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Lancement d’Outbuster, la plateforme de cinéma indépendant à la demande

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Vous voulez découvrir des films différents de ce que vous voyez au cinéma ? Pas de doute, Outbuster est fait pour vous !

Parce que les plateformes VOD nous abreuvent des mêmes blockbusters américains, comédies françaises et autres séries B nanardesques, l’arrivée sur le marché d’une nouvelle alternative ne peut qu’apparaitre comme un bol d’air pour les spectateurs en quête de nouveautés. Et cette alternative c’est Outbuster. Une plateforme qui démarre aujourd’hui, 15 juin, et fait le choix audacieux de se démarquer de ses multiples concurrents en nous proposant, pour le prix dérisoire de 3€ pièce, toute une pléiade de films indépendants, et privés d’autres réseaux de distribution, et donc dédouanés de la chronologie des médias.

Des films à découvrir, en version originale sous-titrée en français, sans qu’une quelconque campagne marketing nous en a préalablement spoilé le contenu, pour la simple et bonne raison qu’il s’agit de films dont vous n’aurez jamais entendu parler ailleurs et que les équipes sont allées chercher aux quatre coins du monde (avec une préférence assumée pour l’Asie et la Scandinavie), pour nous en faire profiter. Une détermination à nous faire découvrir des œuvres rares, loin des carcans commerciaux et dont il serait dommage de se priver !

C’est pour cette raison que vos serviteurs cinéphages de la rédaction de CineSeriesMag, ont décidé de vous aider à découvrir certains des films présentés sur Outbuster. Ainsi commence un partenariat qui promet de nous faire partager de grands moments de cinéma, issus de filmographies injustement sous-représentées sur grand écran !

N’hésitez pas à aller sur cet excellent site, et si vous aimez les curiosités qui sortent des sentiers battus, alors il est certain que vous ne tarderez pas à vous abonner pour 9€/mois (parce qu’en plus, c’est rentable !). 

Diamant noir, un film d’Arthur Harari : Critique

Avec Diamant noir, son tout premier long métrage, le jeune réalisateur Arthur Harari nous plonge dans l’univers des diamantaires d’Anvers, en Belgique, avec une touche de réalisme saisissante. Le film s’attache à nous montrer l’envers d’un décor qu’on ne voit que très peu souvent au cinéma ou ailleurs.

Une histoire de Pier

Harari fait preuve d’une grande virtuosité. Les premières images nous plongent dans un passé troublant pour revenir au travers d’un œil (en surimpression sur la meule qui tourne) dans un présent, noir et accablant, celui du personnage principal, Pier Ullman.

Cette première scène a une plastique toute particulière, désirée, pour qu’elle imprime l’esprit du spectateur tout au long de l’œuvre. La forme vient assumer le fantasme du personnage principal, en utilisant l’excès (ici notamment au niveau du sang et de la brutalité de la blessure).

L’image traumatique qui initie donc le film, est l’élément central de l’histoire et va résonner au travers chaque situation et chaque personnage, pour en démultiplier sa portée mais aussi créer une série d’infimes variations qui exploseront dans le final.

On est tout d’abord pris d’une certaine affection pour le personnage principal avant de progressivement s’en détacher tant il est pétri de contradictions et d’ambiguïté. Sorte d’ange noir, Pier semble porter malheur à tous ceux qui l’entourent et, tel le personnage magnétique du Théorème de Pasolini, il finit par cristalliser toutes les attentions et les tensions.

Pier est sous l’emprise d’une vision délirante et traumatique qui nourrit sa soif de vengeance. Elle vit en lui comme une blessure personnelle, intime, et auto-entretenue.

Il est un intrus avec un dessein particulier justifié par son imaginaire tourmenté, et c’est uniquement l’expérience de la réalité qui va venir déconstruire cet imaginaire, le fragmenter totalement, puis le dissoudre. 

Si au départ, Pier et le spectateur partagent un besoin de se venger de l’infamie faite à son père par les diamantaires, ceux-ci s’humanisent tous progressivement. Le récit, mené tambour battant, déconstruit peu à peu, toutes ses affirmations. Ainsi l’œuvre acquiert sa dimension tragique, Pier prenant conscience peu à peu de son obsession, et se rendant compte de l’inanité de sa vengeance. L’empathie du spectateur envers lui est d’autant plus forte que nous partageons son inconfort d’avoir détesté des personnages qui souffrent autant que lui, et qui lui ressemblent bien plus qu’il ne désire s’en persuader. Il découvre à Anvers non pas des monstres mais une famille (par la démultiplication des figures paternelles notamment) et une passion. Il se retrouve alors perdu et troublé, complètement scindé en deux, et absorbe toutes les émotions qui tournoient autour de lui et qui le rende de plus en plus fragile à mesure que le récit avance.

Aussi, l’interprétation de Niels Schneider est exceptionnelle. Ce dernier, aperçu notamment dans les premiers de films de Xavier Dolan (J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires) et plus récemment dans Gemma Bovary, est méconnaissable. Très loin de ses rôles apolliniens et solaires, il impose toutefois son charisme dans cette composition juste et sensible.

Sans tomber dans le maniérisme ou l’élégie, Diamant noir parle avec finesse d’une vérité personnelle, propre à chacun, cette pierre brute qu’il faut tailler afin d’en apercevoir la myriade de reflets.

Par ailleurs, la grande force de l’œuvre réside également dans son scénario superbement écrit. D’abord, il convoque deux schémas narratifs classiques du cinéma en les mêlant habilement : l’arrivée d’un nouveau membre dans une famille et l’immersion d’un jeune loup dans un nouveau milieu. De la même manière, deux genres se mélangent : le drame familial et le thriller noir mêlé au film de braquage.

De plus, le récit porte en lui quelque chose de brut, de séduisant, et d’ambivalent, progressant de manière froide mais lumineuse.

Diamant noir joue très peu sur les artifices habituels du genre mais ne comporte ni temps morts, ni laborieuses scènes de remplissage, ni mièvreries. On partage en permanence le malaise qui étreint le jeune anti-héros dans ce milieu familial où il reste un étranger, un parent pauvre oublié.

Arthur Harari prend son temps pour poser son intrigue, mais jamais il n’oublie le plaisir du spectateur. Chaque scène révèle un aspect original des relations entre les personnages, sans-cesse mouvantes. En plus d’une direction d’acteurs remarquables (tous sont porteurs d’une ambivalence toute particulière), le réalisateur réussit à traduire cette instabilité des personnages par des mouvements de caméras précis, et notamment des zooms et travellings utilisés en abondance.

Les points de vue multiples qu’adopte cette caméra font du public un acteur-observateur de cette tragédie tout en servant l’un de ses motifs : l’œil. Cet œil qui plonge dans la lumière et qui cherche à travers elle un sens à son existence.

Le film tente à travers la pierre, de tracer un chemin de vérité de la lumière à l’objet, de l’œil de Pier à la main mutilée de son père. La question de la vérité est ainsi celle de voir ; croire ou pas ce que l’on voit ou ce que l’on n’a pas vu est l’essence même du récit, du film, mais aussi de ce qui régit la vie du personnage principal.

Enfin, la musique du film s’impose comme une évidence esthétique. Elle soutient beaucoup l’œuvre. Le thème obsessionnel qui revient comme un leitmotiv provoque un malaise et assombrit le film. C’est la parfaite incarnation de l’obsession qui traverse le récit.

Bien sûr il y a quelques défauts inhérents à une première œuvre, notamment dans la mise en scène. On ressent quelques approximations au niveau des cadrages et des plans. Toutefois ils n’enlèvent rien à la qualité des scènes impeccables de densité et de force dramatique.

Film noir introspectif et lumineux, dense et suffocant, le premier long métrage d’Arthur Harari réussit à la fois, à saisir le spectateur par son suspense et à toucher son cœur par ses résonances. Véritable film d’ambiance, il possède une atmosphère anxiogène qui contamine chaque scène.

Diamant noir est un prisme à l’image de son objet, possédant plusieurs facettes. Le diamant, cette pierre compacte ou circule et à travers laquelle s’amplifie la lumière fascine le spectateur et cristallise ses émotions, décuplées comme son éclat.

Synopsis : Pier Ulmann vivote à Paris, entre chantiers et larcins qu’il commet pour le compte de Rachid, sa seule « famille ». Son histoire le rattrape le jour où son père est retrouvé mort dans la rue, après une longue déchéance. Bête noire d’une riche famille de diamantaires basée à Anvers, il ne lui laisse rien, à part l’histoire de son bannissement par les Ulmann et une soif amère de vengeance. Sur l’invitation de son cousin Gabi, Pier se rend à Anvers pour rénover les bureaux de la prestigieuse firme de diamant Ulmann. La consigne de Rachid est simple : « Tu vas là-bas pour voir, et pour prendre. »

Diamant noir : Bande annonce

Diamant noir : Fiche technique

Réalisation: Arthur Harari
Scénario: Arthur Harari, Vincent Poymiro, Agnes Feuvre
Interprétation: Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos, Abdel-Hafed Benotman, Raphaële Godin
Photographie: Tom Harari
Montage: Laurent Senechal
Musique: Olivier Marguerit
Décors: Véronique Sacrez
Producteurs: David Thion, Philippe Martin
Société de production: Les Films Pelléas
Distribution: Ad vitam
Récompense : César 2017 du meilleur espoir masculin pour Niels Schneider
Durée: 115 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 8 juin 2016
France – 2016

Auteur : Clement Faure

Ninja Turtles 2, un film de Dave Green : Critique

Pour pleinement appréhender cette suite, il faut se souvenir que le premier opus, sorti fin 2014, produit par Michael Bay et réalisé par l’impardonnable Jonathan Liebesman (celui-là même qui avait bafoué Massacre à la Tronçonneuse en concevant un lamentable prequel), fut perçu par les anciens fans du comics de Peter Laird et Kevin Eastman et du dessin-animé qui en fut tiré dès 1987 comme une véritable trahison.

