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Les fous de Pilotes #6 : Vernon Subutex, Our Planet, Chambers…

Pour ce sixième numéro des Fous de Pilotes, l’éclectisme est encore au rendez-vous, puisque nos rédacteurs sont allé voir du côté de la Suède avec Quicksand, ont lorgné sur le documentaire avec la série britannique Our Planet, ont tenté une immersion dans le Paris musicos de Vernon Subutex et se sont même payé une séance frissons avec Chambers, nouvelle série horrifique Netflix. Alors, quelle destination vous conseillent-ils cette fois-ci ?

Tous les goûts sont dans la nature, et ça tombe bien, puisque chaque mois, Netflix, HBO, BBC et autres rivalisent d’inventivité et d’imagination pour nous proposer des programmes originaux (ou pas…) et nous distraire. Ce mois-ci, la Suède, l’Australie, la France ou encore la Grande-Bretagne s’invitent chez vous, pour vous faire passer des moments comme on les aime autour du monde, entre horreur, drame, rire, larme, chronique de la vie parisienne ou encore documentaire visant à éveiller les consciences. A vous de choisir !

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Quicksand – Rien de plus grand

Le pilote de Quicksand commence par un texte d’avertissement, qui met en garde contre la violence crue de certaines scènes (violence qui interviendra peut-être dans les autres épisodes, mais qui n’est pas visible à l’écran dans ce pilote).
Puis, sur un écran entièrement noir, ce sont les bruits qui nous frappent. Des coups de feu, un cri. Puis plus rien.
L’image apparaît alors. Il faudra un long et lent plan-séquence d’ouverture pour que la réalisation distille des informations capitales. Des éclaboussures, des chaussures dans une mare de sang, une chaise renversée, une sonnerie qui marque la fin des cours, des voix au loin… Sans nous dire explicitement les choses, sans nous montrer quoi que ce soit, la caméra nous amène progressivement à comprendre de quoi il retourne : nous arrivons juste après une fusillade dans une école.
Le parti-pris de ne pas montrer la fusillade est doublement justifié. D’abord parce que ce que l’on ne voit pas est toujours plus terrible que ce que l’on pourrait nous montrer. Ne pas mettre en scène la fusillade, c’est échapper à l’écueil d’un voyeurisme complaisant qui serait une véritable faute de goût.
Mais surtout, ce noir qui entoure le massacre est essentiel au développement scénaristique de la série.
Une adolescente, visiblement traumatisée, est prise en charge par l’équipe de secours. Là aussi, le spectateur aura des informations petit à petit, au compte-gouttes. Nous allons apprendre qu’elle s’appelle Maja Norberg. Qu’elle est globalement en bonne santé, malgré les événements qu’elle vient de traverser.
Et qu’elle est mise en état d’arrestation, sous l’accusation de complicité de meurtres.
On devine donc que tout le récit va alors tourner autour de cette jeune fille avec laquelle, a priori, nous avions sympathisé. C’est là que la réalisation décide d’instaurer un jeu d’équilibriste d’une grande finesse : d’un côté nous partageons l’état d’esprit de Maja, qui semble planer au-dessus de ces événements sans comprendre tout ce qui se déroule, comme si elle avait lâché prise avec la réalité. D’un autre côté, Maja reste énigmatique, comme une forteresse impénétrable. Impossible de deviner ses émotions, impossible de savoir ce qui se passe réellement dans sa tête. Et le spectateur reste comme cela tout au long de l’épisode entre empathie et méfiance, entre compassion et suspicion. Cette impression est renforcée par le jeu de l’actrice, dont le visage reste souvent indéchiffrable.
Cette belle subtilité instaurée dans le début du pilote va un peu tomber dans la seconde moitié de l’épisode. Interrogée par son avocat, elle commence à raconter comment, l’été précédent, elle a rencontré son petit ami Sebastian. Et nous voici plongés, à travers une série de flashbacks, dans une sorte de conte de fées. La petite adolescente timide et réservée remarquée par le beau gosse de riche, qui va lui faire passer des vacances de rêves sur le yacht familial amarré sur la Côte d’Azur.
Là, l’épisode perd un peu de son intérêt. Il paraît devenir plus prévisible (même si nous ne sommes que dans le premier des six épisodes de la saison : nous ne sommes pas à l’abri de surprises futures, sait-on jamais), il perd de sa nuance et plonge dans les stéréotypes (le pauvre petit garçon riche, le père cynique et méprisant, etc.).
Ces scènes de flashbacks tirent en longueur pour nous préparer à des « révélations » que nous voyons venir de loin. Heureusement, les scènes au présent, à l’hôpital, à la prison ou au tribunal, nous font retrouver cette ambiance grisâtre et cette ambiguïté qui entoure Maja. De plus, le scénario mise sur le réalisme en suivant dans les moindres détails la procédure judiciaire engagée contre la protagoniste.
La scène finale relance aussi l’intérêt pour la série.
Au final, ce pilote laisse une impression contrastée, entre un certain travail d’équilibriste qui mise sur l’ambiguïté du personnage principal, et des lieux communs un peu mièvres, trop de fois vus et revus. L’épisode n’emporte pas l’adhésion pleine et entière mais, en même temps, il titille notre curiosité.

