig Anspach en personne qui interprète ici un tout petit rôle. La raison du voyage ? Un congrès international de maîtres-nageurs. On y retrouve donc Anna associée à Frosti pour une gestion municipale quelque peu insolite : un jour sur deux l’un est le patron de l’autre et inversement le jour suivant. D’autres utopies fantaisistes se dessinent sous la forme d’une piscine construite entre Israël et la Palestine. L’eau est ici est élément vivace qui fait se croiser les personnages. C’est aussi une thérapie, une marque du souvenir. Dans cette petite fantaisie toujours très plaisante à laquelle nous convie Solveig Anspach, l’amour s’invite. On y oublie peut-être enfin les chagrins. Le côté romance est sans cesse détrôné par l’humour, et quand les corps s’abandonnent enfin, c’est la tendresse et l’humanisme qui ressortent. Ce film est donc une petite bulle de bonheur, qui confronte  tout de même l’héroïne à ses drames et à elle-même, durant laquelle on oublierait presque que Solveig Anpasch n’est plus et que L’Effet aquatique est sa dernière petite fantaisie. Ce dernier film a été terminé sans elle, mais a su garder le cap qu’elle avait maintenu ces dernières années, tout étant dans le décalage entre les personnages et un monde bien trop sérieux pour eux.

L’Effet aquatique : Bande-annonce

L’Effet aquatique : Fiche technique

Réalisation : Solveig Anspach
Scénario : Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget
Interprétation : Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir, Philippe Rebbot, Esteban, Olivia Côte, Nina Meurisse, Solène Rigot, Ingvar Eggert Sigurðsson, Jóhannes Haukur Jóhannesson, Samer Bisharat, Frosti Runolfsson
Photographie : Isabelle Razavet
Montage : Anne Riegel
Costumes : Anne Blanchard
Producteur(s) : Patrick Sobelman, Skuli Fr. Malmquist, Jean-Luc Gaget
Sociétés de production : Agat Films & Cie, Ex Nihilo, Zik Zak Filmworks
Distribution : Le Pacte
Récompense: César 2017 du meilleur scénario original
Durée : 83 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 29 juin 2016

France – 2015

Conjuring 2 : le Cas Enfield, un film de James Wan : Critique

James Wan, réussit pour ses adieux au genre un véritable coup de maitre : maitrisé et flippant à souhait, son Conjuring 2 au pays des Rosbifs est glaçant d’effroi !

Synopsis : Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s’agira d’une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Dans un registre horrifique aujourd’hui capable du bon (The Witch) comme du moins bon (The Door) et soumis aux plus viles bassesses de la part des studios, il était loisible de placer tous nos espoirs dans James Wan pour assurer la relève, lui qui un an après son interlude motorisé (Fast and Furious 7) avait affiché son souhait de vouloir retourner vers le genre l’ayant vu éclore en tant que metteur en scène. Un espoir qui n’aura cessé de croitre depuis l’annonce de son transfert chez DC Comics (rappelons qu’ils adaptera bientôt les aventures d’Aquaman), donnant à cette virée horrifique un parfum doux-amer : celui des adieux d’un réalisateur au genre qui l’a révélé. Et rien qu’en ça, on se doutait bien que ce Conjuring 2, outre d’être une suite au brillant film homonyme, serait plus qu’une énième suite comme Hollywood nous en gratifie par dizaine.

London Calling’

Et comme d’habitude avec James Wan, il ne faudra que quelques minutes pour s’en convaincre. Quittant le cloaque du Connecticut ayant abrité les évènements du premier film, pour la localité d’Enfield, une banlieue londonienne sans histoire, le réalisateur australien annonce déjà la couleur : son baroud d’honneur au genre sera à la fois pareil et différent. Une formulation très hasardeuse loin s’en faut mais qui trouve une étonnante concordance dans sa mise en scène. Car, à peine le temps de voir les époux Warren, brillamment campé par un Patrick Wilson et une Vera Farmiga tous deux ravis d’être là, que le voilà déjà en train d’enclencher la machine. Patine rétro (le film se passe en 1977) habilement retranscrite, costumes old school, casting au diapason et un scénario faisant la part belle au quotidien de la famille victime des spectres : Wan excelle encore une fois après Conjuring premier du nom à distiller une ambiance (horrifique). Usant de cette singularité, donnant son charme à la saga et ayant peu à peu disparue des productions actuelles, Wan peut donc laisser libre cours à ses envies de réalisations. Affichant 12 idées de réalisations par plan, jouant du clair-obscur et des mythes horrifiques, le bougre a bossé son sujet à tel point que les sempiternelles figures du genre apparaissent comme des petits soldats à la parade : escalier qui grince, porte qui claque, possession, lévitation… Autant d’éléments assénés ici avec une efficacité et une maitrise telle que son statut de maitre de l’horreur semble loin d’être usurpé. Mais point question d’y voir ici un réalisateur qui singe maladroitement ses idoles de jeunesses. Non, la seule chose qui découle de cet amas jamais indigeste de références et autres prouesses, c’est davantage un respect sans borne pour le genre l’ayant révélé, et plus encore pour le public qui l’adule.