Synopsis : Leonardo, Donatello, Michelangelo et Raphael continuent à vivre dans l’ombre, cachés de l’Humanité. Lorsqu’ils apprennent que Schreider va s’échapper de prison, ils s’empressent d’intervenir mais ne réussissent pas à empêcher l’évasion de leur ennemi. Celui-ci signe alors un pacte avec le Commandeur Krang, une monstrueuse créature extraterrestre qui va devenir une telle menace pour le monde que les Tortues Ninjas et leurs alliés n’auront d’autre choix que d’agir en plein jour.

On revient de loin !

La seule chose à en tirer fut la conclusion, que nous avait déjà laissé subodorer la trilogie ultra-kitsch datant des années 1990, que les Tortues Ninjas n’avaient définitivement pas vocation à être adaptées en live, que ce soit sous le couvert d’épais masques en caoutchouc ou d’images numériques dernier cri. Rendu toutefois inévitable par le succès commercial du film (1,7 million de spectateurs rien qu’en France !), la commande d’une suite par les studios de la Paramount et Nickelodeon auprès de Mickael Bay a donc soulevé les pires craintes. Et pourtant, en confiant les manettes à Dave Green (réalisateur du sympathique Echo, sorti lui-aussi en 2014), il semble que le producteur ait fait un bon choix. Les plus gros défauts que l’on puisse faire à ce Ninja Turtles 2 sont en effet directement imputables à l’héritage de cette imbuvable origin story, alors que beaucoup des reproches qu’avaient pu faire les fans historiques tenteront d’y être corrigés en assumant pleinement la dimension cartoonesque du projet.

Visuellement d’abord, la surdose de lense flaires qui saturait le premier film est dès à présent oubliée, au profit d’une photographie que nos ophtalmologistes jugeront plus acceptable. Peu d’efforts ont cependant été faits dans le design des personnages, et en particulier de Splinter. Le maître rat reste définitivement l’une des créatures numériques les plus laides du cinéma moderne (depuis peu rattrapé par le mage Gul’dan dans Warcraft). Le seul personnage qui ait, visuellement, gagné depuis le précédent opus est Schreder, et ce grâce à une relative sobriété, mettant de côté cette armure outrancièrement impressionnante qui l’éloignait de son look plus élancé dans le dessin-animé. Sur le plan technique, on remarque dès la scène d’ouverture que le film souffre de surdécoupage, une impression qui se confirmera lors de certaines scènes de combat, absolument illisibles, fautes à une multiplication de  plans serrés là où des cadrages plus larges auraient été plus adroits. Le fait de voir dans l’équipe technique les monteurs de GI Joe y est aussi pour beaucoup. Notons enfin un soin apporté à la 3D, même si la surenchère d’effets numériques risquera de susciter des migraines chez certains des plus jeunes spectateurs.

Avec toujours plus d’action, d’humour et de personnages, la saga produite par Michael Bay prend plus d’ampleur et joue à fond la carte de la nostalgie régressive.

Incontestablement, les plus gros efforts de cette suite pour se réconcilier avec les fans de la première heure ont été d’y intégrer certains de leurs personnages secondaires préférés. Coté gentils, Casey Jones, le justicier hockeyeur, est interprété par Stephen Amell, le héros de la série Arrow, et est relativement fidèle à celui du dessin-animé. Le personnage d’inspectrice en chef alloué à Laura Linney marque une présence féminine autre que celle de Megan Fox, dont le talent reposant uniquement sur sa plastique aguicheuse ne pouvait pas être considéré comme une image glorieuse de la place de la femme dans notre société.  Coté méchants, l’arrivée des balourds Bebop et Rocksteady, du savant fou Baxter Stockman (quoique privé de son physique de mouche géante sous laquelle les fans le connaissent) et surtout du redoutable Krang, sont tant de pièces rapportées que l’on pouvait craindre que leur introduction nuirait à la cohérence du scénario. C’est donc un certain soulagement que de constater que, même s’ils ne sont pas tous pleinement exploités, cette ribambelle de nouveaux visages a au moins le mérite d’être relativement bien amenée.

Au scénario, le principal reproche que l’on puisse faire est celui d’avoir littéralement calqué son dernier tiers sur celui d’Avengers. Mais il serait dommage de limiter ce blockbuster à cette séquence tape-à-l’œil, mieux vaut retenir le travail fait pour assurer un rythme soutenu de bout en bout, impliquant certaines scènes d’action maîtrisées, parmi lesquelles un saut aérien à couper le souffle. Mais ce qui caractérise cette suite est certainement son humour décomplexé et à flux tendu. L’apport comique le plus frappant est celui du traitement du personnage de sidekick incarné par Will Arnett, en retrait dans le premier film mais qui pousse cette fois à fond (en fait trop?) la carte de la vantardise. Un tantinet moins potache que les répliques du précédent opus, le ton comique de ce nouveau film repose à présent sur deux éléments : D’une part, une extrême immaturité de la part des personnages puisqu’en plus d’exacerber celle de nos quatre héros reptiliens ainsi que du duo formé par Bebop et Rocksteady (à présent l’unique source de vulgarité… assez limité toutefois car il ne faut pas oublier que le film vise un public assez jeune!), c’est cette caractéristique qui éloigne le plus Casey et Baxter des personnages tels qu’on les connait dans les dessins-animées. D’autre part, beaucoup de références à la pop-culture (coucou le clin d’œil à Transformers !), avec les limites que cela implique : Par exemple, la scène d’ouverture profite des caméos de nombreuses stars du basket new-yorkais… des apparitions qui ne toucheront pas le public français. On remarquera d’ailleurs que les apports musicaux sont majoritairement tirés des années 80, participant ainsi à l’effet de nostalgie auprès des trentenaires sur lequel la saga tient à capitaliser.

Durant les deux heures qu’il dure, Ninja Turtles 2 joue la surenchère tant visuelle que sonore sans jamais faire dans la finesse, au risque de devenir épuisant. Il n’en reste pas moins un pur divertissement qui répond à la lettre à tous les codes de la grosse artillerie hollywoodienne, autant dire qu’il satisfera pleinement les attentes des consommateurs de blockbusters surchargés en effets spéciaux.

Ninjas Turtles 2 : Bande-annonce (VOSTFR)

En bonus, une petite vidéo dans les coulisses des effets-spéciaux

Ninjas Turtles 2 : Fiche technique

Titre original : Teenage Mutant Ninja Turtles: Out of the Shadows
Réalisation : Dave Green
Scénario : André Nemec, Josh Appelbaum d’après les personnages créés par Peter Laird et Kevin Eastman
Interprétation : Megan Fox (April O’Neil), Stephen Amell (Casey Jones), Brian Tee (Shredder), Tyler Perry (Baxter Stockman)…
Image : Lula Carvalho
Montage: Bob Ducsay, Jim May, Debra Neil-Fisher
Musique: Steve Jablonsky
Direction artistique : Brett McKenzie et Miguel Lopez-Castillo
Producteur : Michael Bay, Andrew Form, Bradley Fuller, Scott Mednick et Galen Walker
Société de production : Nickelodeon Movies et Platinum Dunes
Budget : 135 M $
Distributeur : Paramount
Durée : 112 minutes
Genre: Action, Science-fiction
Date de sortie : 29 juin 2016

Etats-Unis – 2016

The Strangers, un film de Na-Hong jin : Critique

Présenté Hors-Compétition au dernier Festival de Cannes, le nouveau film de Na Hong-jin a mis tout le monde d’accord. Avec son enchevêtrement des genres, les amateurs de thrillers poisseux et de fantastique horrifique en ont eu pour leurs mirettes, tant le film s’est avéré être un choc cinématographique incomparable, véritable uppercut envoyé à tout un parterre de journalistes endormis par une sélection cannoise inégale, entre bons moments et œuvres mollassonnes.

Synopsis: La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi, un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

Le nouveau long métrage du cinéaste sud-coréen est une claque similaire à celle vécue l’an passé avec Mad Max : Fury Road, également Hors Compétition. A croire que c’est vers cette catégorie qu’il faut se tourner pour voir à Cannes du cinéma qui secoue et marque les esprits. Avec The Strangers (ndlr: très mauvais titre français, soit dit en passant), c’est la troisième fois que Na Hong-jin foule les marches de la Croisette, après avoir prodigieusement livré deux thrillers diablement efficaces (The Chaser et The Murderer), respectivement présentés Hors-Compétition et à Un Certain Regard. Le retour en sélection Hors-Compétition avait de quoi surprendre tant le film avait des qualités pour figurer en Compétition Officielle. Mais son absence peut s’expliquer par le fait que le Festival de Cannes ne sélectionne en compétition que des films dont il s’agit de la première projection mondiale, alors que la section Hors Compétition peut également comprendre des films dont c’est la première européenne. En effet, The Strangers était déjà sorti en Corée du Sud, où il a d’ailleurs réalisé le meilleur démarrage de la carrière du cinéaste et pris la tête du box-office -deux millions d’entrées en un week-end (!)- devant Captain America : Civil War et Angry Birds. Une réception qui semble donc unanime autour de ce film, et qui laisse espérer que même dans l’hexagone, The Strangers va être le film choc de l’été.

