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Tangerine ou la virée exubérante de Sean Baker en DVD/Blu-Ray depuis le 10 Mai

Avant la virée emplie de désillusion au DisneyLand de The Florida Project, Sean Baker mettait en scène dans Tangerine, une virée solaire et exubérante de deux prostituées afro-américaines transgenres dans les bas-fonds de Los Angeles. Un condensé de malice, de rire et de surprise à ne manquer sous aucun prétexte. 

Los Angeles. De nos jours. Sin-Dee et Alexandra sont des prostituées afro-américaines transgenres. Sin-Dee vient de sortir de prison après une peine de 28 jours et retrouve son amie Alexandra. Alexandra révèle à Sin-Dee que son petit ami Chester l’a trompée avec une femme, Dinah, lors de son séjour en prison. Sin-Dee décide alors de retrouver Chester et Dinah.

Une odyssée solaire et exubérante 

Avant son joli succès d’estime, The Florida Project, passé à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2017, Sean Baker avait déjà fait son trou dans la veine underground du ciné US avec Tangerine. D’où un cinéma indépendant porté à son paroxysme, le bougre ayant mis en scène une virée de plusieurs comédiens non-professionnels dans les bas-fonds de la Californie, le tout filmé à l’aide d’un Iphone. Une nouvelle approche de cinéma, dupliqué par Steven Soderbergh (Unsane), que le jeune réalisateur a sciemment choisi pour appuyer son histoire, fragile puisque porté par une palette de personnages pour le moins inhabituels dans le ciné US : des prostituées afro-américaines transgenres. Une démarche pour le moins originale, mais qui fait sens pour le cinéaste, ce dernier s’évertuant depuis ses débuts à filmer des minorités et leur donner via son scope, une voix. Et ici, à l’instar de The Florida Project où il donnait à voir le quotidien difficile d’une jeune fille habitant à deux pas d’un Disneyland, Sean Baker se permet une approche similaire en faisant coexister la difficulté et le bonheur, la résignation et la malice, les tracas du quotidien et le rire. Le tout dans une histoire ressemblant à un road-movie étalé sur une journée où la personnage principale va devoir arpenter kyrielle de trottoirs pour retrouver une de ses rivales. De quoi donner à cette odyssée solaire et irrévérencieuse un profond sentiment de jamais vu, comme le dit si bien une critique de The Guardian qui ose prétendre que l’on a jamais rien vu de pareil. 

Des bonus pas avares en détails. 

Vu l’aspect relativement inhabituel du projet, on guettait pas mal les bonus. Autant pour comprendre le pourquoi du comment que pour voir le cinéaste à l’oeuvre, seulement armé de son iPhone. Une chance pour nous, les bonus ne sont pas avares sur le sujet puisque se focalisant sur la genèse du projet, l’interview du casting ainsi qu’une interview des deux personnages principaux. De quoi nous permettre de mieux cerner ce projet tout à fait original qui mérite à n’en pas douter le coup d’oeil. 

Caractéristiques techniques DVD/Blu-Ray 

DVD :

Format : Scope – 16/9

Couleur

Durée : 84 minutes

Audio : Anglais 5.1 DD

Sous-titres : Français 

Bonus : La genèse du projet, Interview de Maya et Kiki, Interview du casting, Bande-annonce 

Blu-Ray :

Haute Définition 1080P/24

Format : Scope – 16/9

Couleur

Durée : 87 minutes

Audio : Anglais 5.1 DTS Master Audio

Sous-titres : Français 

Bonus : La genèse du projet, Interview de Maya et Kiki, Interview du casting, Bande-annonce 

Bande-annonce : Tangerine 

Cannes 2018 : Les Eternels (Ash is purest white) de Jia Zhang-Ke, la pureté amoureuse

La sélection officielle du Festival de Cannes a été marquée hier par sa première véritable sensation, Les Eternels de Jia Zhang-ke. Alors qu’il part en trombe avec ses faux airs de film de mafia nerveux et sec comme un coup de trique, Les Éternels révèle par la suite toute sa profondeur. Un portrait de femme magnifique dans une Chine aliénée, solitaire et en pleine mutation. C’est presque d’une densité sans égale.

Au premier regard, Les Eternels pourrait paraître être le patchwork parfait entre A Touch of Sin et Au-delà des Montagnes, tout en reprenant certains codes visuels documentaires de Still Life. Et pourtant, le film est beaucoup plus que cela. Non, Jia Zhang-ke ne se caricature pas, il continue les césures de son cinéma avec passion et férocité. Non, il ne reste pas dans une zone de confort inlassable, il avance ses pions et se questionne même sur son cinéma. Et oui, il déjoue les attentes qui étaient largement importantes autour de son retour au festival de Cannes. Dans une Chine où la pègre dirige les petits quartiers avec des cadeaux sous la table, où le code d’honneur n’a plus de valeur aux yeux des malfrats, Les Eternels nous livre un premier tiers de films lorgnant sur le cinéma de genre, tendu et tonitruant, surtout lorsque la fameuse scène de bagarre survient.

Un choc, les coups pleuvent, les lumières scintillent de mille feux, la caméra fait crépiter toute la violence et le bruit assourdissant des coups. Intense. Brutal. Sauf que cette scène sonne le glas de la violence physique et intestinale de la pègre, pour se faire déloger par une violence plus insidieuse et douloureuse : celle d’une vie de droiture et de reconstruction dans un environnement qui change de visage à grande vitesse. La jeune Qiao vient de sauver Bin, son compagnon, chef de la pègre d’un petit village. Lui continuera sa vie, elle partira en prison. A partir de là, la caméra de Jia Zhang-ke change d’épaule, dévie son regard pour deviner les péripéties d’une survie dans une Chine où la solitude est le maître mot malgré l’immensité et la densité de la population.

Film de malfrat, romance heurtée, documentaire, analyse sociale d’un pays en friche, Les Éternels marie les genres avec subtilité, mais reste avant tout un portrait de femmes impressionnant de conviction et de pugnacité, où se pose la question de comment survivre suite à une explosion de violence, qui au lieu de devenir une délivrance et l’ultime moyen d’expression (comme dans A Touch of Sin) est un purgatoire, une remise en question individuelle. Car ce sont les cendres les plus chaudes qui sont les plus pures selon le titre du film. Devenant alors une épopée apathique diront certains, parfumée et contemplative diront d’autres, Les Éternels écoute les petites discussions dans des trains de passage, observe avec attention l’effet de groupe dans une pègre de bouiboui, travaille beaucoup sur l’arrière-plan pour montrer ce qui se trame sous nos yeux et regorge de détails qui assument leur fondation documentaire.

La Chine est un personnage, elle est visible par ses paysages astronomiques ou sa population de masse qui gronde, mais Les Éternels touche ses plus beaux sommets par le biais de sa romance qui unit deux êtres aux antipodes. Romance, qui, au-delà des scènes de disputes ou de remise en question en tant que couple (magnifique scène de rupture sur un lit de chambre d’hôtel), étudie la Chine avec encore plus de flamboyance : entre ceux qui avancent et ceux qui reculent, ceux qui ont les cartes en main ou ceux qui ne les ont pas. Dans ces regards perdus vers le sol, ou ces larmes au creux des joues, autour de ces buildings qui s’amassent, Jia Zhang-Ke touche au sublime et réfléchit même sur son propre cinéma : la place de la violence dans l’avancement même de chacun, celle qui se veut économique et amoureuse.

La violence qui hante les pas de la jeune Qiao est autant propice à la réflexion sur l’ambivalence d’une société capitaliste avec les valeurs ancestrales qu’au questionnement plus pudique sur le reflet des petits méfaits (vol ou mensonge) ou des accidents (maladie) dont les répercussions dénaturent les personnes. Le temps passe, les sentiments non, malgré les silences. Peut-on aimer et garder ses propres rêves dans un monde dont la simple envie est de les écraser ?

