Cannes 2019 : Too old to die young de Nicolas Winding Refn, l’abstraction de l’étirement

Le Festival de Cannes, parfois, peut faire quelques infidélités aux films, et mettre sous les feux des projecteurs une série, surtout quand le réalisateur en question est un habitué cannois : ici, en la personne de Nicolas Winding Refn. Le cinéaste danois vient sur la croisette pour nous dévoiler en exclusivité les prémices de sa nouvelle série tant attendue, Too old to die young. Et le moins que l’on puisse dire, au vu des deux épisodes projetés, c’est que NWR ne s’est pas assagi.

Au regard des épisodes 4 et 5 qui nous ont été présentés, il n’est pas question de partir dans une grande analyse ni sur une tentative d’explication : l’exercice de la critique serait expéditif et ne rendrait pas service à une série qui mérite qu’on la commence par son début et qu’on la regarde dans son intégralité. Mais alors, que pouvons nous dire sur ses deux épisodes ? Nous pouvons, avant toute chose, commencer par évoquer le fait que les fans de Nicolas Winding Refn seront ravis de se retrouver dans l’esthétisme baroque du danois, dans ses plans méticuleux et dans la luminosité de ses cadres toujours aussi évocateurs.

Mais alors que Refn s’amusait à détruire avec Only God Forgives ce qu’il avait entrepris avec Drive, et que The Neon Demon était une possibilité pour lui de s’interroger sur sa quête de perfection visuelle et sur la surface profonde ou non de sa mise en scène, Too old to die young semble, à première vue, annoncer une certaine forme de radicalisation encore plus extrême chez le cinéaste tant dans le scénario que dans l’opacité de sa réalisation. Beaucoup pourraient en faire une allergie, tant les curseurs sont poussés à leur maximum. La lenteur s’est accentuée et la déshumanisation des personnages semblent encore plus consumée qu’à l’accoutumée à l’image du personnage de Miles Teller (Martin) en flic borderline qui s’enfonce dans une vengeance personnelle aux confins du mal. Ce dernier, Miles Teller,  fait rapidement oublier Ryan Gosling et s’avère imposer un magnétisme qui sied parfaitement à l’envergure sombre de la série. La référence à Gosling semble féconde au vu du mutisme et de la froideur de Miles Teller. Car la série, qu’on se le dise, et même si elle présente quelques pointes d’ironie, ne sera pas là pour faire rire : pornographes violeurs, prédateurs pédophiles, police qui crie la gloire du fascisme. En seulement deux petits épisodes, NWR montre que sa vision du monde n’a pas changé. L’univers est encore plus ténébreux, plus outrancier que d’habitude et la perversion et la crasse de l’humain seront au centre d’un récit nihiliste. Cependant, ce qui frappe au premier abord est le lieu où la série se passe : à Los Angeles. Au lieu de filmer la cité des anges comme il avait pu le faire dans Drive ou comme pouvait le faire Michael Mann dans Collateral, le cinéaste danois nous sort de la ville urbaine et de la foule grandissante pour nous engouffrer dans un L.A. désertique et périphérique qui arrive à parfaitement rendre crépusculaire la folie aliénante et environnante. L’épisode 5 par exemple, où Martin doit se charger de tuer les dits pornographes violeurs : l’intégralité de l’épisode est une chasse à l’homme lancinante.

Le lieu, à l’image de cette course poursuite en bagnole et ce carambolage impressionnant est l’atout majeur d’une série qui ne dissimule jamais sa violence. Violence, habituellement esthétique et allégorique chez Refn et qui de nouveau fait gicler quelques litres de sang à l’écran. Too old to die young semble se nourrir de tous les codes qui habitent le cinéma de Nicolas Winding Refn mais qui  à défaut de drastiquement se renouveler, opère une mutation et tend vers l’abstraction la plus totale. A voir par la suite…

Too old to die young : Bande-annonce

Synopsis : Dans les bas-fonds de Los Angeles, le quotidien d’un officier de police endeuillé à la suite du meurtre de son coéquipier. Autour de lui, des tueurs à gages, des yakuzas, des cartels mexicains, la mafia russe et des gangs d’adolescents assassins.

La série Too old to die young de Nicolas Winding Refn, est présentée hors-compétition au Festival de Cannes 2019

De Nicolas Winding Refn, Ed Brubaker
Avec Miles Teller, Nell Tiger Free, Bill Baldwin
Genre : Drame, Policier, Thriller
Date de sortie : 14 juin 2019 sur Amazon
Durée : 90mn
Nationalité U.S.A.

Festival

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