J’ai rencontré le diable

Signe d’un mauvais présage, des trombes d’eau s’abattent dans la région coréenne du Goksung. Un appel téléphonique annonce à un policier -un homme un peu pataud- qu’un meurtre vient d’être commis dans le voisinage. Blasé mais face au devoir, il se prépare à partir sur les lieux du crime lorsqu’il est sommé par sa mère de prendre un petit-déjeuner copieux, prescription auquel le policier cède sans broncher. Malgré l’atmosphère poisseuse déjà ressentie dans les premières minutes du film avec cette pluie battante et un cadre anxiogène, le cinéaste n’hésite pas à contrebalancer la noirceur des prémices de l’intrigue avec ce personnage principal relativement flasque, comique par sa mollesse et sa désinvolture. De cette introduction un brin tragi-comique, The Strangers impose un ton et un enchevêtrement des genres bienvenu. De thriller farce, l’intrigue s’éparpille dans différentes directions tout en accentuant progressivement la dimension fantastique d’un récit dont le climax s’avèrera incontestablement sensationnel. C’est là que l’évolution du film est extrêmement intéressante, car personne ne semble prendre très au sérieux cette affaire de meurtres en séries. Les personnages grands benêts pullulent au sein de l’intrigue alors que les meurtres qui y sont commis sont d’une atrocité sans nom. D’une atrocité qui dépasse la nature des hommes. Le cinéaste Na Hong-jin n’est pas de ceux qui se reposent sur un genre. Du comique presque burlesque des premières scènes (deux policiers aux allures de Laurel et Hardy qui hurlent à la vue d’une silhouette dans la nuit), le récit s’embourbe progressivement dans une intrigue complexe et d’une violence inouïe. Les scènes de crime macabres n’ont rien à envier aux chefs d’œuvre du genre que sont Seven ou -pour rester en Corée- Memories of Murder. Ce même climat pluvieux morbide qui magnifiait ces films noirs est extrêmement bien retranscrit et montre, dès les premiers plans du film, à quel point l’enquête va être difficile et que les personnages seront amenés à aller aux plus profonds de leurs croyances pour trouver un dénouement à tous ces événements hors du commun.

Dès lors que Na Hong-jin abandonne complètement l’esprit espiègle des personnages, le cinéaste bouscule son auditoire en assumant jusqu’à l’excès cette Peinture du Mal Absolu qui baigne dans une ambiance des plus inquiétantes. L’horreur n’y est que plus viscérale, tant The Strangers ne lésine sur aucun tabou, ni excès, laissant voir des altercations brutales, des enfants possédés de violence, des scènes d’exorcisme brutales et la descente aux enfers des hommes impuissants. Dans toute cette furie, un fort sentiment d’incompréhension subsiste. Le spectateur se retrouve dans le même état que les protagonistes du film. Il subit l’impuissance de ne pas comprendre ce qui se passe, de ne pas être en mesure d’agir pour y remédier, de n’être que spectateur face à une situation qui lorgne de plus en plus vers l’irraisonnable. Face à tous ces événements inexplicables, il ne reste plus qu’à croire en une solution, en un miracle, ce vers quoi tous ont le réflexe de se tourner vers les religions. Les personnages ont conscience que le mal qui s’abat sur leur région dépasse l’entendement et que seule la (les ?) croyance peut le vaincre. Qu’il s’agisse du chamanisme, du christianisme ou de l’athéisme, tous ont le réflexe de penser que la religion pourra résoudre les maux du monde. Na Hong-jin dresse alors un portrait habile des idéologies religieuses que chacun pourra voir comme une critique ou une solution. C’est là toute la maîtrise d’un cinéaste qui ne donne pas la clé mais équilibre son jugement pour laisser le soin au regardant d’interpréter à sa manière l’impact de la religion sur le monde. Ce dernier cite d’ailleurs Saint Thomas pour appuyer son propos, un des apôtres de Jésus qui disait : « Soit on croit quelqu’un sur parole, soit on se fie à ce qu’on voit ». Les rebondissements de l’intrigue et le chevauchement des genres font de The Strangers un film macabre qui emmène son spectateur dans les limites de la raison et de la croyance. On retiendra notamment une impressionnante séquence d’exorcisme chamanique, exercée dans une fureur et un vacarme tonitruant. Un segment intense dont on ne peut que ressortir épuisé, malmené par une intrigue qui ne fait pas de tendresse à l’égard de son spectateur. Après avoir prouvé à deux reprises son sens du cadre et du rythme, le cinéaste coréen confirme définitivement tout le bien qu’on pensait de lui et délivre ici une partition maîtrisée avec brio, où la mise en scène, le cadre, les effets et le montage ne font que sublimer un récit où notre attention ne nous quitte à aucun moment.

D’un pessimisme fulgurant, le troisième film de Na Hong-jin s’impose autant en œuvre réjouissante de noirceur qu’en regard nihiliste sur le monde qui nous entoure. La mise en scène est d’une maîtrise magistrale, l’intrigue est un matériau incroyable bourré de mystères à résoudre, de rebondissements et d’hommages au cinéma de genre(s), sublimé par des acteurs qui livrent des performances ahurissantes. The Strangers est une spectaculaire fresque du Mal qui marquera assurément les esprits. Quatre ans de travail ont été nécessaires pour aboutir à cette épopée monumentale dirigée par un cinéaste obsédé par la rigueur, la remise en question et le perfectionnisme. Une démarche artistique qui vient confirmer qu’en trois films, Na Hong-jin est tout simplement l’un des réalisateurs majeurs de la scène internationale.

The Strangers : Bande-annonce VOST

The Strangers : Fiche Technique

Réalisation : Na Hong-jin
Scénario : Na Hong-jin
Interprétation : Kwak Do-Won (Jong-Goo), Hwang Jeong-min (Il-Gwang), Chun Woo-hee (Moo-Myeong), Jun Kunimura (L’étranger)
Photographie : Alex Hong Kyung-Pyo
Décors : Lee Hwo Kyung
Costumes : Kyung-hwa Chae
Montage : Sun-min Kim
Musique : Jang Young-gyu, Dalpalan
Producteurs : Sung-ho Kim, Suh Dong Hyun, John Penotti, Robert Friedland
Sociétés de Production :
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : /
Récompenses : Sélection Hors Compétition Festival de Cannes 2016
Titre original : Goksung
Genre : Thriller, Polar, Fantastique
Durée : 156 minutes
Sortie en salles : 06 juillet 2016

Corée du Sud – 2016

TCM Cinéma Programme : La Balade sauvage, un film de Terrence Mallick : Critique

[Critique] La Balade sauvage

Un film disponible sur TCM Cinéma et TCM à la demande à partir du 13 juin 2016

Synopsis : Dans un village reculé du Dakota, la jeune Holly tombe sous le charme magnétique de Kit, un éboueur de 10 ans son ainé. Pour assurer leur relation, Kit est obligé de tuer le père de Holly qui s’y oppose brutalement. Ce ne sera que le premier d’une longue série de cadavres que laisseront derrière eux les deux amants fugitifs durant leur longue cavale.

Une ballade proto-malickienne

A la vue des derniers films de Terrence Malick, qu’il s’agisse de The Tree of Life, qui lui a valu une Palme d’Or en 2011 ou du plus récent Knight of Cups, il est difficile de concevoir que son cinéma ésotérique et formaliste si singulier puise ses racines dans l’esprit de révolte du Nouvel Hollywood des années 60-70. Il faut alors se pencher sur ses deux premiers films, Les Moissons du Ciel en 1978, et surtout La Balade sauvage cinq ans plus tôt pour saisir le lien entre cette période, marquée par les mouvements protestataires anti-militaristes et le désir d’indépendance des jeunes réalisateurs, et les divagations mystico-contemplatives qui caractérisent le style qui lui est propre. Lorsqu’il réalise son premier long-métrage, Malick n’est alors âgé que de 30 ans et est tout juste diplômé du prestigieux American Film Institute mais a déjà travaillé sur l’écriture de plusieurs scénarios, parmi lesquels L’inspecteur Harry (1971) ou encore Vas-y, Fonce (1971, la première réalisation de Jack Nicholson), des œuvres déjà bien ancrées dans l’esprit du Nouvel Hollywood, mais le pitch de son propre film va adopter une thématique chère à la mouvance, celle des amants fugitifs, au cœur de Bonnie & Clyde (Arthur Penn, 1967, historiquement reconnu comme le film-matrice du Nouvel Hollywood) ou bien encore de Sugarland Express (Steven Spielberg, sorti quelques mois plus tôt).

« Il voulait mourir avec moi et je rêvais de me perdre pour toujours dans ses bras… » _Holly

Déjà, la patte de ce qui deviendra le cinéma malickien est perceptible dans la façon que le réalisateur a de prendre à revers l’imagerie très brute de ses contemporains pour livrer une variation romancée et introspective de son sujet. Utilisant une voix-off – un élément qui deviendra récurrent dans son œuvre -, la narration prend soin de créer une distanciation entre la violence meurtrière de Kit et le regard amouraché que Holly nous fait partager. Une façon habile de sublimer cette brutalité qui semble être, aux yeux du cinéaste, un regrettable pilier de l’Amérique. Formellement aussi, le film est révélateur du gout de Malick pour les compositions musicales éthérées et entêtantes (ici, Gassenhauer de Carl Orff) ainsi que pour les grands espaces, magnifiés et filmés d’une façon qui place l’Humain au cœur d’une nature sauvage érigée à la fois comme refuge d’une civilisation déliquescente et Puissance Supérieure, dans un esprit proche du panthéisme chamanique. Le perfectionnisme dont a d’ailleurs fait preuve Malick sur le plan pictural, allant jusqu’à entrer plusieurs fois en conflit avec son équipe technique (deux chefs opérateurs furent limogés lors du tournage), lui valut alors sa réputation de réalisateur difficile ainsi que de virtuose de ces allégories naturalistes auxquels il donne plus de place dans la narration qu’aux actions de ses personnages.