Time is running out

Car en plus, d’être une indéniable réussite horrifique et visuelle, Conjuring 2 est une déclaration d’amour à son public. On l’avait entraperçu dans Fast and Furious 7, on ne s’en rend compte que trop bien désormais. Profitant d’une délocalisation de son intrigue, Wan allonge la durée de son film de manière significative. Si la perspective peut sembler réjouissante sur le papier,  notamment en ce qu’elle permette de nous effrayer à coup de jumpscare bien sentis et largement imprévisibles, autant dire que le rendu une fois sur l’écran est tout autre et accuse d’une certaine longueur. Jamais pénible pour autant, le film se retrouve à témoigner d’un script mal dégrossi enchainant les passages obligés du genre, quitte à zapper toute la fluidité qui avait fait le sel du premier film, qui filait lui à toute berzingue crescendo sur l’autel de la peur. Mais au fond, on n’en tiendra guère rigueur tant le constat reste le même : Wan aime ce qu’il fait et le fait bien. Une raison de plus pour être impatient de le voir à l’œuvre sur Aquaman, tout en pleurant à chaude larme son départ. Car si l’on peut attester d’une carence qui sévit sur Hollywood comme la grippe espagnole en son temps, c’est bel et bien celle de la générosité. Et autant dire qu’avec un film aussi riche en images et thématiques, Wan témoigne clairement d’une bienveillance aussi anecdotique qu’enivrante. (Une bienveillance qui n’aura toutefois pas été au gout de tout le monde à la rédaction, notamment pour Julien qui n’a pas su trouver son compte dans la proposition de cinéma de James Wan )

Autant suite que vrai film, Conjuring 2 ne manquera pas de marquer l’attention tant le soin apporté à sa confection le distingue clairement des autres productions horrifiques. Tour à tout terrifiant, envoutant et vraiment flippant, autant dire que le génie de James Wan transpire par toutes les pores du film quitte à l’imposer comme l’un des meilleurs films d’horreur de l’année.

Conjuring 2 : le cas Enfield  : Bande-annonce VOST

Conjuring 2 : le cas Enfield : Fiche Technique

Titre original : The Conjuring 2: The Enfield Poltergeist
Réalisation : James Wan
Scénario : Carey W. Hayes, Chad Hayes, James Wan et David Leslie Johnson
Interprétation : Patrick Wilson (Ed Warren), Vera Farmiga (Lorraine Warren), Sterling Jerins (Judy Warren), Frances O’Connor (Peggy Hodgson), Madison Wolfe (Janet Hodgson), Lauren Esposito (Margaret Hodgson)…
Photographie : Don Burgess
Montage : Kirk M. Morri
Direction Artistique : Julie Berghoff
Costumes : Kristin M. Burke
Musique : Joseph Bishara
Producteur(s) : Bob Cowan, Peter Safran et James Wan
Sociétés de production : New Line Cinema, The Safran Company, Atomic Monster et Evergreen Media Group
Budget: 40M $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 134 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 29 juin 2016

Etats-Unis – 2016

Le monde de Dory, un film de Andrew Stanton : Critique

Dans cette suite de Le monde de Nemo, nous retrouvons tous nos amis poissons pour une nouvelle aventure riche en rebondissements, en émotion, avec une panoplie de nouveaux personnages tout aussi incroyables que ceux que l’on a découverts dans le premier film.

Synopsis : Un an après avoir retrouvé Nemo, Dory, souffrant d’amnésie chronique, récupère quelques souvenirs de son enfance et se rappelle qu’elle a des parents. Elle décide de retrouver sa famille quelque part en Californie, accompagnée de Marin et son fils pour l’aider dans sa quête…

 Notre chère Dory reste inoubliable !

Alors que Marin recherchait son fils, cette fois nous suivons Dory à la recherche de ses parents.
Nous nous sommes posé la question, si c’était vraiment utile de faire une suite après une première histoire émouvante et réussie, qui nous a tous fait rêver. La réponse est non, l’univers est déjà bien connu, l’originalité et la surprise sont atténués, mais les anciens, comme la nouvelle génération auront un réel plaisir à replonger dans les océans de Pixar, qui ont rarement fait d’erreurs jusqu’ici.
D’autant plus que c’est la charmante Dory l’héroïne de ce second volet, le poisson le plus drôle et le plus populaire chez les fans.

Après Le voyage d’Arlo qui n’a pas rencontré le succès souhaité, ni la sympathie du public, Le monde de Dory corrige le tir, et nous amène dans une histoire vraiment prenante et dynamique.
Ce deuxième chapitre se montre beaucoup plus dur, et moins naïf que son prédécesseur.
En effet, à cause de son amnésie, Dory nous émeut, nous attriste même, quand on voit toute la détresse du petit poisson prêt à tout pour retrouver sa famille. Les studios Pixar ont créé un personnage tellement fort et touchant que le spectateur voudra absolument combler sa solitude.
Les nouveaux poissons sauront également attendrir notre cœur, que ce soit Hank un poulpe qui rêve de rester seul, ou le duo Destinée et Bailey, un requin-baleine et un béluga, qui aideront Dory dans son odyssée, chacun à sa manière.
Nos anciens héros poissons clowns, certes assez secondaires face à cette nouvelle palette de poissons au caractère bien trempé, permettent de nous rappeler nos bons souvenirs du premier dessin animé. Marin reste ce poisson peureux, trop sérieux, mais qui cherche toujours à bien faire, Nemo, lui, continue de montrer la voie à suivre pour son père qui a parfois du mal à se lancer dans l’aventure.

