The Wave, un film de Roar Uthaug : Critique

Identifié comme le « premier film catastrophe scandinave », The Wave suit scrupuleusement les codes édictés par les productions américaines qui, depuis les années 70, ont fait du disaster movie le sous-genre le plus balisé du cinéma d’action.

Synopsis : Kristian travaille depuis des années comme géologue à la surveillance de montagnes instables juchant un vaste fjord, lui-même entouré de villages touristiques. Alors qu’il s’apprête à quitter la région, il découvre que des signes annoncent une catastrophe à venir. Il lui faut alors s’empresser de prévenir ses collègues et de protéger sa famille.

Une vague de plus

La recette n’en est pas moins efficace, car elle a fait effet au moins sur le public local puisque, avec près 800 000 entrées, le film est l’un des plus gros succès de l’année en Norvège. Le réalisateur, dont les précédents travaux furent peu visibles en France mais dont le reboot de Tomb Raider risque, l’an prochain, d’être incontournable, se retrouve limité à recycler tous les gimmicks déjà vus dans les centaines de films de catastrophes naturelles qui l’ont précédé. Son seul avantage est peut-être alors d’être tiré d’un évènement qui se veut plus réaliste que les innombrables variations hollywoodiennes, dans lesquelles le spectaculaire est l’unique intention artistique.

Cependant, la façon qu’a ce long-métrage de débuter par une vidéo éducative, visant à nous démontrer la véracité scientifique des risques de tsunamis dans les fjords norvégiens, apparait aussitôt comme la preuve d’une certaine maladresse dans la mise en place d’une fiction, qui saurait nous coller à notre fauteuil. La première moitié du scénario tel qu’il va suivre sera, sans surprise, basé sur le calme avant la tempête, l’occasion pour le public de rencontrer les membres de la petite famille Eikjord. Un schéma familial des plus classiques, presque caricatural, composé de deux parents aimants et consciencieux, d’un ado nonchalant et d’une gamine ingénue. Ces trois quarts d’heure reposent alors sur deux contenus : D’une part, la prestation de ces acteurs, loin d’être irréprochable, et d’autre part la beauté des paysages montagneux, qui profitent d’une photographie qui réussit à les rendre magnifiques. Autant dire que cette première partie se laisse agréablement regarder, mais reste pauvre en terme de divertissements.

Puis vient enfin la fameuse catastrophe tant attendue. L’inévitable money-shot profite d’effets spéciaux relativement convaincants au regard du budget assez modeste du film, qui nous font profiter d’une immense vague de 8 mètres de haut qui va tout dévaster sur son passage. En une dizaine de minutes seulement, la destruction massive et la panique des témoins deviendront les deux éléments que l’on retiendra de cette aventure. Une séquence trop courte au regard des attentes du spectateur friand de scènes chocs. Les trois quarts d’heure suivants seront alors consacrés au combat des survivants, et donc en particulier de ce père de famille, pour retrouver leurs proches dans les décombres. En plus de manquer de panache, cet enjeu pour le moins louable, va être à la source de rebondissements prévisibles, voir irréalistes (par exemple que le seul bâtiment qui reste debout est, comme par hasard, celui dans lequel sont enfermés la femme et le fils de Kristian), qui eux-mêmes aboutiront aux situations les plus risibles. Tel est le cas, notamment, du faux suspense sur la survie de notre brave héros, suivi de près par le ralenti ultra-kitsch lors des retrouvailles de la famille.

Remplissant à la lettre son cahier des charges sans jamais y apporter la moindre innovation, The Wave évite de s’enfermer dans la case du nanar malgré son budget dérisoire. Toutefois, la maladresse du réalisateur dans l’accumulation des clichés, et en particulier dans son dénouement grotesque, condamne son travail à se faire oublier dès le prochain film catastrophe.

The Wave : Bande-annonce

The Wave : Fiche technique

Réalisation : Roar Uthaug
Scénario : John Kåre Raake, Harald Rosenløw-Eeg
Interprétation : Kristoffer Joner (Kristian Eikjord), Ane Dahl Torp (Idun Karlsen), Jonas Hoff Oftebro (Sondre), Edith Haagenrud-Sande (Julia), Thomas Bo Larsen (Phillip)…
Photographie : John Christian Rosenlund
Montage : Christian Siebenherz
Musique : Magnus Beite
Producteurs : Are Heidenstrom, Martin Sundland
Budget : 5.5 M €
Distribution (France) : Panorama Films
Durée : 110 minutes
Genre : Film Catastrophe
Date de sortie : 27 juillet 2016

Norvège – 2015

 

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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