L’effort que le jeune cinéaste a fait pour ne pas contextualiser le fait divers qu’il dépeint (inspiré d’une histoire vraie survenue 15 ans plus tôt) aboutit à une histoire intemporelle et universelle, celle d’un amour autodestructeur. Offrant leur premier grand rôle à Sissy Spacek et à Martin Sheen (qui connaîtront la gloire internationale quelques années plus tard avec, respectivement, Carrie au bal du Diable et Apocalypse Now), ce road-trip passionné est également l’occasion pour Malick de nous faire découvrir d’autres thématiques, probablement issu de son éducation chrétienne, dont il fera des leitmotivs. Parmi celles-ci, on peut citer le besoin de se libérer de la figure paternelle, ici interprétée par Warren Oates (un acteur très probablement choisi pour l’image virile que lui a valu sa collaboration avec Sam Peckinpah), de la figure du martyr (avec la façon qu’a Martin Sheen de ne pas reproduire « que » la coiffure de James Dean, mais aussi les postures christiques que l’acteur multipliait dans Géant) et enfin de la purification par le feu. Le tout étant perçu via le regard, imbibé de poésie à l’eau-de-rose, de Holly, le message contestataire du film vient paradoxalement de l’innocence avec laquelle est revendiquée la violence de son bien-aimé protecteur. Autre conséquence de ce point de vue : la fibre romanesque y est si omniprésente qu’elle justifie ce lapsus de la part du distributeur français qu’a été de vendre le DVD sous le titre « La Ballade (avec deux « L ») Sauvage ».

Sorti à l’époque dans une certaine intimité, La Balade Sauvage n’a depuis cessé d’inspirer les générations suivantes de cinéastes (notamment Quentin Tarantino lorsqu’il écrivit les scénarios de True Romance et Tueurs Nés), faisant de lui un classique du cinéma américain. Un constat qui, surtout lorsqu’il vient d’un premier film, est la marque d’un réalisateur de génie dont il est bon de voir les premières œuvres pour mieux en appréhender les suivantes.

La Balade sauvage : Bande-annonce (VOST)

La Balade sauvage : Fiche technique

Titre original : Badlands
Réalisateur : Terrence Mallick
Scénario : Terrence Mallick
Interprétation : Martin Sheen (Kit), Sissy Spacek (Holly), Warren Oates (Père de Holly), Ramon Bieri (Cato), Gary Littlejohn (Sherif), Alan Vint (Le second du Sherif)…
Photographie : Tak Fujimoto (remplaçant Stevan Larner et Brian Probyn, tous deux renvoyés)
Montage : Robert Estrin
Musique : George Aliceson Tipton
Directeur artistique : Jack Fisk
Budget : 450 000 $
Producteur : Terrence Malick
Sociétés de production : Badlands Company, Pressman-Williams
Distribution (France) : Warner Columbia
Durée : 89 minutes
Genre : Epopée romantique, Drame
Date de sortie : 4 juin 1975

Etats-Unis – 1973

Illégitime, un film d’adrian Sitaru : Critique

Synopsis : Lors d’un repas de famille, quatre frères et sœurs découvrent le passé polémique que leur père leur a caché. Tandis que cette révélation divise la famille, un autre scandale surgit: Romi et Sasha, frère et sœur jumeaux, entretiennent secrètement un amour fusionnel et physique.

Romeo is bleeding.

Le printemps aura été roumain sur nos écrans, d’abord à Cannes avec Baccalauréat de Cristian Mungiu, auréolé du prix de la mise en scène, et Sieranevada de  Cristi Puiu, tous deux dans la Sélection Officielle, mais aussi Toni Erdmann de l’allemande Maren Ade (prix de la critique internationale) dont l’action se situe à Bucarest. La sortie d’Illégitime d’Adrian Sitaru dans la foulée, hasard du calendrier, vient encore rallonger une liste de films roumains aussi disparates que proches. A part Aferim! de Radu Jude qui a joué dans un registre hors classe, tous ces films se ressemblent par un traitement naturaliste et un thème qui tourne globalement autour de l’évolution de la société roumaine, depuis l’ère de Ceaușescu qui lui a valu son exposition maximale, jusqu’à nos jours.

Illégitime ne déroge pas à la règle, et s’inscrit au contraire dans le droit sillage du palmé 4 mois, 3 semaines, 2 mois de Cristian Mungiu. Le thème central du film est l’avortement, traité de manière pragmatique chez Mungiu, mais davantage dans la rhétorique chez Adrian Sitaru, et ce dès la deuxième scène du film. Les 4 enfants du veuf de fraîche date Victor Anghelescu (Adrian Titieni) viennent lui rendre visite pour un déjeuner qui commence de manière très mondaine pour finir littéralement en pugilat entre son fils aîné Cosma (Bogdan Albulescu) et lui-même. L’objet des débats est donc la découverte par sa progéniture que non seulement Victor, comme médecin au service de l’ancien régime communiste, a participé à la dénonciation de femmes demandant l’avortement, mais en plus qu’il ne renie rien, et revendique tout au nom d’une morale qui reste somme toute assez nébuleuse, une démonstration qu’il conclut d’ailleurs par d’autres révélations méchamment gratuites (ou gratuitement méchantes) à l’adresse de ses enfants… Le cinéaste choisit donc cette thématique qui a porté chance à son compatriote.

Il y a un goût d’artificiel dans le traitement du cinéaste lors de cette scène. Filmé caméra à l’épaule par ses deux chefs opérateurs (Adrian Silisteanu et Alexandru Timosca) comme un documentaire, Illégitime fait évidemment penser au Dogme95 et en particulier au Festen de Thomas Vinterberg, un film où les secrets sont également déversés par tombereaux lors d’un dîner mémorable, et dans une énergie d’autant plus violente que l’action se situe au sein d’une bourgeoise aussi lisse que parfaitement hypocrite. Mais là où un crescendo installe le suspense dans Festen jusqu’à une apothéose qui laisse le spectateur exsangue, Adrian Sitaru concentre sur les 15 minutes de ce premier déjeuner une haine père/fils que rien ne vient annoncer ni encore moins expliquer. Tout est amené en même temps, la découverte, les révélations, l’incroyable haine que le père témoigne, ses théories philosophiques aussi, ce qui s’avère beaucoup trop en si peu de temps pour un seul spectateur. En revanche, un tel traitement l’entraîne rapidement à choisir son camp, tant le père est abject. Si l’idée est de représenter l’ancien régime communiste par ce personnage, et de le représenter sous le pire visage, on peut dire que le cinéaste a gagné…

Mais il ne s’arrête pas là, car l’autre grande affaire de son film relève du tabou suprême : il va s’agir d’un inceste entre deux des enfants de Victor, Sasha (Alina Grigore qui a co-écrit le film avec Adrian Sitaru) et son frère jumeau Romeo (Robi Urs). La progression de ce deuxième sujet, qui est en réalité le nœud du film, est un peu plus linéaire, et l’approche du cinéaste est plus subtile. Le traitement de l’inceste n’est pas manichéen, il est à la fois désir sexuel, amour fraternel et amour du double, ordre naturel des choses et tabou dérangeant. Le désarroi de Sasha est opposé à la certitude de Romi d’être dans le vrai, et le personnage de Sasha en particulier est plein de nuances et est porté très intelligemment par Alina Grigore. Le travail d’acteurs est généralement remarquable, pour un film tourné en deux semaines avec un budget zéro et une seule prise pour chaque scène, film tourné en longs plans-séquence.

Hormis le choix d’un sujet extrêmement difficile qu’il exploite jusqu’à son extrême limite, Adrian Sitaru reste collé au « nouveau cinéma roumain », avec son point Godwin revisité où Ceaucescu surgit toujours dans la conversation à un moment ou un autre du métrage, avec les mêmes traumatismes qui s’en sont ensuivis, avec le réalisme identique des interprètes. Il va même jusqu’à reproduire certaines scènes à l’identique de leurs égales dans des films roumains récents : le filmage des scènes à l’intérieur des voitures par exemple fait penser à celui de Mère et fils de Calin Peter Netzer pour ce même type de scènes ; celui de l’appartement des Anghelescu fait un écho parfait à celui de l’Etage du dessous de Radu Muntean…

Malgré ses maladresses, Illégitime est un film qui interroge, avec ce double questionnement sur l’inceste et l’avortement, et en particulier une réflexion sur le fondement réel du tabou de l’inceste (qui, en tant que relation entre adultes consentants n’est pas une infraction en France, rappelons-le). Mais Adrian Sitaru n’a pas exploité tout le potentiel de son film et laisse au spectateur plus de questions que de vraies réponses.

