Epic : la bataille du royaume secret de Chris Weber

Epic : la bataille du royaume secret de Chris Weber, style elfique, conte écologique et morale panthéiste

Dans la forêt existe un monde miniature où s’opposent les forces du bien, les hommes-feuilles et les forces du mal, les méchants crasseux dirigées par le vil Mandrake. La paix est menacée suite au décès de la reine Tara. Une jeune femme Mary Katherine découvre que les lubies de son père sur ces êtres minuscules sont vraies après avoir été rétrécie et propulsée au cœur d’une aventure qui met en jeu l’avenir de la forêt et de notre monde. Aidée par des personnages singuliers et fantaisistes, Mary Katherine se voit confier la mission de sauver ce royaume caché en protégeant un mystérieux bourgeon confié par la reine défunte… A partir de 6 ans.

A l’instar de Dreamworks Animation et de ses féériques Cinq Légendes (2012), Blue Sky Studios de Twentieth Century Fox adapte ici un livre pour enfants de William Joyce à travers un de ses artisans les plus connus, le réalisateur américain Chris Wedge, créateur de la franchise à succès de L’Age de Glace (2002). Après le succès en demi-teinte de Robots (2005), le réalisateur propose un nouveau projet d’animation ambitieux, Epic : la bataille du royaume secret.

Epic est un film d’une grande beauté plastique, bercé de personnages toujours aussi fantasques et dotés d’une bonne dose de poésie, d’action et d’humour. Les plans sont profonds et dynamiques ; les dessins et les couleurs sont magnifiques (comme dans Rio, 2011) et très réalistes et raviront les amateurs du style elfique. L’animation de ce monde de la nature est sublime, mais aussi totalement immersive grâce à une 3D enivrante et aboutie, avec une belle profondeur de champs, et qui se distingue surtout dans les déplacements incessants de ces hommes-feuille, leurs courses poursuites dans les arbres ou les scènes de batailles D’emblée, une empathie se créée pour ces personnages sympathiques, mais aussi très proches de nous, très humains, surtout que l’humour est de la partie grâce au chien à trois pattes mais surtout aux gags du duo de Mub la limace et Grub l’escargot, les amis dévoués des deux héros, Mary Katherine et Nod. Ce binôme comique n’est pas sans rappeler Timon et Pumba du Roi lion (1994).

L’émotion est aussi au rendez-vous, notamment à travers les relations entre le chef de la garde royale, le valeureux Ronin et de la reine Tara. Il y a aussi beaucoup de magie dans cette animation, du fantastique et de l’imaginaire. Dans cet affrontement des forces du bien contre le mal représenté par le hideux Mandrake qui cherche à neutraliser le bourgeon magique afin de transformer la Terre en un monde ténébreux et stérile, Epic porte bien son nom et carbure à un rythme de folie, enchaînant les séquences d’action virevoltantes, trépidantes, et de combat de façon détonante. La partition de Danny Elfman prouve une nouvelle fois qu’il est un compositeur incroyable.epic-la-bataille-du-royaume-secret-banniere-2

Certes, le  récit qui consiste à rapetisser le héros et emporter le spectateur dans son sillage pour vivre des aventures dans un monde fascinant et effrayant, est une figure imposée du langage cinématographique [i]. Certes, comme souvent dans l’animation, les bons sentiments ont la vie dure. Mais Epic est plus que cela et réussit à renouveler le genre. Tout comme Là Haut (2009), ce conte écologique à la morale humaniste porte en lui un message profond et très actuel et beaucoup plus adulte qu’il n’y paraît : la nécessité de protéger la nature bien sur, mais aussi les rapports parfois conflictuels entre les enfants et leurs parents, la tolérance, et la révolte de la jeunesse envers un ordre établi. C’est en ce sens qu’il ne peut se réduire à un simple remake d’Arthur et les Minimoys, (2006). En effet, « Le bourgeon, c’est la vie de la forêt ». « Nous sommes tous des individus et nous sommes tous reliés aux autres ». « Les parchemins nous guident grâce à la mémoire du passé »…

Si le scénario d’Epic reste prévisible et conventionnel, cette aventure légère, rythmée et intelligente dans un cadre forestier ne manque pas de charme. Sans atteindre la sensibilité et l’onirisme des fables naturalistes d’Hayao Miyazaki [ii] et notamment de son sensible Arrietty (2010), ce joli conte écolo, humoristique et poétique mené avec virtuosité et vivacité, prouve la capacité des Studios Blue Sky de se renouveler. Après la déception ressentie l’été dernier avec L’Age de Glace 4 (2012), Le chemin emprunté ici, semble les rapprocher de la cheville des plus grands : DreamWorks ou Disney-Pixar. S’ils ne révolutionnent pas le genre, Epic est un bel effort qui ravira les plus petits comme les plus grands : les petites filles romantiques se demanderont si l’amour triomphera à la fin ; les petits garçons s’exciteront de la bagarre et des scènes de combat ; quant à l’adulte, il réfléchira sans doute un peu plus, et s’il a gardé son âme d’enfant, rêvera lui aussi de chevaucher un oiseau multicolore. 

Personnage du film d’animation Epic le royaume secret

epic animation les-personnages

Beyoncé Knowles sur youtube

[i] Nous pouvons citer entres entre autres Chérie j’ai rétréci les gosses de Joe Johnston (1989), L’homme qui rétrécit de Jack Arnold (1957), Microcosmos, le peuple de l’herbe (1996), 1001 pattes (1998), Arthur et les Minimoys (2006), Horton (2008).

Hayao Miyazaki est incontestablement un maître du genre, reconnu internationalement pour ses animations à échelle de l’enfant, pleines de curiosité et de pédagogie, aux valeurs universelles et écologiques : parmi ses plus grandes œuvres, Nausicaa de la vallée du vent (1984), Le Château dans le ciel (1986), Mon voisin Tohoro (1988), Kiki la petite sorcière (1989), Princesse Mononoke (1997) qui le consacra en occident, Le Voyage de Chihiro (2001), Le Château ambulant (2004) ; Ponyo sur la falaise (2008), Le vent se lève (2013). Il est aussi le scénariste du très onirique et poétique Arietty, le petit monde des charpadeurs de Hiromasa Yonebayashi (2010).

 

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