Synopsis : En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre. Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre. Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…

Extraits : Les Eternels (Ash Is Purest White)

 

[Compétition au Festival de Cannes 2018]

(Titre original : Jiang Hu Er Nv) Les Eternels (Ash Is Purest White), un film de Jia Zhang-ke
Avec Zhao Tao, Fan Liao et Feng Xiaogang
Genres : Romance, Drame
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 2h 30min
Date de sortie : 26 décembre 2018

Nationalités : Chinoise, Française et Japonaise

Cannes 2018 : Ten Years in Thailand, une prise de parole politique

Alors que le Festival de Cannes 2018, que cela soit avec Donbass, Rafiki ou même Leto, exorcise la représentation de la politique dans les œuvres dévoilées, 10 years in Thailand continue à tracer ce sillon. 4 réalisateurs, 4 sketchs, 4 visions du cinéma face à une dictature thaïlandaise grandissante.

La Thaïlande est en pleine mutation. Face à un gouvernement qui prend de plus en plus la main sur l’espace vital du pays, plusieurs réalisateurs ont essayé de disséquer et dessiner les traits de l’avenir de cette Nation dans une dizaine d’années. Sans qu’il y ait de lien ni de continuité entre ces 4 petits segments, le film est d’une fraicheur assez saisissante : on passe d’un genre à un autre. On y voit un naturalisme cotonneux et dénonciateur d’une certaine morosité, une partition SF où des Hommes/Chats chassent les humains à leur odeur ou même l’imagerie kitsch et 70’s d’une secte burlesque et envoutée qui envoie les humains se faire exterminer comme de la vulgaire viande.

Le propos est assez clair : 10 years in Thailand défend la liberté d’expression, la liberté de pouvoir aimer sans raison ni justification ou de pouvoir exister sans distinction, et combattre l’asservissement à l’armée. C’est fort, parfois simple comme l’envoi d’une lettre à la poste. À l’image de ce premier segment, qui derrière son apparente simplicité, voit se nicher en elle une émotion humaine qui n’existe peut-être pas dans les autres parties : un monde où la moindre photographie, le plus petit sourire semble réprimé pour ne pas donner de « mauvaises idées ». Le changement de direction d’un segment à un autre ne gêne en rien la cohérence de la critique politique, à l’image de la deuxième partie suite à la violence des Hommes/Chats envers les humains qui pourrait presque ressembler à un épisode de Black Mirror dans sa manière de questionner sur l’humain face à lui-même et ce qui le dépasse.

Bien évidemment, 10 years in Thailand fait parler de lui, car l’un des meilleurs cinéastes contemporains y participe : Apichatpong Weerasethakul. Sa partie se révèle être la moins surchargée en message politique mais le style reste inimitable, avec une capacité évidente à réfléchir sur le réel tout en invoquant une part de symbolique mystique. 10 years in Thailand est une œuvre qui essaye de dessiner les traits de tous les versants d’un même pays, autant ancestraux que modernes.

Montré en séance spéciale, le film manque d’épaisseur pour dépasser le statut d’essai mineur, et aurait mérité d’un peu plus d’approfondissement et de sophistication où il n’aurait pas été inimaginable de penser à un montage alterné entre les différentes parties, pour créer une certaine tension dont l’absence ne se mue malheureusement pas en hypnose. L’effet un peu low-cost de certaines parties, fait naître malgré tout une forme de beauté et de sincérité d’un projet dont le sujet semble inquiéter ses protagonistes. Objet cinématographique aux idées fleurissantes, à l’exécution balbutiante, mais dont l’existence s’avère pertinente.

Bande-annonce : Ten Years Thailand

Synopsis : 10 Years Thailand est un film omnibus invitant quatre réalisateurs thaïlandais à imaginer leur pays dans dix ans. Les quatre sont Aditya Assarat, Apichatpong Weerasethakul, Chulayarnnon Siriphol et Wisit Sasanatieng. Chacun contribue à un épisode qui, pris ensemble, sonnent un avertissement sur la situation politique actuelle en Thaïlande. Depuis 2014, le pays est gouverné par une dictature militaire qui a freiné la dissidence, l’expression publique, et la diversité de pensée. Un nouveau nationalisme est maintenant promu avec ses propres règles étroites de la pensée correcte et des actions correctes. Si cela peut continuer, à quoi ressemblera la décennie à venir?

[en séance spéciale au Festival de Cannes 2018]

10 ans en Thaïland (Ten Years in Thailand), un film de Aditya Assarat, Wisit Sasanatieng, Chulayarnnon Siriphol & Apichatpong Weerasethakul
Avec Boonyarit Wiangnon (Kaen), Kidakarn Chatkaewmanee (Man)
Producteurs : Andrew Choi, Ka-Leung Ng
Genre : Drame
Durée : 95 minutes
Date de sortie Prochainement

Thaïlande – 2018

Cannes 2018 : Joueurs de Marie Monge, l’amour plus qu’un jeu

La Quinzaine des réalisateurs offre à Marie Monge l’occasion de montrer l’étendue de son talent avec son premier film, Joueurs, porté par un duo magnétique. Le Festival de Cannes 2018 accueille beaucoup de talents émergents dont la cinéaste fait clairement partie.

Il est rare de voir à l’écran un film dans lesquels la femme est le personnage dont on s’inquiète le plus. Dans Joueurs, on découvre le deuxième personnage principal interprété par Tahar Rahim, à travers le regard de sa partenaire féminine. Après avoir joué la femme de Jean-Luc Godard dans Le redoutable, Stacy Martin repasse au centre de l’image dans ce film noir au scénario assez prévisible, mais pas moins convaincant.

La force du film ne repose pas vraiment dans l’intrigue, bien qu’elle soit captivante du début à la fin. La vraie intensité est provoquée par le jeu des acteurs parce que c’est eux qui attirent notre regard pendant plus d’une heure et demie. Le naturel de Tahar Rahim, toujours très convaincant en caïd, s’associe très bien à la douceur de Stacy Martin. Le duo d’acteurs fonctionne totalement à l’écran et l’alchimie passe autant entre eux qu’avec le spectateur qui saisit toute la force du lien qui les unit dès les premiers mots échangés. Ces premiers regards sont d’ailleurs brillamment marqués en image avec une opposition de la lumière pour les deux personnages. Au début, Ella est toujours dans des couleurs froides et bleues, et Abel dans des couleurs plus chaudes qui marquent son côté joyeux et plus excentrique que la vie que la jeune femme mène. Puis les couleurs s’inversent au fur et à mesure que leur relation avance. On voit notamment une scène de danse où Tahar Rahim passe des couleurs chaudes aux couleurs bleues en dansant, totalement à l’image du changement s’opérant dans sa vie. Addict aux jeux, il finit par quitter ce monde pour rassurer la femme qu’il aime. Mais on ne quitte jamais cet univers si facilement, ou en tout cas, rarement sans dettes.

Cette dichotomie se poursuit tout au long du film, montrant la rupture entre les deux mondes bien distincts des deux personnages. Malgré le fait que chacun essaie d’entrer dans celui de l’autre, les vieilles habitudes reviennent toujours. La fin, on la devine très rapidement parce que la réalisatrice s’inspire des codes du film noir et les traques sont maintenant habituelles du genre et pourtant, celles-ci restent efficaces. L’addiction aux jeux laisse souvent place à celle de l’amour pour deux personnages prêts à tout l’un pour l’autre, malgré les trahisons. S’il y a bien quelque chose qu’ils aiment plus que les jeux, c’est l’un et l’autre. Ensemble.