Hervé Aubert

3

Our Planet – Une expérience trop bigarrée

De tous les genres documentaires, le reportage animalier, indéniablement, se détache. Mais lorsque l’on veut s’imposer dans ce milieu, posséder beaucoup d’argent ne suffit pas. Il faut savoir se renouveler et proposer de l’inédit, ce en quoi l’épisode pilote de Our Planet ne réussit pas toujours.
La faune et la flore sont des sujets aux possibilités infinies, mais on a malheureusement l’impression, avec ce pilote, de revoir un épisode de la série Planet Earth produite par la chaîne anglaise BBC. La comparaison avec ce programme, qui fait figure de mastodonte, est inévitable et il faut avouer que certaines séquences nous paraissent un peu trop inspirées de ce modèle (à l’image des anchois pris au piège entre prédateurs marins et aériens).
La nouvelle série Netflix aura nécessité quatre années de production et l’on demeure évidemment hypnotisé devant ce genre d’émissions, aussi instructives que fascinantes, mais si l’on s’attendait à un programme du gabarit de Planet Earth, il y a de quoi être déçu par le pilote.
Parmi les défauts, une musique trop imposante et dictatrice (pourtant composée par Steven Price), un manque de repères pour le spectateur, ne serait-ce que géographiques, mais également des transitions brutales, voire inexistantes qui saccadent l’expérience. Toutefois, ces défauts sont tirés du pilote qui fait presque figure de prologue. Reste à voir si les prochains épisodes, qui semblent plus thématiques, parviennent à rendre le tout homogène.
Il y a tout de même une différence notable avec les autres reportages animaliers : Our Planet est clairement engagé pour l’environnement et dénonce, dès le pilote, la disparition d’animaux, la fonte des glaciers et le réchauffement climatique de manière générale. Le ton presque donneur de leçon amène le spectateur à réellement réfléchir sur ses moyens de consommation, mais le message retenu est finalement assez flou, voire contradictoire. L’émission était un prétexte pour accuser les agissements humains qui détruisent à petit feu l’environnement, mais est devenue contre-productive. Ce que l’on retient de ce pilote, ce sont les magnifiques images qui semblent montrer que tout va bien sur notre planète.
Bien sûr, on n’oublie pas pour autant la séquence des glaciers (bien que trop longue) mais l’enchaînement catastrophe/beauté de la nature donne au tout un aspect bipolaire.
Toujours est-il que le reportage animalier reste une valeur sûre ; et en termes de qualité d’image et de divertissement, Our Planet ne fait pas exception.

Thomas Gallon

3.5

Chambers : le cœur n’y est pas…

Sasha est une adolescente américaine banale. Elle vit avec son oncle (dans le pilote on ne saura rien de ses parents, il sera juste fait mention une fois de sa mère) dans un mobil-home en bordure du désert de l’Arizona, elle sort avec un des sportifs du lycée, elle danse seule dans sa chambre avec le casque de son mp3 vissé aux oreilles.
Certes, mais entre la Sasha de la séquence pré-générique et celle du corps même de l’épisode, trois mois plus tard, il y a une différence majeure.
Le cœur n’est plus le même.
A 17 ans, Sasha a fait une crise cardiaque, et elle ne doit la vie qu’à la greffe d’un nouveau cœur. Depuis, elle est obligée de prendre une montagne de médicaments pour simplement survivre.
Une fois cette base posée, le pilote n’a visiblement plus grand-chose à proposer. Tous les lieux communs, que l’on a déjà vus des centaines de fois, seront convoqués. Nous aurons droit aux moqueries des camarades lorsque Sasha retourne au lycée, à la copine sympa-mais-gaffeuse, à l’inévitable rencontre avec les parents de la donneuse, etc. Il n’est pas jusqu’au générique qui ne balance sa banalité, avec ce portrait composé de deux demi-visages collés l’un à l’autre. Tout est tellement balisé que l’on s’ennuie ferme au bout de vingt minutes…
D’autant plus que ni la réalisation, ni l’interprétation ne nous sont d’une grande aide. La mise en scène appuie fortement sur chacun de ses effets. En plus d’être dénuée d’originalité, l’écriture est d’une grande lourdeur. Jamais on ne laisse les spectateurs se poser des questions, aucun mystère n’est proposé, aucune énigme qui inciterait à poursuivre. Tout est exprimé sans la moindre subtilité.
Ce n’est que vers la fin de l’épisode qu’une scène intéressante intervient, lorsque Sasha se retrouve propulsée dans un lycée de quartier riche. L’épisode révèle alors une vision sarcastique réjouissante de la bourgeoisie américaine, avec son « life coach ».
Mais une scène intéressante en 50 minutes de lourdeur, ça ne vaut pas la peine…