Le risque de ce numéro deux serait d’avoir fait un scénario trop proche du premier film, mais heureusement, il y échappe de très près.
Le récit reste très similaire, après avoir retrouvé son fils, Marin doit secourir Dory qui s’est faite capturer par un institut de Biologie Marine (qui s’avèrera être son lieu de naissance).
Nous avons une intrigue plus dans l’action, et bien moins dans la contemplation que pour Le monde de Nemo. Nous avions des pauses dans le voyage de Marin, s’étendant sur plusieurs jours, grâce à Nemo dans son petit aquarium. A l’inverse, dans cette suite, nous sommes constamment dans un rythme effréné. Nous pourrions reprocher cette manière de raconter, mais au contraire, c’est ce qui différencie, à juste titre, les deux longs-métrages, bénéfique pour ce nouveau Pixar.
Encore une fois, l’esprit, mais surtout l’humour propre à ce monde marin restent intacts, grâce à ces nouveaux personnages, permettant d’exploiter intelligemment des sketchs drôles et sympathiques.
Par conséquent, Le monde de Dory est difficile, de telle manière que les plus petits seront bouleversés par son parcours, mais ils apprécieront la légèreté qui sera plus que bienvenue pour atténuer la dramaturgie de ce conte aquatique.

Visuellement, nous restons bluffés, le travail technique des studios est encore plus beau qu’en 2003. Les couleurs et la clarté des océans, des aquariums donnent envie de s’immerger dans les profondeurs marines. De plus, l’ambiance sonore et musicale renforce notre empathie pour Dory et ses amis, à travers un univers qui plaira aux petits comme aux grands. Ainsi, Pixar nous prouve qu’ils savent toujours aussi bien raconter les histoires et développer leurs personnages.

Le monde de Dory n’était pas forcément nécessaire, le premier film d’animation se suffit à lui-même, mais nous sommes toujours émerveillés devant de si beaux moments, à passer en famille ou entre amis. Dory continue de nous faire rire, mais jouera surtout sur l’émotion tout le long. Peut-être que notre chirurgien bleu préféré oublie tout au fur et à mesure, mais il restera inoubliable à nos yeux…

Le monde de Dory : Bande-annonce

Le monde de Dory : Fiche Technique

Titre originale : Finding Dory
Réalisation : Andrew Stanton
Scénario : Andrew Stanton, Angus McLane
Doublages (VO) : Ellen DeGeneres (Dory), Albert Brooks (Marin), Hayden Rolence (Nemo), Ed O’Neill (Hank), Kaitlin Olson (Destinée), Ty Burrell (Bailey), Diane Keaton (Jenny), Eugene Levy (Charlie), Idris Elba (Fluke), Dominic West (Rudder), Bob Peterson (Mr Ray), Sloane Murray (Dory enfant)…
Doublages (VF) : Céline Monsarrat (Dory), Franck Dubosc (Marin), Timothé Vom Dorp (Nemo), Mathilde Seigner (Destinée), Philippe Lellouche (Hank), Kev Adams (Bailey), Catherine Davenier (Jenny), Michel Papineschi (Charlie)…
Musique : Thomas Newman
Producteurs : John Lasseter, Lindsey Collins, Bob Roath
Sociétés de production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Durée : 103 minutes
Genre : Animation, comédie
Date de sortie : 22 juin 2016

Etats-Unis – 2016

Dans les forêts de Sibérie, un film de Safy Nebbou : Critique

Tiré de l’expérience de Philippe Tesson relatée dans son roman autobiographique couronnée par le prix Médicis en 2011, Dans les forêts de Sibérie s’attache à relater une aventure humaine loin du monde.

Le synopsis est tout aussi séduisant que les premières séquences du film. Il nous laisse espérer un dépaysement total tant les paysages sont magnifiques et semblent lointains. De façon très contemplative, la musique douce d’Ibrahim Maalouf berce avec douceur et mélancolie les superbes images de Gilles Porte du lac Baïkal gelé. Les lents mouvements de caméra lancinants sont sensibles et à propos. On ressent tout de suite la communion entre le personnage et son nouvel espace de vie. Raphaël Personnaz, solaire, est sublimé par cette nature.

Into the Sibérie

Sa fuite répond à un désir de vivre intensément chaque instant de sa vie, comme un appel à un carpe diem  spirituel. Teddy se veut libre et sans contraintes, pour vivre au rythme des saisons, pour apprivoiser le climat, et épouser la lumière sibérienne. Il veut connaître le plaisir de rouler sur l’épaisse couche de glace dans une vieille camionnette, et de crier dans le silence des montagnes qui bordent le lac, il veut sentir le gel sur sa peau et le soleil qui la réchauffe lentement.

« Je partis dans les bois car je voulais vivre sans me hâter, vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie. Je voulais chasser tout ce qui dénaturait la vie, pour ne pas, au soir de la vieillesse, découvrir que je n’avais pas vécu. » Le cercle des poètes disparus, Peter Weir, 1989

Le film atteint alors un certain degré de perfection profondément jubilatoire qui malheureusement ne durera qu’un temps.

Ces premières impressions vont en effet rapidement s’éroder au fur et à mesure que progresse le récit. Dès lors, le film semble scindé en deux. Si sa première partie était sublime, très vite le scénario va amener le spectateur vers des horizons beaucoup moins intéressants.

