Du 13 octobre au 21 octobre 2018, le Festival Lumière de Lyon réouvre ses portes. Une occasion pour nous, de se remémorer des souvenirs de cinéma et de se replonger dans la filmographie de certains artistes mis en valeur cette année. Aujourd’hui plongeons nous dans l’univers brumeux et contemplatif de Claire Denis, qui présentera en avant-première cette semaine son dernier film, High Life.
Claire Denis est aventureuse. Elle exploite la moindre parcelle du cinéma pour l’irriguer de sa personnalité, de son envie de profondeur de champ qui s’exprime par le trouble. Loin des carcans que peut nous offrir le cinéma français en général, la cinéaste, un peu comme Gaspar Noé, même si ce n’est pas le même style, se sert de la caméra pour hypnotiser son auditoire et lui faire ressentir la marginalité vagabonde de la plupart de ses protagonistes : allant des cannibales mélancoliques de Trouble Every Day aux militaires renfermés aux désirs inavoués de Beau Travail en passant par cette amoureuse en perdition et hilare dans Un beau soleil intérieur.
C’est fascinant de voir à quel point Claire Denis sait changer de registre dans sa manière d’accompagner l’errement de ses personnages. La cinéaste est capable de se muer dans le cinéma de genre pour ouvrir son regard d’auteur. Là où l’image aime souvent se rapprocher des corps, scruter la chair dans ce qu’elle a de plus déstructurée et sanguinolente, voir l’enveloppe corporelle décharnée comme un magma bouillonnant de pulsions et de mouvements, les films de Claire Denis prennent aussi ce contre-pied organique par le biais du rythme.
Souvent lancinant, crépusculaire, ce décalage rythmique laisse l’environnement citadin (Trouble Every Day) ou Africain (Chocolat ou White Material) respirer et s’étendre, permettant de s’enrouler autour d’ombres et d’isoler les protagonistes comme s’ils étaient dans un lieu inquiet que la cinéaste filme. Cette candeur dans le montage, et cet accompagnement monolithique fait du cinéma de Claire Denis, un cinéma aussi organique que vaporeux. Là où les corps explicitent le mystère des comportements, le récit aime jouer sur l’implicite. Il veut volontairement taire le dialogue, et faire naître les non-dits qui pèsent et amplifient le poids même de la torpeur, que cela soit à travers la nature cannibale de Trouble Every Day ou même la nature de la relation presque « amoureuse » du triangle militaire dans Beau travail.
Claire Denis est une cinéaste qui aime laisser les choses vivre, comme aime le faire Wim Wenders avec qui a elle a travaillé. Cette dualité entre le palpable et l’indicible vient aussi du fait que l’un des fils rouges de la cinéaste est le thème du désir, celui que l’on a pour l’autre, celui que l’on a pour sa terre et ses origines, celui qui nous rattache à la vie et à un but. Le désir chez Claire Denis consent à démultiplier le déchirement que l’on a avec l’autre. Il est une chose qui bizarrement tend à nous détacher de nos congénères tout en nous agrippant à une catharsis qu’il serait difficile d’analyser.
A la fois épuré, esthétique, dévorant (Trouble Every Day), social (35 rhums) ou même antipathique et horrible (Les Salauds), le désir des personnages est de l’ordre de l’intime, sensualité par l’image et le filmage, où la libido extirpe le monstre ou le marginal qui est en chacun d’entre nous, une pulsion de vie et de mort indescriptible, et qui prend une dimension inconnue dont la définition devient indéchiffrable. Il n’y a aucune imposture, ni parti pris opportun dans le cinéma de Claire Denis. Au contraire de ce séisme cinématographique qui semble avoir ses racines (l’Afrique et sa cohabitation avec le monde avec 35 Rhums notamment), on y trouve une réelle liberté, un cinéma politique non politisé qui semble parfois antinomique avec notre époque.
A travers son style, elle crée un monde en fusion qui gît dans une forme d’intemporalité triste, un chaos intime, à l’image de ces moments fabuleux dans Trouble Every Day lorsque la bande son des Tindersticks retentit. Là où Claire Denis est un point de raccroche français avec le cinéma de Wenders et de Jim Jarmusch, provient de son amour pour les anti héros. L’obscurité qu’elle entrevoit par la lumière ou inversement, où le commun des mortels est félicité par sa normalité ou sa bizarrerie ( son empathie pour ses vampires sanguinaires dans Trouble Every Day) dans un monde où les mots n’ont pas forcément une importance exceptionnelle : c’est l’image qui prédomine, le regard de chacun où Claire Denis s’insère dans la petite histoire pour agencer la grande.
Lorsque l’on fête ses 50 ans, on se rend compte que la vie a défilé à toute allure. On fait le bilan sur ce qu’on a manqué et l’on essaie de rattraper le temps perdu. Si vous n’en êtes pas encore à cette période de la vie, et afin de n’avoir aucun regret, après avoir pris connaissance des cinq meilleurs endroits à visiter avant vos 50 ans, nous vous présentons les cinq festivals à faire absolument. Musique, atmosphère, lieu et dates, nous vous dirons tout afin que dès maintenant vous puissiez vous préparer à partir à l’aventure et conquérir la musique.
Sziget Festival à Budapest
Le Sziget Festival Budapest se déroule durant le mois d’août à Budapest, la capitale de la Hongrie, et plus précisément sur une petite île sur le Danube. Bien évidemment, les concerts de rock, hip-hop et pop sont le cœur de ce festival, mais pas seulement : dès que vous franchissez les portes du festival, vous êtes transportés dans un univers où tout semble possible, et où vous pouvez être qui vous souhaitez, d’où le surnom de « l’île de la liberté », « the island of freedom » en anglais. Avec votre ticket d’entrée, vous avez l’occasion de vivre cette ambiance surnaturelle et éclectique de jour comme de nuit pendant toute la durée du festival, grâce à l’accès offert aux zones de camping. À toute heure, vous pourrez profiter de la musique, de l’art, des activités, des gourmandises et des nombreuses rencontres qui sont au cœur du Sziget Festival.
De la musique, mais pas seulement
Une semaine de musique, c’est magique, mais c’est encore mieux lorsque l’on a à portée de main de nombreuses autres activités. Les possibilités sont infinies et vont du cours de yoga, au volleyball sur fauteuil roulant, en passant par les leçons de danse. Ce festival est également une opportunité d’ouvrir son esprit à l’art et de découvrir des peintures et des sculptures, ou de créer sa propre œuvre d’art. Le Sziget Festival est aussi une fabuleuse occasion de visiter Budapest et son architecture hors du commun, ainsi que les Széchenyi Baths pour faire une pause et prendre un peu de temps au calme et se détendre.
Coachella aux États-Unis
Coachella est l’un des plus colossaux et des meilleurs festivals de musique aux États-Unis dont le rayonnement est international. Le principe consiste en un gigantesque rassemblement de personnes dans le désert dans le courant du mois d’avril, vêtus de robe et de couronne à fleurs, autour d’un très grand nombre d’artistes et de groupe comme Guns N’ Roses, LCD Soundsystem et Calvin Harris mais aussi Ice Cube, Zedd, A$AP Rocky, Sia et Major Lazer. Ce festival jouit d’un emplacement idéal en Californie, il permet donc d’attirer de très nombreuses célébrités issues du monde du cinéma, de la télévision et évidemment de la musique, qui viennent profiter de l’ambiance unique de cette fête gigantesque. Pour l’anecdote, Coachella est un festival qui affiche toujours complet avec 99 000 places qui sont vendues chaque week-end, ce qui représente un total de 198 000 billets au total. Il faudra vous armer de patience et vous y prendre le plus tôt possible, si vous aussi vous souhaitez vivre cette expérience hors du commun.
Tomorrowland en Belgique
Tomorrowland, c’est avant tout un cadre naturel magnifique et une ambiance féérique qui immerge ses adeptes dans une expérience à la fois incomparable et inoubliable. Chaque année, en juillet, pendant trois jours, vous êtes plongé dans un univers unique, tel un monde de fantaisie. 400 DJs sont présents chaque année afin de jouer vos musiques préférées sur un ensemble de seize scènes aussi atypiques les unes que les autres. Pour l’anecdote, la ville dans laquelle se déroule le festival porte le nom étrange de Boom, de quoi se mettre dans l’ambiance dès votre arrivée sur les lieux. Attention à faire très vite pour réserver votre place pour l’évènement le plus prisé de toute la Belgique, car les tickets sont généralement vendus en une minute après leur mise en ligne.
Le grandiose Fuji Rock au Japon
Le Japon est un pays fabuleux pour les festivals de musique, et notamment en été. Le Fuji Rock est le plus grand et le plus populaire des festivals du Japon. Il faudra réserver son séjour le dernier week-end de juillet, du vendredi au dimanche, pour profiter de 72 heures de musique non-stop. Tandis qu’on y va principalement pour le rock et ses artistes de qualité, tous les genres sont représentés, comme les groupes indépendants, la musique japonaise et les groupes populaires du monde entier. Ainsi, ce festival est ouvert à tous les goûts et surtout à tous les âges, même les plus jeunes qui trouveront des activités qui leur sont spécifiquement dédiées !
Les bonus qui rendent le Fuji Rock encore meilleur
Comme la plupart des festivals, le Fuji Rock ne se limite pas qu’à ces 72 heures de concert. La fête commence même le jeudi soir avec une « préparty » gratuite et pleine de surprises, dont des groupes connus et des feux d’artifice. Pour se sentir au plus près de cette communauté rassemblée par l’amour de la musique, le camping est une excellente idée, et permet à tous de se serrer les coudes, et de tisser des liens. Enfin, dernier bonus, mais pas des moindres : la cuisine est à tomber par terre, et tous les goûts seront comblés.
Le festival Nos Primavera Sound à Porto
Le festival Nos Primavera Sound à Porto, qui se déroule chaque année au mois de juin, est l’un des plus amusants d’Europe dans lequel se retrouvent un grand nombre de groupes indépendants du moment ainsi qu’un public survolté. L’année dernière, le festival a pu compter sur des groupes comme Hot Chip, Pulp, Foals ou encore Pixies qui se sont produits sur six scènes extérieures au bord de l’eau au Parc del Fòrum. Les fans apprécient l’évènement pour ses groupes avant-gardistes, l’architecture du lieu qui est magnifique, mais aussi pour les consommations peu onéreuses comme c’est le cas du vin à 2 euros. Pour la petite histoire, ce festival est la petite sœur du Primavera Sound de Barcelone qui existe depuis 2005. La version portugaise sera idéale pour les personnes souhaitant profiter des charmes de la deuxième ville du pays après Lisbonne.
Les meilleures choses ont une fin, et voilà donc que la 11ème édition du FEFFS se termine. Une pointe de tristesse est présente, mais il est encore temps de profiter du festival une dernière fois avant l’année prochaine. Une dernière journée chargée où l’on navigue entre de la japanimation enfantine et une anthologie de contes folkloriques, en passant par une partie de chasse au Canada et le nouveau délire mêlant absurde et mauvais goût de Jim Hosking.