Hervé Aubert

1.5

Gentleman Jack : Une dandy queer qui bouscule les codes de genre

Une série d’époque queer sur HBO? C’est possible, et la créatrice anglaise d’Happy Valley, Sally Wainwright, nous le prouve avec Gentleman Jack. Halifax, à l’époque de la révolution industrielle, une riche héritière, Anne Lister (Suranne Jones) se moque des conventions de genre. Costumée comme un homme, elle se moque des critiques et assume pleinement une vie d’aventure et de liberté à égale des hommes.

Pour cet épisode pilote, la trame narrative se construit donc autour de l’originalité de son personnage. Après une longue absence en ville, Anne Lister bouscule tout des habitudes de sa famille et son petit village. En plus d’adopter un look androgyne, elle s’occupe de l’affaire familiale en récoltant les loyers. Au grand dam de sa sœur, rien ne semble effrayer Anne à dominer à l’égal des hommes à une époque où les codes de genre sont très importants. Mais c’est avant tout sa position de noble qui la rend intouchable.
Un premier épisode qui met en place le contexte et les personnages pour mieux se focaliser sur une intrigue amoureuse. A l’aide de flashbacks, on comprend qu’elle a déjà souffert d’une relation avec une femme promise à un autre homme. Son entourage, au courant de son homosexualité impossible à afficher, lui conseille alors de se ranger pour préserver les apparences. Mais notre héroïne marginale se refuse à rentrer dans l’ordre établi. Au contraire, sa rencontre avec la jeune ingénue Ann Walker (Sophie Rundle), promet une suite digne des romances de Jane Austen. En somme, une affaire à suivre pour cette série d’époque au sujet original.

Céline Lacroix

2

Vernon Subutex : un pilote qui ennuie

Alors que l’adaptation du roman culte de Virginie Despentes débarque sur Canal+, la hype était palpable, et pour cause : la série semblait tout avoir pour nous séduire. Une ambiance rétro qui sent bon les 90’s, un côté arty-bohème-roots un peu décalé, une bande-son vintage, et un casting quatre étoiles, à commencer par son acteur principal, Romain Duris, évidemment. Mais force est de constater qu’à aucun moment, le pilote ne parvient à trouver son rythme.

Très vite, la curiosité laisse place à l’ennui, et on subit douloureusement. L’épisode n’avance pas, l’intrigue ne démarre pas, et les personnages sonnent creux. Vernon Subutex n’a aucune épaisseur, Céline Sallette parvient à tirer son épingle du jeu grâce à un style androgyne sympathique, mais l’histoire ne captive pas, au contraire. L’errance du personnage semble nous mener nulle part, tandis que les acteurs n’ont pas l’air très investis et jouent, pour la plupart, faux. La prise de son est désagréable : la moitié des répliques se perdent avant d’arriver à notre oreille. Enfin, le dernier quart de l’épisode bascule dans une sorte de grand n’importe quoi à coup de dialogues faussement ésotériques, pendant un face à face gênant entre Vernon et un chanteur étrange aux vocalises qui oscillent entre rap, slam et en hard-rock. A ce moment très précis, j’ai eu une envie irrépressible d’arrêter l’épisode, m’apercevant que j’avais déjà décroché depuis dix bonnes minutes… Peut-être que les amateurs de musique, les nostalgiques du vinyle et les fans de Despentes adhéreront, mais la recette paraît tout de même plus insipide que prévu.

Marushka Odabackian

1.5

Lunatics, Chris Lilley en folie

Bien des années après son brillant mockumentary Summer Heights High, l’australien Chris Lilley revient avec un nouveau faux documentaire tout aussi barré, Lunatics.

Pour cette création originale Netflix, le comédien endosse le rôle de six personnages, tous plus fous les uns que les autres, pour nous offrir une galerie de portraits complétement jubilatoires, entre un gérant de magasin de vêtements amoureux d’une caisse enregistreuse, un agent immobilier qui se rêve DJ, une ancienne star du porno devenu collectionneuse compulsive, un adolescent pré-pubère très obsédé par le sexe, une voyante pour animaux ou encore une étudiante anormalement géante propulsée dans le quotidien d’un campus américain… L’acteur caméléon ne manque pas d’imagination, et nous offre un spectacle tout aussi improbable que démesuré. Si l’humour tire parfois sur le grotesque et que la vulgarité est un peu trop omniprésente, difficile de résister à l’univers si particulier de cet interprète polymorphe qui laisse libre cours à sa folie avec une dinguerie communicative, à grand coup de répliques hilarantes !

1.5

Marushka Odabackian