Le principal défaut de la seconde partie est en réalité son existence en elle-même car la rencontre avec Aleksei a pour conséquence la fin de la solitude de Teddy. Or, l’œuvre n’a alors fait que survoler la solitude, sans l’exploiter vraiment. En quelques séquences cette expérience de vie solitaire a été mise à l’écart au profit d’une intrigue secondaire, très peu intéressante. Une histoire d’amitié se noue entre Teddy et Aleksei, personnage qui apporte un contrepoids. En exil depuis des années, il souhaite retourner en ville quand Teddy ne cherche lui qu’à rester en exil dans la nature. Mais quel est le sens de cette sous-intrigue, de ces scènes de chasse entre amis, qui apparaissent comme les ingrédients d’un film conventionnel pour un projet qui ne l’était pas 

Le défi de Safy Nebbou était de réussir à filmer cette solitude. Or, le scénario ne lui permet pas un tel accomplissement. Ainsi le film manque son objectif majeur.

Par ailleurs, le film ne se révèle que très peu introspectif. Quid des motivations de Teddy ? Qu’est ce qui le pousse à entreprendre le voyage ? Est ce une fuite de la société, un besoin de solitude, un désir de liberté ? Certes il semblerait que ce soit un peu tout ça à la fois cependant, ne connaissant pas la vie du personnage, le spectateur se retrouve pantois et troublé.

Dans les forêts de Sibérie, s’inspire énormément du succès d’Into the wild de Sean Penn en 2007, allant  jusqu’à épouser sa morale. Toutefois il ne parvient jamais à insuffler la même vitalité ni la même émotion à son œuvre.

Si la simplicité du récit offre au film une réelle sobriété, il obtient également une certaine rugosité, une âpreté, une rudesse qui ne lui permettent pas d’emporter le spectateur complètement avec lui en Sibérie.

Synopsis : Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal. Une nuit, perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit caché dans la forêt sibérienne depuis des années. Entre ces deux hommes que tout oppose, l’amitié va naître aussi soudaine qu’essentielle.

Dans les forêts de Sibérie : Bande annonce

Dans les forêts de Sibérie : Fiche technique

Réalisation : Safy Nebbou
Scénario : Safy Nebbou et David Oelhoffen, d’après le livre de Sylvain Tesson
Interprétation : Raphaël Personnaz et Evgueni Sidikhine
Photographie : Gilles Porte
Montage : Anna Riche
Musique : Ibrahim Maalouf
Décors : Cyril Gomez-Matthieu
Producteurs : Philippe Boëffard et Christophe Rossignon
Société de production : France 3 cinéma, Zéphyr production, et Nord-Ouest Films
Distribution : Paname Distribution et Other Angle Pictures
Récompense : César 2017 de la meilleure musique originale
Durée : 105 minutes
Genre : Aventure
Date de sortie : 15 juin 2016

France – 2016

Auteur : Clement Faure

Le professeur de violon, un film de Sérgio Machado : Critique

Synopsis : Parce qu’il vient d’échouer à l’audience d’un prestigieux orchestre, Laerte n’a d’autre choix que d’accepter un poste de professeur de musique dans une favela. Il comprend rapidement que, dans ce milieu hostile, ses élèves refusent son autorité et ne prennent pas au sérieux les compétences qu’il veut leur inculquer.

Musique classique, film trop classique.

Découvert il y a 10 ans grâce à la présentation de son film Bahia, ville basse à Cannes, Sérgio Machado revient avec le même acteur principal (Lazaro Ramos) et un sujet qui lui tient particulièrement à cœur, la musique. Mais comment aborder cette thématique aussi commune à travers le média cinématographique ? Tout simplement en prenant le même dispositif que tant d’autres films ont déjà utilisé avant lui : Celui de la transmission. On pense à Whiplash aux Etats-Unis ou encore à Les Choristes en France, parmi les nombreux scénarios partageant ce schéma de lien entre élèves et mentor autour de cours de musique. Les rapports de force entre ces élèves rebelles et leur professeur passionné n’ont dès lors pas grand-chose d’original à proposer, tant sa morale de rédemption par l’enseignement paraît éculée.  Son contexte urbain peut-être ? Là encore, l’image que le réalisateur donne des favelas est sensiblement la même que celle déjà vue dans une ribambelle de films brésiliens (La Cité de Dieu et La Cité des Hommes pour ne citer qu’eux), avec leur lot de guerres des gangs, de violences policières, de prostitution et de trafics de drogues. Toutefois, le label « histoire vraie » rend ce manque d’inspiration difficilement attaquable de front.

Les personnages secondaires étant largement caricaturaux et l’évolution de leurs relations avec leur enseignant étant très prévisibles dès leur introduction – pour quiconque connait un tant soit peu les ficelles scénaristiques du cinéma mainstream-, la qualité du long-métrage en vient à reposer essentiellement sur la prestation de Lazaro Ramès. Fort heureusement, l’acteur, inconnu en France mais populaire au Brésil grâce aux nombreuses telenovelas auxquelles il a participé, fait preuve d’une palette de jeu pour le moins convaincante. Le seul fait d’avoir sélectionné un acteur black pour incarner un professionnel de la musique classique renverse les clichés raciaux qui entourent ce milieu sommes toutes élitiste. Parce que le personnage est de nature stressée et peu sûr de lui, son interprétation est la marque d’un certain talent pour rendre tangible cette personnalité troublée. On regrettera donc que ces difficultés personnelles ne soient pas davantage exploitées par le scénario qui semble privilégier la réussite de ses méthodes pédagogiques à ses doutes intérieurs.