Synopsis : Lorsqu’Ella rencontre Abel, sa vie bascule. Dans le sillage de cet amant insaisissable, la jeune fille va découvrir le Paris cosmopolite et souterrain des cercles de jeux, où adrénaline et argent règnent. D’abord un pari, leur histoire se transforme en une passion dévorante.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Joueurs, un film de Marie Monge
Avec Tahar Rahim, Stacy Martin, Karim Leklou et Bruno Wolkowich
Genre : Thriller
Distributeur : Bac Films
Durée : 1h 45min
Date de sortie : 4 juillet 2018

Nationalité française

Cannes 2018 : Cold War de Pawel Pawlikowski, une dolce vita maudite

Cold War de Pawel Pawlikowski nous est dévoilé dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2018. Comme pour Ida, l’esthétique de cette romance fragmentée par la guerre est à se damner. Les cadrages, la lumière, l’angle de prise, tout est d’une beauté d’orfèvrerie incroyable. Mais il est dommage que le montage en ellipse ne permette pas une meilleure immersion émotionnelle envers ces deux personnages singuliers.

La guerre froide est un loup de mer qui ne permet pas au cœur de se réchauffer. Comme les personnages de Cold War, le spectateur aurait aimé profiter encore plus de cette relation amoureuse maudite qui s’arrête, reprend, et vice et versa, dans la frénésie la plus totale. La beauté des personnages, leur angoisse mutuelle et leur osmose charnelle ne suffisent pas à pouvoir les ramifier. Seuls le temps et la guerre sont les décideurs de cette aventure aux quatre coins de l’Europe.

Que cela soit dans une troupe chantant la gloire de Staline, les bars jazzy de Paris ou même les recoins reculés de Berlin, Cold War déploie sa beauté foudroyante, enchante par le prisme de ce Noir et Blanc qui est révélateur d’une grande élégance, mais apporte également une touche de nostalgie au récit. Sous la fine lame de cette mise en scène qui essaye tant que mal d’articuler une relation amoureuse sous perfusion d’ellipse temporelle, Cold War aime jouer sur la symbolique. Chaque plan, chaque regard est sous l’égide d’une guerre froide où l’État semble être l’ombre d’un monstre et le reflet d’une retenue qui ne permet pas l’explosion des sentiments.

Comme une épée de Damoclès qui retiendrait toute ferveur à cette histoire, le minimalisme du montage achève cette idée que cette relation ne pouvait pas se dérouler par l’écoulement du temps, mais plutôt par sa fragmentation. Malgré toute la splendeur visuelle de l’œuvre, la romance est un cinéma de genre, qui a besoin de chair ou de tendresse, mais surtout d’incarnation pour pouvoir dévoiler tous ses secrets les plus inavoués et c’est bien la limite de Cold War. Les séquences fonctionnent, elles sont sensibles, magnifiques pour certaines, comme à Paris, mais l’ensemble donne l’arrière-gout de voir un roman photo, ou les souvenirs fragmentaires d’une mémoire qui ne souhaite pas se remémorer tous les instants d’une relation tumultueuse.

C’est enivrant, mais terriblement frustrant. Car on ne ressent pas la frustration des personnages. L’éclosion de leur colère, le miroitement de leurs échappées au bout du monde nous paraissent très lointaines. D’une chambre en plein Paris, sur une scène de spectacle ou dans les ruelles désertes d’une nuit lumineuse, Cold War s’inscrit dans sa propre quête formaliste mais désarme tous ses effets émotionnels. Elle, avec sa voix et sa chevelure blonde, lui, avec sa silhouette noble, nous éblouissent à certains moments. Elle chante mais paraît boudeuse et pleine d’énergie. Lui, un peu dandy sur les bords mais extatique dans ses sentiments langoureux.

C’est l’histoire d’une vie, de l’amour d’une vie sans que nos deux tourtereaux ne puissent y goûter pleinement. Au regard de Cold War, on y retrouve par moments cette classe qui exultait de La Dolce Vita de Federico Fellini, ce même pessimisme enchevêtré dans un costume un peu corseté, sans malheureusement la montée en exergue de la dramaturgie.

Extrait vidéo : Cold War

https://www.youtube.com/watch?v=7yus_N8VakA

Synopsis : Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Cold War (titre original : Zimna Wojna), un film de Pawel Pawlikowski
Avec Joanna Kulig, Agata Kulesza, Tomasz Kot, Jeanne Balibar, Cédric Kahn, Agata Kulesza, Borys Szyc
Genres : Drame, Romance
Distributeur : Diaphana Distribution
Date de sortie Prochainement
Durée : 1h 24min

Nationalités : Française, Polonaise et Britannique

Cannes 2018 : À genoux les gars d’Antoine Desrosières

Présenté dans la section Un certain regard du Festival de Cannes 2018, À genoux les gars fait partie des films totalement dans l’ère du temps. Après l’affaire Weinstein et la libération de la parole des femmes, Desrosières réunit tout ce dont on avait besoin pour continuer sur cette lancée grâce à deux jeunes actrices incroyables porteuses des plus grandes voix féministes.

La qualité du scénario d’Antoine Desrosières mêlé au talent naturel des deux jeunes actrices font du film À genoux les gars une provocation fine pleine de sincérité. Entre humour et émotion, le cinéaste fait de Inas Chanti et Souad Arsane les voix d’une jeunesse féministe que l’on se plaît à écouter et regarder. « Et pourquoi tu veux pas me sucer ? Parce que je suis féministe. » Desrosières interroge nos représentations sociales les plus ancrées pour le grand plaisir de la salle où résonnent les éclats de rire. En faisant une suite indirecte à son moyen métrage présenté en 2015, le trio continue sur sa lancée avec pour ce projet une écriture collective se refusant à baisser les yeux. Les filles parlent franchement, sans honte, sans se cacher et refusent à tout prix la domination patriarcale en balançant leurs mots aussi brutalement qu’elles le pensent. C’est sans compter sur l’art corrupteur et persuasif de ceux auxquels elles sont opposées dans ce match de boxe sans fin où le gagnant sera celui qui humiliera le plus l’autre. Mais le ring n’est que le reflet de la société contemporaine qui nourrit la honte des femmes par les actes scandaleux des hommes. La force féminine est ici autant un sujet que son impuissance face au patriarcat intégré. Inutile de préciser davantage la portée politique que ce film possède mais l’on retiendra que ce qui est marquant c’est justement qu’il est bien plus que ça.

Toute la mise en scène et le jeu des registres marquent véritablement les esprits, parfois plus qu’un long métrage moralisateur. Le don naturel d’Inas Chanti et Souad Arsane, que le réalisateur avait déjà dirigées en 2015 dans Haramiste, pour être sœurs et complices en jouant le rôle de deux ados pleines de contradictions, est tout à fait remarquable. On ne se lasse pas une seconde du comique de situation hilarant dont fait preuve la jeune Yasmina, c’est d’ailleurs lui qui l’aide à s’en sortir, avec sa sœur. A l’instar de son personnage central, c’est aussi cet humour et ce décalage qui poussent le film au plus haut. Le mélange de tons offre au film une puissance salutaire dont les actrices ont su se saisir pour former des personnages atypiques qui leur appartiennent.

Extrait : À genoux les gars

Synopsis : En l’absence de sa sœur Rim, que faisait Yasmina dans un parking avec Salim et Majid, leurs petits copains ? Si Rim ne sait rien, c’est parce que Yasmina fait tout pour qu’elle ne l’apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable… le pire… la honte XXL, le tout immortalisé par Salim dans une vidéo potentiellement très volatile.

[Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018 ]

À genoux les gars, un film de Antoine Desrosière
Avec Loubna Abidar, Souad Arsane, Inas Chanti, Mehdi Dahmane, Sidi Mejai…
Genre : Comédie
Distributeur : Rezo Films
Durée : 1h38mn
Date de sortie : 20 juin 2018

Nationalité : Français

Cannes 2018 : Leto de Kirill Serebrennikov, l’embrasement du rock’n’roll

La sélection officielle de ce Festival de Cannes 2018 nous dévoile Leto de Kirill Serebrennikov, un film qui transpire le rock et sa furie. D’un point de vue plastique c’est un délice esthétique, doté d’un noir et blanc majestueux malgré quelques effets un peu cheaps. Politique, engagé et miraculeusement profond, Leto reste malgré tout trop concentré sur son visuel de papier glacé pour émouvoir et emporter totalement.

Leto est aux antipodes de ce que l’on pourrait imaginer du cinéma russe, un cinéma austère, froid voire déshumanisé. Là, la jeunesse, la folie furieuse d’en découdre avec les conventions, cette volonté de faire suinter les amplis ou même de faire dandiner le pied de jeunes filles en fleurs, fait de Leto une œuvre qui casse l’image qu’on aurait pu lui prêter. Oui, le cinéma russe n’est pas qu’un art de la sinistrose et de la tension sociale.

Même si Leto garde un aspect social pertinent qui n’idéalise pas la vie d’un rockeur (pauvre salaire de gardien) ; tout en cultivant son discours engagé politiquement dans un contexte qui voit ces groupes de rock grandir pendant la guerre froide, période où l’ennemi américain (et notamment sa musique) était extrêmement mal vu, le cinéaste sort les enceintes du carton et fait chanter ses personnages à tue-tête durant presque 2h de film. À la lisière du film de bandes, de la comédie musicale et du récit initiatique, Leto est un mélange des genres assez opportun, joyeux et gentiment punk qui manie parfaitement sa capacité à rassembler autour de lui. Il est difficile de ne pas penser notamment à Control d’Anton Corbijn : soit à cause de la présence de ce magnifique noir et blanc, soit par ce thème musical représentant l’évolution et la maturation d’un groupe de rock.

Derrière cette joie communicative, cette photographie incroyable, cette mise en scène de l’ensemble aux chorégraphies esthétiques dynamiques, Leto n’est pas un film à l’espérance outrageante et sans limite. Le personnage de Mike, rockeur en déclin, bien rangé dans sa famille un poil miséreuse avec Natasha, va voir en un nouveau venu, Viktor, la possibilité de transmettre une flamme qu’il n’a plus. Si quelques effets cheaps et adolescents viennent un peu désamorcer la puissance vivifiante de Leto, Kirill Serebrennikov crée en Mike un magnifique personnage, d’une sagesse à fleur de peau, d’un recul assez représentatif d’une époque et aussi et surtout, d’une tristesse tout en retenue.

Avec ses lunettes sur le nez, ses longs cheveux et une classe que l’on aperçoit au premier coup d’œil sur de grandes plages abandonnées, Mike est un spectre aussi pessimiste qu’attendrissant sur un mouvement rock moderne et mondialisé, un fantôme vivant mais qui ne ressent aucune aigreur à propos d’une jeunesse prête à écouter les conseils. Sous les joutes d’un dispositif de papier glacé, Leto a parfois du mal à trouver l’émotion, a des difficultés à rendre audible son trio d’amoureux qui ne sait pas sur quel pied danser et qui s’avère slalomer entre le respect mutuel et la responsabilité de famille. Et même si le film est un coup de pied dans la fourmilière, que son brulot célèbre la liberté de création et d’être dans un pays qui demande à ce que l’on chante à sa gloire, Leto sait très bien que chaque chose a un prix, et que des sacrifices sont inévitables pour pouvoir continuer à jouer de la gratte.

C’est ce qu’il y a de plus beau dans Leto, au-delà de la mise en scène de la musique : cette amitié entre Viktor et Mike, chacun représentant une manière d’appréhender la musique et le métier de musicien, s’affranchir des cases et des conventions ou s’accepter et comprendre la musique différemment. Les failles sont visibles, mais nous ne sommes pas obligés de les écouter. Comme dans un album de rock, il existe parfois de mauvaises chansons. Avec Leto, on retiendra les tubes et les morceaux plus intimistes, nombreux et qui font briller de mille feux les accords de ce festin rock’n’roll.

Bande-annonce : Leto

Synopsis : Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.

[Compétition officielle au Festival de Cannes 2018]

Leto, un film de Kirill Serebrennikov
Avec Irina Starshenbaum, Teo Yoo, Roman Bilyk…
Genre : Drame, Musical
Distributeur : Kinovista/Bac Films
Durée : 2h 06 min
Date de sortie : Prochainement

Nationalité russe, française.

 

Cannes 2018 : Les Confins du monde de Guillaume Nicloux, l’Indochine comme tombeau

Comme dans Valley of Love, le personnage de Les confins du monde est à la recherche d’un fantôme initiatique. Guillaume Nicloux sonne le premier électrochoc du festival de Cannes 2018, dans la section de la Quinzaine des réalisateurs avec un film âpre, sec et violent, ponctué d’une imagerie aussi ésotérique que cadenassée.

Guillaume Nicloux continue à faire avancer son cinéma dans un retranchement encore plus spectral qu’à l’accoutumé dans lequel ses personnages plongent à corps perdus dans une quête initiatique et existentialiste. Alors que la Californie était les entrailles du souvenir d’un fils disparu, l’Indochine devient le tombeau d’un militaire ayant vu son frère et la femme de ce dernier tués et torturés pendant les insurrections japonaises en 1945. Ce qui fascine Guillaume Nicloux dans cette démarche artistique ce n’est pas tant la finalité de la vengeance ni de la découverte d’un mystère, mais la fusion entre l’Homme et son environnement ; c’est de faire ressentir l’espace de la manière la plus ésotérique voire organique qui soit pour que l’expérience devienne totale dans une jungle propice à tous les vices.

Mais en rentrant plus profondément dans cet univers « impitoyable », le personnage d’un Gaspard Ulliel habité et au porte de la folie, s’enfonce encore plus dans la folie et la primitivité de sa condition. L’armée est un endroit clos, où la promiscuité physique et mentale se délite face à la peur d’une mort se trouvant derrière chaque tronc d’arbre. Les confins du monde aurait pu simplement représenter la guerre et la bataille entre deux entités aux raisons différentes. Plutôt que de mettre son film dans un manichéisme qui s’avère parfois obligatoire dans les films de « guerre », le cinéaste français rend quasiment invisible l’ennemi opposé, notamment le dénommé Vo Binh qui est le centre de toutes les pensées d’un Robert Tassen en quête de vengeance.

Ce sentiment d’insécurité renforce l’aspect mystique de l’œuvre, et accentue le fait de voir ses hommes se ramifier derrière les pires atrocités sans que rien ne puisse les juger moralement ou judiciairement. La jungle, filmée sous toutes ses coutures, avec une précision d’orfèvre et une photographie sublime, devient le centre névralgique d’une bataille intérieure, et représente le cerveau cabossé ou l’esprit tourmenté de Robert Tassen. Les confins du monde est un exercice de style assez périlleux, complaisant dirons les plus réfractaires à l’œuvre, mais qui distille sa violence graphique avec une certaine maîtrise. Le film ne dissimule rien, que ça soit les corps encore en vie, les corps en érection ou en plein rapport sexuel ou ceux démembrés et déchiquetés par la guerre.