[Compétition animation] Mirai
Réalisé par Mamoru Hosada (Japon) Date de sortie : 26 décembre 2018
Voix de Moka Kamishiraishi, Haru Kuroki, Gen Hoshima..
Devenu un grand nom de la japanimation après avoir donné lieu à des œuvres comme Summer Wars ou Les Enfants Loups, voilà que Mamoru Hosada s’invite au FEFFS avec son nouveau film. Déjà présenté à Cannes, Mirai nous emmène à la rencontre du jeune Kun qui vient d’avoir une petite sœur. Très vite, la jalousie le gagne. Il se retrouve alors pris dans un voyage dans le temps, où il va faire la rencontre des membres de sa famille à diverses époques de leur vie. Mirai se distingue par son côté très enfantin, que cela soit dans le design de ses personnages ou dans le ton employé. Bien que pouvant résonner à tout âge, le film déborde d’une certaine innocence.
Mirai apparaît donc comme un conte. Le petit Kun va avoir affaire à une prise de conscience sur le monde qui l’entoure. Avec cette petite morale, Hosoda essaie de faire passer son message qui est délivré avec une émotion plutôt maladroite. Il faut dire que le personnage est beaucoup trop agaçant pour être émouvant. Il ne faut pas patienter longtemps avant que le marmot nous tape sur le système. Hosoda en a certainement conscience et balance dans son dernier acte une avalanche de bons sentiments qui vient ensevelir le spectateur de manière trop forcée. Cela ne suffit évidemment pas à inverser la vapeur. Mirai est un petit ratage à ce niveau. Le film peut cependant se raccrocher à une animation maîtrisée, Hosoda arrivant à insuffler une certaine magie dans ses passages fantastiques.
[Rétrospective Chromosome XX] Les Lèvres Rouges
Réalisé par Harry Kumel ( Belgique, France) Date de sortie : 22 octobre 1971
Avec Delphine Seyrig, Daniele Ouimet, John Karlen…
Présent cette année en tant que membre du jury, le belge Harry Kümel se voit l’honneur d’avoir un de ses films présentés au sein de la rétrospective Chromosome XX. Les Lèvres Rouges sortit au début des années 70 reste l’une de ses œuvres les plus connues. Le film met en scène la mythique Comtesse Elisabeth Bathory, une hongroise adepte de bains de sang de vierges. C’est d’ailleurs la grande Delphine Seyrig qui prête ses traits à cette figure mythique. Contrairement à des films comme La Comtesse (déjà présenté au FEFFS), le cinéaste belge place son histoire au XXème siècle. Alors qu’un couple passe sa lune de miel dans un hôtel vide d’Ostende, leur rencontre avec la comtesse Bathory va bouleverser leur vie.
En incorporant le mythe de Bathory à l’époque actuelle, Kümel s’amuse aussi à revisiter le personnage. Pas de bain de sang au programme bien qu’ils soient mentionnés, mais plutôt un jeu de manipulation sexuelle. L’ambiance du film, baroque à souhait, rappelle par ailleurs cette vague de cinéma fantastico-érotique qui a émergé dans les années 60-70 avec des cinéastes comme Jess Franco ou Jean Rollin en France. Bien que la comtesse soit représentée comme un vampire, le film joue beaucoup plus avec la suggestion et la création d’une tension sexuelle. Il faut dire que Delphine Seyrig est incroyablement vénéneuse dans ce rôle qui lui sied à merveille. Tournant peut-être un peu en rond à certains moments, Les Lèvres Rouges n’en reste pas moins une œuvre séduisante.
[Compétition internationale] What keeps you alive
Réalisé par Colin Minihan (Canada) Date de sortie : Inconnue
Avec Hannah Anderson, Martha MacIsaac, Brittany Allen..
Pour clôturer la compétition internationale, il fallait bien qu’on nous propose un petit survival. C’est chose faite avec What keeps you alive qui propose une alternative intéressante en mettant en scène uniquement deux personnages, à savoir un couple. Deux jeunes femmes qui vont passer le week-end dans un chalet dans la forêt. Chalet, où l’une d’elle allait chasser avec son père quand elle était petite. Très vite, on découvre que Jackie a décidé de s’attaquer à une proie bien précise. On peut penser à une œuvre comme Haute Tension quand on voit ce couple de femmes se déchirer et surtout lorsqu’on est face au psychotique personnage de Hannah Anderson. C’est une véritable traque qui prend donc place sous nos yeux. Malheureusement, What keeps you alive a du mal à tenir en haleine le spectateur sur la durée. Le film a souvent recours à des facilités, ainsi que des comportements idiots des personnages pour continuer son récit. Reste quelque moments de suspense pesant qui apparaissent par-ci par-là, mais globalement le film vaut surtout pour la performance grandiloquente de Hannah Anderson.
[Film de clôture] An Evening with Beverly Luff Linn
Réalisé par Jim Hosking (Royaume-Uni, USA) Date de sortie : Inconnue
Avec Aubrey Plaza, Emile Hirsch, Jermaine Clement
Après 9 jours de thrillers anxiogènes ou de drames ultra-cyniques, il fait bon de terminer les festivités sur une bonne comédie bien grasse. Pour cela, on ne pouvait compter sur personne de mieux que Jim Hosking. Le britannique qui nous avait déjà offert un summum de mauvais goût avec The Greasy Strangler en séance de minuit est de retour et est toujours le même. Il dispose cette fois-ci d’un casting plutôt prestigieux parmi lesquelles on retrouve l’excellente Aubrey Plaza, Jermaine Clement ou encore un Emile Hirsch survolté. On pourrait résumer le pitch du film à un braquage qui tourne mal et à une histoire d’amour perdue, mais An Evening with Beverly Luff Linn part un peu dans tous les sens.
Il faut dire qu’à la manière d’un Quentin Dupieux, Jim Hosking s’épanouit dans l’humour absurde. Les péripéties non-sensiques s’empilent donc jusqu’à l’extrême. On peut d’ailleurs retrouver dans ce nouvel essai, les mêmes critiques qui avaient été faites à The Greasy Strangler. À savoir une manie de la part du réalisateur à étirer au maximum certains gags. Un procédé qui peut être agaçant mais qui permet d’instaurer un malaise palpable, l’autre grand moteur de la comédie par Hosking. Encore une fois, une imagerie de très mauvais goût inonde la pellicule, mais le tout est quand même plus sage que son prédécesseur. On reste bien évidemment loin de la comédie américaine lambda, et An Evening with Beverly Luff Linn est une belle porte d’entrée dans le cinéma très étrange de Hosking. Une œuvre qui semble également plus aboutie à la fois dans l’écriture plus riche, mais également dans l’empreinte visuelle et toujours avec une bande-originale électro décalée qui fait là aussi penser au travail de Mr Oizo. En somme, An Evening with Beverly Luff Linn est tout ce qu’il fallait pour conclure cette édition.
Réalisé par Ashim Ahluwalia, Severin Fiala, Veronika Franz, Katrin Gebbe, Calvin Reeder, Agnieszka Smoczynska, Peter Strickland, Can Evrenol (Allemagne, Norvège, Pologne, Royaume-Uni, USA) Date de sortie : Inconnue
Avec Birgit Minichmayr, Sarah Navratil, Niharika Singh…
Avant de nous quitter définitivement pour cette année, il restait encore une petite séance de minuit à se mettre sous la dent. Depuis longtemps, les anthologies ont la côte dans le cinéma d’horreur. Compilées la plupart du temps sous un même thème, elles permettent à plusieurs réalisateurs d’expérimenter des idées sur une durée assez limité. Les producteurs de l’une des plus connues du genre, à savoir ABCs of Death, se sont à nouveau lancés dans l’aventure. Cette fois-ci c’est dans les légendes et le folklore de plusieurs pays que les cinéastes vont trouver leur inspiration. The Field Guide to Evil regroupe donc le travail de 9 réalisateurs venus du quatre coin de la Terre, sous forme de 8 courts-métrages.
Parmi cette longue liste on retrouve plusieurs noms qui ont fait leurs preuves. Peter Strickland, qui est le seul ayant traité une légende venue d’un pays autre que le sien, à savoir la Hongrie, nous offre un hommage au conte et au cinéma muet, un exercice de style très abouti visuellement. On pourra également noter la présence de Veronika Franz, qui aidée de Severin Fiala livre une histoire érotique et cauchemardesque. Le meilleur segment du lot est peut-être celui du turc Can Evrenol, qui en mettant en scène un djinn voulant du mal à un bébé, donne lieu à une grande hantise. Globalement, les segments sont de belle facture, offrant la plupart du temps une recherche esthétique poussée. On regrettera cependant l’amateurisme de la partie américaine que cela soit au niveau de la mise en scène ou de la direction des acteurs.
Pour finir cette couverture du FEFFS, il est évidemment obligatoire de faire un point sur le palmarès. Comme c’était le cas les deux années précédentes, jury et public se sont mis d’accord sur le même film, à savoir Cutterhead. Le film claustrophobique danois succède donc à Double Date et remporte le convoité Octopus d’or. Le Meliès d’argent est quant à lui remis à Lars Von Trier et The House that Jack Built. En ce qui concerne l’animation, le jury n’a pas su départager deux œuvres diamétralement opposées, Chris The Swiss et Mirai. Le prix des Crossovers revient à Xiao Mei, l’œuvre particulièrement exigeante ayant dénoté avec le reste de la sélection.
Palmarès :
Compétition internationale
Octopus d’or :Cutterhead de Rasmus Kloster Bro, Danemark
Méliès d’argent du meilleur long-métrage fantastique européen :The House That Jack Built de Lars von Trier, Danemark, France et Suède
Mention spéciale du Jury :Prospect de Zeek Earl et Chris Caldwell, USA
Prix du public :Cutterhead de Rasmus Kloster Bro, Danemark
Compétition Crossovers
Prix du meilleur film Crossovers :Xiao Mei de Maren Hwang, Taïwan
Mention spéciale du Jury : Pig de Mani Haghighi, Iran
Compétition internationale de films d’animation
Cigogne d’or du meilleur film d’animation : Mirai de Mamoru Hosoda, Japon / Chris the Swiss d’Anja Kofmel, Suisse
Compétition court-métrage
Octopus du meilleur court-métrage fantastique international :Babs de Celine Held et Logan George, USA
Méliès d’argent du meilleur court-métrage fantastique européen :A l’aube de Julien Trauman, France
Prix du Jury Jeune :Deer Boy de Katarzyna Gondek, Pologne, Belgique et Croatie
Prix du public :Das Mädchen im Schnee de Dennis Lederberger, Suisse
Prix du meilleur court-métrage d’animation :Lola, la patate vivante de Leonid Shmelkov, France et Fédération de Russie
Mention spéciale du Jury dans la catégorie animation : Mr. Deer de Mojtaba Mousavi, Iran
Prix du meilleur court-métrage Made in France :Chose mentale de William Laboury, France
Pour son avant-dernière journée, le FEFFS édition 2018 s’intéresse à l’acte de tuer au détour de trois films. C’est Shinya Tsukamoto qui ouvre le bal avec son dernier long-métrage revisitant le chanbara, Killing. L’allemand A Young Man with High Potential clôt la compétition internationale. Derrière son titre résolument bis, The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot s’interroge sur le mythe du héros américain. Pour finir, des punks se font massacrer dans un parc national dans le midnight movie, The Ranger.
