The Crown : que vaut la saison 5 ?

Mise en ligne le 9 novembre 2022, la saison 5 de The Crown poursuit sa mission de nous faire découvrir les coulisses de la famille royale britannique. Comme lors des précédentes saisons, qui ont chacune conservé leur casting pour deux séries de dix épisodes, ce cinquième volet se voit attribuer une nouvelle distribution qu’on retrouvera également dans la sixième (et dernière ?) saison. S’étalant sur une période assez courte, 1991-1997, ces dix épisodes sont surtout marqués par les problèmes conjugaux du prince Charles (désormais le roi Charles III) et de la princesse de Galles (comme en témoigne l’affiche de promotion). Il s’agit de la première saison diffusée suite au décès de la reine Élisabeth II, survenu le 8 septembre 2022, alors que la monarque était âgée de 96 ans et avait passé 70 ans sur le trône du Royaume-Uni. Que vaut alors cette cinquième saison ?

Cette critique ne comporte pas de spoilers.

Force est d’admettre qu’il n’y a pas grand-chose à dire de ce lot d’épisodes qu’on regarde avec toujours autant de plaisir, mais en palpitant un peu moins. La reine a vieilli, tout naturellement, et cela s’en ressent, car elle est finalement assez effacée, et beaucoup moins active, bien que cela corresponde à son âge et son expérience. En conséquence, presque toute les intrigues tournent autour de la difficulté qu’ont le prince et la princesse de Galles à trouver la paix suite à leur séparation non admise dans cette société où le mariage est une union à vie, sous la patronage de la reine, qui est à la tête de la religion anglicane. Si on apprécie que le personnage de Diana soit un peu plus posé, plus mature, tout comme celui de Charles, les disputes et le linge sale lavé en public ne tardent pas à lasser, étalés sur une période de dix épisodes.
Le problème est surtout que The Crown nous avait habitués à des intrigues beaucoup plus politiques, suivant à la fois la reine mais aussi les gouvernements britanniques. Or, cette cinquième saison laisse de côté presque toute la gouvernance du pays, le premier ministre étant lui aussi « vampirisé » par la haine que se vouent Charles et Diana puisqu’il doit même endosser le rôle de médiateur dans leur divorce ! Ainsi, si esthétiquement, tout est toujours aussi soigné, des décors, aux musiques, sans oublier les cadrages, il manque pourtant quelque chose dans ces épisodes qui traînent en longueur et qu’on peine à raccrocher les uns aux autres, si ce n’est la saga des ex-époux de Galles. En effet, en dehors des disputes de couple, les sujets secondaires de cette saison semblent s’éparpiller sans fil conducteur.

Pour ce qui est des interprétations, tout le monde est très juste et chaque comédien réussit à se glisser dans la personnalité du membre de la famille royale qu’il incarne, à l’exception peut-être de Jonathan Pryce. L’acteur gallois, d’ordinaire excellent, et ici néanmoins très juste, peine à trouver la diction si caractéristique de la royauté britannique, laquelle Matt Smith, notamment (le premier interprète du jeune prince Philippe), avait parfaitement su apprivoiser. Scène après scène, il est difficile de voir le prince Philippe et non le comédien qu’on a vu dans Game of Thrones ou Pirates des Caraïbes.
On apprécie cependant Imelda Staunton en reine Élisabeth devenue grand-mère. Elle rappelle parfaitement la jeune Claire Foy (première interprète) physiquement et dans sa gestuelle et sa diction, et l’on n’a aucune peine à les raccorder – plus qu’Olivia Colman, en deuxième actrice, interprétant une reine entre deux âges convaincante mais peu ressemblante physiquement. Quant à notre mention spéciale, elle va à Lesley Manville, pour sa superbe interprétation de la princesse Margaret, sœur de la reine. Elle succède avec honneur à Helena Bonham Carter (saisons 3 et 4) et Vanessa Kirby (saisons 1 et 2).

Ainsi, en se concentrant presque exclusivement sur les problèmes d’ordre privé qui ont secoué le mariage puis le divorce du prince Charles et de Lady Diana, cette cinquième saison de The Crown baisse un peu en qualité, tout en restant de belle facture, la barre ayant été à l’origine placée très haut. Avec une sixième saison qui devrait retranscrire le décès tragique de la princesse de Galles, on imagine une suite centrée sur les mêmes intrigues, pourtant The Crown doit redevenir politique pour atteindre à nouveau le niveau de ses débuts, avec notamment la présence marquante de Winston Churchill, comme on s’en souvient. 

 

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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