Illégitime : Bande annonce

Illégitime : Fiche technique

Titre original : Ilegitim
Réalisateur : Adrian Sitaru
Scénario : Adrian Sitaru, Alina Grigore
Interprétation : Adrian Titieni (Victor Anghelescu), Alina Grigore (Sasha Anghelescu), Robi Urs (Romeo Anghelescu), Bogdan Albulescu (Cosma Anghelescu), Cristina Olteanu (Gilda Anghelescu), Miruna Dumitrescu (Julie), Liviu Vizitiu (Bogdan), Mihaela Perianu (Ema), Adrian Iacov (Alex)…
Musique : The Amsterdams
Photographie : Adrian Silisteanu, Alexandru Timosca
Montage : Theo Lichtenberger, Mircea Olteanu
Producteurs : Anamaria Antoci, Yohann Cornu, Stanislaw Dziedzic, Klaudia Smieja
Maisons de production : Domestic Film, Film Produkcja
Distribution (France) : Damned Distribution
Récompenses : Prix de la Confédération Internationale des Cinémas d’Art et d’Essai Européen (CICEA) au Festival de Berlin 2016
Budget : 57 000€
Durée : 89 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 8 Juin 2016
Roumanie, Pologne, France – 2016

 

L’Outsider, un film de Christophe Barratier : Critique

C’est un véritable revirement tant thématique que stylistique qu’effectue Christophe Barratier à l’occasion de son quatrième long-métrage, L’Outsider.

Synopsis : Août 2000,  Jérome Kerviel, alors âgé de 23 ans, rejoint la section de « Middle-Office » de la Société Générale. Rapidement, son audace le fait remarquer par les responsables de l’équipe de traders qui l’initie à leur métier. Huit ans plus tard, il est devenu l’un des salariés les plus rentables du service grâce aux nombreux risques qu’il n’hésite pas à prendre, mais ses méthodes parfois frauduleuses ne résisteront pas à la crise provoquée par l’éclatement de la bulle de Subprimes.

Le louveteau de la Défense

Si Les Choristes, Faubourg 36 et La Nouvelle Guerre des Boutons étaient tous trois identifiables à leur ambiance passéiste peuplée d’enfants insouciants et illustrée dans des couleurs chaudes, L’Outsider est à l’inverse la peinture d’un monde d’hommes on-ne-peut-plus modernes dominée par des teintes chromatiques bleutées évoquant un contexte déshumanisé. Ce monde en question est celui de la finance, un milieu au cœur du viseur de nombreux films contemporains venus notamment d’outre-Atlantique, tant il semble être l’Alpha et l’Oméga de tous les malheurs du monde depuis l’éclatement de la bulle des Subprimes en 2008. Et bizarrement, en France, même s’il aura suffi à un candidat de s’en prétendre l’ennemi pour être élu Président, la finance est un sujet que le cinéma semble frileux à aborder frontalement. Cependant, le gout du public hexagonal pour les reconstitutions d’histoires vraies faisait du cas Jérôme Kerviel le point de départ le plus évident pour lui faire découvrir les tenants et aboutissants de ce microcosme pour le moins hermétique et de cette affaire sur laquelle les médias ont écrit tout et son contraire.

Or justement, les interprétations faites jusque-là des accusations de fraude émises par la Société Générale envers son ancien trader furent, en plus d’être d’une complexité technique occulte, sujettes à une vision extrêmement manichéenne : Escroc cynique pour les uns, bouc-émissaire d’un système corrompu pour les autres, Jérôme Kerviel est devenu malgré lui un point de clivage entre pro et anti-capitalistes. La réussite de Christophe Barratier est ainsi de s’être inspiré du roman autobiographique de l’ex-opérateur de marché pour en tirer la dimension humaine de son parcours professionnel et surtout de ne jamais prendre parti dans l’imputation des fautes à l’une ou l’autre des parties du procès historique qui allait suivre. Dès l’ouverture, le rapport de force entre ce jeune homme alors inexpérimenté et la taille colossale des tours de l’esplanade de la Défense annonce la façon dont le système va littéralement presser le trader jusqu’à l’usure. Le destin de Kerviel a beau être connu d’avance, l’inévitable schéma de rise and fall sur lequel va se construire son arc narratif profite d’une mise en scène de thriller financier qui apporte un dynamisme trop rare dans le cinéma français. Et pourtant, le scénario ne peut s’empêcher de s’attacher à certains poncifs inévitables et convenus tels que l’histoire d’amour avec la plus belle des collègues ou la relation mentor/élève.

Dans le rôle-titre, Arthur Dupont (déjà vu dans Bus Palladium, Les saveurs du Palais ou encore Maintenant ou jamais) trouve ici son premier grand rôle. Un choix judicieux de la part du réalisateur, tant son physique juvénile confère au personnage une certaine naïveté qui rend plus brutale son introduction dans le milieu impitoyable des traders. Jouant beaucoup sur le paradoxe généré par le caractère immature et la maîtrise technique de ses collègues, la plupart des scènes se déroulant dans l’open space profitent d’une certaine légèreté, qui permet de mieux en appréhender les enjeux. Comme dans The Big Short, c’est donc grâce à une approche comique que le scénario parvient à nous faire oublier l’extrême complexité inhérente à la finance au risque de ruptures de ton parfois inopportunes, tel que la scène du spectacle au cours duquel les dirigeants de la banque les plus responsables en viennent à se ridiculiser. C’est dans ce registre que François-Xavier Demaison semble le plus dans son élément, même si –comme c’est souvent le cas des humoristes peu expérimentés aux rôles de composition– il en fait souvent trop dans le côté clownesque de son personnage, à tel point que certains de ses moments de légèreté en deviennent, du seul fait de quelques grimaces trop appuyées, quelque peu lourdauds et que le départ de son personnage à mi-parcours apparait presque comme une délivrance. Un problème de manque de crédibilité que l’on retrouve d’ailleurs dans l’interprétation, elle aussi à tendance bouffonne, d’un autre ponte de la banque par Sören Prévost.

Outre Arthur Dupont, l’autre excellent choix de casting est celui qui a consisté à donner à Sabrina Ouazani (Antigang, Pattaya…) le rôle de sa petite-amie. Car même si la sous-intrigue romantique n’apporte en soi rien dans l’appréhension du scandale financier, il permet de mieux explorer l’intimité de son personnage principal pour mieux en démontrer la franchise et l’humilité. Le couple ainsi formé devient alors si exemplaire qu’il lui sera difficile de l’accuser d’être à l’origine d’un prétendu détournement de fonds. C’est d’ailleurs peut-être dans cette caractérisation irréprochable que le film affirme le plus son point de vue sur l’Affaire, assimilant la façon qu’a eu Jérôme Kerviel de prendre des risques pour multiplier ses gains non pas à un quelque appât du gain mais davantage à un démon du jeu généré par une dérégulation de sa profession. En effet, contrairement à son homologue américain du loup de Wall-Street, Jérôme Kerviel n’apparait jamais comme un flambeur désireux de profiter de l’argent qui ne lui ait pas dû, mais uniquement comme un employé modèle mais trop crédule pour s’apercevoir de l’immoralité des pratiques qui lui ont été enseignés et qu’il va pratiquer sans se poser de questions… jusqu’à ce qu’elles se retournent contre lui.

Étonnant biopic d’un anonyme transformé bien malgré lui en un symbole médiatique des limites du système boursier, L’Outsider est un film maitrisé malgré ses quelques pointes d’humour malvenues. Arthur Dupont confirme qu’il est une valeur sûre en y incarnant à la perfection cet opérateur financier dépassé par l’ampleur de ses propres activités professionnelles. Cette approche à échelle humaine offre un point de vue passionnant sur une affaire publique dont il était jusque-là difficile de saisir toutes les ramifications.

L’Outsider : Bande-annonce

L’Outsider : Fiche technique

Réalisation : Christophe Barratier
Scénario : Christophe Barratier, Laurent Turner, D’après l’autobiographie «  L’Engrenage : mémoires d’un trader» de Jérôme Kerviel
Interprétation : Arthur Dupont (Jérôme Kerviel), François-Xavier Demaison (Keller), Sabrina Ouazani (Sofia), Sören Prévost (Froger)…
Photographie : Jérôme Alméras
Montage : Yves Deschamps
Musique : Philippe Rombi
Décors : Emile Ghigo
Producteurs : Jacques Perrin, Nicolas Mauvernay
Sociétés de production : Le Pacte, Galatée Films, France 2 Cinéma, Gecko Films, Outside Films, Logline Studios
Distribution : Le Pacte
Durée : 117 minutes
Genre : Biopic, Thriller
Date de sortie : 22 juin 2016

France – 2016

The Wave, un film de Roar Uthaug : Critique

Identifié comme le « premier film catastrophe scandinave », The Wave suit scrupuleusement les codes édictés par les productions américaines qui, depuis les années 70, ont fait du disaster movie le sous-genre le plus balisé du cinéma d’action.

Synopsis : Kristian travaille depuis des années comme géologue à la surveillance de montagnes instables juchant un vaste fjord, lui-même entouré de villages touristiques. Alors qu’il s’apprête à quitter la région, il découvre que des signes annoncent une catastrophe à venir. Il lui faut alors s’empresser de prévenir ses collègues et de protéger sa famille.

Une vague de plus

La recette n’en est pas moins efficace, car elle a fait effet au moins sur le public local puisque, avec près 800 000 entrées, le film est l’un des plus gros succès de l’année en Norvège. Le réalisateur, dont les précédents travaux furent peu visibles en France mais dont le reboot de Tomb Raider risque, l’an prochain, d’être incontournable, se retrouve limité à recycler tous les gimmicks déjà vus dans les centaines de films de catastrophes naturelles qui l’ont précédé. Son seul avantage est peut-être alors d’être tiré d’un évènement qui se veut plus réaliste que les innombrables variations hollywoodiennes, dans lesquelles le spectaculaire est l’unique intention artistique.