[Crossovers] Killing
Réalisé par Shinya Tsukamoto (Japon) Date de sortie : Inconnue
Avec Shinya Tsukamoto, Yu Aoi, Sosuke Ikematsu
Moins d’un mois après sa présentation à la Mostra, le dernier né de Shinya Tsukamoto est présenté au FEFFS. Le réalisateur nippon, bien trop rare sur les écrans français, y présente ici une variation autour du genre phare du cinéma japonais, le chanbara. Nous propulsant dans le Japon des samouraïs, Killing raconte l’histoire d’un jeune rônin au service d’un groupe de paysans. Sa vie va basculer quand une bande de malfrats et un vieux bretteur débarquent. On s’en doute bien que Tsukamoto ne va pas se contenter de faire un chanbara classique. Le plus punk des cinéastes du soleil levant va complètement s’approprier le genre et y insuffler sa patte si caractéristique. Dans un premier temps, cela se remarque dans la forme du film. Bien qu’abandonnant ses paysages urbains et prenant un angle plus naturaliste, la rage qui émane des oeuvres de Tsukamoto est bien présente. La colère qui irradie les personnages, le montage rapide lors des combats de sabre ou bien cette caméra épaule si significative, on est bien dans du Tsukamoto pur jus.
Avec sa forme hargneuse, Tsukamoto revient sur un passage de trouble dans l’histoire de son pays. Killing se situe dans la période de déclin des samouraïs, où les rônins deviennent légions. Mais comme souvent avec le Tsukamoto, tout cela renvoie à la société actuelle et lui permet de faire passer un message, notamment sur l’omniprésence de la violence aujourd’hui. Les personnages de Killing sont loin de l’image qu’on se fait des samouraïs. L’opposition entre le personnage de Tsukamoto et Ikematsu est à ce niveau particulièrement intéressante. L’aîné pense que le but d’un samouraï est de tuer alors qu’au contraire, le plus jeune n’arrive pas à se résoudre à commettre un meurtre. Le film prend alors des airs de fables sur la place de la violence dans notre monde. À nouveau sur tous les fronts, Tsukamoto n’a toujours rien perdu de sa force évocatrice. Killing, c’est aussi l’occasion d’écouter une dernière fois une partition du regretté Chi Ishikawa.
[Compétition Internationale] A Young Man with High Potential
Réalisé par Linus de Paoli ( Allemagne) Date de sortie : Inconnue
Avec Adam Ild Rohweder, Paulina Galazka, Pit Bukowski
Dernier film à être présenté en compétition internationale, A Young Man with High Potential nous emmène à la rencontre de Piet, un étudiant en informatique. Peu social, Piet ne sort que très peu de sa résidence universitaire, allant même jusqu’à se faire livrer toutes ses courses. Lorsqu’un jour, la jolie Klara lui propose d’être sa partenaire pour un projet, le jeune homme ne sait pas vraiment comment réagir. Le deuxième long-métrage de Linus de Paoli va très vite dévoiler son potentiel dérangeant lorsque Piet se retrouve avec le cadavre de Klara sur les bras après lui avoir fait ingurgiter une trop grosse quantité de sédatif. Le réalisateur va alors s’interroger sur la façon dont un jeune homme brillant et sans véritable histoire va pouvoir sortir de cette mauvaise passe.
Comme beaucoup de films cette année, A Young Man with High Potential opère une approche assez clinique de son sujet. Sachant prendre son temps, De Paoli décortique avec minutie le plan de Piet. Bien que se prêtant à un certain humour noir, le film n’est pas vraiment cynique. La force de l’oeuvre est de ne pas traiter son personnage comme un psychopathe dépourvu de sentiments. Piet témoigne d’une certaine empathie, et le jeu de l’acteur Adam Ild Rohweder est très juste. C’est justement grâce à ce portrait de personnage que Linus de Paoli arrive à insuffler une certaine dose de malaise. Malgré tout ça, et une fin plutôt intelligente, A Young Man with High Potential manque un peu de substance, et aurait pu approfondir un peu plus les relations entre Piet et Klara, l’enchaînement des actions jusqu’au point de non retour se faisant de façon un peu trop rapide.
https://www.youtube.com/watch?v=cR24u3oCXN8
[Crossovers] The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot
Réalisé par Robert D. Kzykowski (USA) Date de sortie : inconnue
Avec Sam Elliott, Aiden Turner, Caitlin Fitzgerald..
Y a t’il eu tromperie sur la marchandise ? Quand on avait entendu pour la premier fois le titre loufoque du long-métrage de Kzylowski, on s’attendait à assister à du bon bis barré et violent. On en est finalement assez loin, même si l’ombre du cinéma d’exploitation n’est jamais très loin (il suffit de voir l’affiche). Pourtant le titre n’est on ne peut plus correct car le film met en scène Calvin Barr, un héros de la guerre qui est appelé par le gouvernement pour tuer la créature légendaire Bigfoot avant qu’elle ne répande un virus mortel. Finalement, ce n’est pas de voir une traque entre Sam Elliott et le monstre poilu qui va véritablement intéresser son auteur. Bien qu’il faut avouer que la séquence est très plaisante et terriblement bis.
Plus que les monstres du titre, c’est l’homme qui les a tué le centre du film. Kzylowski se lance donc dans un questionnement sur la figure du héros américain qui est ici très éloigné de celui des films d’actions. Le choix de Sam Elliott apparaît alors comme une illumination quand on remarque à quel point il arrive à donner du charisme mais également une sincérité profonde à son rôle. Le film offre au final plus une introspection sur son personnage, mettant en avant sa relation avec Maxine, un amour perdu dont il ne s’est jamais véritablement remis. C’est de façon touchante et délicate que Kzylowski aborde le deuil, un traitement qui tranche de manière drastique avec un humour absurde qui émane du film à certains moments. The Man who killed Hitler and then the Bigfoot est définitivement un crossover, une oeuvre hybride au ton inattendu et à l’aspect contemplatif.
[Midnight Movie] The Ranger
Réalisé par Jenn Wexler (USA) Date de sortie : inconnue
Avec Chloe Levine, Granit Lahu, Jeremy Pope…
Ce qu’on attend le plus souvent d’un Midnight Movie, c’est d’être un bon gros défouloir ultra-décomplexé. Sur le papier, The Ranger donnait plutôt envie. Suivant un groupe de punk obligé de se cacher dans une cabane perdue dans la forêt après avoir poignarder un policier, le petit groupe se trouve aux prises avec un ranger psychopathe qui ne supporte pas le non-respect de la nature. Le film dispose de qualité évidente pour un midnight. À commencer par son esthétique punk-flashy, sa BO entraînante et surtout son antagoniste aux allures de Judge Dredd de parc national.
Sauf que malgré tous ces éléments et son message écologique plus que louable, The Ranger manque cruellement de fun. En cause, des personnages assez insipides à l’exception du méchant, et surtout une générosité qui fait cruellement défaut. Bien que certaines mises à morts assez graphiques soient exaltantes, le film ronronne beaucoup pour expédier à la va vite ces moments jubilatoires. Et comme souvent dans ces cas-là, l’ennui pointe assez vite son nez.
On approche tout doucement de la fin du festival et les compétitions continuent de battre leur plein. Pour cette 7ème journée, trois films dans trois sélections différents. Pour les crossovers, le taïwanais Xiao Mei dénote par sa construction. La dernière livraison du trublion Lars Von Trier constitue quant à lui la grosse attraction de la soirée en compétition internationale. Pour finir, c’est au tour de la stop motion d’être à l’honneur dans la catégorie animation, avec Chuck Steel : Night of the Trampires.
[Crossovers] Xiao Mei
Réalisé par Maren Hwang (Taïwan) Date de sortie : inconnue
Avec Yi-wen Chen, Kuan-Ting Liu, Na Dow…
Le choix de sélectionner Xiao Mei dans le cadre du FEFFS est une entreprise audacieuse. En effet, le premier film de Maren Hwang est très loin des standards du festival. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment un film de genre, bien qu’il mette en scène un semblant d’enquête policière. Xiao Mei est une oeuvre fragmentée, dont il faudra assembler les pièces pour essayer de percer un mystère. Un mystère qui tourne autour du personnage éponyme qui a disparu et dont Hwang va essayer de retracer les derniers jours. Cependant, on est loin d’un traitement à la David Lynch et les instants finaux de Laura Palmer. Xiao Mei offre une approche très radicale qui risque d’en décontenancer plus d’un, surtout pour des amateurs de films d’horreurs.
La particularité de Xiao Mei réside donc dans la façon de Maren Hwang de distribuer ses clés. C’est au travers de personnages ayant côtoyé la disparue que celles-ci vont être communiquer. Là encore cela ne sera pas fait de façon habituelle. Chaque protagoniste va s’adresser face caméra à un personnage hors-champ qu’on ne verra jamais. C’est au final au spectateur qu’ils s’adressent directement. Des longues entrevues, le plus souvent filmées en plan fixe et permettent aux personnages d’expliquer leur relation avec Xiao Mei, parfois illustrées de petits flashbacks venant rompre le procédé. Xiao Mei est une oeuvre ambitieuse, mais avant tout exigeante. Il faut se laisser porter par la précision du cadre de Hwang et accepter de ne pas forcément résoudre le mystère. Difficile à dompter, surtout en fin de festival, Xiao Mei peut sembler être une erreur de casting. Certains y trouveront leur compte, d’autre risque de s’ennuyer ferme.
[Compétition internationale] The House that Jack Built
Réalisé par Lars Von Trier (Danemark, France, Suède) Date de sortie : 17 octobre 2018
Avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman…
Voilà certainement l’oeuvre la plus colossale de toute la 11ème édition du FEFFS. Le nouveau rejeton de Lars Von Trier faisait parti des grandes stars de la sélection, et malgré une durée record pour un film présenté au festival, le monde était au rendez-vous. Inutile de présenter le cinéaste danois et son C.V qui se compose d’autant de moments de reconnaissance que de pures polémiques. The House that Jack Built, c’est donc forcément un peu tout ça. En suivant le parcours d’un serial killer sur une douzaine d’années, Von Trier semble s’être donner corps et âme. Le cinéaste se livre, amène sa réflexion sur la création, l’art et le mal dans des territoires encore inexplorés. Du haut de ses 2h30, The House that Jack Built est une oeuvre dense et pointue qui s’élève évidemment bien plus loin que son simple statut de farce horrifique à l’humour d’une rare noirceur.