Son objectif éducatif, qui est d’apprendre à un groupe de jeunes – incluant quelques délinquants (une minorité en fait, mais les seuls sur lesquels la dramaturgie va choisir de s’attarder) – à apprécier les composition de Bach et Beethoven pour les sortir de leur quotidien morose et sans avenir, n’est cependant pas l’unique enjeu du personnage. Sa volonté d’intégrer un orchestre, au risque d’abandonner ses élèves, apparaît comme un contrepoids dans ce parcours plein de bons sentiments. Et pourtant, ni l’une ni l’autre des deux sous-intrigues ne semble être menée jusqu’à son terme. Sans doute est-ce la série Mozart in the Jungle qui nous a appris à attendre du microcosme des orchestres une vision quelque peu subversive. Mais là, rien de tout ça, bien au contraire, aucun membre de cet orchestre (hormis la chef d’orchestre dans une unique scène) n’aura même droit à une réplique. Et quant à l’émancipation des jeunes élèves, elle est passée à la moulinette d’ellipses qui rendent indéchiffrables leur cheminement psychologique. Toute cette mécanique scénaristique apparaît au final comme bien trop académique pour prétendre apporter un quelconque regard novateur sur les milieux socio-culturels qu’il tente de dépeindre, lui préférant toujours une exacerbation des émotions que peut générer cette belle histoire, au risque d’aller flirter avec un ton résolument pathos dans les dernières minutes.

Tenu par un cahier des charges commercial et sensationnaliste, Sérgio Machado livre un film terriblement convenu et sans la moindre audace, dont la véritable réussite est à imputer aux monteurs qui ont réussi à aligner le découpage des passages de concert au rythme des instruments à cordes.

Le professeur de violon : Bande-annonce

Le professeur de violon : Fiche technique

Titre original : Tudo que aprendemos juntos
Réalisation : Sérgio Machado
Scénario : Marta Nehring, Sérgio Machado, Marcelo Gomes, Maria Adelaide Amaral d’après le roman d’Antonio Ermirio de Moraes
Interprétation : Lázaro Ramos (Laerte), Kaique de Jesus (Samuel), Elzio Vieira (VR), Sandra Corveloni (Alzira), Fernanda de Freitas (Bruna)…
Photographie : Marcelo Durst
Montage : Márcio Hashimoto Soares
Direction artistique : Valdy Lopes Ferreira
Musique : Alexandre Guerra, Felipe de Souza
Production : Caio Gullane, Fabiano Gullane, Debora Ivanov, Gabriel Lacerda
Sociétés de production : Gullane Filmes
Sociétés de distribution : Jour2fête
Durée : 100 minutes
Genre : Drame, musical
Dates de sortie : 22 Juin 2016

Brésil – 2016

TCM Cinéma Programme : Nous avons gagné ce soir

Synopsis : Stoker, ancienne gloire de la boxe, se prépare à un combat contre un jeune homme soutenu par un gangster local. Il ne sait pas que le match est censé être truqué et qu’il doit « se coucher ».

Le chef d’œuvre du film noir est diffusé sur TCM Cinéma dimanche 26 juin à 00h30

Mondialement connu pour West Side Story, Robert Wise était avant tout un des très grands réalisateurs de séries B, abordant plusieurs genres différents, dont le film noir (Le Coup de l’escalier), le fantastique ou la science-fiction, domaines dans lesquels il signera des classiques (La Maison du diable, Le Jour où la Terre s’arrêta).

Nous avons gagné ce soir est une de ses plus grandes réussites. Film très court (à peine plus de 1h10), il est surtout réputé pour se dérouler « en temps réel », la durée de l’action étant égale à celle du film. Cependant, l’œuvre comporte des qualités bien plus impressionnantes encore.

D’abord par son incroyable intensité dramatique. Si le match livré par Stoker est au centre de l’histoire, c’est qu’il est le nœud de deux actions parallèles : d’un côté le coup monté (qui donne son titre original au film, The Set-up) entre le gangster, Little Boy, et le manager de Stoker, qui est tellement convaincu que son boxeur va perdre qu’il ne l’informe même pas de la triche. Cela instaure un suspense terrible pendant le match et crée une tension qui occupe toute la dernière partie du film, dans une incroyable montée en puissance.

D’un autre côté, il y a le drame que vit Julie, la femme de Stoker. Effrayée par ce sport violent et sans pitié, elle voudrait que son mari arrête de combattre. Elle rêve d’une autre vie, où l’homme qu’elle aime cesserait de se prendre des coups. Ses déambulations dans la ville vont donner une autre dimension au match, plus intime, plus dramatique et plus émouvante.

Nous avons gagné ce soir est construit sur l’alternance de ces deux actions, avec une science extraordinaire de la mise en scène et du montage. Tout est fait pour montrer que la boxe est le reflet d’un monde violent. Dès le début, les vendeurs de journaux à la criée se battent pour survivre. Et lorsque la caméra pénètre dans la salle, le spectateur est plongé dans un lieu dont la violence n’a rien à envier à celle des jeux du cirque de l’époque romaine. Le public est manifestement venu pour assouvir sa soif de violence. On crie « Tue-le ». Même les femmes réclament du sang. Dans cette arène, les boxeurs sont comme des gladiateurs devant se massacrer pour satisfaire l’envie de brutalité.