Cependant, la façon qu’a ce long-métrage de débuter par une vidéo éducative, visant à nous démontrer la véracité scientifique des risques de tsunamis dans les fjords norvégiens, apparait aussitôt comme la preuve d’une certaine maladresse dans la mise en place d’une fiction, qui saurait nous coller à notre fauteuil. La première moitié du scénario tel qu’il va suivre sera, sans surprise, basé sur le calme avant la tempête, l’occasion pour le public de rencontrer les membres de la petite famille Eikjord. Un schéma familial des plus classiques, presque caricatural, composé de deux parents aimants et consciencieux, d’un ado nonchalant et d’une gamine ingénue. Ces trois quarts d’heure reposent alors sur deux contenus : D’une part, la prestation de ces acteurs, loin d’être irréprochable, et d’autre part la beauté des paysages montagneux, qui profitent d’une photographie qui réussit à les rendre magnifiques. Autant dire que cette première partie se laisse agréablement regarder, mais reste pauvre en terme de divertissements.

Puis vient enfin la fameuse catastrophe tant attendue. L’inévitable money-shot profite d’effets spéciaux relativement convaincants au regard du budget assez modeste du film, qui nous font profiter d’une immense vague de 8 mètres de haut qui va tout dévaster sur son passage. En une dizaine de minutes seulement, la destruction massive et la panique des témoins deviendront les deux éléments que l’on retiendra de cette aventure. Une séquence trop courte au regard des attentes du spectateur friand de scènes chocs. Les trois quarts d’heure suivants seront alors consacrés au combat des survivants, et donc en particulier de ce père de famille, pour retrouver leurs proches dans les décombres. En plus de manquer de panache, cet enjeu pour le moins louable, va être à la source de rebondissements prévisibles, voir irréalistes (par exemple que le seul bâtiment qui reste debout est, comme par hasard, celui dans lequel sont enfermés la femme et le fils de Kristian), qui eux-mêmes aboutiront aux situations les plus risibles. Tel est le cas, notamment, du faux suspense sur la survie de notre brave héros, suivi de près par le ralenti ultra-kitsch lors des retrouvailles de la famille.

Remplissant à la lettre son cahier des charges sans jamais y apporter la moindre innovation, The Wave évite de s’enfermer dans la case du nanar malgré son budget dérisoire. Toutefois, la maladresse du réalisateur dans l’accumulation des clichés, et en particulier dans son dénouement grotesque, condamne son travail à se faire oublier dès le prochain film catastrophe.

The Wave : Bande-annonce

The Wave : Fiche technique

Réalisation : Roar Uthaug
Scénario : John Kåre Raake, Harald Rosenløw-Eeg
Interprétation : Kristoffer Joner (Kristian Eikjord), Ane Dahl Torp (Idun Karlsen), Jonas Hoff Oftebro (Sondre), Edith Haagenrud-Sande (Julia), Thomas Bo Larsen (Phillip)…
Photographie : John Christian Rosenlund
Montage : Christian Siebenherz
Musique : Magnus Beite
Producteurs : Are Heidenstrom, Martin Sundland
Budget : 5.5 M €
Distribution (France) : Panorama Films
Durée : 110 minutes
Genre : Film Catastrophe
Date de sortie : 27 juillet 2016

Norvège – 2015

 

Je me tue à le dire, un film de Xavier Seron : Critique

Xavier Seron propose dans son premier long-métrage, Je me tue à le dire, une histoire montrant habilement les peurs autour de la mort. Divisée en plusieurs chroniques, nous suivons la vie de Michel, interprété par Jean-Jacques Rausin, qui prend soin de sa mère malade, personnage incarné par la talentueuse Myriam Boyer.

Synopsis : Michel Peneud va mourir. Comme vous, comme moi, et comme sa mère, sauf que sa mère, c’est son médecin qui le lui a dit. Alors elle a décidé de vivre.
Et vivre pour la maman de Michel Peneud, ça veut dire nourrir ses chats, boire du mousseux comme si c’était du champagne, et aimer Michel.
Mais cet amour, Michel le trouve parfois un peu encombrant. A tel point qu’il semble soudain développer des symptômes très proches de ceux de sa mère. Et si Michel avait lui aussi un cancer du sein ?

La maladie montrée au second degré

À travers divers épisodes, nous sommes témoins du quotidien, assez banal, de Michel qui jongle entre sa vie familiale et sa vie amoureuse.
Le film se concentre sur les angoisses du cancer qui reste un sujet très dur et toujours difficile à vivre, comment le combattre et comment vivre avec cette maladie ?
Seron l’interprète à sa manière, et prend le parti de le représenter avec dérision. Il montre une certaine véracité dans ses dialogues et son écriture, rendant certaines scènes entre mère et fils très fortes et très sincères.
L’humour noir dégagé dans le jeu de Jean-Jacques Rausin est adapté avec intelligence, entrainant un décalage sur ces situations dramatiques qui en deviennent comiques. Par conséquent, le scénario tente d’alléger la fatalité de la menace réelle du cancer avec brio.

De plus, les personnages sont très bien écrits. En effet, nous ressentons vraiment tout l’amour de Monique pour son enfant, elle ne vit que pour lui (et ses chats). Elle l’idolâtre et le materne même un peu trop (qu’ils ne soient que tous les deux, ou en présence d’autres protagonistes), de telle manière que Jean-Jacques Rausin n’existe qu’à travers le rôle du fils-à-maman, toujours dépendant du lien maternel.
Finalement, cette relation est tellement forte qu’il prend même le statut de sa mère.
Il veille sur elle, fait en sorte qu’elle vive le plus confortablement face à son cancer, il devient Monique.
Son anxiété, à caractère hypocondriaque, lui fait même croire qu’il présente aussi tous les symptômes du cancer du sein comme sa mère (alors que son docteur lui explique que ce n’est rien d’inquiétant). Je me tue à le dire prend tout son sens à ce moment-là.
Quand Michel essaye par tous les moyens de faire comprendre à son entourage qu’il a un cancer. Il reste borné, n’écoute personne et sait qu’il a raison sur sa santé. L’exagération et le comique atteignent ici leur paroxysme, notamment dans sa scène finale (très artistique et presque religieuse) où Jean-Jacques Rausin remplace littéralement le rôle de Myriam Boyer.

Cependant, malgré son humour, et une proximité vers ces deux acteurs, nous pourrions reprocher un manque d’investissement pour que le spectateur se sente proche d’eux. On pourrait avoir du mal à apprécier Michel qui prend les décisions pour Monique sans prendre en considération l’avis de cette dernière.
Enfin, certaines séquences un peu lentes, ou trop en décalages par rapport à l’intrigue, cassent le rythme du film, et notre intérêt à suivre l’évolution de Michel.
Néanmoins, cela reste une décision du réalisateur, permettant une mise en scène assez réussie. Par son cadre, et son besoin de filmer en noir et blanc, Xavier Seron fait ainsi un bel éloge à la photographie. Ses choix de réalisation, qui jouent sur la lumière, l’obscurité, l’immobilité des plans, renforcent l’état d’esprit des personnages et leur mélancolie.
Nous sommes dans un univers étrange, le héros est bizarre, mais l’ensemble du long-métrage se présente dans cette veine, assez burlesque par moments.

Après avoir travaillé sur des courts-métrages et des documentaires, Je me tue à le dire est le premier essai de long-métrage pour Xavier Seron qui arrive à rendre un discours intéressant, décalé sur des personnages qui s’approchent de la mort, et tout le plaisir sera d’apprécier le cynisme du destin absurde de Michel Peneud.

Je me tue à le dire : Bande-annonce

Je me tue à le dire : Fiche Technique

Réalisation : Xavier Seron
Scénario : Xavier Seron
Interprétation : Jean-Jacques Rausin (Michel Peneud), Myriam Boyer (Monique Peneud), Serge Riaboukine (Darek), Fanny Touron (Aurélie), Benjamin Le Souef (Eric)
Premiers assistants : Nicola Oliverio, Pablo Munoz Gomez
Image : Olivier Boonjing
Ingénieur du son : Arnaud Calvar
Montage image : Julie Naas
Montage son : Julien Mizac
Mixage : Philippe Charbonnel
Musique : Thomas Barrière
Chef décorateur : Erwan Le Floc’h
Production designer : Sophie Monroy
Chef costumière : Laure Maheo
Chef maquilleuse : Séverine Martin
Maquillage SFX : Oriane De Neve
Musique originale : Thomas Barrière
Producteurs délégués : Novak Prod – Olivier Dubois, Bernard De Dessus Les Moustier ; Tobina Film – Tobina Joppen, François Cognard
Producteurs associés : Johan Knudsen, Amel Bouzid, Benoît Van Wambeke, Vincent Canart, Johanna Bourson
Distributeur France : Happiness Distribution
Durée : 90 minutes
Genre : drame, comédie
Date de sortie : 6 Juillet 2016

Belgique / France – 2016

Ma Ma, un film de Julio Medem : Critique

Tous les malheurs semblent s’abattre sur Magda… voilà un point de départ qui semble annoncer un étalage de pathos presque malsain. Il s’avère vite que l’intention de Julio Medem n’est en rien de suivre de près la dégénérescence morbide de cette femme atteinte d’un mal incurable mais au contraire de se servir de ses efforts pour profiter de la vie comme d’un message d’espoir universel.

Synopsis : tous les malheurs semblent s’abattre sur Magda : peu de temps après avoir perdu son emploi et son époux, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Ses inquiétudes vont vers son fils, Dani. C’est en se rendant à un de ses matchs de foot qu’elle fait la rencontre d’Arturo qui lui aussi va devoir surmonter une lourde épreuve.