Plus encore que d’habitude, le danois nous emmène dans un égotrip, n’hésitant pas à s’autociter avec des extraits de ses précédents films. En voulant se questionner sur des thématiques fondamentales de son oeuvre, Lars Von Trier tombe par ailleurs très souvent dans un approche trop théorique barbante et pompeuse. Les longs échanges verbaux entre le personnage de Jack et Verge expriment à la perfection cette manie agaçante du cinéaste. Bien que sachant construire des scènes marquantes qui impriment la rétine, soit par leur cruauté (le pique-nique) ou par leur poésie macabre (la séquence des enfers), Lars Von Trier se complaît dans son attitude de sale gosse provocateur. À l’inverse du réalisateur dont la démarche peut paraître assez souvent détestable, Matt Dillon brille de mille feux. L’acteur connu pour certains classiques des 90s comme Sexcrimes ou Mary à tout prix envoie voler en éclats son image de has-been et incarne un Jack absolument terrifiant.
[Compétition Animation] Chuck Steel : Night of the Trampires
Réalisé par Mike Mort (Royaume-Uni) Date de sortie : inconnue
Voix de Paul Whitehouse, Jennifer Saunders
Après la 3D et la rotoscopie, c’est au tour de la stop-motion d’être mis en avant dans cette nouvelle catégorie. Surtout qu’après des films traitant de thématiques assez dures comme les conflits yougoslaves ou la guerre civile angolaise, une bonne petite comédie bien badass ne pouvait faire que du bien. Chuck Steel : Night of the Trampires est né de l’imagination d’un homme : Mike Mort. Archétype du flic qui peuplait le cinéma d’action des années 80, Chuck Steel est un véritable hommage à tout ce pan burné du septième art. Ici Mike Mort le conjugue à une dimension horrifique avec ces fameux trampires, contraction de tramp (clochard) et vampires, qui s’attaquent aux couples en état d’ébriété.
Comme on peut s’en douter, Chuck Steel est un véritable festival. Que cela soit au niveau des punchlines qui fusent comme des balles, avec des runnings gags exquis (comme celui des pauvres coéquipiers de Steel) ou dans l’action hard-boiled, Chuck Steel est jouissif. Il faut pour cela une technique de stop-motion à toute épreuve, et le film est assez irréprochable à ce niveau. Il ne dispose que de peu de temps mort et tout s’enchaîne avec une facilité assez déconcertante. Mike Mort a pris un soin particulier à la création de son univers pour lui conférer une identité propre tout en étant grandement influencer par les oeuvres de son enfance. Le design des marionnettes accentue d’ailleurs ce petit côté rétro moins irrévérencieux que Team America, mais bien plus violent, Chuck Steel est une belle petite surprise.
De la satire politique à de l’animation trash sur fond de psychologie, en passant par un exercice de style sadomasochiste, inutile de dire que le programme de la 6ème journée de la 11ème édition du FEFFS fut éclectique. Le section crossovers voit arriver deux nouveaux concurrents. L’iranien Pig nous parle d’un serial killer assassinant des cinéastes reconnus, tandis que Holiday raconte les vacances psychologiquement violentes d’une jeune danoise. En compétition, Nicolas Pesce délivre avec Piercing un hommage au giallo. Pour finir, ce n’est pas un film qu’on retrouve en séance de minuit mais une série. Crisis Jung le nouveau bébé des studios Bobbypills délivre son quota de saletés.
[Crossovers] Pig
Réalisé par Mani Haghighi (Iran) Date de sortie : inconnue
Avec Hasan Majuni, Leila Hatami, Leili Rashidi
Le dernier festival de Cannes nous l’a une nouvelle fois prouvé, il est difficile d’être réalisateur dans un pays comme l’Iran. Jafar Panahi assigné à résidence après avoir critiqué ouvertement le régime politique de son pays en est l’exemple le plus frappant. Ce contexte difficile pour les artistes a inspiré à Mani Haghighi une comédie noire n’hésitant pas à prendre à bras le corps ce problème. Pig raconte l’histoire de Hasan, un réalisateur n’ayant plus le droit de tourner de long-métrage. Au même moment, un mystérieux assassin se met à décapiter ses amis cinéastes. Hasan se retrouve alors vexé de ne pas être pris pour cible. C’est avec ce postulat complètement absurde que Haghighi offre à son acteur Hasan Majuni, un véritable terrain de jeu pour son personnage de Hasan, un homme provocateur arborant des t-shirts à l’effigie de groupes de hard rock qui voit sa vie tourner au vinaigre.
Pig joue avec les codes horrifiques, notamment lors de sa mise en scène de meurtres ou de découvertes des cadavres. Mais le film de Haghighi est avant tout une comédie à l’humour cinglant, mettant en scène des personnages aux allures Coenniennes. Bien que le film souffre un peu trop souvent de longueurs, Haghighi arrive à constamment surprendre le spectateur. Il n’hésite d’ailleurs pas à convoquer des séquences hallucinogènes dont une où Hasan Majuni délivre une reprise perse de Hells Bells à l’aide de sa raquette de tennis. Un film politiquement virulent, qui a réussi par on ne sait quel miracle à éviter la censure de son pays.
Réalisé par Nicolas Pesce (USA) Date de sortie : inconnue
Avec Christopher Abbott, Mia Wasikowska, Laia Costa..
En voilà un film étrange sur la papier. Piercing est le deuxième film d’un jeune metteur en scène américain, qui est adapté d’un livre de l’auteur japonais Ryu Murakami et qui puise ses influences dans le cinéma européen des années 70. Piercing suit Reed, un jeune père de famille qui se lance dans un plan visant à assassiner une prostituée. Dès les premiers instants, on retrouve dans le film moult influences, allant de la fascination hitchcockienne pour le crime parfait à la fétichisation propre au giallo. Ce n’est pas uniquement dans les thématiques que le film renvoie à ces œuvres classiques mais également dans sa forme particulièrement exigeante et travaillée.
Piercing s’apparente alors assez vite à un exercice de style et à un vrai travail de cinéphile. La géométrie de sa ville, l’éclairage et l’esthétique de ses lieux convoquent le cinéma pop anglais et italien des années 60-70, tandis que certains tics de mise en scène renvoient à des auteurs comme Brian De Palma. La patte Murakami se retrouve également lorsque le film lorgne du côté du sadomasochisme de Audition, film de Takashi Miike scénarisé par l’écrivain nippon. Un véritable melting pot qui donne lieu à une œuvre enivrante, tout en étant drôle et déstabilisante. Un film qui reste pour le moins original, sachant déjouer les attentes du spectateur pour mieux le surprendre. Le duo d’acteur Abbott/Wasikowska fonctionne par ailleurs à merveille dans ce jeu de domination à la fois psychologique et physique. Cerise sur le gâteau, l’utilisation de morceaux phares composés par le groupe Goblins pour Dario Argento vient parachever ce bel enrobage.
[Crossovers] Holiday
Réalisé par Isabella Eklof (Danemark, Pays-Bas, Suède) Date de sortie : Inconnue
Avec Victoria Carmen Sonne, Lai Yde, Thijs Romer..
À première vue, on pourrait penser que Holiday s’apparente à s’y méprendre à Revenge de Coralie Fargeat. L’histoire d’une jolie jeune femme aux allures superficielles qui part prendre du bon temps en vacances avec son petit ami, jusqu’à ce qu’elle se fasse abuser sexuellement par ce dernier. Si ce postulat de départ est semblable, le film de la suédoise Isabella Eklof n’offre pas du tout la même vision. Holiday sous ses atours paradisiaques cache un ton beaucoup plus violent. Il suffit de voir la séquence de viol pour comprendre que Eklof ne va pas édulcorer son propos. Une séquence en plan fixe particulièrement éprouvante et au réalisme dérangeant qui peut assez facilement rappeler des œuvres comme Irréversible. Le film ne prend pas la direction du rape and revenge grandiloquent. Ekloff continue de tracer son propos pesant.
Le personnage de Sasha offre une ambiguïté intéressante. Elle semble pleinement consciente de l’état de soumission dans lequel elle se trouve mais ne semble pas vouloir y échapper. Avec son approche glaçante et cynique, Ekloff perturbe le spectateur. La violence abrupte qui émane de façon choquante à quelques reprises marque. Tout cela nous pousse à nous demander si la cinéaste ne tombe pas dans une certaine complaisance à ce niveau. Elle a au moins le mérite d’éviter tout jugement envers ses personnages. Le film semble cependant tourner à de nombreuses reprises à vide. C’est une œuvre d’une certaine audace que crée Ekloff qui parle pour elle des méfaits du capitalisme et de ce mode de vie qui en découle. Il reste un portrait éprouvant de femme abusée, même si bien trop conscient de ses artifices pour pleinement convaincre.
[Midnight Movies] Crisis Jung
Réalisé par Baptiste Gaubert, Jérémie Hoarau (France) Date de sortie : prochainement
Voix de Karim Tougui, Pauline Moingeon, Martial Le Minoux…
Et si le meilleur film du FEFFS était en fait une série ? C’est ce qu’on est en droit de se demander après s’être pris l’uppercut Crisis Jung en séance de minuit. La nouvelle production du studio Bobbypills, déjà responsable des délirants Vermin et PeePooDo se paie le luxe de convoquer les têtes derrière la série Lastman. Les auteurs ont d’ailleurs eu carte blanche et cela se voit. Vendu comme un Ken le survivant qui va chez le psy, Crisis Jung nous emmène dans un monde post-apo où le désespoir semble avoir pris le dessus. Jung vivait le parfait amour jusqu’à ce que l’ignoble Petit Jésus assassine sa bien-aimée Maria. Décidé à se venger et à retrouver sa dulcinée, Jung se lance dans une lutte sanglante contre les suppôts de Petit Jésus.
Concentré d’ultra-violence et d’imagerie très très sale, Crisis Jung pousse le délire à des niveaux encore plus extrêmes que ses prédécesseurs. Reprenant des formules d’anime articulant tous les épisodes sur un schéma semblable, la série voit Jung aux prises avec des créatures reprenant des sentiments tels que la confiance, la tolérance ou le courage. C’est là qu’entre la dimension psychologique de la série, les auteurs ayant étudié la pensée Jungienne pour construire leur série, car c’est grâce à un petit passage chez le psy que le personnage principal va pouvoir tel un héros de shonen obtenir un power-up. En remettant en cause sa pensée ainsi que sa virilité et en se découvrant des nouvelles qualités, Jung va pouvoir faire exploser un concentré de violence lui permettant de terrasser n’importe quel ennemi. Terriblement irrévérencieux, Crisis Jung bénéficie également d’une animation au poil malgré un faible budget. Une petite saison de 10 épisodes de 6 minutes se suffisant à elle-même qui montre une nouvelle fois l’esprit complètement tordu du studio Bobbypills. Quoi qu’il en soit on ne peut que les remercier de nous offrir des œuvres si libres allant jusqu’au bout de leurs intentions.
Arrivé à mi-chemin, le FEFFS nous montre cette année encore que les genres brassés sont nombreux. Il y en a même un qui se fait rare depuis la création du festival et qui se voit mis à l’honneur ce mardi, le film catastrophe avec la présence de Cutterhead en compétition. À côté du film danois, la langue portugaise est à l’affiche avec le brésilien Cannibal Club et le lusitanien Diamantino.
