Le Procès : labyrinthe expressionniste

Le Procès met en scène, avec une certaine maestria, les rouages de la machine judiciaire. Ou quand un procès est là pour broyer et mettre en difficulté un homme qui n’a absolument rien à se reprocher. Un grand film sur le plan sémiotique, qui rend compte de tout ce qui peut être absurde dans ce domaine de façon vertigineuse.

Le Procès est une sorte de conte tragique, un Alice au pays des merveilles qui se finirait mal ou un Pinocchio dramatique. Le rendu en noir et blanc, très graphique, avec ses plans judicieux (souvent en plongée et contre-plongée), nous expose un tribunal labyrinthique et expressionniste où Joseph K. (joué par un Anthony Perkins remarquable), est aussi bien perdu dans ses multiples « compartiments », ses couloirs, parfois montrés comme des corridors secrets avec ses monticules de papiers, que mentalement, bien qu’il ne soit pas toujours totalement dépassé par les événements. Les scènes, fréquemment absurdes, allégoriques, pareilles à un rêve, bien que jamais hallucinatoires, se terminent régulièrement par l’interprétation du personnage principal, qui apporte chaque fois une petite conclusion à ce qu’il vient de se produire, comme pour mieux guider le spectateur. Le film esquisse des perspectives qui n’aboutissent pas (des romances, des unions, des assistances, des collaborations), construit des intrigues qui ne seront pas dénouées. Prises en tant que telles, elles peuvent cependant avoir un certain éclat, une profondeur, un retentissement, une polysémie au pouvoir d’évocation intense, même si l’ensemble est plus psychologique que cérébral en première lecture. C’est une œuvre propice à l’analyse sémiotique/sémiologique. Le jeu de la plupart des acteurs et actrices est souvent très juste, adapté, net et franc, dans un état de flottement permanent, avec des comportements qui semblent irréels. Ce sont des performances qui ne rentrent dans aucune ligne directrice majeure, ce qui fait l’identité, la principale caractéristique de l’ensemble et la particularité du récit. L’atteinte à l’intégrité du héros ne sera pas que psychique, et le motif d’accusation de ce dernier jamais connu. C’est sa liberté de conscience, son indépendance d’esprit, son besoin d’affranchissement, les questions qu’il se pose qui seront problématiques, car opposés aux rouages de l’État. Mais il ne sombrera jamais réellement dans la psychose, la démence ou la folie, malgré quelques états de crise. Dans les grandes lignes, le message terminal, sa grille d’analyse, son langage, est une critique du système judiciaire, décrit comme une machine à fabriquer de l’accusation. En suivant une logique déterministe, si le libre arbitre n’existe pas, si l’individu n’est que le produit d’un processus physico-chimique, d’un contexte, d’un environnement, d’une éducation, d’un héritage familial, d’un formatage culturel, d’une expérience de vie, parfois d’une aliénation, d’un lavage de cerveau, nous sommes tous innocents. Dieu ne juge pas. Il n’y aura pas de purgatoire. On ira tous au paradis.

Bande-annonce : Le Procès

Fiche technique : Le Procès

Synopsis : Un matin, des inspecteurs de police font irruption chez Joseph K. Ils le déclarent en état d’arrestation et procèdent à une perquisition. Joseph K. les interroge sur les chefs d’accusation sans obtenir de réponse. Son voisinage porte sur lui des regards suspicieux, sinon accusateurs. Joseph K. cherche de quoi il pourrait être coupable. Serait-ce pour fréquenter une locataire équivoque comme Mademoiselle Burstner ? Il se retrouve dans un gigantesque et étrange bâtiment pour l’instruction judiciaire où toute la procédure est sibylline : Joseph K. est perdu dans les arcanes de la justice et n’en finit pas d’errer de couloirs interminables en bureaux poussiéreux. Confronté à un juge, il n’apprend rien de plus sur les charges qui pèsent sur lui. Que des membres de sa famille, qu’un avocat ou que Léni, une employée pleine de sollicitude amoureuse, se manifestent, ils ne font qu’exacerber son angoisse. Joseph K. abandonne alors toute résistance, comprenant qu’il sera inéluctablement déclaré coupable, peut-être simplement de vivre… 

  • Titre original : Le Procès
  • Réalisation : Orson Welles
  • Scénario : Orson Welles d’après le roman de Franz Kafka, Le Procès (1925)
  • Dialogues : Orson Welles
  • Adaptation française : Pierre Cholot
  • Décors : Jean Mandaroux, assistés de Jacques d’Ovidio et Pierre Tyberghien
  • Son : Guy Villette, Julien Coutellier
  • Montage : Yvonne Martin, Orson Welles, Frederick Muller, assistés de Chantal Delattre et Gérard Pollican
  • Musique : Jean Ledrut
  • Producteurs : Yves Laplanche, Alexander Salkind
  • Sociétés de production : Paris Europa Productions (France), FICIT (Italie), Hisa Films (Allemagne)
    Pays de production : France, Italie, Allemagne
  • Langue originale : anglais, français
  • Format : 35 mm — noir et blanc — 1.66:1 — son monophonique (Optiphone)
  • Genre : drame
  • Durée : 120 minutes
  • Dates de sortie :Italie : août 1962 au festival de Venise, France : 22 décembre 1962, Allemagne : 2 avril 1963
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Festival

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Oka Liptus
Oka Liptushttps://www.lemagducine.fr
Le raffinement, la sophistication de la langue française sont ma plus grande histoire d'amour. J’essaie autant que je peux d’en faire part dans mes critiques. Spécialiste des films classiques, car je suis un vieux ringard, qui estime que c’était mieux avant. Le cinéma est une industrie, et parfois, un art. Je tente de mettre l’art en avant. Un grand réalisateur a dit un jour que le quotidien serait ennuyeux à filmer. C’est tout l’objectif du cinéma : magnifier, passer des messages forts et, parfois, nous restituer la logique flottante des rêves.

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