Cycle HBO : Sharp Objects, maison de poupées déliquescente et papier peint putréfié

Sharp Objects est un arbre de famille. Un arbre empli d’une sève venimeuse, indolore et ravageuse, qui fait la souffrance se répandre le long de chacune de ses branches, accélérant (inévitablement ?) leur décomposition. Le mal y est latent, à l’affût, insidieux et mystérieux. Lorsque la série se retrouve entre nos mains, on peut aisément ressentir une désagrégation ambiante, comme si l’objet contenait trop de douleur(s) pour ne pas imploser avant son chapitre final.

Certains outils sont ouvertement contendants, d’autres dissimulent leur tranchant sous un vernis cramoisi et presque soyeux.

Telles les cicatrices qui font battre la peau, la traversant de mille pulsations aiguisées, Jean-Marc Vallée crée une boucle temporelle en huit chapitres traversés sans cesse par des plans en forme d’instantanés spectraux, dont le montage rapide vient rompre avec la langueur blessée de l’ensemble, imprégné du folklore du Sud confédéré. Tout y est affaire d’histoire. D’histoires au pluriel en réalité, qui s’entrelacent dans la moiteur pesante de Wind Gap, Pennsylvanie. Au centre de cet entrelacement rance et fiévreux, un personnage. Une âme mutilée. Un « Peter Pan qui se scarifie ». Surtout et avant tout, une femme qui n’a jamais connu le jardin sans clôture de l’enfance que l’on s’évertue à nommer « âge tendre ».

Mais l’enfance ne serait-elle pas pour beaucoup une banale courbe en continuelle ascension ? Une simple enveloppe corporelle qui dissimulerait l’âme et l’esprit qui grandissent trop vite à l’intérieur, absorbant les élancements tortueux qu’aucun âge n’est en mesure d’encaisser ? Si Camille Preaker en porte physiquement les stigmates, ce n’est rien comparé aux sillons sanguinolents que le couteau vient tracer non pas sur la peau, mais sous elle. Il est difficile pour nous de se confronter à de telles « âmes sœurs fictionnelles », mais nous n’échangerions cette place pour rien au monde, car elle est la seule à nous rappeler que nous sommes plusieurs à « affronter les mêmes fantômes ». Cette fois-ci, nous nous sommes battus aux côtés du regard mutilé d’une Amy Adams qui habite l’esseulement de Camille de la plus belle soie des artistes qui se dévouent aux figures qui ne sont pas les siennes, quitte à s’y confondre.

Sharp Objects est un road-trip au cœur de la souffrance que les flacons bleus ne guérissent pas et qui donc, par leur absence de soin, moisit le long du papier peint familial. Le papier peint dont les coins sont décollés, mais qu’on ne se décide pas à arracher, de peur que ce qu’il recouvre soit la coupure fatale qui nous révélerait aux yeux de tous. On ne peut pas s’échapper de la ville nommée « Passé », chaussé de simples patins à roulettes. On ne peut pas guérir les plaies qui sont déjà putréfiées, au mieux les apaiser, avec l’onguent de la bienveillance que l’on ne nous a jamais injectée, mais qui s’évertue pourtant à battre sous la peau, bien au chaud des veines, sans racines. Sans racines parentales du moins…

Sharp Objects : Bande-Annonce

 

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