Malgré une fin prématurée en raison d’audiences déclinantes, Hannibal fut une série à avoir rapidement marqué le petit écran. Pourvue de son esthétique léchée, son casting 5 étoiles et son écriture raffinée, la série de Bryan Fuller reste une des curiosités les plus fascinantes de ces dernières années.
Synopsis : Will Graham, professeur en criminologie à l’académie du FBI, est recruté par Jack Crawford, chef de la Division des Sciences Comportementales, qui souhaite utiliser son « talent » sur une enquête problématique. Graham souffre en effet d’une forme d’empathie extrême qui lui permet de « se mettre dans la peau » de n’importe quel sujet, de ressentir ses émotions et de comprendre son raisonnement. Cependant, ce don est très lourd à assumer psychologiquement et le condamne à une existence asociale. Will, il doit obtenir l’approbation d’un psychiatre pour intervenir sur le terrain. Son suivi est donc confié au Dr Hannibal Lecter par Jack Crawford, qui souhaite garder cette collaboration discrète. Il est alors loin de se douter que ce fin gastronome aux manières impeccables est en fait le meurtrier le plus recherché de Baltimore…
Une réinvention appliquée
Bryan Fuller s’est très vite imposé comme un auteur au sein du petit écran. Là où le format des séries pousse généralement à l’uniformisation et empêche l’éclosion d’un vrai style, surtout pour un grand network comme NBC qui favorise le procedural drama. Des séries sans vraiment de fil rouge majeur ou de direction précise qui se contentent juste d’offrir des enquêtes à la semaine. Initialement, Hannibal aurait dû ressembler à cela, la première saison est d’ailleurs très ancrée dans cette formule au cours de sa première partie. Mais c’est sans compter sur la patte excentrique de Fuller et ses ambitions démesurées qui casse le format sériel pour une approche clairement plus feuilletonnante. Voulant explorer la relation ambigue et tourmentée ente Hannibal Lecter et Will Graham, l’agent spécial chargé de l’appréhender, il offre à la fois un prequel à l’oeuvre de Thomas Harris, l’auteur des aventures d’Hannibal, mais en plus il souhaite réécrire son histoire à sa sauce. Au cours des trois saisons, Fuller et ses scénaristes réinventent les personnages et l’univers ténébreux de Harris pour le présenter sous son meilleur jour. Ils réadaptent ses écrits avec grand respect malgré les libertés prises en retrouvant parfaitement les intentions du romancier mais aussi en apportant à son histoire une dimension psychologique bien plus dense. La relation au cœur de la série entre Hannibal et Will, n’a jamais été aussi fascinante et source de réflexion. Sur ces trois saisons, Fuller à su faire une réinvention remarquable du mythe que représente le personnage d’Hannibal Lecter.
Un conte macabre
La série adopte surtout le point de vue de Will Graham, un personnage qui présente une évolution plus significative que les autres. Ayant une pathologie mentale qui lui permet d’entrer en empathie avec les tueurs et donc de penser comme eux, il sera chargé par Jack Crawford, un agent du FBI assermenté, de les traquer pour les empêcher de nuire. La pression psychologique qu’il a sur les épaules le place dans une position où il devra suivre une thérapie avec Hannibal Lecter. Will est un homme fragilisé qui se trouve coincé entre deux blocs de pierre qui se livrent, sans le savoir au début, une bataille sans merci. Modelé par l’un comme par l’autre selon leurs idéaux, il sera tiraillé entre son sens de la justice et ses pulsions les plus sombres. Le triangle qui se forme entre ces trois personnages est probablement ce que la série offre de mieux, où l’amitié et la haine ne cessent de se côtoyer. Véritable jeu du chat et de la souris, la série explose vraiment dans sa deuxième saison, en s’émancipant petit à petit du procedural un peu trop routinier de la saison 1. Elle parvient à prendre par surprise avec ses développements inattendus, notamment en donnant une vraie épaisseur à ses personnages féminins comme pour Alana Bloom, qui n’était que le love interest de Will en première saison, et qui trouve une place plus prépondérante dans le jeu entre Will et Hannibal dans la saison 2. L’évolution des personnages suit une logique impeccable au fil des trois saisons qui forment un tout cohérent et qui arrivent en plus à trouver une conclusion satisfaisante et maîtrisée. La série aurait dû logiquement continuer, car la saison 3 commençait à peine à vraiment adapter les romans de Harris avec les 7 premiers épisodes qui revisitent le roman Hannibal et les 6 derniers qui s’attaquent au Dragon Rouge.
