Cannes 2018 : Joueurs de Marie Monge, l’amour plus qu’un jeu

La Quinzaine des réalisateurs offre à Marie Monge l’occasion de montrer l’étendue de son talent avec son premier film, Joueurs, porté par un duo magnétique. Le Festival de Cannes 2018 accueille beaucoup de talents émergents dont la cinéaste fait clairement partie.

Il est rare de voir à l’écran un film dans lesquels la femme est le personnage dont on s’inquiète le plus. Dans Joueurs, on découvre le deuxième personnage principal interprété par Tahar Rahim, à travers le regard de sa partenaire féminine. Après avoir joué la femme de Jean-Luc Godard dans Le redoutable, Stacy Martin repasse au centre de l’image dans ce film noir au scénario assez prévisible, mais pas moins convaincant.

La force du film ne repose pas vraiment dans l’intrigue, bien qu’elle soit captivante du début à la fin. La vraie intensité est provoquée par le jeu des acteurs parce que c’est eux qui attirent notre regard pendant plus d’une heure et demie. Le naturel de Tahar Rahim, toujours très convaincant en caïd, s’associe très bien à la douceur de Stacy Martin. Le duo d’acteurs fonctionne totalement à l’écran et l’alchimie passe autant entre eux qu’avec le spectateur qui saisit toute la force du lien qui les unit dès les premiers mots échangés. Ces premiers regards sont d’ailleurs brillamment marqués en image avec une opposition de la lumière pour les deux personnages. Au début, Ella est toujours dans des couleurs froides et bleues, et Abel dans des couleurs plus chaudes qui marquent son côté joyeux et plus excentrique que la vie que la jeune femme mène. Puis les couleurs s’inversent au fur et à mesure que leur relation avance. On voit notamment une scène de danse où Tahar Rahim passe des couleurs chaudes aux couleurs bleues en dansant, totalement à l’image du changement s’opérant dans sa vie. Addict aux jeux, il finit par quitter ce monde pour rassurer la femme qu’il aime. Mais on ne quitte jamais cet univers si facilement, ou en tout cas, rarement sans dettes.

Cette dichotomie se poursuit tout au long du film, montrant la rupture entre les deux mondes bien distincts des deux personnages. Malgré le fait que chacun essaie d’entrer dans celui de l’autre, les vieilles habitudes reviennent toujours. La fin, on la devine très rapidement parce que la réalisatrice s’inspire des codes du film noir et les traques sont maintenant habituelles du genre et pourtant, celles-ci restent efficaces. L’addiction aux jeux laisse souvent place à celle de l’amour pour deux personnages prêts à tout l’un pour l’autre, malgré les trahisons. S’il y a bien quelque chose qu’ils aiment plus que les jeux, c’est l’un et l’autre. Ensemble.

Synopsis : Lorsqu’Ella rencontre Abel, sa vie bascule. Dans le sillage de cet amant insaisissable, la jeune fille va découvrir le Paris cosmopolite et souterrain des cercles de jeux, où adrénaline et argent règnent. D’abord un pari, leur histoire se transforme en une passion dévorante.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Joueurs, un film de Marie Monge
Avec Tahar Rahim, Stacy Martin, Karim Leklou et Bruno Wolkowich
Genre : Thriller
Distributeur : Bac Films
Durée : 1h 45min
Date de sortie : 4 juillet 2018

Nationalité française

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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