Infiniti : de l’espace aux grands espaces dans la nouvelle série de Canal Plus

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Infiniti nous plonge au cœur du Kazakhstan et ses immenses espaces quasi désertiques, irradiés parfois, où survivent des populations écrasées par la Russie. Dans cet envoûtant polar aux allures mystiques, le ciel n’est jamais loin puisque c’est depuis une station spatiale que le centre névralgique de l’action se noue et se dénoue. Une mini-série époustouflante, tendue et admirablement mise en scène, peuplée de fantômes et d’astronautes. A découvrir sur Canal Plus tous les lundis à partir du 4 avril à 21h10 ou directement sur My Canal. Six épisodes sont à découvrir et à savourer.

Polar cosmique

De mystérieux cadavres, des astronautes en perdition dans l’espace, une astronaute-amoureuse française qui tente de faire le lien entre les deux affaires… Tous les ingrédients du bon polar sont réunis, une tension à son comble également. Ce qui frappe surtout ? La qualité visuelle et léchée de ce « polar cosmique », balayée par des cadavres recouverts de cire, des personnages mystiques et une volonté très terre à terre de découvrir la vérité. Les enjeux géopolitiques, les personnages, tout confère à donner à cette fresque astronomique et scientifique des questionnements liés aux croyances, aux complots, à la réalité parallèle. Une discussion entre Anna (Céline Sallette), l’astronaute en pleine dépression (voire hallucination) et Isaak (Daniyar Alshinov), le flic endeuillé qui « ne croit en rien », est la preuve que la série est en équilibre constant entre ciel et terre.

Croire ou ne pas croire 

C’est d’ailleurs selon un rituel fait à Zarathoustra que les cadavres sont exposés au soleil. Cependant, le flic qui enquête, malgré les pressions de sa hiérarchie voire plus, y voit une simple enquête sur un secret d’Etat. De son côté, Anna est persuadée que l’astronaute qui l’a remplacée à la dernière minute n’est pas mort. Qui a raison ? La réponse semble moins importer que cette quête quasi existentielle qui habite chaque personnage. Anna le dit elle-même « je ne veux pas y aller pour mourir, mais pour vivre ». Pour Isaak, il en va de sa dignité d’homme de ne pas céder aux ordres des Russes. Dans cette ambiance très lourde et captivante, le film donne la part belle aux acteurs. On est un peu dans Le Chant du loup avec ces terriens chargés de sauver ceux qui dérivent sur Terre, quand à la faveur d’une nuit, l’électricité est coupée pour donner des nouvelles à la station en orbite. Tout tient alors aux regards, aux gestes, à l’intensité des acteurs. A ce jeu-là, l’envoûtante Céline Sallette, dont c’est la sixième série (Les Revenants, Vernon Subutex), est parfaite.

En apesanteur 

Il y a dans la mini série des moments d’anthologie : une tempête de sable radioactif, une tuerie alors que l’électricité est coupée soudainement, des progressions à l’aveugle dans les bâtiments. On assiste aussi à des moments de bravoure, comme cette scène où Anna explique à quel point son inaptitude la rend qualifiée pour la mission qu’elle souhaite qu’on lui confie. Céline Sallette, en anglais, défie les regards des hommes qui la scrutent, et leur parle de rêve et de réalité, de détermination surtout. On croit la revoir treize ans plus tôt tenir tête aux jurés de l’ENA dans l’Ecole du pouvoir. Une partition parfaite pour une actrice qui sait explorer sa part d’ombre pour aller vers la lumière.

La mini-série tient toutes ses promesses d’exigences scénaristique, visuelle et artistique. Du grand cinéma, à la télé, en apesanteur. L’infini de l’espace fait écho à l’infini des steppes kazakhs, l’intrigue résonne autant avec l’actualité qu’avec un futurisme très rétrograde qui colle à la réalité du terrain (tous les bâtiments semblent dater quand la technologie tourne à 100 à l’heure). Tout est réuni pour ne pas rester cloués au sol avec une caméra aérienne, pourtant rivée aux rêves brisés de nos héros. Un monde court vers sa fin, des robots remplacent bientôt les conquérants de l’espace, mais les émotions fulminent, les croyances s’accrochent, dans cette mini-série tournée en plusieurs langues dans des décors auxquels nos séries françaises sont peu habituées. Une totale réussite immersive et captivante.

Bon à savoir

La série a mis presque douze ans à parvenir jusqu’à nous. Ses concepteurs, Stéphane Pannetier et Julien Vanlerenberghe ont essuyé plusieurs refus, la faute peut-être à une frilosité sur des œuvres plus lunaires, moins terre à terre, fantastiques, pas toujours remplies d’explications rationnelles. Thierry Poiraud, aux commandes de Zone Blanche (série diffusée sur France 2), a rejoint l’écriture, l’entraînant davantage vers l’enquête policière (c’est plus vendeur), permettant un changement de décor et donc le choix de Baïkonour (c’est de là que décollent les vols spatiaux habités depuis Gagarine). La série a donc pris un nouveau tournant, très fort : « C’est une série sur le double, c’est normal que la dualité y soit partout présente : entre l’horizontal des steppes et le vertical des fusées, entre l’Occident et l’Asie, les scientifiques et les nomades, les espaces confinés et l’infini, la loi scientifique et les croyances mystiques… ».

Bande annonce : Infiniti 

Infiniti : Fiche technique

Synopsis : L’ISS, la Station Spatiale Internationale, ne répond plus. Son équipage est en perdition. Au même moment, un cadavre décapité et couvert de cire est retrouvé sur un toit au Kazakhstan. L’identification est formelle : il s’agit d’Anthony Kurz, un astronaute américain actuellement en mission dans l’ISS. Anna Zarathi, une spationaute française, écartée du programme spatial, et Isaak Turgun, un flic kazakh désavoué par sa hiérarchie, vont tenter de résoudre cet étrange paradoxe…

Réalisation : Thierry Poiraud
Créée par : Stéphane Pannetier, Julien Vanlerenberghe
Interprètes : Céline Sallette, Daniyar Alshinov, Vlad Ivanov, Lex Shrapnel, Karina Arutyunyan, Ellora Torchia
6 épisodes de 50 minutes sur Canal+

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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