La Falaise Mystérieuse, un film de Lewis Allen: critique DVD

Autre temps, autres mœurs. La Falaise Mystérieuse date de 1944 et démontre que l’horreur, le fantastique et l’épouvante reposent sur des ressorts et des effets qui évoluent au fil du temps, avec une tendance à la surenchère.

Synopsis: Au cours d’un séjour dans les Cornouailles en Angleterre, l’écrivain Roderick Fitzgerald et sa sœur Pamela font, ensemble, l’acquisition pour une somme dérisoire, d’une superbe maison surplombant la mer depuis une falaise, auprès d’un vieil homme propriétaire des lieux qui vit, avec sa ravissante petite-fille âgé de 20 ans, Stella, dans une maison située dans le voisinage. Curieusement, leur terrier, Bobby, s’enfuit de la maison et le chat de la gouvernante refuse de monter à l’étage. Stella, tenue éloignée de cette maison par son grand-père (sa mère serait morte en tombant de la falaise) est persuadée que sa mère défunte hante les lieux.

Une évolution qui ne joue malheureusement pas en faveur de ce film, tant la plupart des cinéphiles sont souvent blasés en terme de frayeur. Son thème, s’il pouvait sembler novateur à l’époque, parait avoir été rebattu cent fois depuis. Une mort, une maison, un fantôme et de nouveaux locataires innocents. Là où La Falaise Mystérieuse se démarque légèrement, c’est en mettant en scène un frère et une sœur plutôt qu’un couple marié. En créant aussi un lien filial entre l’un des fantômes et l’une des héroïnes. Mais, alors qu’on vient pour avoir peur, ces deux originalités ne compensent pas les manques évidents du scénario et de la mise en scène.

Car si, à l’époque, des films avaient su terroriser les spectateurs, La Falaise Mystérieuse parvient juste à inquiéter en surface, même le spectateur peu aguerri. La faute à une histoire d’amour qui vient de manière un peu artificielle et qui prend trop de place. La faute à des personnages aux réactions bien mesurées face au paranormal. La faute enfin à des effets bien trop prévisibles, ôtant au film l’effet de surprise qui est souvent le gage de bons moments de terreur. La Falaise Mystérieuse se trouve alors pris entre deux feux, entre un mauvais film fantastique et un pas assez bon film d’amour, et paie le prix de ne pas savoir trancher entre les deux.

C’est un peu le même reproche que l’on peut faire aux acteurs, même s’ils ne sont pas responsables de leurs personnages aux caractères assez fades. Le grand-père, joué par Donald Crisp, aurait mérité d’être plus dur, plus inquiétant, plus impitoyable. Ruth Hussey, en sœur du héros, ne sert strictement à rien et son personnage n’a aucun rôle dans le déroulement de l’histoire. Quant au héros, interprété par Ray Milland, il est avant tout un bel amoureux tombant, sous le charme de la fabuleuse Gail Russel, qui étale encore une fois un charme désarmant. Actrice partie trop tôt, elle fait encore preuve ici d’une légèreté mutine qui donne à son personnage le contraste nécessaire avec un sombre sujet.

Selon Martin Scorsese, La Falaise Mystérieuse est « le troisième film le plus terrifiant des tous les temps ». Il serait intéressant de savoir quels sont, selon lui, les deux premiers et quand il a bien pu faire cette déclaration. Car on n’est pas loin de penser que le maitre doit être quelqu’un de bien impressionnable. La Falaise Mystérieuse n’est pas un mauvais film, mais quand on lit une telle déclaration on s’attend à bien autre chose, quand bien même ce film date de 1944. S’il faut voir ce film, c’est juste en ce disant que c’est un film de 1944…et rien d’autre.

La Falaise Mystérieuse : Bande Annonce

La Falaise Mystérieuse : Fiche technique

Titre original : The Uninvited
Réalisation : Lewis Allen
Scénario : Dodie Smith et Frank Partos d’après le livre de Dorothy Macardle
Interprétation: Ray Milland, Ruth Hussey Donald Crisp, Gail Russell, Cornelia Otis Skinner, Dorothy Sticky, Barbara Everest, Alan Napier
Musique : Victor Young
Photographie : Charles Lang
Effets visuels : Farciot Edouart et Gordon Jennings
Montage : Doane Harrison
Production : Buddy G. DeSylva
Format : Noir et blanc – 1,37:1 – Mono
Genre : Fantastique, horreur
Durée : 99 minutes
Sortie DVD: 1er juin 2016 chez Wildside

Etats-Unis – 1944

Festival

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Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

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