Cinémania 2025 : Vie privée – Jodie s’amuse et nous aussi !

Rebecca Zlotowski nous surprend avec ce film à la tonalité singulière qui n’est jamais vraiment drôle mais jamais non plus vraiment sombre et tendu comme on l’aurait supposé. Vie privée se situe dans un entre-deux étonnamment galvanisant et met surtout l’accent sur son actrice principale. Jodie Foster, pour son premier grand rôle en français, ne démérite pas et impressionne autant par sa maîtrise parfaite de la langue française que dans sa mise en danger dans un rôle croustillant et dont les multiples couches surprennent. Au final, on se rend compte que ce qui intéresse le plus la cinéaste (et, par ricochet, le spectateur) ce sont tous les à-côtés de l’intrigue plus que l’enquête à tendance policière en elle-même. Et c’est très bien comme ça pour ce petit plaisir aussi inconséquent que délicieux qui lorgne sur les mystères à la Agatha Christie en ajoutant une bonne couche d’introspection personnelle.

Synopsis : Lilian Steiner est une psychiatre reconnue. Quand elle apprend la mort de l’une de ses patientes, elle se persuade qu’il s’agit d’un meurtre. Troublée, elle décide de mener son enquête.

D’aucuns avanceraient que le principal intérêt de Vie privée est de découvrir la grande Jodie Foster dans son premier grand rôle en français (bien qu’elle ait déjà joué un rôle secondaire dans la langue de Molière pour un film de Jean-Pierre Jeunet, Un long dimanche de fiançailles). Et c’est un peu vrai tant cette excellente actrice, aux choix de carrière ne connaissant presque aucune véritable faute de goût, est rare sur les écrans. Et quand on sait son amour pour la France et sa langue qu’elle sait parfaitement parler, il est vrai qu’on a envie de pouvoir en profiter sur le grand écran. Rebecca Zlotowski l’a fait et on n’est pas déçu du rôle qu’elle lui a écrit.

L’actrice américaine joue une psychanalyste un peu rigide se passionnant pour la mort d’une patiente et devenant enquêtrice à la Sherlock Holmes dans la capitale autour d’une myriade de seconds rôles français. Et tout cela a clairement un petit parfum de fantasme de cinéphile. Un fantasme exaucé tant Jodie Foster semble se régaler dans un univers et un phrasé tous deux presque nouveaux pour elle en tant que comédienne. Après la plutôt réussie quatrième saison de True Detective, elle semble vouloir explorer et on le lui rend bien. Elle empoigne ce rôle avec tout le métier et la conviction qu’on lui connaît et nous gratifie même d’une facette méconnue de son talent : elle est très drôle! Et c’est délicieux de la voir s’amuser dans Vie privée comme elle nous y amuse.

La tonalité du film semble mystérieuse et sombre à la lecture du synopsis. Mais la chanson de Talking Heads, Psycho Killer, plutôt lumineuse et pop du générique nous donne un petit indice que le film n’ira pas forcément dans ce sens. Et finalement, Vie privée lorgne parfois vers l’humour ou, plutôt, une sorte de fantaisie policière. On a l’impression d’être dans un roman d’Agatha Christie ou dans une histoire de Benoit Blanc de la saga À couteaux tirés mais sans l’aspect huis-clos. Il y a un mort, des suspects, une enquête en parallèle et quelques notes d’humour caustique nappées dans un mystère forcément tordu avec quelques pointes d’onirisme (d’ailleurs, ce dernier point n’est pas le versant le plus maîtrisé du film). Le tout aboutit à une œuvre aux contours singuliers et réjouissants la plupart du temps, malgré une intrigue un brin tarabiscotée.

Rebecca Zlotowski semble se bonifier avec le temps. La cinéaste avait commencé sa carrière avec des œuvres pas vraiment engageantes qui plaisaient plus aux critiques professionnels et aux festivaliers qu’aux simples spectateurs. Mais, après le futile mais sympathique Une fille facile, elle nous a subjugué avec le sublime drame Les Enfants des autres il y a deux ans. La cinéaste est de plus en plus éclectique, confirme avec ce Vie privée. Sa mise en scène est de plus en plus assurée et elle met en images cette histoire qu’elle a écrite avec un soin particulier qui lui donne un cachet rétro admirable.

La galerie de seconds rôles qui entoure l’actrice est au diapason. Si certaines ne font que passer ou n’ont pas grand-chose à jouer (Virginie Efira et Aurore Clément en premier lieu), d’autres emportent le morceau avec une scène (la trop rare Sophie Guillemin). S’il y en a un qui peut se délecter de jouer avec cette grande figure du septième art, c’est Daniel Auteuil avec qui elle forme un couple jubilatoire et touchant en partageant beaucoup de scènes. À eux deux ils captent une bonne partie des rires sincères qui égrainent la projection. Au final, c’est d’ailleurs ces aspects comiques et l’introspection personnelle vécue par le personnage qui importe plus que l’enquête. Une protagoniste passionnante et à la psychologie fouillée contenant autant de recoins que l’intrigue. On se régale donc des pérégrinations de cette détective en herbe qui semble perdre la tête. Un petit plaisir à déguster sans modération.

Bande-annonce – Vie privée

Fiche technique – Vie privée

Réalisatrice : Rebecca Zlotowski.
Scénaristes : Rebecca Zlotowski, Anne Berest et Gaelle Macé.
Production : Les films Velvet et France 3 Cinéma.
Distribution : Ad Vitam.
Interprétation : Jodie Foster, Daniel Auteuil, Mathieu Amalric, Vincent Lacoste, Virginie Efira, …
Genres : Policier.
Date de sortie : 26 novembre 2025.
Durée : 1h45.
Pays : France.

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.