Il restait donc beaucoup à accomplir avec la série, notamment une adaptation du Silence des agneaux et l’introduction de Clarice Sterling dans ce vaste échiquier, et l’équipe qui lui a donné vie n’a pas renoncé à un éventuel retour dans les quelques années à venir. La dernière saison parvenait vraiment à s’émanciper totalement du format imposé par NBC, la chaîne qui hébergeait la série, plongeant encore plus dans un nihilisme ostentatoire et une forme toujours plus onirique et abstraite.Multipliant les plans iconiques et les visions hyper-stylisées, la série s’est imposée par ses visuels audacieux et léchés toujours servis par une réalisation de haute tenue et des mises en scène sophistiquées et habiles. Les meurtres de la série sont toujours très recherchés et tire vers la toile de maître, les influences étant ici nombreuses. Malheureusement, cette tendance à la pose artistique a aussi embourbé le rythme, surtout dans la saison 3 où parfois la lenteur des situations pouvait avoir raison des spectateurs les plus avertis. Cela contribuait néanmoins au jusqu’au-boutisme fascinant de la série qui ne se refusait aucune exubérances, même les plus gores. Le show devenant au fil des saisons de plus en plus violent.
Thématiquement très dense, la narration de Fuller fut comme son propos, en constante transformation. S’intéressant à ce qui change un homme en bête, la série joue constamment avec ses deux visages. Chaque personnage a une face qu’il cache aux autres. Maniant la symbolique du chrysalide et du papillon pour accentuer la thématique de la métamorphose, la série mue de saison en saison pour atteindre sa maturité formelle et narrative dans son dernier acte. Le series finale est à ce jour un exemple de poésie visuelle tout aussi macabre que somptueuse. Constamment fasciné par la mort et la transcendance spirituelle, Bryan Fuller a imprégné Hannibal de son style comme pour ses anciennes séries. Que ce soit dans la sophistication maniérée des costumes ou cette douce ironie qui enrobe la mort, on est face à une oeuvre qui transpire constamment de personnalité. Ce ton si précis a surtout permis aux acteurs de totalement s’imprégner de la plume de Fuller et de ne faire qu’un avec leur personnage. Mads Mikkelsen avait la tâche presque impossible de succéder à Anthony Hopkins dans un rôle devenu culte. Pourtant il relève le défi haut la main. Inquiétant, énigmatique et par moments même touchant, il apporte une subtilité et une légitimité que les autres versions du personnage ne possédaient pas. Jamais le personnage n’avait été aussi proche de la vision de l’ange déchu imaginé par Harris, et Mikkelsen y trouve le moyen de signer un de ses meilleurs rôles. Hugh Dancy n’est pas en reste non plus, partageant une alchimie évidente avec Mikkelsen, il donne forme avec brio aux démons intérieurs de Will. Plus intense et ayant une palette d’émotions plus vastes que son partenaire, il offre une prestation mémorable dans le rôle le plus difficile de la série. Les deux trouvent le soutien d’un casting secondaire de talent, Laurence Fishburne est impeccable et brille par sa sobriété et son charisme tandis que Caroline Dhavernas prouve tout son talent et que l’excellente Gillian Anderson vient souvent démontrer qu’elle est une des actrices les plus passionnantes de la télévision.