[Crossovers] The Cannibal Club
Réalisé par Guto Parente (Brésil) Date de sortie : Inconnue
Avec Ana Luiza Rios, Tavinho Teixeira, Ze Maria…
On connait le Brésil des favelas, notamment grâce au succès de La Cité de Dieu, mais on est moins familier avec la bourgeoisie du gigantesque pays sud-américain. Une bourgeoisie qui contraste énormément avec la grande pauvreté qui sévit dans le pays. Une disparité des classes que Guto Parente va mettre en scène ici de façon particulièrement sanguinolente. Comme le titre le laisse deviner, The Cannibal Club parle de cette classe de privilégiés qui se délectent des classes inférieures sous forme de barbak. Les vastes maisons luxueuses avec piscine cachent donc de sordides réunions où les riches s’amusent à observer leurs personnels coucher ensemble avant de les assassiner violemment et de les cuir. Le côté clinquant laisse alors place à un gore généreux.
Loin de filmer cela de manière froide et cynique, Parente s’amuse et n’hésite pas à convoquer le grotesque. La suite de péripéties continue à tourner cette classe huppée en dérision. Derrière leur côté intouchable, les riches font preuve d’une certaine paranoïa, faisant passer leur réputation avant tout, n’hésitant alors pas à s’éliminer les uns les autres. Sans tomber dans le jeu de massacre bête et méchant, The Cannibal Club est un thriller horrifique ne manquant pas de mordant. Une satire sociale qui prend parfois des airs grand-guignolesques mais qui ne perd jamais son cap.
[Compétition internationale] Cutterhead
Réalisé par Rasmus Kloster Bro (Danemark) Date de sortie : Inconnue
Avec Christine Sonderris, Kresimir Mikic, Samson Semere…
En voilà un lieu original pour situer l’action de son film ! Avec Cutterhead, le danois Rasmus Kloster Bro nous emmène sous terre au sein d’un tunnelier chargé de creuser une nouvelle ligne pour le métro. À l’intérieur, une photographe est envoyée afin tirer le portrait de ces hommes travaillant dans des conditions ressemblant à celles d’un sous-marin. Comme dit précédemment, le genre catastrophe est assez timide au FEFFS. Il faut dire que la plupart du temps ce type de films accouche de blockbusters insipides où le spectaculaire prône avant tout et le budget FX compte pour la moitié du coût de la production. Cutterhead est bien entendu loin de tout ça. Le premier film de Kloster Bro convoque autant le genre catastrophe que celui de l’horreur nous propulsant dans un climat anxiogène des plus efficaces.
Dès le début du film et la découverte de ces pièces exiguës qui composent le tunnelier, le sentiment de claustrophobie pointe le bout de son nez. Alors qu’un incendie commence à se propager, l’atmosphère va devenir de plus en plus pesante, obligeant Rie et deux ouvriers à se retrancher dans une lieu encore plus étroit à l’oxygène et à l’eau limités. Bientôt le mot d’ordre de chaque personnage devient la survie quitte à abandonner les autres. Les relations deviennent alors électriques tandis que le côté étouffant de la mise en scène continue d’asphyxier le spectateur. L’horreur se manifeste alors de manière psychologique. Cherchant au maximum à respecter le réalisme des conditions de vie dans l’engin, Klaster Bro a imposé à son équipe technique et ses acteurs un tournage particulièrement complexe et éprouvant. Le tout prend une tournure encore plus drastique alors que la lumière vient à manquer et que les survivants se retrouvent dans la tête de forage face à un mur de terre. Encore plus oppressant que Buried, lauréat de l’Octopus d’or en 2010, Cutterhead est à déconseiller à toute personne souffrant de claustrophobie. Pour les autres, vous risquez de vous découvrir une nouvelle peur.
Réalisé par Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (Portugal, France) Date de sortie : 28 novembre 2018
Avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…
Un footballeur, des chiots géants, un couple d’espionnes, un laboratoire de clonage, difficile de résumer le pitch de Diamantino qui s’impose aisément comme l’OFNI de la sélection 2018. Le film du duo de cinéastes portugais n’est pourtant pas un simple délire what the fuck, arty et gratuit. Derrière son apparente superficialité, Diamantino cache plusieurs niveaux de lecture. De part le choix de son personnage, une espèce d’ersatz de Cristiano Ronaldo, lui ressemblant jusque dans la plastique, les réalisateurs jouent du cliché sur le footballeur un peu idiot et cassent les préjugés. Diamantino, malgré son QI d’un enfant de 10 ans, déborde d’humanité, contrastant avec l’égocentrisme de certaines stars exhibant un côté bling-bling. Diamantino est avant tout un portrait terriblement touchant d’un homme empathique qui se retrouve déconnecté du monde une fois qu’il n’est plus sur un terrain de football. Dans son innocence enfantine, il crée un univers rose peuplé de chiots poilus qui contraste avec la terrible crise politique que connait le Portugal.
Sous ces atouts surréalistes, Diamantino parle d’un problème bien plus tangible, celui de la montée du nationalisme dans le pays de la péninsule ibérique. Le footballeur va en effet se retrouver au sein d’un complot visant à le cloner pour permettre au pays de dominer le monde au travers du sport. Même si le postulat est complètement abracadabrantesque, le message est on ne peut plus d’actualité, mettant en avant la crise des migrants. En utilisant un personnage naïf comme Diamantino, Abrantes et Schmidt arrivent à créer une certaine dichotomie entre le message politique terrifiant et les rebondissements hilarants survenant dans la vie de Diamantino, dont l’image publique est utilisée à de mauvaises fins. Complètement barré, jouant habilement de ce style baroque jusque dans sa mise en scène et ses effets kitschissimes, Diamantino n’est bien sûr pas fait pour tout le monde. Mais loin d’être juste un délire de petit malin, le film propose un discours engagé. Un vrai régal.
Pour le 4ème jour de cette cuvée 2018 du FEFFS, nous nous sommes concentrés sur la compétition internationale et la quête acharnée pour le fameux Octopus d’or. Une sélection de trois films issus de trois pays différents, mais qui ont la particularité de s’inscrire dans une même mouvance de cinéma d’auteur. La Grèce nous propose une œuvre froide dont elle seule a le secret. De son côté, le cinéma indé américain offre une relecture du mythe de la sirène. Pour ce qui est de l’Argentine, c’est un polar métaphysique qui nous est servi.
[Compétition internationale] Love Me Not
Réalisé par Alexandros Avranas ( Grèce, France ) Date de sortie : Inconnue
Avec Eleni Rousssinou, Christos Loulis…
Les deux représentants grecs de la sélection 2018 semblent s’imposer comme des héritiers du cinéma de Yorgos Lanthimos. Si cela ne fait pas de doute pour Pity, réalisé par le scénariste de Mise à mort du sacré, on pouvait espérer que Love Me Not soit dans une veine différente. Visiblement, la Grèce ne sait aujourd’hui produire qu’un seul type de cinéma, à savoir un condensé de cynisme à la froideur clinique et à la misanthropie exacerbée. D’un côté, il suffit de voir les prix que récolte chaque année Lanthimos pour se rendre compte que les festivals en sont friand. S’inscrivant dans cette trajectoire, Alexandros Avranas tente donc sa chance avec cette histoire de couple faisant appel à une mère porteuse. Évidemment, il ne sera pas question ici d’enfants du diable ou autre, comme on en a souvent l’habitude quand on parle de femme enceinte. Le mal présenté dans le film émane bel et bien de l’être humain et non de quelconque entité démoniaque.
Derrière un emballage glacial constitué de plans fixes au cadrage millimétré, Love Me Not se complaît dans une provocation particulièrement irritante. Son rythme extrêmement lent, ne racontant que très peu de chose tranche drastiquement avec son dernier tiers où la volonté de choquer se fait de façon ostentatoire. Un festival de sadisme envahit l’écran, témoignant d’un mépris écœurant pour le genre humain. Si cela ne suffisait pas à rendre le film nauséabond, l’arrogance avec lequel Avranas met le tout en scène suffit à rendre la pellicule absolument détestable. À l’instar de film comme Canine, ce n’est pas véritablement que le film soit mauvais, c’est juste la démarche qui est absolument puante de complaisance. Il n’est d’ailleurs pas difficile de s’imaginer le cinéaste se palucher avec un sourire sardonique devant son film edgy.
[Compétition internationale] The Rusalka
Réalisé par Perry Blackshear (USA) Date de sortie : inconnue
Avec Evan Dumouchel, Margaret Ying Drake, MacLeod Andrews…
Deuxième film et deuxième présence en compétition au FEFFS pour Perry Blackshear et ses fidèles collaborateurs Evan Dumouchel et MacLeod Andrews. Témoignant d’une volonté de s’inscrire dans une vague de cinéma indé minimaliste, le trio revient après le moyen They Look Like People, pour une relecture du mythe antique de la sirène. Le processus de création ne change pas vraiment. Un lieu de tournage unique avec ce lac perdu dans le Vermont, une utilisation de la lumière naturelle, une équipe technique réduite sont au programme de ce film au budget riquiqui. Blackshear montre cependant que l’on est capable de donner naissance à une oeuvre originale avec trois fois rien. Tout cela offre d’ailleurs un aspect véritablement intimiste au projet, décuplant la force de son message.
Blackshear s’amuse ainsi à retourner la légende de la sirène, faisant de l’homme un muet et de sa sirène, la créature attirée par l’homme. C’est une oeuvre troublante à laquelle le cinéaste va donner naissance. Une histoire d’amour maudite entre deux amants venants de monde différents. Le film sait par ailleurs parfaitement alterner entre une ambiance touchante et mélancolique et un climat beaucoup plus angoissant (la Rusalka prenant plaisir à noyer les hommes). Le travail impressionnant de Blackshear au montage et à la photographie prend parfois des aspects contemplatifs, qui, marié à ce chant grecque servant de musique, crée une poésie confidentielle. Avec The Rusalka, c’est à un véritable conte de fée auquel nous convie le metteur en scène, un conte de fée qui n’hésitera pas à être terrifiant et bouleversant.
Réalisé par Alejandro Fadel (Argentine, France) Date de sortie : janvier 2019
Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani
On connait tous cette histoire d’une série de meurtres qui prend place dans un coin reculé du monde et qui lance une police campagnarde dans la quête d’un serial killer au modus operandi particulièrement graphique. C’est un peu ce que nous laisse penser dans un premier temps, Meurs,Monstre, Meurs, le second film de l’argentin Alejandro Fadel. Prenant place dans les Andes, le film s’ouvre avec un plan choquant montrant une femme essayant désespérément de garder sa tête fixée à son corps. Malgré cet avertissement, rien ne nous prépare à l’odyssée que va devenir ce film. À la manière de Mandy, présenté la veille, Meurs, Monstre, Meurs préfère prendre son temps dans sa première partie, quitte à se perdre dans une certaine langueur alors que les cadavres s’empilent.