Cette violence glauque et poisseuse est encore renforcée par une utilisation remarquable des décors. Ainsi, Stoker a l’air d’être constamment enfermé, emprisonné. Robert Ryan, une fois de plus exceptionnel, plie son corps de géant trop à l’étroit dans le cadre. Dès les premiers plans, la mise en scène nous montre que son destin est joué. Cela confère au film une dimension tragique : Stoker tente de se rebeller contre la Fatalité mais, en une scène admirable, il se rend compte que les portes sont toutes fermées.

Sommet du film, le match de boxe, tant attendu avec un suspense qui va crescendo, est filmé et monté d’une façon extrêmement réfléchie et novatrice. Tourné simultanément par trois caméras, il est d’une violence rare, à la fois très réaliste et d’une grande beauté visuelle.

Film qui fait date dans le genre du film noir, Nous avons gagné ce soir a inspiré durablement le cinéma. La science du montage et du cadrage de Wise se retrouvera dans le travail qu’ont fait Scorsese et Thelma Schoonmaker pour Raging Bull, mais aussi dans Snake Eyes de Brian de Palma. Et l’errance de Julie dans la ville nocturne préfigure de façon évidente, parfaitement identique, celle de Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l’échafaud.

Par son réalisme cru, son intensité dramatique et son suspense, Nous avons gagné ce soir est un des sommets du film de boxe et du film noir, et Robert Wise a ainsi élevé la série B au rang de chef d’œuvre.

Nous avons gagné ce soir : Fiche Technique

Titre original : The Set-up
Réalisateur : Robert Wise
Scénariste : Art Cohn
Interprètes : Robert Ryan (Stoker Thompson), Audrey Potter (Julie), George Tobias (Tiny), Alan Baxter (Little Boy).
Photographie : Milton Krasner
Montage : Roland Gross
Décors : James Altwies, Darrell Silvera
Producteur : Richard Goldstone
Société de production : RKO Radio Pictures
Société de distribution : RKO Radio Pictures
Date de sortie en France : 14 octobre 1949
Genre : boxe, film noir, drame
Durée : 73 minutes
Etats-Unis- 1949

Ash vs Evil Dead : des nouvelles de la saison 2

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Ash vs Evil Dead saison 2 : L’entourage de Ash au cœur des premiers épisodes.

La nouvelle saison de Ash vs Evil Dead fera son grand retour à l’automne aux Etats-Unis sur la chaîne Starz pour 10 épisodes de 30 minutes chacun.

De nombreuses surprises et des révélations sur le personnage de Ash Williams seront réservées aux téléspectateurs pour cette deuxième saison. Il sera possible de  découvrir une nouvelle facette, plus intime et secrète, de la personnalité du personnage incarné par Bruce Campbell grâce à la présentation de son entourage et de son environnement familial. Après les affrontements mouvementés de la saison 1, Ash et ses acolytes devront quitter le soleil de la Floride pour retourner sur les terres natales de Ash, dans le Michigan, afin de faire face à une menace terrifiante ! Les spectateurs découvriront à cette occasion l’entourage de Ash. 

La production a ainsi révélé que trois nouveaux personnages feraient leur apparition pour la saison 2 de Ash Vs Evil Dead: Brock, le père de Ash, sera interprété par Lee Majors (L’homme qui valait trois milliards, L’homme qui tombe à pic), la comédienne Michelle Hurd (The Glades, Daredevil, I Spit on Your Grave 3) incarnera l’ex-petite amie de Ash et Ted Raimi (le frère du réalisateur Sam Raimi) jouera le rôle de Chet Kaminski, l’ami d’enfance de Ash. La présence de Lucy Lawless, avec le retour de son personnage Ruby, a également été confirmée  pour cette nouvelle saison.

Après un remake réussi de Evil Dead, par le réalisateur Fede Alvarez en 2013, les fans de la saga ont été comblés par l’adaptation en série télévisée en 2015 sur les chaînes du câble aux USA. Bruce Campbell avait fait son grand retour, en reprenant le rôle-titre de Ash Williams, avec à ses côtés Sam Raimi, à la production et à la réalisation (gage de qualité pour le fan service).

Ash a eu fort à faire au cours de la saison 1 en affrontant une horde de Deadites (des démons et des personnes possédées), libérés par sa faute après une soirée trop arrosée et en charmante compagnie, après une lecture coupable et à voix haute, sous l’emprise de l’alcool du livre des morts, le Necronomicon, cher à H.P. Lovecraft.

Les acolytes de Ash, Pablo (Ray Santiago), Kelly (Dana DeLorenzo) et Amanda (Jill Marie Jones) étaient assez attachants. Ils apportaient une bonne dose d’humour et pimentaient les affrontements avec les démons et les forces des ténèbres. La présence de Lucy Lawless (Xena la guerrière) au casting a permis de faire la jonction avec la saga d’origine. Cette femme énigmatique, qui traque Ash tout au long de la saison 1, a un lien de parenté avec l’une des malheureuses victimes de la tragédie de la cabane dans les bois (Evil Dead I – II). La série a été une vraie réussite même si l’utilisation du numérique pour les effets spéciaux avait déçu de nombreux critiques.