Un show pas adapté aux exigences de la chaîne
Ce qui au final aura causé la mort de la série, ce n’est pas une absence de talent, elle a même prouvé être capable de très souvent atteindre l’excellence, mais elle n’était malheureusement pas adaptée à la chaîne qui la diffusait. Elle a perturbé une audience qui était plus habituée aux séries génériques et accessibles se laissant suivre sans trop avoir à réfléchir. Ici s’imposait à eux une oeuvre souvent exigeante aux réflexions relativement noires. NBC ne pouvait donc plus soutenir un programme qui était plus adapté à une chaîne câblée avec un public plus réceptif à ce genre de format et aux séries plus empruntes de personnalité. Bryan Fuller n’a jamais eu beaucoup de chance avec ses séries, Hannibal étant la seule à avoir dépassé le stade de 2 saisons car il évoluait toujours dans une entreprise où il n’y avait pas sa place. Avec sa nouveauté American Gods qui verra le jour le 30 avril sur Starz, il travaille enfin sur une chaîne du câble, ce qui lui octroiera sans doute plus de liberté. Il aura peut être la possibilité de fonctionner sur la durée et les promesses de cette nouvelle folie sont d’ores et déjà plus qu’alléchantes surtout qu’on y retrouvera une bonne partie de l’équipe technique et créative d’Hannibal.
Hannibal est donc une série imparfaite mais elle a su offrir de sublimes moments de télévision. Réinvention habile du l’oeuvre de Thomas Harris et servie par une réalisation d’ensemble léchée, le show a su imposer des visions horrifiques aussi inventives que proprement virtuoses. Avec son superbe casting, Fuller a clairement marqué son passage aussi bref a-t-il pu être, au point qu’avec sa fanbase indéfectible, Hannibal est presque devenue une oeuvre culte. L’envie d’une quatrième saison et d’un possible retour dans le futur est bien présente mais dans l’état, avec ces trois saisons, on a eu le droit à un conte baroque à la fois macabre et poétique qui s’est montré cohérent et abouti. La série se suffit à elle-même et s’est offert une parfaite conclusion qui bouclait admirablement la boucle.
Hannibal : Bande Annonce
Hannibal : Fiche technique
Création : Bryan Fuller d’après les personnages créés par Thomas Harris
Réalisation : David Slade, Vincenzo Natali, Michael Rymer, Guillermo Navarro et Neil Marshall
Scénario : Bryan Fuller, Steve Lightfoot, Scott Nimerfro et Jeff Vlaming
Production : Bryan Fuller, Katie O’Connell, Martha De Laurentiis, Sara Colleton et Jesse Alexander
Acteurs : Mads Mikkelsen (Hannibal Lecter) ; Hugh Dancy (Will Graham) ; Laurence Fishburne (Jack Crawford) ; Caroline Dhavernas (Alana Bloom) ; Hetienne Park (Beverly Katz) ; Gillian Anderson (Bedelia Du Maurier) ; Aaron Abrams (Brian Zeller) ; Scott Thompson (Jimmy Price)
Musique : Brian Reitzell
Chaîne d’origine : NBC
Réseau de diffusion : Canal+
Format et nombre d’épisodes : 3 saisons de 13 épisodes
Genre : Thriller
Première diffusion : 4 avril 2013 – 29 août 2015
États-Unis – 2013
qu’à installer un réel mystère, même si le « whodunnit » était relativement réussi. Mais forcément, plus on force, plus le concept s’use. Dommage. Alors que la fin de la saison 2 faisait déjà craindre le pire avec un changement de cap trop radical et l’apparition du thriller dans l’intime, la suite ne fait pas mieux. Tiraillée entre l’exploration des traumatismes enfouis d’un Noah décomposé qui lutte avec les fantômes de son passé, la quête de rédemption d’une Alison rangée, les regrets et la frustration d’un Cole qui s’est recasé par dépit et le sentiment de culpabilité d’une Helen qui perd le contrôle de son quotidien, la série construit progressivement un climat anxiogène pour orchestrer la révélation d’un secret. Mais le scénario s’éparpille inévitablement et le récit, qui fait la part belle à de nouveaux héros totalement inutiles, s’achève sur un final grotesque aussi caricatural que moralisateur qui fait de The Affair un show faussement audacieux à cause d’un dénouement donneur de leçons qui nous fait comprendre à gros sabots que l’adultère c’est mal et que les « méchants » finissent toujours par payer leurs méfaits. Regrettable et décevant.