Une ode à la vie au seuil de la mort

Porté par Penélope Cruz, qui a visiblement suffisamment aimé le projet pour s’en faire -pour la première fois de sa carrière- la principale productrice, le rôle devient irrémédiablement attachant. Celle qu’on a vu ces derniers temps se fourvoyer dans des comédies grossières (Zoolander 2, Grimsby) fait cette fois preuve d’une sensibilité qui vient rappeler qu’il s’agit de la meilleure actrice dont dispose le cinéma espagnol. Là où de nombreux acteurs auraient (ou ont déjà) interprété les malades souffrant du cancer en en faisant des caisses, la grâce de la belle quadra ibérique confine au sublime. Autre idée de génie, celle d’avoir offert le rôle de son compagnon à Luis Tosar, qui, en s’acquittant parfaitement de cette charge mélodramatique que l’on avait que trop peu vu exploitée dans sa filmographie, prouve qu’il est lui-aussi un des meilleurs interprètes de sa génération.

Julio Medem ayant été médecin avant de se reconvertir en réalisateur, il n’est pas étonnant qu’il ait une approche clinique du traitement subi par son héroïne. C’est en effet moins le drame de se savoir malade que le combat contre la maladie qu’il met en avant. C’est même dans un schéma de reconstruction qu’il place le personnage de Magda. D’abord anéantie par l’annonce de sa mastectomie, un choc illustré à l’écran par un montage déstructuré, cette femme forte va peu à peu faire preuve de davantage de détermination, portée par son amour pour Arturo et sa volonté de donner la vie, une motivation quant à elle représentée par l’intégration d’images oniriques, en l’occurrence celles de la jeune Natasha, projection de cette fille que Magda rêve de voir grandir. L’insistance avec lequel est utilisé ce procédé purement mélodramatique finit par prendre à contre-pied la légèreté de ce portrait de femme.

Cette mise en scène, qui fait constamment entrer des éléments issus d’une temporalité future, et cette photographie pleine de lumière solaire marquent parfaitement la marche en avant de ses personnages. Le deuil apparait pour le réalisateur (comme ce fut déjà le cas dans son film Lucia y el Sexo) comme une opportunité de redémarrer une nouvelle vie. Ne jamais se morfondre dans la mélancolie et toujours chercher à profiter de l’instant présent, tel est l’adage de cette œuvre touchante. Jamais racoleur, le scénario nous dévoile des personnages marquants tels qu’on aimerait en rencontrer dans la réalité tant leur amour est une intarissable source de bonheur, et sait jouer d’une symbolique, plus ou moins subtile (notamment les crabes comme allégorie évidente de sa tumeur), qui apporte à cette fable une dimension poétique qui ajoute encore à l’émoi de la situation.

L’indéfectible bienveillance et la confiance qu’a le réalisateur envers la médecine moderne sont cristallisées par le personnage de ce gynécologue au grand cœur, qui va devenir le meilleur ami et le confident de sa patiente. Ce personnage peu crédible, et parfois même irritant, est symptomatique du trop-plein de bon-sentiments qui plombe le réalisme, et par la même l’émotion, du scénario. C’est aussi à ce sentimentalisme trop appuyé que l’on peut incomber ce répit improbable, laissant à Magda le temps de mettre à terme sa grossesse alors qu’on la sait condamnée à mourir. Une incohérence médicale qui se veut justifier par un lyrisme mielleux qui dessert l’identification du public à cette femme forte et à son courage face à l’insurmontable.

Penélope Cruz est plus belle que jamais dans la peau de cette femme pour qui on s’attendait à ressentir un certain apitoiement mais que l’on ne fera qu’admirer du début à la fin. Le discours optimiste a beau être asséné avec une insistance qui finit par lui nuire, ce portrait de femme n’en reste pas moins un mélodrame auquel il est difficile de rester insensible.

Ma ma : Bande-annonce

Ma ma : Fiche Technique

Réalisation : Julio Medem
Scénario : Julio Medem
Interprétation : Penélope Cruz (Magda), Luis Tosar (Arturo),  Asier Etxeandia (Julián), Teo Planell (Dani), Anna Jiménez (Natasha)…
Photographie : Kiko de la Rica
Montage : Julio Medem, Ivan Aledo
Direction artistique : Montse Sanz
Musique : Alberto Iglesias
Production : Penélope Cruz, Julio Medem, Alvaro Longoria
Sociétés de production : Backup Media, Ma Ma Películas, Morena Films, Movistar+
Sociétés de distribution : KMBO films
Durée :  111 minutes
Genre : Drame
Dates de sortie : 8 Juin 2016

Espagne – 2015

 

La Falaise Mystérieuse, un film de Lewis Allen: critique DVD

Autre temps, autres mœurs. La Falaise Mystérieuse date de 1944 et démontre que l’horreur, le fantastique et l’épouvante reposent sur des ressorts et des effets qui évoluent au fil du temps, avec une tendance à la surenchère.

Synopsis: Au cours d’un séjour dans les Cornouailles en Angleterre, l’écrivain Roderick Fitzgerald et sa sœur Pamela font, ensemble, l’acquisition pour une somme dérisoire, d’une superbe maison surplombant la mer depuis une falaise, auprès d’un vieil homme propriétaire des lieux qui vit, avec sa ravissante petite-fille âgé de 20 ans, Stella, dans une maison située dans le voisinage. Curieusement, leur terrier, Bobby, s’enfuit de la maison et le chat de la gouvernante refuse de monter à l’étage. Stella, tenue éloignée de cette maison par son grand-père (sa mère serait morte en tombant de la falaise) est persuadée que sa mère défunte hante les lieux.

Une évolution qui ne joue malheureusement pas en faveur de ce film, tant la plupart des cinéphiles sont souvent blasés en terme de frayeur. Son thème, s’il pouvait sembler novateur à l’époque, parait avoir été rebattu cent fois depuis. Une mort, une maison, un fantôme et de nouveaux locataires innocents. Là où La Falaise Mystérieuse se démarque légèrement, c’est en mettant en scène un frère et une sœur plutôt qu’un couple marié. En créant aussi un lien filial entre l’un des fantômes et l’une des héroïnes. Mais, alors qu’on vient pour avoir peur, ces deux originalités ne compensent pas les manques évidents du scénario et de la mise en scène.

Car si, à l’époque, des films avaient su terroriser les spectateurs, La Falaise Mystérieuse parvient juste à inquiéter en surface, même le spectateur peu aguerri. La faute à une histoire d’amour qui vient de manière un peu artificielle et qui prend trop de place. La faute à des personnages aux réactions bien mesurées face au paranormal. La faute enfin à des effets bien trop prévisibles, ôtant au film l’effet de surprise qui est souvent le gage de bons moments de terreur. La Falaise Mystérieuse se trouve alors pris entre deux feux, entre un mauvais film fantastique et un pas assez bon film d’amour, et paie le prix de ne pas savoir trancher entre les deux.

C’est un peu le même reproche que l’on peut faire aux acteurs, même s’ils ne sont pas responsables de leurs personnages aux caractères assez fades. Le grand-père, joué par Donald Crisp, aurait mérité d’être plus dur, plus inquiétant, plus impitoyable. Ruth Hussey, en sœur du héros, ne sert strictement à rien et son personnage n’a aucun rôle dans le déroulement de l’histoire. Quant au héros, interprété par Ray Milland, il est avant tout un bel amoureux tombant, sous le charme de la fabuleuse Gail Russel, qui étale encore une fois un charme désarmant. Actrice partie trop tôt, elle fait encore preuve ici d’une légèreté mutine qui donne à son personnage le contraste nécessaire avec un sombre sujet.

Selon Martin Scorsese, La Falaise Mystérieuse est « le troisième film le plus terrifiant des tous les temps ». Il serait intéressant de savoir quels sont, selon lui, les deux premiers et quand il a bien pu faire cette déclaration. Car on n’est pas loin de penser que le maitre doit être quelqu’un de bien impressionnable. La Falaise Mystérieuse n’est pas un mauvais film, mais quand on lit une telle déclaration on s’attend à bien autre chose, quand bien même ce film date de 1944. S’il faut voir ce film, c’est juste en ce disant que c’est un film de 1944…et rien d’autre.

La Falaise Mystérieuse : Bande Annonce

La Falaise Mystérieuse : Fiche technique

Titre original : The Uninvited
Réalisation : Lewis Allen
Scénario : Dodie Smith et Frank Partos d’après le livre de Dorothy Macardle
Interprétation: Ray Milland, Ruth Hussey Donald Crisp, Gail Russell, Cornelia Otis Skinner, Dorothy Sticky, Barbara Everest, Alan Napier
Musique : Victor Young
Photographie : Charles Lang
Effets visuels : Farciot Edouart et Gordon Jennings
Montage : Doane Harrison
Production : Buddy G. DeSylva
Format : Noir et blanc – 1,37:1 – Mono
Genre : Fantastique, horreur
Durée : 99 minutes
Sortie DVD: 1er juin 2016 chez Wildside

Etats-Unis – 1944

The Neon Demon, le conte cannibale de N.W. Refn : Critique

Un chauffeur transformé en ange gardien (Drive), un délinquant devenu l’incarnation du mal (Only God Forgives) et maintenant une candide jeune fille s’aventurant dans un milieu carnassier et sans pitié ; force est d’admettre que l’imaginaire du conte ne cesse d’inspirer Nicolas Winding Refn.