Il ne reste donc plus que quelques semaines à attendre pour découvrir la suite des aventures de Ash Williams et de ses acolytes pour un cocktail d’humour déjanté et d’horreur.

L’acteur Bruce Campbell a enregistré au début du mois de juin des clips humoristiques pour sa candidature dans la catégorie meilleur acteur dans une série comique pour son rôle dans Ash Vs Evil Dead pour la prochaine cérémonie des Emmy Awards qui se déroulera en Septembre prochain.

Groovy ! Hail to the king, Baby !

 

Penny Dreadful saison 3, une série de John Logan : critique

Penny dreadful continue sa route à travers une saison 3 aussi bien construite que les deux précédentes. Après avoir vaincu les sorcières de Lucifer, son frère, le Maître des vampires annonce son retour dès le premier épisode, dans le but de séduire Vanessa pour accomplir son destin.

Synopsis : De retour aux Etats-Unis, Ethan Chandler s’apprête à affronter son père, alors que Malcolm Murray est retourné en Afrique enterrer Sembene, Vanessa Ives vit recluse dans le manoir depuis leur départ. Pendant ce temps, Frankenstein retrouve un vieil ami dans l’espoir de ramener Lily à la raison, qui espère créer son armée d’immortels accompagnée de Dorian Gray…

Retour des vampires, et nouveaux horizons

Par conséquent, les showrunners ont choisi d’amener pleinement le mythe de Dracula en intégrant officiellement son personnage dans la série, alors qu’il n’était mentionné que sous l’appellation du « maître » jusqu’à présent. Le suspense ne dure pas plus de deux épisodes avant que le spectateur ne découvre l’identité du vampire sous les traits du docteur Alexander Sweet, interprété par le mystérieux Christian Camargo. Vanessa cherchera à mieux comprendre les démons qui l’habitent en faisant une thérapie avec le docteur Seward, descendante de Joan Clayton, jouée par la même actrice Patti LuPone. Toute l’intrigue de la saison nous montrera Vanessa, seule et vulnérable, tombant peu à peu amoureuse de l’homme qu’elle espère détruire.

La photographie reste toujours impeccable et représente parfaitement l’ambiance sombre et gothique de l’Angleterre Victorienne. Mais les déserts d’Amérique où se trouve Ethan apportent une nouvelle atmosphère. Ainsi, nous découvrons d’autres lieux et cultures, ajoutant une tonalité différente mais qui approfondit l’univers déjà bien fourni de la série.

Par son histoire, cette saison 3 a séparé nos héros, d’un côté Vanessa se rapprochant dangereusement des ténèbres, et de l’autre Ethan affrontant son paternel qu’il a fuit depuis plusieurs années. Nous en apprenons davantage sur ses origines et comprenons pourquoi il hait tant son père tyrannique qui le force à devenir le digne fils de son père. Le rôle (très secondaire) d’Hécate constitue la part obscure du loup garou, elle espère l’amener dans les ténèbres, au même titre que Dracula qui séduit à sa manière Eva Green. Nous avons un effet miroir sur ces deux personnages principaux à la différence que Vanessa succombe aux forces maléfiques contrairement à Ethan qui accepte le monstre qui est en lui.
Malcolm voit en eux les deux enfants qu’il a perdu. Après avoir protégé sa fille de substitution, il part à la recherche d’Ethan avec l’apache Kaetenay, qu’ils considèrent tout les deux comme leur « fils ». L’apparition de ce nouveau protagoniste dans cet environnement désertique donne une touche de spiritualité supplémentaire qui contrebalance à la sorcellerie que l’on connait suffisamment depuis le pilote.

En parallèle à cette storyline principale, nous continuons de suivre les aventures propres au reste de la distribution.

John Clare, la première créature de Frankenstein, finit par récupérer quelques souvenirs de son ancienne vie et cherchera par tous les moyens à retrouver sa femme et son enfant. De plus nous avons eu la bonne surprise à ce que les scénaristes développent encore plus la relation entre John et Vanessa, qui est la seule à l’accepter tel qu’il est. Le traditionnel épisode flash-back de Vanessa (que l’on retrouve chaque saison) nous surprend quand on constate que ces deux personnages ont un passé commun antérieur à la série, et se connaissaient avant la mort de John, prouvant qu’ils sont tous liés d’une manière ou d’une autre.

De ce fait, Frankenstein connait le docteur Jekyll, un nouveau venu, dont on abordera trop discrètement son histoire de double personnalité. Ce mythe réadapté dans Penny Dreadful présente un très fort potentiel en choisissant de donner des origines indiennes au personnage, subissant constamment des injures racistes. Ensemble ils font le pacte de ramener Lily en occultant le mal qui la ronge.

Dorian Gray, toujours aussi charismatique, sera malheureusement le maillon faible de la saison. Peu présent, Billie Piper, lui vole la vedette en ralliant à sa cause une armée de prostitués. Alors que Dorian rêvait de conquérir cette terre avec des semblables, il se perd dans une quête vengeresse menée par Lily, ne supportant plus le souvenir de sa vie passée. Son discours féministe à l’extrême lors de l’épisode 7 nous attrape et nous montre tous le talent de son interprète. Dorian réalise perdre son influence et choisira finalement de s’allier à son rival Frankenstein pour stopper la femme qu’ils aiment.