confronter enfin à lui-même et à admettre l’indicible pour briser ses chaînes, se repentir et aller de l’avant. Ce cheminement et ce travail éprouvant vont plonger Noah dans une grave dépression avec le total-look : attention la barbe, la coupe hirsute, les vêtements sales, l’addiction aux médicaments et à l’alcool, les hallucinations, les accès de violence et les blackouts ! Même si le trait est légèrement forcé (reconnaissons l’évidence), cette crise existentielle rend le héros profondément attachant et renforce efficacement notre empathie envers lui, mais pas seulement. En se regardant enfin en face, Noah endosse la responsabilité de ses actes et réalise que ses décisions ont souvent été guidées par son inconscient : l’étrange Gunther (Brendan Fraser) est là pour le lui faire comprendre. Et s’il s’était volontairement jeté derrière les barreaux pour se punir d’un acte qu’il ne s’est jamais pardonné ? Pire, et si la nature de sa relation avec Alison était malsaine, parasitée par leurs problématiques respectives ? Était-ce de l’amour, ou bien une relation pansement qui a atteint ses limites ? Noah et Alison se sont-ils mis ensemble pour les bonnes raisons ? Tant d’interrogations qui remettent en cause le fondement même de la série, et c’est ici que le bât blesse.
ans une démarche de reconstruction charitable en aidant les femmes qui elles aussi, ont dû gérer la mort d’un enfant. En l’espace de quelques épisodes, la rebelle imprévisible et la séductrice incandescente se transforme en sainte, et cherche l’absolution : elle paye. Pareil pour Noah, qui paye son infidélité au centuple : désavoué par ses enfants et haï par sa fille aînée, il touche le fond et se voit rejeté par tout le monde, mis à la porte de ses deux foyers pour finir seul, dehors, dans le froid, le soir de Noël : il paye. Alors, que veut-on nous faire comprendre ? Faut-il y voir un message moralisateur fustigeant et condamnant sévèrement l’adultère ? On a du moins ce sentiment, surtout que même les personnages secondaires en font les frais, comme Juliette, l’universitaire française qui trompe son mari grabataire avec Noah : sermonnée par sa fille, humiliée par sa corporation, renvoyée de son travail, raillée par ses amies et veuve, elle paye. Tout le monde paye. Et ça finit par devenir trop sérieux : c’est grave. C’est moraliste.
Comment ne pas devenir fou ? Le retour à la vie de ces soldats, ces combattants presque encombrants tant ils sont les revenants d’une guerre à oublier au plus vite, est compliqué. Emmanuel Courcol l’a bien compris dans ce Cessez-le-feu qui commence pourtant dans une tranchée dirigée par un Romain Duris débarrassé (ou presque) des oripeaux de féminité d’
A la silhouette torse bombé (parfois c’est un peu trop, mais Duris sait s’emparer de cet être fragile et fort à la fois) de Georges répond le long corps fin et apaisant d’Hélène. La voilà qui rit, qui veut apprendre à conduire, qui ne se laisse pas si facilement attraper. Cette femme libérée vient remettre en question la fuite en avant de Georges. Ce dernier a en effet, et c’est un des autres atouts du film, fuit ses responsabilités pendant 5 années passées en Afrique. L’intrigue se passe donc en 1923 quand on veut oublier, mais que c’est encore là sur les visages des revenants. D’ailleurs « revenant » c’est le geste qui veut dire Georges dans le langage des signes que son frère s’invente. Georges est revenu parce que là-bas non plus il ne pouvait pas échapper à la guerre (d’où la presque ironie du titre). Il mélange ses souvenirs de guerre à ses souvenirs d’évasion, de négociation. Nous voilà plongés dans un passé colonial assez peu abordé au cinéma. L’acteur Wabinlé Nabié interprète le guide et ami de Georges, qui rejoue comme un conte chaque soir la guerre devant des assemblées de villageois. Il se croit protégé par une tour Eiffel de pacotille qu’il porte autour du cou.