Le film abandonne ensuite progressivement son côté polar rural pour se muter en un véritable film d’horreur à la portée métaphorique. Faisant penser au film de Amat Escalante, La Région Sauvage sorti l’an dernier, le long-métrage fait entrer en scène une créature à l’aspect peu ragoutant et à la signification on ne peut plus explicite. Au même moment, Fadel nous emmène dans un voyage tourmenté questionnant la nature profonde de l’homme, certaines de ses pulsions inavouables et un mal qui gît au plus profond. Mêlant une atmosphère métaphysique avec des aspects plus frontales ne laissant que peu de doute sur le message du film, Meurs, Monstre, Meurs n’en reste pas moins une œuvre originale sachant crée une ambiance hypnotisante au travers de sa photographie léchée.
En ce 3ème jour de festivités, il semble que les programmateurs se soient fait un malin plaisir à condenser les œuvres les plus étranges dans la même soirée. Entre le nouveau trip de Gaspar Noé et le premier film étudiant d’un jeune réalisateur allemand, la compétition prend une tournure particulièrement expérimentale. En ce qui concerne la section animation, Another Day of Life met en lumière la guerre d’Angola en alliant rotoscopie et témoignages. Les midnights movies commencent quant à eux très fort avec Nicolas Cage qui massacre une secte dans une ambiance psychédélique.
[Compétition internationale] – Climax
Réalisé par Gaspar Noé (France) Date de sortie : 19 septembre 2018
Avec Sofia Boutella, Kiddy Smile, Romain Guillermic…
Dire que le nouveau film de Gaspar Noé était l’événement de cette 3ème journée de festival est un euphémisme. Il suffit de voir à quelle vitesse la séance s’est retrouvée complète pour comprendre. Le cinéaste provocateur attire les foules et propose une nouvelle fois de nous emmener dans un trip dont lui seul a le secret. Tourné en 2 semaines, Climax est un véritable hold-up. Un film dont on ne connaissait absolument rien avant sa présentation à Cannes et qui a fait l’effet d’une véritable bombe. Un choc arrivé de nulle part, exaltant et terrifiant. Un moment fugace que l’on se doit de vivre à 200 à l’heure avant qu’il ne soit trop tard. Et c’est un peu ça l’histoire de Climax, l’histoire de la vie où tout peut basculer d’un moment à un autre sans que l’on s’y attende. Comme le disent les panneaux dans le film, la naissance et la mort sont des expériences exceptionnelles, mais ce qui est au milieu est encore plus fort.
C’est au travers d’une troupe de danseurs extraordinaires, issus de milieux aussi différents que le voguing ou l’électro que Gaspar Noé va articuler sa nouvelle oeuvre. Le premier plan séquence est une véritable claque montrant l’euphorie de ce groupe, enchaînant les chorégraphies avec une minutie exemplaire tandis que la caméra de Noé les suit avec une fluidité remarquable. Un pur moment de transe qui vous fera taper du pied sur des airs de Cerrone ou Patrick Hernandez. Une ardeur qui ne se ressent pas uniquement au travers des mouvements de danse hypnotiques des comédiens mais aussi à l’aide de saynètes montrant des échanges entre ce groupe particulièrement vivant. La force de Climax réside dans cette notion de bande qu’il arrive à instaurer avec une facilité exemplaire. Dans tous les cas, rien ne nous prépare à la deuxième partie du film. L’extase va laisser place à la paranoïa et plonger le film dans un véritable cauchemar éveillé. Avec ses airs de Possession de Zulawski, Climax bascule dans une hystérie contagieuse et terriblement éprouvante. Une épreuve qui va être accentuée par le travail remarquable de Benoît Debie à la photographie. Le grand plan séquence est une véritable prouesse technique qui vous plonge dans le chaos le plus total. Climax est bien plus qu’un film, c’est une expérience. Comme souvent avec Gaspar Noé vous me direz.
[Compétition d’animation] Another Day Of Life
Réalisé par Raul de La Fuente et Damien Nenow (Espagne, Pologne, Belgique) Date de sortie : 23 janvier 2019
Voix de David Weber, Niall Johnson, Damian Nenow…
Cette 11ème édition du FEFFS inaugure une nouvelle compétition, celle des films d’animation. Une catégorie permettant de brosser un large spectre allant du stop-motion à la rotoscopie. C’est justement ce dernier qui nous intéresse avec Another Day Of Life. Derrière ce mot un peu étrange se cache une technique permettant de retranscrire une image prise en vue réelle sous forme d’animation. Un procédé offrant un certain réalisme aux personnages du film et disposant d’une patte graphique reconnaissable immédiatement. D’autant plus que le réalisme est important dans le film pour le duo de réalisateurs hispano-polonais. Leur film traite en effet d’une partie de l’histoire pas forcément très connue de par nos contrées : la guerre civile en Angola au moment de l’indépendance du pays. C’est pourquoi Another Day Of Life allie l’animation à des témoignages aux aspects documentaires.
La partie animation nous transporte donc au coeur du conflit aux côtés de Kapuscinski, un reporter polonais chargé de raconter l’histoire des combattants de la MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola). Propulsé dans l’enfer du conflit, le journaliste nous fera vivre l’atrocité des affrontements et le quotidien de certains guérilleros. Les possibilités illimitées offertes par l’animation permettent également aux cinéastes d’offrir de véritable moments de terreur au travers de visions apocalyptiques mettant en exergue la cruauté de la guerre. La rotoscopie offre donc un beau cachet, même si à l’instar de Seoul Station, l’animation des personnages semble parfois trop saccadée. L’aspect documentaire du film permet de faire intervenir certains acteurs du conflit qui confient à la caméra un témoignage précieux sur une époque décisive pour l’avenir de leur pays. En prenant cet angle d’attaque originale, de La Fuente et Nenow permette de dynamiser le documentaire et de remettre en avant une période sombre d’un pays un peu oublié. Un film étonnant qu’on ne s’attend pas forcément à voir au FEFFS mais d’une belle force évocatrice.
[Compétition internationale] Luz
Réalisé par Tilman Singer (Allemagne) Date de sorite : inconnue
Avec Luana Velis, Jan Bluthardt, Nadja Stubiger…
La chose qui marque d’entrée dans Luz, c’est l’utilisation de la pellicule 16 mm qui nous propulse directement dans les années 80. Le premier film du jeune allemand Tilman Singer n’aura malheureusement pas grand chose de plus à proposer et ce choix esthétique semble très vite tenir du petit caprice. Il faut dire que Luz est l’archétype du film d’étudiant. En essayant de nous raconter une histoire d’entité démoniaque prenant la possession d’une conductrice de taxi, se déroulant quasiment dans une seule et unique pièce, Tilman Singer accouche d’un récit complètement abscons. Puisant dans diverses influences et faisant preuve d’une volonté d’incorporer de nombreuses idées, Singer montre une certaine limite pour recadrer son histoire. En découle, une oeuvre d’une longueur assommante alors qu’il s’agit paradoxalement du film le plus court de la sélection du haut de sa petite heure dix. C’est bien beau d’essayer d’être original et d’expérimenter mais encore faut il avoir quelque chose à raconter derrière, sinon le tout semble plutôt vain.
[Midnight Movies] Mandy
Réalisé par Panos Cosmatos (USA, Belgique) Date de sortie : inconnue
Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache…
Après l’atmosphérique Beyond the Black Rainbow, Panos Cosmatos poursuit l’héritage profondément bis issu de son père Georges Pan Cosmatos (Rambo 2, Cobra) et frappe un grand coup avec Mandy. Mandy c’est tout ce qui fallait pour ouvrir cette nouvelle session de midnight movie. Une oeuvre d’une radicalité folle au parti pris esthétique foisonnant et surtout mené par un Nicolas Cage au sommet de son art. Le deuxième long-métrage de Cosmatos se découpe en 2 parties profondément différentes proposant deux salles deux ambiances. La première suit le couple formé par Cage et Riseborough menant une vie paisible alors qu’une secte semble s’intéresser à la femme. Une partie à la lenteur hypnotique qui permet à Cosmatos de s’amuser à développer une imagerie onirique à l’aide d’un jeu sur les couleurs et sur la photographie troublant. Le film puise autant dans l’esthétique metal que chez Clive Barker. Le tout est enrobé par une partition ensorcelante signée par le regretté Johann Johannsson.
C’est dans sa deuxième partie que Mandy plonge à pieds joints dans la série B ultra-violente alors que le personnage de Nicolas Cage part dans une croisade vengeresse contre la secte ayant assassiné sa femme. Armé de sa précieuse hache qu’il a confectionné lui-même, Red va enchaîner les massacres de façon particulièrement graphique. Comme d’habitude, l’acteur américain s’exprime à merveille dans une outrance jubilatoire. Mandy mêle à son ambiance fantasmagorique, un bourrinisme décomplexé et diablement fun. Ça fait un petit moment qu’on ne l’avait pas vu se donner à coeur joie comme ici, jouant de manière excessive avec son image et avec une générosité partagée. Car tout autant qu’au sens de l’esthétisme de Panos Cosmatos, Mandy doit énormément à son acteur principal totalement fêlé.
Après une ouverture pas très reluisante en compagnie de La Nonne, il est temps de rentrer dans le vif du sujet et donc dans les différentes compétitions. Au programme pour cette 2ème journée, un film de rétrospective, le début de la compétition et un crossover. 3 films ayant par ailleurs un point commun qui s’inscrit à la perfection dans la thématique de cette année, à savoir la place des femmes dans le cinéma de genre. 3 œuvres mettant en scène des jeunes femmes face au mal qui ronge la société et qui prend très souvent la forme d’un homme.
[Rétrospective Chromosome XX] Mais ne nous délivrez pas du mal
Réalisé par Joël Séria (France). Date de sortie : 26 janvier 1972
Avec Jeanne Goupil, Catherine Wagener, Bernard Dhéran..
« Il se jeta résolument dans la carrière du mal » Cette citation extraite de Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont et lue par Anne dans le film résume parfaitement la destinée des deux jeunes héroïnes de l’œuvre de Joël Séria. Mais ne nous délivrez pas du mal fait partie de ces films français rares ayant marqué les esprits de part sa radicalité extrême qui eut l’effet d’un choc inégalé à l’époque. Contant l’histoire de deux jeunes adolescentes Anne et Laure dans un pensionnat catholique, le film montre comment les deux amies vont dévouer leur vie aux péchés et à Satan. Un film profondément dérangeant, transformant de doux visages angéliques en véritables succubes à la cruauté infâme. Mais ne nous délivrez pas du mal témoigne également d’une société emprisonnant deux jeunes femmes dans un carcan, devant répondre à des normes qui ne leurs conviennent pas et qui décident d’envoyer tout valdinguer. Anne et Laure se nourrissent par ailleurs des vices vivant en chaque être humain, et notamment les hommes. Dans le film de Séria, tous les hommes apparaissent comme des êtres libidineux aux tendances pédophiles, n’hésitant pas à se jeter sur Laure comme s’il s’agissait d’un vulgaire bout de viande. Au travers de cette croisade pour faire le mal, Anne et Laure s’émancipent de façon drastique, repoussant à chaque moment les limites jusqu’à commettre le péché ultime.