Derrière cette quête mentale qui trouve son paroxysme par l’effluve épidermique d’une violence gore outrancière, ses soubresauts sanguinolents permettent d’accompagner avec puissance la vision mortifère d’une zone où la priorité est de rester en vie. Cette représentation de la violence est la symbolique de l’état en friche de la conscience malade de son protagoniste principale, à l’image du parti pris d’un film tel que A Beautiful Day de Lynne Ramsay. Comme en témoigne cette première scène qui nous dévoile un Robert Tassen, seul survivant à un génocide, englouti par une masse de corps ensanglantés et informes, Les Confins du monde est une parenthèse désenchantée à l’humanité : la cloison entre l’Homme et l’animal éclate pour ne faire qu’un à l’image des rapports hommes/femmes qui ne sont que de simples effusions charnelles et destructrices.

Ce Cannes 2018 a sans doute trouvé son Only God Forgives à lui : une quête vengeresse qui lorgne vers le cinéma de genre initiatique oppressante à défaut d’être subtile et théorique, où la mise en scène quadrille avec habilité et austérité une violence naturaliste et percutante. C’est l’épuration totale d’un état de transe, où la réalité et le rêve s’accompagne dans la noirceur la plus aveugle.

Bande-annonce : Les Confins du monde

Synopsis : Indochine, 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par sa vengeance, Robert s’engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais une rencontre avec Maï, une jeune indochinoise, va bouleverser ses croyances.

[Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Les Confins du monde, Un film de Guillaume Nicloux
Avec : Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tra, Gérard Depardieu…
Distributeur : Ad Vitam
Genre : Historique, Guerre
Durée : 1h43
Date de sortie : Prochainement

Nationalité française

Cannes 2018 : Plaire, aimer et courir vite, mais à quand un film d’Amour gay ?

Plaire, aimer et courir vite est le quatrième film de la compétition à être projeté pour le 71ème Festival de Cannes. 11 ans après Les chansons d’amour, Honoré revient dans la sélection officielle et, pour une fois, le public aurait voulu plus d’amour et moins d’engagement dans un film qui déçoit globalement malgré ses qualités.

Plaire, aimer et courir vite n’est pas un mauvais film, il a même beaucoup de qualités esthétiques et Christophe Honoré confirme indéniablement son talent pour diriger les acteurs, mais le film met du temps à démarrer. On assiste encore une fois à une mise en lumière de la cause gay via celle du sida là où l’on aurait pu trouver un film d’amour très touchant, parce qu’il n’y a pas que la lutte qui réside dans le fait d’être homosexuel, au contraire même. Il est regrettable de voir un réalisateur lui-même concerné sombrer dans une certaine complaisance qui empêche le film de briller par ses grandes qualités. La capacité d’Honoré à insérer des chansons dans son cinéma est toujours remarquable,  mais ici les scènes qui auraient pu être divines en alliant image et musique se retrouvent peu passionnantes par le choix de ce qui est montré de l’intrigue à ces moments-là. Si le cinéma lesbien se développe plutôt bien ces dernières années, les couples d’hommes se font plus rares à l’écran. Plaire, aimer et courir vite avait le mérite de leur donner de la visibilité en pouvant montrer que c’est toujours de l’amour mais Honoré passe à côté du sujet. On croit même à un moment à une imitation de Carol lorsque Lacoste murmure « Mon ange » à Deladonchamps mais la tendresse et la grâce montrées à l’écran ne sont pas vraiment comparables.

D’un point de vue visuel, Plaire, aimer et courir vite est évidemment très intéressant avec l’omniprésence du bleu qui amène un certain apaisement, à moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil marin à sa Bretagne natale. Espérons en tout cas que ce n’est pas un ajout de stéréotypes en rapport avec la masculinité qui dirige le film. Justement, la force du cinéaste est de faire un film masculin sans passer par cette virilité, que l’on trouve toujours dans la guerre ou l’action au cinéma, mais plutôt en laissant toute sa place à l’émotion, toute autant virile. Elle est d’ailleurs portée par un trio d’acteurs majoritairement brillant malgré le manque de profondeur qui leur est accordé. Vincent Lacoste est très convaincant contrairement à sa nonchalance habituelle qui peut agacer et mériterait bien pour l’instant d’être récompensé. Denis Podalydès illumine également le film avec son regard décalé et son humour qui amène la légèreté dont on a besoin. Pierre Deladonchamps, lui, reste plus fade et plus en retenue dans un rôle sans doute moins intéressant.

Bande-annonce : Plaire, aimer et courir

https://www.youtube.com/watch?v=2GdZ1EwSALo

Synopsis : Nous sommes en 1990. Arthur (Vincent Lacoste) a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

[Compétition officielle au Festival de Cannes 2018]

Plaire, aimer et courir vite, un film de Christophe Honoré
Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès…
Genre : Comédie dramatique
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 2h 12min
Date de sortie : 10 mai 2018

Nationalité française

Films Et Séries À Succès : Stop Ou Encore Pour 2018 ?

L’année 2018 est une nouvelle fois riche en super-production sur grand écran. Parmi les quelques rares nouveautés sortant du lot, nous retrouvons des franchises qui se succèdent, et qui parfois se ressemblent, pour le meilleur comme pour le pire. Marcher sur un produit et un scénario qui a déjà rassemblé plusieurs millions de spectateurs dans les cinémas n’est pas toujours une super idée. À côté de cela, le recyclage peut aussi avoir du bon. Comme disait le célèbre chimiste Antoine Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Si cette citation s’applique avant tout dans l’évolution technologique ou de la médecine, elle apparaît toute aussi vraie dans le monde du cinéma, et les producteurs en abusent jusqu’à plus soif.

Les Films Issus D’une Suite En 2018

En vous rendant dans le cinéma le plus près de chez vous, en cette année 2018, les titres des films sont très généralement succédés de numéro pour signifier une suite. Ocean’s 8, Deadpool 2, Predator 4 sont des exemples frappants, permettant de situer à combien de productions du genre nous sommes rendus, et nous faisant prendre conscience qu’il y avait le premier qui était tellement bien, et qu’on en redemande. Mais dans la plupart des cas, c’est toujours mieux de s’arrêter à l’original, car la suite ne permet que de surfer sur la vague du succès, avant d’aboutir sur un nanar qui ne remplira plus les salles. Voici toutes les suites de films qui seront présentes dans vos salles de cinéma.

  • Ocean’s 8 : Si vous recherchez l’une des suites les plus inattendues, Ocean’s 8 de Gary Ross féminise très largement le concept lancé par George Clooney et Brad Pitt dans le milieu des casses en bande organisée, une bande à la cool. Cette série de films orientée sur les casinos à l’origine s’étend cette fois sur les podiums de New York. Sandra Bullock a un plan tout droit sorti de ses gênes d’Ocean, puisqu’elle interprète la jeune soeur de Dany.
  • Jurassic Wold – Fallen Kingdom : « La vie trouve toujours un chemin » comme dirait Jeff Goldblum, présent dans ce nouveau volet de Jurassic World, une sorte de remaster de Jurassic Park, mais davantage bonifié par la technique. Si la royaume tombe dans ce second volet Jurassic World, nous retrouverons quelques similitudes avec Le Monde Perdu sorti en 1997, et s’inspirant déjà du roman d’Arthur Conan Doyle. Rien ne se perd … .