Le créateur, John Logan, a toujours su replacer, intelligemment, le contexte et les activités londoniennes dans sa série, et nous pouvons voir d’une certaine manière, à travers Billie Piper, les prémices des suffragettes qui s’organiseront au tout début du 20ème siècle. De même, la mise en scène de l’asile psychiatrique renvoie aux peurs de cette époque, des malades mentaux illuminés par les voix qu’ils entendaient. Toutes ces questions de possessions, du malin dans un corps humain, sont toujours aussi bien traitées et expliquées depuis la première saison.

« The End » vraiment ???

Ce double épisode final nous laisse sans voix. Il rattrape la déception de l’année dernière, dont la résolution était beaucoup trop simple. Cette fois, il nous faut deux épisodes pour clore proprement tout le récit de Vanessa, Ethan et Dracula. Le créateur et son équipe artistique ont vraiment fait les choses en grand pour cette ultime bataille.

L’Apocalypse est en marche, et nos héros sont les seuls à pouvoir arrêter la Bête. La série a toujours joué sur la suggestion en apportant beaucoup de nuances. La mise en scène équilibre parfaitement l’ambiance pour donner une énergie particulière aux « enfants de la nuit » qui s’éveillent. Par conséquent, nous effleurons tout le long les dangers du chaos, à travers un brouillard qui emprisonne tous les habitants londoniens et des animaux en alertes face au pouvoir du démon.
Nous sommes satisfait de voir autant de détail sur la fin des temps, on ressent toute la détresse des personnages, et nous gardons toujours espoir de voir nos héros sauver Miss Ives.

Néanmoins, cet épilogue laisse une profonde frustration. Le sacrifice de Vanessa, tuée par son grand amour pour sauver le monde, est assez logique, presque nécessaire. De cette façon, l’intrigue principale portée par Eva Green, Josh Hartnett et Timothy Dalton nous offre un dénouement royal, compréhensible et réussi.
Mais le problème reste l’antagoniste de Penny Dreadful qui finit par s’échapper, tout comme Lucifer qui n’a probablement pas été réellement vaincu en saison 2, les forces du mal sont donc toujours présentes.
De plus, les autres protagonistes montre une résolution incomplète en ce qui les concerne. On se demande ce que va devenir Lily maintenant qu’elle s’est libérée de Dorian Gray et Frankenstein (on aurait aimé voir au moins une fois Ethan face à son ancien amour après sa résurrection). Le destin des deux hommes reste, par ailleurs, mystérieux à la fin de la saison. Enfin, John Clare espère retrouver Vanessa après la mort de son fils, mais trop tard vu qu’il assiste démuni à l’enterrement de la jeune femme.

Le montage de la seconde partie du final, entre un nouveau générique et un « The End » sur fond noir, nous fait comprendre que la série ne reviendra pas pour une saison 4, ce qui est fort regrettable.

John Logan a toujours misé sur ses personnages bien écrits, luttant contre leurs propres démons (au sens propre comme au figuré). Ils vivaient et luttaient autour de trois mythes horrifiques : Dracula, Le Monstre de Frankenstein, et Le portrait de Dorian Gray. Le show a réussi a modernisé ces personnalités, et les faire cohabiter dans le même univers, chaque saison a toujours su se renouveler.

Après trois saisons fantastiques, nous avons dit adieu à ce merveilleux casting.
Peut-être que Penny Dreadful saison 3 devait s’arrêter ainsi, mais on ne peut s’empêcher de penser ces événements précipités et inachevés pour certains personnages…

Penny Dreadful a commencé le 11 mai 2014 sur Showtime, et s’est achevé ce 19 juin 2016, avec une moyenne de 600 000 téléspectateurs et un taux de 0,19 sur les 18/49 ans pour sa troisième saison.

Penny Dreadful saison 3 : Bande-annonce

Penny Dreadful saison 3 : Fiche Technique

Créateur : John Logan
Réalisation : J.A. Bayona, Coky Giedroyc, James Hawes, Dearbhla Walsh
Scénario : John Logan
Interprétation : Eva Green (Vanessa Ives), Josh Hartnett (Ethan Chandler), Timothy Dalton (Malcolm Murray), Rory Kinnear (John Clare), Billie Piper (Lily), Harry Treadaway (Victor Frankenstein), Reeve Carney (Dorian Gray), Patti LuPone (Docteur Seward), Wes Studi (Kaetenay)
Direction artistique : Jonathan McKinstry, Colman Corish, Conor Dennison, John King, Adam O’Neill
Décors : Philip Murphy
Costumes : Gabriella Pescucci
Photographie : Owen McPolin, P. J. Dillon, Xavi Giménez
Montage : Michele Conroy, Jaume Martí, Bernat Vilaplana
Musique : Abel Korzeniowski
Casting : Karen Lindsay-Stewart, Frank Moiselle, Nuala Moiselle
Producteurs : James Flynn, Chris W. King, Morgan O’Sullivan, Nicholas Brown, Sheila Hockin, Pippa Harris, Sam Mendes, John Logan, Karen Richards, Belén Atienza
Société de production : Desert Wolf Productions, Neal Street Productions
Diffusion : Showtime
Genre : dramatique, horreur, fantastique
Format : 9 épisodes de 55 minutes
Etats-Unis – 2014