Synopsis: Jesse, une jeune fille souhaitant devenir mannequin, se rend à Los Angeles pour réaliser son rêve. Celui-ci tourne très vite au cauchemar lorsqu’elle réalise qu’elle est l’objet de tous les désirs de femmes obsédées par sa beauté et sa vitalité et qui sont prêtes à tous les moyens nécessaires pour s’en emparer.

Il était une fois… 

Fatalement, on le comprend. L’univers du conte étant ce qu’il est -un condensé policé d’une époque et une manière d’y narrer subtilement une mythologie-, on ne saurait trouver plus rationnel que de voir l’esthète danois s’y coller, lui qui excelle depuis une dizaine d’années maintenant à user d’intrigues aux sous-textes volontairement caustiques pour assouvir ses fantasmes artistiques et jeter un regard acerbe sur la société. On ne saurait aussi occulter que le Danemark a engendré en plus de sa personne, le père de tous les contes modernes, Hans Christian Andersen, une sommité dans le domaine de l’imaginaire créatif et sans doute un modèle inavoué d’idéal de carrière pour NWR, qui cherche à égaler le maitre par son art.

Et quel art. Suscitant autant l’admiration que l’opprobre, autant de par sa forme avilissante que son fond réduit parfois à une analyse symbolique balourde, le sieur Refn aura vite fait de capitaliser sur cette division entre ses adorateurs et ses détracteurs pour y affirmer non sans plaisir, qu’il cultive dans cette atmosphère belliqueuse, toute son adoration du cinéma. Un constat d’autant plus amusant qu’il permet de cerner l’homme en tant qu’artiste, et qui dessine surtout les contours d’un cinéaste sûr de lui (un peu trop sans doute) excellant à créer de par ses œuvres un chaos sans égal, suffisamment puissant pour nimber ses images léchées d’un nihilisme dont seuls les grands d’avant étaient capables. Alors fatalement, quand Refn accouche dans la douleur d’une virée sous acide dans un Bangkok qui avait le temps d’un film abrité les relents d’un combat homérique entre un Ryan Gosling à la virilité contenue et une représentation de Dieu, très à l’aise dans l’art du katana, on ne pouvait décemment que trépigner d’impatience devant son The Neon Demon, œuvre fallacieuse par essence puisque se concentrant sur les rouages du monde de la mode, un univers qu’il a implicitement côtoyé de par son style ultra-graphique et qui n’attendait que ses mains expertes pour se voir dessouder dans les règles de l’art.

the-neon-demon-2016-Bella-Heathcote-elle-fanningUn conte macabre sur la beauté…

Et bien que le film ait souvent été décrit à Cannes comme un film dit de confirmation, on ne saurait occulter, qu’en plus de la confirmation, The Neon Demon est surtout l’œuvre de l’affirmation. Un constat d’autant plus vrai à la vue de ses initiales (NWR) qui habitent les toutes premières images et qui comme à l’accoutumée avec lui, font plus que rendre compte de la paternité de son œuvre. Non, si ces lettres sont posées ici, c’est bel et bien pour rendre hommage à l’artiste et implicitement insérer de manière subtile, une mise en abîme comme le film en verra d’autres au fur et à mesure que les minutes s’égrènent. Car, sous couvert d’y narrer une réflexion étonnamment simpliste sur le monde de la mode, décrit ici comme un monde carnassier et constamment guetté par l’obsolescence, Refn s’interroge aussi sur son art et explicitement ses images. Jusque là composante essentielle de sa mise en scène, elles trouvent ici une tonalité différente en ce qu’elles jouissent d’un sujet étonnamment ambigu. Et fatalement, en voulant s’aventurer dans le monde de la mode, tout en superposant une réflexion sur le rapport qu’entretiennent ces belles plantes avec le réel, le metteur en scène esquisse surtout une théorie sur l’image : à la fois mère de tous les fantasmes et de tous les désirs. Inutile alors de dire, qu’en s’adonnant à ce chemin de croix artistique, le sieur Refn continue dans le sillon hautement symbolique d’Only God Forgives et creuse encore plus le fossé séparant ses fans et ses détracteurs. Il confirme par ailleurs que son film, en plus d’être un brillant exercice de style, n’est qu’une expérience de cinéma folle et limite cannibale qui le voit mettre en scène un sujet, qui finira par le vampiriser quitte à devenir une étonnante mise en abyme de lui-même. Le film en devient terriblement attirant en ce que les frontières avec le cinéma s’effritent et laissent transparaitre un sentiment qui ne vous avait plus envahi depuis le visionnage de 2001, l’Odyssée de l’Espace : le cinéma est aussi et surtout vecteur de voyage. On perd pied, on se retrouve à errer dans un univers fantasmagorique, soumis à la plus vile lâcheté et peuplé d’énergumènes peu fréquentables, un peu comme Alice au Pays des Merveilles. Mais point question ici de voir débarquer un lapin blanc ou de s’aventurer dans un pays imaginaire, mais davantage de s’émouvoir des pérégrinations d’une âme juvénile, contrainte et forcée d’entrer dans un monde à la beauté troublante et aux codes immoraux : celui de la mode.

Et un regard sur la vacuité…

Cette Alice, c’est Jesse (Elle Fanning, impressionnante), petit bout de femme aux yeux candides qui a fui son bled paumé à la recherche de la gloire et de la célébrité. Décrite comme une biche apeurée, sa beauté sans pareille et sa fraicheur la transforment illico presto en un objet de convoitise, quitte à faire tourner les yeux et susciter les plus vives jalousies de ses congénères. Mais derrière cette étonnante candeur, qui laisse aussi transparaitre une grosse naïveté, se cache une femme en devenir, sûre d’elle et suffisamment mature pour savoir que c’est sa beauté et par extension son joli minois qui lui feront atteindre les sommets et le succès : le gibier, jusque ici démuni, se révèle être un prédateur inattendu. C’en est d’autant plus troublant, en ce que c’est constamment suggéré par Refn, décidément jamais à court d’idée pour sublimer voire déifier sa belle. Il suffira ainsi d’une seule séance photo, shootée par un photographe un brin bizarre pour voir Refn créer l’aura de Jesse : érigée en simili déesse grec et bardée de peinture dorée, la belle illumine l’espace, pourtant confiné à l’obscurité, et transpire de tout ses pores le statut divin que lui reconnaissent ses prétendantes. La belle, jusque ici candide, devient alors la reine dans un bal de sangsues. Des sangsues campées par des prétendantes qui n’auront d’œil que pour la ténébreuse Jesse, dont la beauté incandescente ne cesse de clamer leur obsolescence programmée et leur jalousie maladive : le conte de fée se transforme alors en cauchemar et flirte avec l’horreur longtemps annoncée par Refn en marge du projet. Une horreur teintée d’épouvante en ce qu’elle épouse les contours déjà barrés de l’histoire, mais qui fait sens au déroulé du film, qui sous couvert de montrer la déliquescence de ce monde putride, s’adonne à des épisodes cannibales et même nécrophiles.  Et inutile de dire qu’en s’adonnant à cette périlleuse entreprise, qui est de dénoncer cet univers carburant à la vacuité et au paraitre, Refn fait montre d’un talent de conteur ahurissant et impose d’ores et déjà une vision du cinéma qui veut que ce soit la caméra et l’image qui dictent le ton, et pas les mots.

On ne saurait continuer à palabrer sur le génie du dernier film de Refn. Film dichotomique par essence, en ce qu’il propose adroitement un portait de femme castratrice et une réflexion pamphlétaire sur la vacuité de la beauté, The Neon Demon impressionne. Le souci du cadre, cher à Refn, trouble encore une fois les rétines, la spatialisation de son œuvre laisse entrevoir quelques idées de mise en scène diaboliquement géniales et ses actrices crèvent l’écran. Pour tout ça, et pour ce soin maladif conféré à l’ensemble, force est d’admettre que The Neon Demon tient toutes ses promesses et demeure une œuvre majeure du cinéma indépendant au même titre qu’il s’imposera peut-être comme l’un des meilleurs films de son auteur.

The Neon Demon : Bande-annonce 

Après les sifflets cannois, “The Neon Demon” de Nicolas Winding Refn reste un sujet de débat pour les critiques cinés, vous pouvez lire d’autres autres avis sur le film:

La critique sans concession de la fausse subversion de Winding Refn

La Review Cannoise lors de la sortie du nouveau Nicolas Winding Refn

The Neon Demon : Fiche Technique

Titre : The Neon Demon
Réalisateur : Nicolas Winding Refn
Scénario : Nicolas Winding Refn et Mary Laws
Interprétation : Elle Fanning, Christina Hendricks, Keanu Reeves, Jenna Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee Kershaw, Karl Glusman, Desmond Harrington, Alessandro Nivola
Décors : Adam Willis
Direction artistique : Nicole Daniels, Courtney Sheinin
Musique : Cliff Martinez
Photographie : Natacha Braier
Montage : Matthew Newman
Costumes : Erin Benach
Production : Lene Borglum, Sidonie Dumas, Vincent Maraval et Nicolas Winding Refn
Production déléguée : Michael Bassick, Brahim Chioua, Rachel Dik, Michel Litvak, Christophe Riandée, Jeffrey Stott, Gary Michael Walters et Christopher Woodrow
Présence en festivals : Sélection officielle du Festival de Cannes 2016
Langue originale : anglais
Budget : 6 millions de dollars
Genres : thriller, horreur, érotique
Durée : 117 minutes
Date de sortie : 8 juin 2016

Danemark – 2016