Deauville 2024 : The Thicket, sous la poudreuse déchaînée

Présenté en avant-première au Festival de Deauville 2024, en présence du réalisateur Elliott Lester, The Thicket propose un western enneigé découpé au couteau. Un bon bol d’air frais qui nous plonge dans les montagnes isolées en compagnie d’un Peter Dinklage toujours aussi trépidant. Malgré un récit plutôt linéaire manquant un peu d’ampleur et de suspense, The Thicket réussit à divertir grâce à son humour décalé et à sa bande de personnages marginaux.

Synopsis : Lorsque le féroce chas­seur de primes Regi­nald Jones est recru­té par un homme déses­pé­ré pour tra­quer un tueur impi­toyable connu uni­que­ment sous le nom de Cut­throat Bill, il ral­lie une bande de héros impro­bables, dont un ancien esclave fos­soyeur et une pros­ti­tuée rusée. Ensemble, ils se lancent dans une quête périlleuse pour retrou­ver Cut­throat Bill qui les mène dans un no man’s land mor­tel connu sous le nom de… « The Thicket ».

Britannique installé aux États-Unis, Elliott Lester compte déjà plusieurs longs-métrages à son actif, dont Love is the Drug, Blitz, Sleepwalker et Aftermath, tous sortis directement en VOD. Avec The Thicket, il signe son premier western, une chasse à l’homme endiablée où se croisent en chemin des individus de tous horizons. Sans révolutionner le genre, le réalisateur américain s’inspire de films célèbres comme Les Sept Mercenaires ou Les Sept Samourais  pour composer une course-poursuite sur un ton plus léger que dramatique.

Les cinq mercenaires

Au début du XXe siècle, Jack Parker assiste, impuissant, à la mort de son grand-père et à l’enlèvement de sa sœur, Lula, par un mystérieux bandit appelé « Bill Coupe Gorge ». Orphelin et chrétien convaincu, incapable de brandir une arme, il se lance fiévreusement à la recherche du dernier membre de sa famille. Il croise alors la route de Reginald Jones, un chasseur de primes interprété par Peter Dinklage, d’un ancien esclave noir fossoyeur et alcoolique, d’une prostituée tout juste évadée d’une maison close et d’un homme de main engagé pour ramener Jones de force.

Ces cinq individus, laissés pour compte de la société par la taille ou leurs statuts, s’unissent pour retrouver la trace de « Bill Coupe Gorge » jusqu’à « The Thicket », ou « Le Fourré », destination finale de la bande du malfrat. Ennemi énigmatique à la réputation légendaire, Bill kidnappe de jeunes femmes, à la manière d’un barbe bleue, afin de les rendre fidèles à son image. Même si son traumatisme d’enfance est exposé, le personnage, craint dans le récit, ne dégage pas beaucoup de charisme et peine à alimenter une véritable tension. Le western ne s’attarde d’ailleurs pas sur son développement et se concentre davantage sur la quête semée d’obstacles de Jack.

Le frère de Lula, jeune homme brave, déterminé mais peu expérimenté, doit constamment prouver sa valeur. Naïf et détroussé comme un bleu, il gagne progressivement en confiance et en audace lors de son périple, grâce à sa relation complice avec Reginald Jones. Ce dernier, vendu par son père et régulièrement réprimé, tente de reprendre sa revanche sur la société en gagnant sa vie comme chasseur de prime. Après Cyrano et She came to me, Peter Dinklage s’empare avec panache de ce nouveau rôle taillé pour lui sur mesure. Avec une petite référence amusante à Games of Thrones, il joue avec sa propre image tout en adoptant la posture presque tragique d’un homme qui n’aspire qu’à trouver un foyer. L’histoire du film, assez classique, s’inscrit en opposition avec son traitement résolument contemporain.

Un western à la sauce moderne

L’ouverture de The Thicket a de quoi surprendre. Sur une route enneigée, sillonne un véhicule motorisé. Sauf à tomber dans Retour vers le Futur, le décalage temporel, qui ne s’explique pas vraiment, pose d’emblée le cadre d’un western qui veut bousculer un peu les codes du genre. Il est cependant étrange que le film ne s’engouffre pas plus dans cette voie, ce qui prive un peu la première scène de sens. Le choix d’un antagoniste féminin et l’humour décalé participent également à la modernité du film.

Malgré une bonne synergie entre ses personnages, The Thicket sacrifie la profondeur de son récit au profit d’une aventure rocambolesque qui ne convainc pas toujours parfaitement. Aussi, nous sommes évidemment bien loin des westerns d’envergure tels que La Prisonnière du désert ou Il était une fois dans l’Ouest. Le film ne comporte pas de moments de tension, rapidement désamorcés par de l’humour, et les quelques scènes d’action n’offrent pas de grand spectacle. Pour autant, on prend un certain plaisir à voir ce western déjanté, qui ne bénéficiera probablement pas d’une sortie en salles.

The Thicket est présenté dans la sélection Premières au Festival de Deauville 2024.

Fiche technique

De : Elliott Lester
Année : 2024
Durée : 1h45
Avec : Peter Dinklage, Juliette Lewis, Levon Hawke, Esmé Creed-Miles, Gbena Akinnagbe, Leslie Grace
Nationalité : États-Unis

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.