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  • Les Indestructibles 2 : Le film d’animation regroupant une famille de super héros, assurément indestructible, revient sur grand écran. Fort d’un large succès en 2004, le premier volet ne promettait pas une suite, ou du moins dans l’immédiat. Retrouvez les personnages à l’humour type Family Guy sera des plus amusants, pour les petits comme les grands.
  • Solo – A Star Wars Story : Comment passer à côté des nouveaux films Star Wars. Si jusqu’à maintenant, depuis la succession au sein des studios Disney, nous en attendions un par an, et plutôt en hiver, cette fois, l’épilogue de 2 heures 30 sur le héros Han Solo mêlera humour, nostalgie pour les premiers fans de la saga, et parcours à la vitesse de la lumière au sein du Faucon Millenium. Une production attendue de tous, avec un Harrison Ford laissant l’un de ses rôles les plus étoilés à un nouveau venu, Alden Ehrenreich.
  • Deadpool 2 : Si le premier volet laissait à désirer, tant les moments de flottement contrastés trop avec l’humour du héros le plus sanglant de la planète Avengers et Marvel, cette suite est attendue avec quelque peu d’appréhensions. David Leitch, le réalisateur, va-t-il davantage s’élançait sur le côté humoristique du personnage des comics, ou cette perception du tueur. Et quid d’une éventuelle rencontre avec Wolverine.
  • Avengers – Infinity War : Les franchises autour des super héros sont clairement mises en avant dans les salles de cinéma, et tout naturellement, la succession la plus attendue est celle des Avengers. Cette bande de super héros, composée d’Iron Man, Captain America, Thor et Hulk notamment, va encore vous faire vivre une guerre sans précédent, détruisant une bonne partie de la terre. Avengers : Infinity War est sans doute l’une des meilleures productions du genre.
  • Pacific Rim – Uprising : Le premier volet lancé par Guillermo del Toro a été un véritable succès. Si l’on aime les robots géants, des aliens envahissant la Terre, et des scientifiques plus fous que leur propre théorie, vous serez servi. En revanche, pour ce qui a été de donner une suite à cette histoire, ce n’est pas la meilleure invention du siècle. Un crash attendu.
  • Cinquantes Nuances Plus Claires : De Grey, plus sombre et désormais plus claire, visiblement, il en faut pour tous les goûts, et on ne sait si cette aventure s’étendra encore sur une ou plusieurs générations. Que l’on aime ou pas, il faudra encore compter sur Clinquantes Nuances.
  • La Labyrinthe – Le Remède Mortel : Tout premier film sorti en 2014, quatre ans plus tard, c’est déjà le troisième volet qui est de sorti dans les multiplexes. Alors que l’on a déjà abandonné l’idée de voir un labyrinthe, il semble que le casse-tête soit plus complexe, tant pour le réalisateur que pour les spectateurs. Les écrits de James Dashner devraient davantage vous inspirer.
  • Mission Impossible – FallOut : Alors que le tournage de ce sixième volet mettant en scène Tom Cruise à Paris a fait la une des journaux français, la chute finale est-elle prévue pour ce nouveau film de la série Mission Impossible, il vous faudra épancher votre curiosité pour le savoir. Mais Ethan Hunt vous en fera voir de belles encore une fois avec des cascades folles.
  • Predator 4 : Encore une fois, les aliens fascinent toujours autant, surtout quand ils sont équipés comme les Predator, et que la chasse aux humains est ouverte. Pour tous ceux qui s’attendaient à retrouver Arnold Schwarzenegger, c’est raté, une tout autre mission l’attend, sauver la planète, en invoquant l’écologie, et non le lance-roquettes.
  • Sicario – La Guerre Des Cartels : Premier volet sorti en 2015 et réalisé par Denis Villeneuve, la guerre fait toujours rage à la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour stopper le trafic de drogue. Avec le second numéro, La Guerre Des Cartels, nous ne retrouvons pas Denis Villeneuve aux manettes, mais Stefano Sollima, pour un thriller haletant.
  • Hôtel Transylvanie 3 : Si les contes Dracula et de sa fille vous ont émerveillé, ce troisième volet complétant une trilogie déjà programmée permet de faire une croisière en cette période estivale. Mais attention, la confrontation entre les humains et les monstres ne sera pas de tout repos. Une nouvelle fois, un film d’animation qui plaira aussi bien aux enfants qu’à leur accompagnant adulte.
  • Ralph 2.0 : Le héros des jeux d’arcade est de retour. Le spectateur est une nouvelle fois plongé dans l’univers des bornes d’arcade, de plus en plus tendance. Un retour fracassant, mettant une nouvelle fois en scène les héros des jeux les emblématiques et anthologiques du gaming des années 80 et 90.
  • American Nightmare 4 : Le jour le plus diabolique pour les États-Unis est une nouvelle fois une épreuve de force. En découvrant le premier volet, sous la forme d’un huis clos, nous pouvons être conquis par le concept de gens ayant la liberté de réaliser tous les vices qui leur font envie, sans impunité. Mais au fil des volets qui s’enchaînent, l’horreur et le suspens du premier numéro perdent de leur intensité, pour ne devenir qu’une simple guerre de rue, où tous se tuent avec le sourire, et sans remords.
  • Taxi 5 : Qui aurait cru Luc Besson encore capable de produire et de réaliser un film autour du taxi le plus célèbre de Marseille. Et bien c’est pour la cinquième fois une surprise, et pas du goût de tout le monde. Franck Gastambide et Malik Benthala sont davantage des Starsky & Hutch, ou Gastambide un transporteur façon Statham, mais avec l’apparition de policiers nains, de supporteurs de l’Olympique de Marseille, des surprises qui ne sont pas toujours de bon goût.

Des Séries Devenues Cultes, Mais Aussi De Véritables Ratés Pour 2018

Si l’on se réfère à Jurassic Park, Taxi, American Nightmare ou même Ocean, ces séries de films se succèdent, ne se ressemblent pas toujours, et offrent un spectacle parfois mitigé, ne répondant pas aux attentes du public, ou au contraire, offrant un nouveau tournant des plus haletants à tous les fans. Mais un seul maître mot ne doit jamais être prononcé avant chaque production, le point final. Cela n’existe pas, ou n’existe plus, comme vous voulez. Il faut donner un nouveau visage à chaque film qui peut connaître son petit succès. Avengers et Marvel l’ont très bien compris. Un nouveau méchant, de nouveaux héros, il faut dire que cette succession est quelque peu unique, tant les comics ont pu produire comme héros et antihéros en près d’un siècle de parution. Pour l’année 2019, il faudra là encore s’attendre à du très très lourd pour les films issus de séries. Les Marvel, Toy Story 4, Godzilla 2, Ça 2, Dragons 3, Anneballe 3 ou même Star Wars et James Bond seront présents dans les multiplex. Certaines productions s’essoufflent, et à juste titre, soit parce que ce n’est plus le même réalisateur, et que c’est simplement une volonté d’aller vite dans la production et réalisation du scénario. Finalement, nous nous demandons si l’industrie du cinéma est une affaire de gros sous, ou une volonté de nous faire rêver. Pour certaines créations, ce dernier constat est encore vrai, fort heureusement.

Pourquoi il faut en finir avec Walking Dead

C’est dans une relative indifférence que s’est achevée le 15 avril dernier la huitième saison de Walking Dead, carton planétaire d’AMC adapté du comic-book éponyme de Robert Kirkman. Enfin, carton planétaire, c’est vite dit étant donné l’érosion progressive de l’audience qui voit la série revenir aux scores d’origine de 2011 sur cette saison. Après des pointes à 15 millions entre-temps, ça pique. Les chiffres seraient cependant un problème moindre (quoique) si les retours critiques, eux, étaient bons. Hélas, tandis que Game of Thrones, sa grande rivale, n’en finit visiblement plus de grimper, Walking Dead périclite jusqu’au point de non-retour. Comment en sommes nous arrivés là ? Explications depuis le point 0.