Avec de très belles images, une attention aux corps, aux gestes et aux êtres, sans chercher à ériger des héros, Emmanuel Courcol réussit un film sensible et attachant. Un film où une femme apprend à conduire une voiture en 1923, faisant écho à sa sœur de cinéma de 2017 qui conduit aux côtés de son père dans le désert israélien dans Tempête de sable. Ici, la tempête est intérieure. A l’impossible nul n’est tenu et survivre à la guerre quand ce n’est pas la mort qui est venue chercher le soldat relève de l’impossible. Pourtant avec pudeur, honnêteté et même une certaine douceur, Emmanuel Courcol rend hommage à ceux qui firent l’impossible. Ils le font encore aujourd’hui et Of men and war nous l’a rappelé très justement l’an dernier. Ici, tout est affaire de contraste : c’est le colosse Grégory Gadebois qui se mure dans le silence, c’est le doux Romain Duris qui joue des durs, c’est la fêle Céline Sallette qui prend sa vie en main, refuse le malheur. Peut-être entraînera-t-elle avec elle d’autres retours à la vie. La guerre a certes effacé les vies, pas la possibilité pour les caractères de se déployer à nouveau et de faire l’impossible.
L’essence même du cinéma de Gray vient d’une envie de reconnaissance, d’être considéré comme l’égal de ses pairs et plus encore de prospérer au-delà des entraves de la famille. Tous ces personnages jusque-là, que ce soit dans le crime, dans l’amour ou dans les fausses promesses d’un monde meilleur; cherchent à s’extirper de ce que leur nom ou leurs origines représentent pour prouver leur valeur. Avec le temps, c’est une obsession qui est presque devenue méta pour le cinéaste qui a toujours eu du mal à trouver le succès auprès des critiques souvent injustes à son égard. Même The Immigrant, son film le moins exaltant et le plus statique conserve de beaux arguments de cinéma. Pourtant, depuis toujours il eu aussi beaucoup de mal à trouver une estime auprès du public, ses films étant souvent des échecs commerciaux cuisants. Entre Percy Fawcett, le héros de The Lost City of Z, et le cinéaste se tisse donc un lien étrange et saisissant, tellement les ambitions des deux hommes coïncident. Tirant son récit d’un fait réel, Gray arrive néanmoins à en faire son oeuvre la plus intime, malgré les dimensions épiques du propos, et aussi celle qui pour lui est la plus personnelle. Retranscrivant avec ferveur le parcours de ses personnages, il ne part pas comme eux en quête de mystification ou de cités d’or, ce que Gray cherche c’est l’humain. Malgré les mystères enivrants de l’intrigue, qui vire par moments dans l’onirisme, le cinéaste offre la prouesse formidable de trouver la sensibilité dans cette quête de gloire et de rédemption.
