TCM Cinéma Programme : Nous avons gagné ce soir

Synopsis : Stoker, ancienne gloire de la boxe, se prépare à un combat contre un jeune homme soutenu par un gangster local. Il ne sait pas que le match est censé être truqué et qu’il doit « se coucher ».

Le chef d’œuvre du film noir est diffusé sur TCM Cinéma dimanche 26 juin à 00h30

Mondialement connu pour West Side Story, Robert Wise était avant tout un des très grands réalisateurs de séries B, abordant plusieurs genres différents, dont le film noir (Le Coup de l’escalier), le fantastique ou la science-fiction, domaines dans lesquels il signera des classiques (La Maison du diable, Le Jour où la Terre s’arrêta).

Nous avons gagné ce soir est une de ses plus grandes réussites. Film très court (à peine plus de 1h10), il est surtout réputé pour se dérouler « en temps réel », la durée de l’action étant égale à celle du film. Cependant, l’œuvre comporte des qualités bien plus impressionnantes encore.

D’abord par son incroyable intensité dramatique. Si le match livré par Stoker est au centre de l’histoire, c’est qu’il est le nœud de deux actions parallèles : d’un côté le coup monté (qui donne son titre original au film, The Set-up) entre le gangster, Little Boy, et le manager de Stoker, qui est tellement convaincu que son boxeur va perdre qu’il ne l’informe même pas de la triche. Cela instaure un suspense terrible pendant le match et crée une tension qui occupe toute la dernière partie du film, dans une incroyable montée en puissance.

D’un autre côté, il y a le drame que vit Julie, la femme de Stoker. Effrayée par ce sport violent et sans pitié, elle voudrait que son mari arrête de combattre. Elle rêve d’une autre vie, où l’homme qu’elle aime cesserait de se prendre des coups. Ses déambulations dans la ville vont donner une autre dimension au match, plus intime, plus dramatique et plus émouvante.

Nous avons gagné ce soir est construit sur l’alternance de ces deux actions, avec une science extraordinaire de la mise en scène et du montage. Tout est fait pour montrer que la boxe est le reflet d’un monde violent. Dès le début, les vendeurs de journaux à la criée se battent pour survivre. Et lorsque la caméra pénètre dans la salle, le spectateur est plongé dans un lieu dont la violence n’a rien à envier à celle des jeux du cirque de l’époque romaine. Le public est manifestement venu pour assouvir sa soif de violence. On crie « Tue-le ». Même les femmes réclament du sang. Dans cette arène, les boxeurs sont comme des gladiateurs devant se massacrer pour satisfaire l’envie de brutalité.

Cette violence glauque et poisseuse est encore renforcée par une utilisation remarquable des décors. Ainsi, Stoker a l’air d’être constamment enfermé, emprisonné. Robert Ryan, une fois de plus exceptionnel, plie son corps de géant trop à l’étroit dans le cadre. Dès les premiers plans, la mise en scène nous montre que son destin est joué. Cela confère au film une dimension tragique : Stoker tente de se rebeller contre la Fatalité mais, en une scène admirable, il se rend compte que les portes sont toutes fermées.

Sommet du film, le match de boxe, tant attendu avec un suspense qui va crescendo, est filmé et monté d’une façon extrêmement réfléchie et novatrice. Tourné simultanément par trois caméras, il est d’une violence rare, à la fois très réaliste et d’une grande beauté visuelle.

Film qui fait date dans le genre du film noir, Nous avons gagné ce soir a inspiré durablement le cinéma. La science du montage et du cadrage de Wise se retrouvera dans le travail qu’ont fait Scorsese et Thelma Schoonmaker pour Raging Bull, mais aussi dans Snake Eyes de Brian de Palma. Et l’errance de Julie dans la ville nocturne préfigure de façon évidente, parfaitement identique, celle de Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l’échafaud.

Par son réalisme cru, son intensité dramatique et son suspense, Nous avons gagné ce soir est un des sommets du film de boxe et du film noir, et Robert Wise a ainsi élevé la série B au rang de chef d’œuvre.

Nous avons gagné ce soir : Fiche Technique

Titre original : The Set-up
Réalisateur : Robert Wise
Scénariste : Art Cohn
Interprètes : Robert Ryan (Stoker Thompson), Audrey Potter (Julie), George Tobias (Tiny), Alan Baxter (Little Boy).
Photographie : Milton Krasner
Montage : Roland Gross
Décors : James Altwies, Darrell Silvera
Producteur : Richard Goldstone
Société de production : RKO Radio Pictures
Société de distribution : RKO Radio Pictures
Date de sortie en France : 14 octobre 1949
Genre : boxe, film noir, drame
Durée : 73 minutes
Etats-Unis- 1949

Festival

Cannes 2026 : rencontre avec Guillaume Massart pour « La Détention »

À l'ACID Cannes 2026, Guillaume Massart revient sur ses deux longs métrages documentaires consacrés au monde carcéral, "La Liberté" et "La Détention", et sur ce qui les relie : une même volonté de filmer ce qu'on ne voit jamais et de comprendre pourquoi.

Cannes 2026 : La Détention, dans l’antichambre de la prison

Après avoir fait l'état des lieux et des consciences dans un pénitencier corse hors norme, Guillaume Massart investit cette l’École nationale d’administration pénitentiaire (ÉNAP) d’Agen. Un quasi huis clos aux côtés des futurs agents de l'État, qui tentent de se forger une autorité face aux contradictions d'un métier les plaçant dans une zone grise éthique, déontologique et juridique permanente. "La Détention" collecte de précieux témoignages sur une institution en proie à une violence diffuse, à l'épuisement et à une incertitude qui résonne au-delà du plan final.

Cannes 2026 : Fjord, la famille contre la société

Présenté en compétition à Cannes 2026, "Fjord" de Cristian Mungiu explore l’affrontement entre convictions religieuses, pouvoir institutionnel et idéaux démocratiques, dans un drame tendu porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve.

Cannes 2026 : Moulin, le masque et la chute

En Compétition officielle à Cannes 2026, László Nemes signe avec "Moulin" un film sur la résistance qui préfère l'effondrement à l'héroïsme, l'homme à la légende. Sobre, tendu, imparfait, mais souvent bouleversant.

Newsletter

À ne pas manquer

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.