J’ai souvent reproché aux premiers lecteurs de Walking Dead une certaine ignorance du genre. Quand ils affirmaient que le comics de Kirkman était inédit car il se concentrait sur l’humanité survivante, il y avait de sérieux arguments pour les gifler. Comment peut-on être à ce point inculte ? Comment peut-on clamer aussi bêtement que l’ADN même du genre constitue l’iconoclasme de cette production ? Tout juste comme si Romero n’avait jamais existé. Or, nul besoin d’expliquer à toi, cher lecteur, que le zombie (comme toute grande figure monstrueuse) est une métaphore de l’humanité. Et que bien entendu, ces récits horrifiques sont là pour parler des survivants et interroger ce qu’il reste de notre espèce déliquescente. Et ce depuis les origines, et pas seulement depuis les écrits, assez moyens en plus, de Kirkman.

Ce n’est donc pas forcément acquis, voire un peu énervé par ma lecture, que j’abordais cette adaptation sérielle en 2011. Et si la saison 1 n’était pas une grande entrée en matière, elle était au moins suffisante pour vouloir pousser plus loin. A raison puisque la saison 2 était nettement plus convaincante, s’attardant vraiment sur ses protagonistes et créant des relations intéressantes et tendues. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la malédiction Walking Dead allait pointer le bout de son nez.

 

Car pendant la diffusion de cette saison 2, Kévin (appelons-le Kévin, no offense), 14 ans, trépigne devant son écran s’exclamant : « Azy, y’a pas assez de zombies et d’action, c’est nul ! ». Et tous les Kévin de la planète d’exprimer en cœur leur déception devant cette série de zombies qui parle trop. Alors, on vire le showrunner Franck Darabont (déjà peu en odeur de sainteté) et son successeur, Glenn Mazarra, met en place une saison 3 plus musclée, plus gore, versée dans le fan-service et fondamentalement plus stupide. Alors là des tripes, des morts, de la violence, c’était buffet à volonté ! Par contre niveau personnages…. Certains d’entre eux devenaient inintéressants, d’autres disparaissaient comme ça, sans même avoir droit à leur scène de fin et des revenants absents depuis plusieurs épisodes étaient de retour uniquement pour être trucidés. Et ne parlons pas du Gouverneur, méchant nullissime mais tout de même moins que son interprète.

Ainsi, en répondant aux attentes de ses fans les plus idiots, la série plongeait tête la première. Sa malédiction était en marche. Et je n’ai pas honte de le dire aujourd’hui, Walking Dead a été suivie durant sept ans par une part non négligeable d’idiots. Sa baisse qualitative, parfois d’un épisode à l’autre, tenait simplement au fait qu’AMC cédait crassement à leurs envies primaires exprimées sur les réseaux sociaux. Et, sans grand étonnement, les plus mauvais épisodes étaient souvent les plus appréciés par la minorité cacophonique. Maintenant que je me suis fait des amis, reprenons le cours des événements.

Car l’ironie, c’est que cette stratégie fan-service va fonctionner et que la saison 3 va propulser l’audimat de la série. A charge pour Scott Gimple, nouveau showrunner, de continuer sur cette lancée. On assiste alors à un braquage de toute beauté, Gimple reprenant en main le show pour l’amener, au moins sur la saison 4, très haut. Focalisé sur ses persos, cassant le groupe en cours de route, renouvelant les situations et les dilemmes, Gimple n’offre pas une continuité mais une forme de reboot à la série. Jusqu’à créer des bottle episodes formidables, comme l’errance de Daryl et Beth qui reste à ce jour le meilleur épisode de la série. A l’exception d’un catastrophique mid-season finale (l’assaut sur la prison), la saison 4 est quasiment parfaite et surtout, fait poindre de l’émotion et de l’empathie dans un show qui en manquait cruellement. Il y eu bien un ou deux Kévin pour râler mais dans l’ensemble, la série gagna encore des adeptes.

Gimple ne va cependant jamais ré-atteindre ses cimes par la suite et être de plus en plus cornaqué au fil des 5 saisons qu’il supervisera. Néanmoins, il va réussir à tenir le show dans un véritable entre-deux, ménageant la chèvre et le chou pour contenter tout le monde, y compris les idiots. En saison 5 et 6, la série crève les plafonds d’audience, devient l’une des plus suivies du câble et sa présence dans le champ médiatique explose. Walking Dead, comme sa rivale Game of Thrones lancée la même année, deviennent les phénomènes de société incontournables que l’on connaît. Et si l’une comme l’autre sont loin d’être aussi bonnes qu’on le dit, elles prouvent l’hégémonie totale de la culture geek. Car qui aurait pu prédire il y a dix ans que les séries phares de l’époque traiteraient de zombies et d’héroic fantasy ?

Pourtant, c’est aussi à cette époque de grand succès que la série essuie de vives critiques. Forcément plus regardée, les commentaires négatifs autour du show sont aussi plus nombreux. Si on délaissera les girouettes de hipsters, ce sont surtout les fans de la première heure qui se lassent de la série. En effet, Gimple décompresse son intrigue, sédentarise ses héros et traite, effectivement, plus de rapports de pouvoirs au sein d’une communauté que de survie face aux zombies. Cette relative stabilité, pourtant terreau riche, ne convient plus à certains qui lâchent l’affaire. Il faut du sang neuf.

Arrive alors la saison 7 qui introduit pleinement le personnage de Negan, annoncé au fil de la saison 6 jusqu’à un insoutenable cliffhanger. La série se trouve alors un antagoniste parfait (Jeffrey Dean Morgan, impeccable) qui, en un seul épisode polémique, s’attirera l’exquise haine des spectateurs. Le show reprend du poil de la bête mais voit pourtant son audience continuer de descendre. Negan fait plier l’échine des piliers de la série, les coups du sort se multiplient, la tension est à son comble et un vent frais souffle sur le show. Les chiffres ne sont pas là mais tout le reste prépare une chouette saison 8.

Monumentale erreur.

On avait donc laissé l’intrigue de Walking Dead sur l’ouverture du conflit tant attendu entre les adeptes de Negan et les alliés de Rick (Andrew Lincoln, toujours aussi mauvais). De ce point de vue, cette saison 8 répond aux attentes puisque elle est uniquement consacrée à cette guerre sanglante.

Et comme Kévin râle depuis deux saisons parce que c’est trop long, AMC croit bon de plonger à corps perdu dans l’action et la violence, au moins pour récupérer les fans les plus dégénérés. Donc oui, c’est bien gore, bien trash mais toujours filmé par des exécutants donc sans intérêt. Voir un tel faire panpan, un autre faire ratatam tandis qu’un zombie fait arrrrrgggg, ce serait intéressant si il y avait un point de vue. Ici, ce n’est quasiment jamais le cas, et avouons-le, ça l’a rarement été sur la série. Pour cette saison, quand un réalisateur sort de la charte de mise en scène anecdotique (voire catastrophique) des affrontements, on oscille entre la bonne idée perdue (le sacrifice d’une communauté dans un broyeur) et les clichés complètement éculés (Papa tient la main de son enfant dans le jardin d’Eden). Et ce, bien sûr, au mépris de toute dramaturgie un tant soit peu subtile ou audacieuse.

Ainsi, les personnages ne sont plus que des fantômes interprétés par des acteurs qui n’y croient plus et dont les arcs narratifs sont absolument les mêmes que la saison précédente. Daryl, Maggie, Jesus, Carole, Tanya ou encore Michonne n’existent qu’en toile de fond quand certains ne sont pas purement et simplement absents d’une douzaine d’épisodes. Le parcours de Morgan fait deux saisons de rétro-pédalage. Quant à l’affrontement entre Rick et Negan, il devient des plus usants, le même dialogue faussement politique entre les deux étant servi, re-servi, réchauffé, re-réchauffé ad nauseam. Pour vous épargner le visionnage, ça donne ça :

NEGAN

Rick, si tu n’étais pas aussi borné, tes amis ne seraient pas morts et tout se passerait bien.