Avec l’aide d’acteurs impliqués et talentueux, il arrive à donner vie à ses incarnations romancées de personnes ayant existé. Ils parviennent tous à les rendre terriblement authentiques et touchants. Charlie Hunnam irradie d’intensité et de charisme soutenu à merveille par la sensibilité déchirante de Sienna Miller qui prouve encore être une des actrices la plus sous-estimées de sa génération. Cependant, on retiendra surtout la transformation éblouissante de Robert Pattinson, méconnaissable et d’une justesse sidérante. Un acteur tout bonnement phénoménal. The Lost City of Z ne se repose pourtant pas sur ses acteurs, quand bien même ceux-ci valent à eux seuls le détour, mais le film impressionne aussi par la finesse et la densité de son écriture. Plus que de parler d’hommes en quête d’un eldorado impossible et d’une gloire illusoire, c’est une oeuvre qui trouve souvent les mots justes pour parler du monde tel qu’on le connaît aujourd’hui. Tel qu’il a commencé à être façonné à l’époque. Fawcett nous est présenté comme un personnage humble, rêvant d’égalité et d’un monde meilleur à offrir à ses enfants. Sans jamais tomber dans le pathos ou la manichéisme, Fawcett étant par moments injuste et égoïste, Gray nous montre le parcours d’un homme à travers ses rêves, ses échecs et les préjugés de son temps. De ce que le personnage a hérité de son père et de ce qu’il lègue à son fils, Gray y trouve une façon poétique et tragique de parler de transmission, de paternité et de paix. Au final, le film nous raconte l’histoire la plus simple qu’il soit, un homme qui cherche la paix intérieure pour la trouver dans l’amour de son fils.
De par son sujet, James Gray aurait pu facilement tomber dans la recherche froide de la prouesse technique mais décide au contraire de rester proche de l’humain. Avec sa mise en scène faussement classique, il pioche dans des mécaniques traditionnelles du cinéma pour en tirer une oeuvre aussi moderne qu’intemporelle. La photographie de Darius Khondji apporte un grain vieilli à l’image, accentué par le traitement très saturé des couleurs et de la lumière. On a parfois du mal à dater le film, qui pourrait bien être un film d’époque retrouvé que maintenant. Un tel travail sur l’image en est remarquable, chose très courante dans le cinéma de Gray qui brouille toujours la ligne du temps avec son imagerie résolument rétro pour un langage cinématographique néanmoins très moderne. Sauf qu’avec The Lost City of Z, ce rendu n’avait jamais paru aussi authentique et formidable. Couplé avec un montage d’une rare intelligence, qui dans son découpage entre deux scènes arrive à faire ressortir des pépites d’émotivité comme lorsque le héros manque d’être frappé par une flèche et que l’on nous montre en même temps la naissance de son premier enfant. Le film jongle souvent avec des parallèles de ce genre et symbolise avec brio le poids du temps et des regrets. Avec son rythme lent et posé, Gray parvient toujours à éviter avec brio l’ennui car il insuffle à ses scènes un vrai souffle épique. Au détour d’une rencontre avec une tribu cannibale, d’une scène de bataille ou de chasse, il offre une mise en scène ample et majestueuse qui donne une dimension homérique à ses séquences et à son oeuvre dans sa globalité.
Le cas échéant, le studio aurait des vues sur Michael B. Jordan (
On dit qu’une fois six pieds sous terre, il est difficile de creuser plus profond. Sauf si l’énergie nous le permet… Métaphore sur le fait de sombrer et ici Annalise ne peut pas aller plus mal. Elle a perdu son emploi à l’université, sa famille, sa maison, sa réputation et maintenant le fils qu’elle n’a jamais eu, Wes ! Et pourtant, on continue de la soupçonner, tout comme Connor qui ne semble pas pâtir de la disparition de l’étudiant qu’il nommait « Wait List » (liste d’attente). La première partie de cette nouvelle saison se poursuit habilement sur la reprise des cours tandis que la professeure est accusée de meurtre et que Frank, toujours disparu, ne sait pas comment reprendre contact avec elle. L’arc narratif Laurel/Wes gagne progressivement en crédibilité tandis que