Les séries françaises qui ont marqué la rédaction

Les séries françaises restent plus souvent associées à l’échec qu’à cette réussite digne des séries américaines. Avec des réussites mondiales qui ont su s’exporter comme Lupin ou Dix pour cent, c’est l’occasion de se plonger dans l’univers des séries françaises coup de cœur de la rédaction du MagduCiné.

Jonathan Fanara : Diffusée sur Canal+ entre 1998 et 2002, H est à cette époque LA sitcom française à la mode. Dotée d’un casting au faîte de sa gloire – comprenant Éric et Ramzy, Jamel Debbouze ou encore Jean-Luc Bideau –, elle prend pour cadre un hôpital français hautement défaillant et convoque une série de protagonistes dont les principaux traits constitutifs vont devenir les ressorts d’un comique de situation, de caractère et de répétition souvent jouissif. Aymé est un infirmier incompétent, peureux, obsédé par les femmes mais doté d’un sexe minuscule. Jamel est un standardiste fainéant, sous la coupe d’une mère castratrice. Sabri est d’abord brancardier avant de se convertir en tenancier de bar ; il se distingue par une ignorance crasse et dangereuse (il est par exemple capable d’empoisonner ses clients par mégarde). Clara, infirmière chef de service, est moquée pour son apparence physique et ses mœurs légères. Maximilien, chirurgien en chef, dégrade davantage l’état de ses patients qu’il ne les soigne. Tous ces personnages, auxquels il faut mêler Béatrice ainsi qu’une nuée de protagonistes secondaires, vont interagir les uns avec les autres, se placer dans des situations parfois inextricables et révéler leur dimension la plus absurde et pathétique. Il y a un peu de Bertrand Blier dans H (la sophistication en moins). Il y a surtout cette propension à se jouer de la langue française (Jamel ne cesse de la falsifier) ou de la culture populaire (le rap, le foot). Parfois gênante pour les clichés qu’elle véhicule (surtout avec le recul), cette sitcom n’en demeure pas moins un modèle du genre, auquel demeure attachée une génération entière.

Chloé Margueritte : Diffusée sur Canal+ dès 2004 pour deux saisons, Les Revenants est une série audacieuse et fantastique de grande qualité. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, des sensations improbables qui se vivent en direct. Image marquante du début des Revenants: un garçon mutique débarque chez une jeune femme qui l’est presque tout autant au départ : quelque chose d’incohérent, d’incongru se crée entre eux, une chose qui ne s’explique pas, sorte de magnétisme improbable que seuls certains événements peuvent entraîner. Et c’est ce magnétisme que l’on retrouve dans les longs plans soignés de cette série aux allures de conte fantastique et finalement très humaine sous ses airs de science-fiction. Un magnétisme qui se joue d’une ambiance : cette ville perdue au milieu de nulle part où la mort a frappé 4 ans plus tôt: un bus, des enfants, tous morts… C’est presque un hors temps que construit cette série, où l’on est bloqué dans son passé traumatique, où les morts débarquent comme s’ils n’étaient jamais partis, où les tueurs en série sanguinaires renaissent de leurs cendres et où les petits garçons assassinés se retrouvent devant leur meurtrier ! Tout est douleur et déchirement, et autour de cela, le passé se dévoile. Au présent ? les questions fusent, mais, comme la série prend son temps, on n’a pas envie d’en savoir trop et ce trop vite parce qu’on est dans un monde où rien ne se rationalise, où ce sont les réactions humaines bien qu’étranges (parce que la situation l’est tout autant) qui comptent… Les réponses viendront, comme il se doit, le tout est de « se poser les bonnes questions » et d’accepter de se laisser entraîner dans les limbes de cette ville merveilleusement filmée, peuplée par des habitants plus ou moins morts-vivants (qu’ils soient les revenants ou les « restants »). Les personnages cherchent à vivre et ce au-delà des déchirures qui les fissurent de l’intérieur, fissures parfois invisibles, à l’image de cette eau qui baisse sans raison apparente. Nos douleurs, nos fascinations, nos rencontres, nos vies ne tiennent qu’à une fraction de seconde, un souffle, un être et on ne sait jamais vraiment ce qui les maintient, la manière dont nos corps, nos esprits vont réagir face à l’inconnu, l’immédiat… Vertigineux même après une saison 2 un poil moins réussie !

Bérénice Thevenet : Vous connaissez Moi, Tonya (2017) ? Que diriez-vous si l’on vous disait qu’il existe une adaptation télévisuelle (encore plus barrée que le film original) ? Le bijou s’appelle Derby Girl et il est disponible (gratuitement) sur la chaîne France TV Slash. Pardonnez ce prosélytisme cinéphilique mais il convient de s’arrêter quelques secondes sur cet objet sériel (trop peu) identifié. La série de Charlotte Vecchiet et Nikola Lange (d)étonne, en effet, dans le paysage sériel actuel. Avec son côté kitsch assumé, ses personnages rocambolesques et son humour gras, Derby Girl s’affirme comme la série (trop injustement sous-cotée) du moment. Jamais l’évocation d’un sport de glisse (100 % féminin) n’avait été aussi caustique. Derby Girl pousse la parodie dans ses retranchements. Osant le (sur)jeu, s’amusant des clichés (qui collent – au départ – les personnages) –, la série redéfinit, avec un malicieux panache, les topoï en matière de création cathodique. Vous savez ce qu’il reste à faire.

Hala Habache : Diffusée par Canal+ pour la première fois en 2021, Ovnis(s) se veut d’abord une série de science-fiction. En effet, l’histoire met en scène les tribulations du scientifique David Mathure (Melvil Poupaud), dans les années 1970. Cependant, malgré sa nostalgie très assumée pour l’époque seventies et ses films cultes, des Star Wars à Rencontre du troisième type de Steven Spielberg, Ovni(s) propose également un univers humain extrêmement touchant en montrant une humanité qui se questionne. D’une certaine manière, voir au-delà de l’esthétique (par ailleurs très réussie) permet de rencontrer ces personnages sensibles et attachants, comme celui de David, brillamment interprété par un Melvil Poupaud qui se réinvente. L’écriture de la série en elle-même parvient à recréer une époque en reprenant les codes d’un genre d’une manière nouvelle, la SF, tout en inventant un monde particulier dont les personnages sont plus proches de nous qu’il ne semble au premier abord.

 

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

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Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

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Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

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Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

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Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.