RICK

Je vais te tuer Negan.

Le tout est à peine renouvelé à mi-saison par la mort d’un protagoniste. Mort qui sera d’ailleurs la seule d’importance de la saison puisque la série est très consciente qu’aujourd’hui elle ne peut plus se séparer des autres.

Cette mort est d’autant plus ridicule et malaisante qu’elle est un souhait profond des fans débiles (profonds) depuis des années. Souhait aujourd’hui assouvi. On reste dans de la fiction certes, mais demander maintes et maintes fois la mort d’un personnage fictionnel jusqu’à l’obtenir en dit beaucoup sur l’état d’esprit crasseux de certains spectateurs. A l’image des critiques insensées entourant Skyler dans Breaking Bad, on a l’impression que tout personnage évoluant dans le vrai et la raison, formant un petit rempart moral face à un héros chaotique doit absolument disparaître. Signe des temps d’un monde hypocrite aux valeurs très déplacées et déconcertantes.

A côté de ça, le sort réservé à Negan tient lieu, lui, de gros foutage de gueule tiédasse.

Cependant, au milieu du fracas et du gore, il y a surtout une question qui domine : Pourquoi ? Pourquoi ces personnages continuent-ils ? Pourquoi s’acharnent-ils à survivre dans un monde comme celui-ci ? Après 115 épisodes de décès traumatiques, de meurtres, de mutilations, de massacres, on retrouve toujours le même groupe usé, désespéré et à bout de force. Au moins autant que le spectateur qui s’inflige ces 16 épisodes semaine après semaine. La série pourrait donner le change, dire que c’est un chemin de croix nécessaire pour aller vers un nouvel avenir (ce qu’elle tente par ailleurs). Sauf qu’on sait pertinemment que ce ne sera pas la logique d’un show déjà renouvelé pour une neuvième (et espérons dernière) saison.

Après près de 130 heures, comment encore espérer une résolution à cette boucle infinie d’horreur ? Voir le meilleur après le pire ? Comment y croire quand, à chaque fois, on a plongé la tête des héros un peu plus loin dans la boue et le sang jusqu’à suffocation. N’importe qui se serait mis une balle dans la tête, pas eux et cela devient absolument incompréhensible au vu des événements. Probablement bien après son point de non-retour, la série perd la suspension d’incrédulité du spectateur, perdue trop loin dans sa noirceur pour qu’on croit encore à la lumière au bout du tunnel. Et de facto, dépourvue aujourd’hui de dramaturgie et de style, elle devient des plus pénibles à regarder. Plus d’avancée, plus d’histoire, plus de geste un tant soit peu créatif, juste le surplace crapoteux d’êtres en sueur et en haillons. Des êtres qui veulent la paix mais ne font que la guerre au point que lors des rares accalmies, ils ne peuvent qu’être tourmentés. Donc probablement jamais en paix à l’issue des événements qui parait de plus en plus lointaine.

Le spectateur, piégé comme les protagonistes dans cette boucle de répétitions nauséeuses d’un ennui (lui mortel) à au moins la possibilité d’en sortir. On ne saurait que lui conseiller tant la série répond aujourd’hui a son titre : un mort qui marche.

The Walking Dead saison 8 : Bande-annonce

Auteur : Adrien Beltoise

Cannes 2018 : Donbass de Sergei Loznitsa, pamphlet politique aussi percutant que grossier

Le Festival de Cannes 2018, dans sa section Un certain regard, nous présente Donbass de Sergei Loznitsa. Pamphlet politique assez impressionnant par la puissance de son militantisme, aussi tétanisant que ricaneur, Donbass perd en pertinence suite à une mécanique trop lourde pour convaincre totalement.

Si Sergei Loznitsa voulait jouer à savoir qui avait les plus gros muscles, c’est plus ou moins réussi. Mais même si le réalisateur a les biceps solides, la charge portée n’est peut-être pas aussi lourde qu’il ne le prétend. Donbass nous dévoile une zone de non droit où l’Etat devient quasiment invisible, lieu décimé par la guerre avec une population chancelante, où les milices séparatistes ont carte blanche sur la société pour mettre en place le nouveau régime.

Corruption, société du mensonge, consumérisme vociférant, armée violente, absence totale de liberté de circulation, scènes de crime instrumentalisées, Donbass est un lieu du chaos, où les pros russes et les pros ukrainiens se combattent. Le réalisateur ukrainien a choisi son camp et il le fait savoir avec une ardeur palpable et la volonté farouche d’en découdre. Monté comme un film à sketchs, qui incorpore dans son architecture, un mélange des genres allant du burlesque à la terreur, de scènes de guerre à la comédie, Sergei Loznitsa accentue la violence de son discours, non pas par l’austérité esthétique habituelle d’une certaine frange du cinéma de l’Est, mais par une multitude de cassures de rythme agencées par le biais de séquences dont l’ensemble sert à matérialiser l’ampleur de la dérive de cette société-là.

Saynète sur un mariage cacophonique et ridicule, vision de l’horreur dans des souterrains logeant des miséreux, agressions et torture de pro ukrainien par les citoyens et orchestrées par l’armée. L’éventail est riche, aussi baroque que sombre, et se met à disposition d’un Sergei Loznitsa qui ne retient aucun de ses coups. Dans le chancellement de cette société, où se mélange guerre patriotique et guerre civile, le cinéaste joue les carnassiers avec une mise en scène tout en plan séquence, qui suit continuellement les pas incessants de ses protagonistes et qui permet, de ce fait, une immersion quasi physique et introspective. Donbass n’est pas qu’une simple insurrection mais est un véritable crachat sur l’ingérence de la politique russe : modélisant avec roublardise son aversion pour les pro russes par la diffusion de certaines situations équivoques et par le physique peu avantageux des membres de cette nouvelle société.

Malheureusement, le dispositif de Loznitsa l’oblige à devoir alourdir la mise en perspective de son propos : à l’image de cette séquence de mariage à la symbolique lourde et racoleuse, ou de cette scène avec le sceau d’excréments étant suivi de quolibets à la contenance plus ou moins importante. La mécanique, à la fois du film à sketchs et d’un ensemble de plan séquence, étire malencontreusement le film au vu du propos qui est visible dès les premiers instants de chaque partie. La subtilité n’est donc pas la grande qualité de Sergei Loznitsa qui préfère faire passer ses positions politiques par le biais de moments incongrus, boursouflés mais scotchant par la minutie du documentaire.

Et vient se poser la question de la pertinence du sujet même du film, qui au-delà d’être une critique ou une analyse d’un environnement donné, tombe dans la surenchère perpétuelle, quitte à ne mettre plus aucun visage sur des méfaits ou aucun nom sur un problème : l’Etat de Donbass est un capharnaüm total et qui interpelle. Mais à quel prix ? La critique formulée par Sergei Loznitsa, aussi drôle et tenace qu’elle est, ne devient-elle pas une simple posture de propagande admirant davantage ses multiples fulgurances visuelles que la conscience même de son interrogation ?

Bande-annonce : Donbass

Synopsis : Dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, une guerre hybride mêle conflit armé ouvert et saccages perpétrés par des gangs. Dans le Donbass, la guerre s’appelle la paix, la propagande est érigée en vérité, la haine prétend être l’amour. Cela ne concerne pas une région, un pays ou un système politique, cela concerne l’humanité et la civilisation en général. Cela concerne chacun de nous.

[Ouverture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]

Donbass, un film de Sergei Loznitsa
Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriuta, Tamara Yatsenko, Liudmila Smorodina
Genre : Drame
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 2h 01min
Date de sortie : 5 septembre 2018

Nationalités Allemand, Français, Ukrainien, Néerlandais, Roumain