celui de Connor/Oliver perd toute vraisemblance à des fins de « rallonger la sauce » comme on dit dans le jargon. Pourquoi peut-on cependant tout excuser? Car nous avons atteint un tel niveau d’empathie à ce stade de l’aventure que les blancs en neige peuvent se permettre de redescendre. Désolé pour l’image culinaire, Laurel est enceinte et Annalise alcoolique. Tous les ingrédients des Feux de l’amour sont réunis. Des troubles de paternité jusqu’aux faux aveux… A la différence que le traitement cinématographique, plus mâture, avec une bande sonore toujours autant alternative électrique aérienne et diablement sexy (encore IAMX ou Zola Jesus,
(qui est le tueur ?), mais sur un « whosgone » (qui est mort ?) dans l’incendie de la maison principale, mais aussi comment ? Les étudiants font partie à présent d’une clinique de droit pénal où chacun est en compétition pour décrocher des affaires pro bono*, créée par Annalise qui a anticipé sa démission, car sa réputation à la fin de la saison 2 commençait à être salie par des problèmes d’alcoolisme notamment. Elle y a rencontré la doyenne Hargrove de l’université de Middleton. Toujours au 9ème épisode des premières révélations, les fans appréhendent la trêve hivernale comme la peste. Pour ceux qui n’ont pas commencé cette troisième saison, il est temps de faire demi tour. SPOILER ALERTS
aider celle qui l’a recueilli. Entre petit chiot maladroit, apeuré et bras droit toujours de confiance, le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît et le trio de dispute (Bonnie, Annalise, Frank/révolver) est saisissant. Et à ce titre, on se pose des questions sur les réelles motivations du personnage joué par Liza Weil. Est-elle aussi un pantin agissant ou toujours dans l’abandon de soi pour suivre celle qui l’a sauvée des griffes de son père violeur? Seul défaut au tableau, les convictions des personnages se lançant à coeur perdu dans leur propre survie deviennent des automatismes.
Jusqu’à quel point Laurel a-t-elle connaissance des affaires de son père?
Les fantômes que se faisait Wes des meurtres de Sam et Rebecca vont-ils disparaître avec lui, le groupe en est-il éloigné ou vont-ils revenir les hanter?


A la réalisation depuis plus de vingt-cinq ans, Martin Koolhoven est un cinéaste néerlandais déjà confirmé avec dix films à son actif (en plus d’une série TV et de quelques téléfilms). Ses œuvres ont été sélectionnées dans des festivals prestigieux (la Berlinale, Rome, Londres, etc.) et les Pays-Bas l’honorent régulièrement lors du Netherlands Film Festival (Sept films présentés, deux prix obtenus, huit nominations). Mais aucun de ces films n’avait jusque-là trouvé le chemin des salles hexagonales et encore moins trouvé un écho à l’international. L’homme est discret, son cinéma est indiscernable, tout juste sait-on qu’il est régulièrement amené à traiter de l’Histoire de son pays natal. Pour son onzième film, il s’est lancé dans un projet titanesque qui a duré sept ans (trois ans et demi d’écriture) avec l’aide d’une coproduction européenne (Pays-Bas, Allemagne, Belgique, France, Suisse) qui a monté ce film doté d’un casting international. Si la quasi-totalité du casting est anglo-saxonne, Martin Koolhoven a néanmoins tenu à conserver une équipe technique entièrement néerlandaise, quand bien même le tournage a eu lieu à travers toute l’Europe (Autriche, Hongrie, Espagne, Allemagne). A ce sujet, il faut savoir que Brimstone est le film le plus coûteux des Pays-Bas, après
Pourtant en amorçant son récit par une narration non chronologique en quatre chapitres déstructurés, Martin Koolhoven injecte une dose d’audace bienvenue qui donne toute son essence au récit. Car une construction linéaire aurait été un fardeau pour le film qui n’aurait pu se reposer que sur son dénouement aux allures de duel final. Ici, Martin Koolhoven a l’ingéniosité de laisser planer un voile de mystère et de révéler ses informations au compte-gouttes. Ce qui laisse l’opportunité à l’intrigue de surprendre relativement souvent son spectateur et permet aux personnages de se révéler plus complexes qu’il n’y paraît. Si les scènes