Mais ne nous délivrez du mal apparaît donc comme une œuvre d’une puissance thématique incroyable. Un film jusqu’au-boutiste mais qui souffre malheureusement un peu des ravages du temps. Bien que son discours soit toujours aussi impactant, et encore plus dans certains contextes très actuels, le film reste ancré dans une approche baroque du cinéma des 70s qui peut apparaître aujourd’hui datée. Jeanne Goupil inonde le film de son charisme, mais l’interprétation globale des différents personnages peut dérouter. Un film qui ne plaira évidemment pas à tout le monde, pouvant aller même jusqu’à cristalliser un rejet total de la part de certains. Mais ne nous délivrez pas du mal reste cependant un choc qui marque, imprégnant dans l’imaginaire du spectateur ses images iconoclastes et sa douce musique terrifiante.
[Compétition internationale] Human, Space, Time and Human
Réalisé par Kim Ki-duk (Corée du Sud) Date de sortie : inconnue
Avec Mina Fujii, Jang Keun-seuk, Ryoo Seung-bum…
Est-ce encore utile de présenter Kim Ki-duk, figure de proue du cinéma d’auteur coréen qui se voit ici l’honneur d’ouvrir la compétition internationale ? Déjà vainqueur de prix à Berlin ou à Venise, le cinéaste débarque ici avec Human, Space, Time and Human, une œuvre qui semble très éloignée des drames intimistes et contemplatifs dont il a l’habitude. On en est même à l’opposé total. Découpé en chapitres, le film met en scène une groupe de personnes sur un bateau de guerre. Un groupe de personnes symbolisant la société décadente d’aujourd’hui avec ses gangsters, escrocs, prostituées et politiciens véreux n’hésitant pas à profiter des honnêtes gens. Kim Ki-Duk décide donc au travers de son histoire fantastique où ce bateau se retrouve par magie propulsé dans le ciel de montrer comment cette société va péricliter dans le chaos le plus complet. Le discours du coréen se fait incisif, dépeignant un tableau très sombre d’une humanité individualiste, raciste et misogyne. Malgré son aspect féroce, Human, Space, Time and Human est avant tout grossier.
On est loin d’une certaine délicatesse d’autres œuvres de l’auteur, ici c’est le sexe et la violence qui dominent. Kim Ki-Duk s’enfonçant dans une parabole outrancière, accumulant des scènes chocs de façon redondante à base de viol et de dialogues composé à 75% d’insultes, dévoilant une vision misanthropique irritante. On peut saluer le fait que le réalisateur aille jusqu’au bout de son idée (n’hésitant pas à convoquer même l’inceste) mais le tout s’avère plus énervant qu’exaltant. Ce survival devient très vite d’une redondance folle, se contentant de répéter les mêmes actions ad nauseam. Au milieu de ce massacre, une jeune japonaise semble, aidée par un vieil homme muet allégorie de Dieu et de la vie, représenter la seule humanité de cette civilisation gangrenée jusqu’à la moelle par le mal. À la manière de Aronofsky dans son horripilant Mother!, Kim Ki-Duk place la figure maternelle et de la renaissance au sein d’un cercle vicieux à la subtilité inexistante. Human, Space, Time and Human s’avère tout aussi exaspérant et les deux heures apparaissent comme un véritable supplice.
[Compétition Crossovers] Profile
Réalisé par Timur Bekmanbetov (USA, Royaume-Uni, Chypre, Russie) Date de sortie : inconnue
Avec Valene Kane, Shazad Latif, Christine Adams…
En cette période où le débat sur la légitimité des productions Netflix (pour être considérées comme du cinéma) fait beaucoup parler, Timur Bekmanbetov semble avoir trouvé le bon filon pour faire de l’écran d’ordinateur ou de smartphone le support de visionnage le plus immersif. Après avoir produit Unfriendeden 2015 qui avait connu son petit succès, le cinéaste russe propose une nouveau dérivé du Screenlife, procédé mettant en scène une histoire uniquement au travers d’un écran d’ordinateur. Il s’intéresse d’ailleurs ici à une histoire vraie terrifiante d’une journaliste qui entre en contact avec un recruteur de l’État Islamique. Loin de l’horreur de Unfriended, on se retrouve ici face à quelque chose de bien plus tangible et donc encore plus angoissant. Ayant recours seulement à des appels Skype ou des conversations par messagerie, Profile permet cette approche réaliste en nous propulsant dans un terrain familier et connu de tous. Alternant habilement entre les différentes fonctionnalités, Profile s’avère prenant, même si l’on pourrait regretter une difficulté à mettre en scène le danger de la position dans laquelle se trouve notre héroïne. Si elle apparaît à quelques moments, la menace semble bien trop éloignée tout au long du film. Bekmanbetov se rattrape cependant dans un final assez tétanisant montrant au contraire l’omniprésence de cette dernière.
Cela met également en exergue les limites de ce procédé. S’il permet de faire vivre cet aspect de proximité, le Screenlife témoigne de véritables lacunes au niveau de la mise en scène. Le concept s’essouffle, provoquant certains temps-morts assez préjudiciables, et se repose très vite sur un mécanisme réglé de façon redondante. On pourrait aussi évoquer des problèmes dans la façon dont l’histoire est romancée, notamment dans le développement de la relation entre la journaliste et son recruteur qui semble peu naturelle. Profile est évidemment bien plus qu’un beau placement de produit pour les produits Apple et toutes leurs fonctionnalités, et annonce une nouvelle dimension dans la manière de faire vivre l’horreur comme le faisait le found footage dans les années 90 avant l’indigestion. Reste que pour une fois, on aurait préféré voir le film sur son ordinateur plutôt que sur un grand écran.
Le moment tant attendu par les amateurs de frissons est enfin arrivé. Et non, ce n’est pas la rentrée des classes, mais bien le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg qui vient de coloniser les cinémas de la capitale alsacienne. Avec son programme gargantuesque qui a été dévoilé fin août, le FEFFS compte une nouvelle fois marquer le coup pour sa 11ème édition. Quoi de mieux donc que de sortir le gros blockbuster horrifique de la rentrée, La Nonne pour lancer la grande messe du fantastique ? Après avoir vu le nouveau né de l’univers Conjuring, on est bien tenté de dire : beaucoup de choses.
[Film d’ouverture] – La Nonne
Réalisé par Corin Hardy ( USA). Date de sortie : 19 septembre 2018
Avec : Demian Bichir, Taïssa Farmiga, Jonas Bloquet…
C’est désormais devenu une tradition, le film d’ouverture du FEFFS est la grosse production horrifique de la rentrée. Après Eli Roth et son Keanu Reeves malmené par deux jeunes demoiselles dans Knock Knock en 2015 et le clown maléfique de Ça l’an dernier, c’est la dernière création estampillée James Wan qui a l’honneur de débuter les hostilités. Après la poupée diabolique de Annabelle, c’est donc la nonne de Conjuring 2 qui a le droit à son propre film. C’est d’ailleurs le réalisateur irlandais Corin Hardy qui s’y colle. Un cinéaste qui était déjà passé par la case FEFFS avec son film Le Sanctuaire, sympathique film d’horreur qui jouait plutôt habilement du folklore celte et témoignant d’une certaine patte d’auteur malgré quelques défauts et facilités. Cela n’avait pourtant pas empêché Hardy de repartir de Strasbourg avec le Méliès d’Argent. Le voilà donc cette fois-ci propulsé à bord d’une grosse machine qui représente aux côtés des productions Blumhouse, la nouvelle norme de l’horreur américaine grand public.
La Nonne avait un potentiel, une possibilité de créer une atmosphère gothique, faire renaître un certain pan de l’horreur dont était friand le studio de la Hammer dans les années 50-60 avec son abbaye perdue dans le fin fond de la Roumanie et son personnage éponyme. Sauf que les sirènes des productions James Wan vont très vite faire succomber le film de Corin Hardy à une horreur paresseuse et putassière. Il suffit de voir les séquences d’exposition pour comprendre à quoi on a affaire. Le pré-générique annonce directement l’avalanche de screamers et autres artifices racoleurs qui vont suivre tout au long des 1h30, tandis que la présentation des personnages torchée à la va-vite montre à quel point ces derniers seront insipides. Demian Bichir n’arrive pas à insuffler la moindre substance à son personnage de prêtre expert en « miracles » comme il les désigne et souffre très souvent de ridicule, notamment au cours de séquences d’exorcisme particulièrement grotesques. À ses côtés, Taïssa Farmiga, sœur de la star de Conjuring, Vera Farmiga, campe un personnage au développement inexistant et aux réactions idiotes. La palme revient cependant à « Frenchie » joué par le belge Jonas Bloquet (déjà vu dans Elle de Verhoeven), stéréotype du français qui ne pense qu’à emballer les jeunes filles et dont le rôle se limite au sidekick rigolo, amateur de punchlines risibles (I’m French Canadian !).
Corin Hardy peine donc à s’exprimer et son film se fait complètement phagocyter par la patte James Wan. Impossible pour le metteur en scène irlandais de donner naissance à une atmosphère angoissante tant il doit respecter un cahier des charges d’une imposante contrainte. L’horreur est donc obligée de survenir au travers des sempiternels jump-scares à l’efficacité éculée, des clichés ancestraux de l’horreur allant du personnage qui apparaît silencieusement dans le dos du héros à la bougie qui s’éteint (un nombre incalculable de fois), le tout réutilisé à outrance, sans aucune parcimonie. Il faut dire qu’une fois que le film est lancé, les temps-morts sont quasiment inexistants, et le scénario s’enfonce dans une spirale infinie de subterfuges redondants à la subtilité pachydermique. Le film part ensuite en complète roue libre, s’amusant à empiler l’imagerie catholique de manière totalement aléatoire dans un foutoir dérisoire achevant de parachuter le film dans le nanardesque. À défaut de faire frissonner, La Nonne nous permettra de décrocher quelque fous-rires nerveux alors que l’on assiste impuissant au blasphème du cinéma d’horreur à chaque plan. Plutôt sympa donc de tomber sur la purge du festival dès la première soirée. Au moins, on peut se rassurer en se disant que le meilleur est à venir.
Après avoir mis le paquet niveau événements pour fêter ses 10 ans, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg devait encore faire mieux pour sa 11ème édition. Encore une fois, l’équipe de Daniel Cohen ne déçoit pas et même si les événements parallèles sont moins nombreux, la programmation en ressort quant à elle gonflée avec un record de films présentés. On compte donc 161 projections pour un total de 94 films répartis une nouvelle fois dans les catégories Compétition internationale, Crossovers, Midnight Movies et Rétrospectives. À cela s’ajoute également une nouvelle venue avec l’arrivée d’une compétition internationale de film d’animations. C’est ce mardi 28 août que l’équipe a, au cours d’une conférence de presse, présenté l’imposant programme de cette édition qui se déroulera du 14 au 23 septembre 2018.