d’horreur graphiques marquent les esprits, la violence de Brimstone est avant tout psychologique. Martin Koolhoven soigne le calvaire de son personnage féminin à plusieurs âges de sa vie, elle qui ne cesse d’être traquée par un énigmatique prêcheur, dévoré par sa croyance et ses pulsions. La fureur qui anime les hommes est bel et bien représentée par la relation malsaine entre Dakota Fanning et son bourreau diabolique, et n’est jamais affichée à l’écran, laissant le spectateur imaginer les pires sévices. Le western est l’apanage de la violence et du machisme et Brimstone en montre clairement l’impact viscéral sur cette femme mutique dont la cavale est vaine puisqu’elle est constamment rattrapée par son tourmenteur, obligée de devenir une esclave sexuelle ou de se confiner à sa condition de bonne femme. Son mutisme empêche au premier abord de comprendre sa fuite et ses intentions mais la construction du récit amène les réponses qu’il faut aux moments phares. Dès lors qu’un personnage féminin amène autant de complexité et de force, il n’est pas étonnant d’attribuer l’étiquette de « film féministe ». Ce ne serait pas faux mais réducteur face à la charge anti-religion et à la primitivité des hommes dans le Grand Ouest dont le cinéaste fait preuve. En ce sens, Brimstone dépoussière un genre et lui apporte une radicalité bienvenue, confirmant que les cinéastes européens ont tout aussi bien saisi l’essence du western que leurs homologues américains.
Mais conscient de son talent et de l’hommage qu’il semble vouloir rendre aux films qui ont construit sa culture, Martin Koolhoven se perd dans des considérations outrancières, entre l’intitulé biblique pompeux des chapitres (Apocalypse, Exode, Genèse, Châtiment) et la représentation surlignée de symboles de l’Ancien Testament. L’hypothèse religieuse sera bien présente, plus appuyée que jamais et dont Martin Koolhoven se fait le Créateur, confirmant la mégalomanie du bonhomme. Il ira jusqu’à tomber dans l’abus en représentant Kit Harrington doté d’ailes d’anges dans une plan en contre-lumière. La mise en scène se révèle d’une lourdeur dans ces moments décisifs, contrebalançant paradoxalement avec la juste mesure dans les moments plus contemplatifs. A vouloir trop bien faire, Martin Koolhoven accentue à l’excès le lyrisme de son récit et appuie l’émotion alors qu’il aurait fallu laisser le charme opérer par lui-même. Les violences à outrance, les scènes étirées de plans fixes sur les visages débordants d’émotions rendent vite agaçant le film aux yeux du spectateur, lassé d’être autant tenu par la main alors que le calvaire vécu par le personnage principal est déjà suffisamment insoutenable et bouleversant. Côté casting, Dakota Fanning et Carice Van Houten magnifient heureusement le film par leur grâce et leur aisance à créer des personnages féminins forts. En revanche, Kit Harrington est trop anecdotique pour qu’on s’y attarde et Guy Pearce s’embourbe dans une caricature de prêcheur pédophile loin de toute la subtilité de Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur. D’une durée conséquente (2h25), Brimstone a aussi le défaut d’étirer son récit et de le rendre interminable. Il en devient presque comique de voir à quel point il est facile pour Guy Pearce de retrouver son objet de désir à travers tout l’Ouest américain. C’est d’autant plus frustrant que le film offre de grands moments qui s’opposent à des moments inconfortables dont un final boursouflé dont on ne demande qu’à en voir la fin. A l’issue de la projection, des interrogations nous étranglent et l’on se demande si un second visionnage ne rendrait pas la construction non chronologique incohérente (lorsque Dakota Fanning (re)voit pour la première fois Guy Pearce). Dès lors, il y a cet étrange sentiment qui nous anime et nous fait dire que le film a beau être réussi dans d’intenses séquences, il est raté lorsqu’il veut assumer son jusqu’au-boutisme. Brimstone n’est pas un mauvais film, il est une claque qui ne laissera pas insensible mais dont la finalité laisse un sentiment d’inachevé frustrant face à un western comme on n’en a jamais vu.