Devenu un incontournable de la rentrée culturelle, le FEFFS se fait chaque année une place de plus en plus importante dans le monde des festivals de cinéma. Cette année, en battant ce record de films programmés, le FEFFS continue sur cette voie, n’hésitant pas une nouvelle fois à convoquer de grands noms du cinéma de genre et à proposer des œuvres au programme de festivals majeurs comme la Mostra. Le festival s’ouvrira d’ailleurs avec l’un des films d’horreur les plus attendus de cette fin d’année, La Nonne, le terrifiant spin-off de la saga Conjuring. Comme l’an dernier, 13 films se lanceront dans la bataille acharnée pour remporter l’Octopus d’or. Qui succédera à la comédie britannique Double Date ? Parmi les 13 concurrents, nous pouvons citer plusieurs films ayant fait parler d’eux au dernier festival de Cannes. Deux films très attendus réalisés par les deux personnalités les plus subversives de la Croisette, à savoir Climax de Gaspar Noé et The House that Jack Built de Lars Von Trier. À côté de ces grandes figures, deux films déjà présentés à Un Certain Regard, Diamantino et son histoire surréaliste mettant en scène un joueur de foot, et Meurs, Monstre, Meurs polar métaphysique situé dans les Andes. Nos confrères allemands auront cette année deux films en compétition, Luz où une conductrice de taxi semble poursuivie par une entité surnaturelle et A Young Man with High Potential qui marque le retour de Pit Bukowski qui avait déjà marqué les esprits les éditions précédentes avec Der Samurai et Der Bunker. Le mélange des genres sera encore une fois de mise allant d’un hommage au giallo avec Piercing au western de l’espace avec Prospect tout en passant par le survival minimaliste de What Keeps you alive. À noter la présence comme chaque année d’un film coréen, qui se manifeste cette année au travers du grand Kim Ki-Duk et de son Human, Space, Time and Human.
La compétition internationale n’est cependant pas la seule qui s’avère alléchante. La section Crossovers propose une nouvelle fois quelque chose de très varié. On y retrouvera notamment le nouveau film du cinéaste japonais Shinya Tsukamoto, Killing, dans lequel la figure de proue du cyberpunk nippon revisite le chambara. On voyagera à travers tous les continents passant de la comédie grinçante iranienne Pig au gore brésilien de The Cannibal Club, en faisant un petit stop au Danemark avec Holiday et en Grèce avec Pity, premier film du scénariste de Yorgos Lanthimos. On retrouvera également des œuvres au concept original comme Profile réalisé par Timur Bekmanbetov qui raconte l’histoire d’une journaliste voulant infiltrer Daech et qui se déroule uniquement via un écran d’ordinateur comme c’était le cas d’ Unfriended. Les très attendus Midnight Movies semblent quant à eux fidèles à leur réputation. Nicolas Cage viendra tronçonner des membres d’une secte dans Mandy, nouveau film de Panos Cosmatos. Un groupe de rock has-been sera aux prises avec des fourmis géantes dans Dead Ant. Remarquons la présence de deux anthologies mettant en avant plusieurs beaux noms de l’horreur : The Field Guide to evil explorera les mythes européens avec notamment Veronika Franz et Peter Strickland derrière la caméra, tandis que Nightmare Cinema compte parmi ses auteurs l’illustre Joe Dante et le japonais Ryuhei Kitamura. Pour finir une série s’invitera à minuit, il s’agit de la nouvelle production Bobbypills, Crisis Jung qui annonce un déluge de violence avec l’équipe derrière Lastman aux manettes. Après avoir traumatisé les spectateurs avec le déluge de mauvais goût de son Greasly Strangler, Jim Hosking clôturera le festival avec son nouveau film An Evening with Beverly Luff Linn.
Comme dit précédemment, une nouvelle section fait ses débuts cette année : la compétition de film d’animation. 7 films en tout genre vont donc s’affronter. Encore une fois, des films ayant déjà été présentés à Cannes comme c’est le cas de Another Day in Life revenant sur la guerre d’Angola et le nouveau film du maître japonais Mamoru Hosoda, Mirai. On retrouvera à la fois du stop-motion avec le délirant Chuck Steel : Night of the Trampires et du film mêlant animation et documentaire avec Chris The Swiss revenant sur le conflit yougoslave. Pour rester sur le documentaire, deux seront présentés en séances spéciales, à savoir Friedkin Uncut revenant sur la carrière de l’invité d’honneur de l’édition précédent William Friedkin, et More Human than Human, film hollandais s’interrogeant sur le devenir de l’intelligence artificielle.
Après la science-fiction et le transhumanisme l’an dernier, la rétrospective thématique de cette année mettra l’accent sur les femmes dans le cinéma de genre. Un programme riche permettant de voir ou revoir des films rares et importants de l’histoire du cinéma comme La Féline de Jacques Tourneur ou encore Carnival of Souls de Herk Hervey. Au programme également des grands cinéastes comme Roman Polanski avec son paranoiaque Répulsion, Andrzej Zulawski et son dévastateur Possession, Brian de Palma et son hitchockien Sisters ou George Miller et son féministe Les Sorcières d’Eastwick. L’invité d’honneur de cette année sera quant à lui John Landis qui se prêtera comme ses prédécesseurs à l’exercice de la master class et présentera également deux séances de Blues Brothers en drive-in. On retrouvera donc plusieurs de ses œuvres au cours d’une rétrospective comme Le Loup-Garou de Londres, American College ou encore la comédie Un Fauteuil pour deux. Jean-Baptiste Thoret viendra quant à lui présenter un double programme alléchant avec Near Dark de Kathryn Bigelow et le giallo méconnu La Mort a pondu un œuf. Évidemment les fans de nanars ne seront pas en reste car la mythique nuit excentrique fera son retour avec du film de ninja, du post-apo italien et un film de super-héros qui ferait passer les productions Marvel pour des chefs d’œuvres.
On ajoutera à cette riche programmation plusieurs événements à ne pas manquer. La séance en plein air à côté de la cathédrale permettra de fêter les 30 ans du cultissime Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. L’Exorciste sera quant à lui mis à l’honneur lors d’une séance au sein d’une église ! Oui, vous avez bien lu, dans une église ! Le musée alsacien proposera à nouveau sa Gruselnacht, mettant cette année en avant la thématique de la grande guerre. À côté du cinéma, le jeu vidéo colonisera une nouvelle fois le Shadok au travers de l’Indie Game Contest et de plusieurs conférences et d’ateliers VR. Bonne nouvelle également avec le retour de la tant attendue Zombie Walk après deux ans d’absences. Un beau petit programme en somme, de quoi occuper les fans de fantastique et d’horreur pendant 10 jours qui seront une nouvelle fois très chargés.
Film d’ouverture : La Nonne de Corin Hardy (USA,2018)
Film de clôture : An Evening with Beverly Luff Linn de Jim Hosking (USA,2017)
Compétition internationale :
Climax de Gaspar Noé (France,2018)
Cutterhead de Rasmus Kloster Bro (Danemark,2018)
Diamantino de Gabriel Abrantes, Daniel Schmidt (Portugal, France, 2018)
The House that Jack Built de Lars Von Trier (Danemark, France, 2018)
Human, Space, Time and Human de Kim Ki-duk (Corée du Sud, 2017)
Love me not de Alexandros Avranas (Grèce, France, 2017)
Luz de Tilman Singer (Allemagne, 2018)
Murder Me, Monster de Alejandro Fradel (Argentine, France, 2018)
Piercing de Nicolas Pesce (Etats-Unis, 2018)
Prospect de Zeek Earl, Chris Caldwell (Etats-Unis, 2018)
The Rusalka de Perry Blackshear (Etats-Unis, 2018)
What keeps you alive de Colin Minihan (Canada,2017)
A Young Man with high potential de Linus de Paoli (Allemagne, 2018)
Compétition Crossovers :
Believer de Lee Hae-Jung (Corée du Sud, 2018)
Brother’s Nest de Clayton Jacobson (Australie, 2018)
The Cannibal Club de Guto Parante (Brésil, 2018)
Holiday de Isabella Eklof (Danemark, Pays-Bas, Suède, 2018)
Killing de Shinya Tsukamoto (Japon, 2018)
The Man who killed Hitler and then the Bigfoot de Robert D. Krzykowski (Etats-Unis,2018)
Pig de Mani Haghighi (Iran,2018)
Pity de Babis Makridis (Grèce, Pologne, 2018)
Profile de Timur Bekmanbetov (Etats-Unis, Royaume-Uni, Chypre, Russie, 2018)
Xiao Mei de Maren Hwang ( Taiwan, 2018)
Compétition internationale de film d’animation :
Another day of life de Raul de la Fuente et Damian Nenow (Pologne, Espagne, Belgique, Allemagne, Hongrie, 2018)
Chris the Swiss de Anja Kofmel (Suisse, 2018)
Chuck Steel : Night of the trampires de Mike Mort (Etats unis, 2018)
Cinderella the cat de Ivan Cappiello, Alessandro Rak, Marino Guarnieri, Dario Sansone (Italie, 2017)
Mirai de Mamoru Hosada (Japon, 2018)
Laika de Aurel Klimt (République tchèque, 2017)
The tower de Mats Grorud (France, Norvège, Suède, 2018)
Midnight Movies :
Crisis Jung de Baptiste Gaubert et Jérémie Hoarau (France, 2018)
Dead ant de Ron Carlson (etats-unis, 2017)
The field guide to evil de Ashim Ahluwalia, Severin Fiala, Veronika Franz, Katrin Gebbe, Calvin Reeder, Agnieszka Smoczynska, Peter Strickland, Yannis Veslemes (Allemagne, Norvège, Pologne, Royaume-uni, Etats unis, 2018)
Mandy de Panos Cosmatos (Belgique, états-unis, 2018)
Nightmare cinema de A. Brugues, J. Dante, M. Garris, R. Kitamura, D. Slade (états-unis, 2018)
The ranger de Jenn Wexler (états-unis, 2018)
Terrified de Demian Rugna (Argentine, 2017)
Séances spéciales :
Friedkin Uncut de Francesco Zippel (Italie, 2018)
More human than human de Tommy Pallotta et Femke Wolting (Pays-Bas, 2018)
Psycho raman de Anurag Kashyap (Inde, 2016)
Rétrospective chromosomes XX :
Cat people de Jacques Tourneur (états-unis, 1942)
Carnival of souls de Herk Harvey (états-unis, 1962)
Repulsion de Roman Polanski (Royaume-Uni, 1965)
Daughter of darkness de Harry Kumel (Belgique, France, 1971)
Don’t deliver us from devil de Joel Séria (France, 1971)
Dr. Jekyll & Sister Hyde de Roy Ward Baker (Royaume-Uni, 1971)
Possession de Andrzej Zulawski (France, Allemagne de l’Ouest, 1981)
Sisters de Brian De Palma (Etats-unis, 1972)
Near Dark de Kathryn Bigelow (Etats-Unis, 1987)
The witches of Eastwick de Georges Miller (Etats-unis, 1987)
Rétrospective John Landis :
Animal House (Etats-unis, 1978)
An american werewolf in London (Royaume-Uni, Etats-Unis, 1981)
The Blues Brothers (Royaume-Uni, 1980)
Innocent blood (Etats-unis, 1992)
Into the night (Etats-unis, 1985)
Trading places (Etats-unis, 1983)
Double programme Make my day :
Near Dark de Kathryn Bigelow (Etats-unis, 1987)
Death laid an egg de Giulio Questi (Italie, France, 1968)