Sean Maguire de Will Hunting : l’étoile filante

Au-delà du personnage incarné par Will Hunting, le film de Gus Van Sant nous émeut et retient notre attention pour faire l’éloge d’un autre protagoniste : celui de Sean Maguire. Un personnage qui révèle toutes les qualités d’écriture du long métrage mais qui nous permet surtout d’observer le personnage principal, Will Hunting, sous un regard nouveau. 

Alors que la rédaction de LeMagduciné pose son dévolu ce mois-ci sur un cycle portant sur les seconds rôles, il était presque indispensable de passer par la case Will Hunting. C’en est presque un cas d’école tant sa manière d’amener son récit et de cartographier la catharsis de ce mélodrame au casting parfait, permet aux personnages secondaires de nous dévoiler le véritable visage de Will Hunting. L’histoire est connue de tous : Will Hunting (fabuleux Matt Damon) est un génie, mais qui ne fait pas d’étude, balayeur dans une université et qui vit dans les bas fond de South Boston. Il est invisible aux yeux de la haute société et préfère rester avec ses amis d’enfance, pour boire des coups après le travail ou se mettre sur le gueule avec des loubards. 

Un professeur d’université, voulant profiter de ses dons, l’aide à se sortir du guêpier qu’est la prison mais l’oblige à faire connaissance avec un psychologue pour le mettre sur le droit chemin. Après de multiples tentatives, où Will s’amusera des uns et des autres, il fera la rencontre de Sean Maguire. Les deux vont apprendre bien des choses, sur l’un et sur l’autre, mais aussi et surtout sur eux-mêmes. Mais alors que le portrait de Will Hunting commence à tout doucement se dessiner – être aux connaissances phénoménales, autodidacte forcené ayant une grande confiance en lui et ses capacités, tout en détestant l’arrogance hypocrite et prémâchée des riches fils à papa – , sa rencontre avec Sean Maguire va petit à petit matérialiser des fêlures en lui et nous en apprendre un peu plus sur ses multiples talons d’Achille. 

C’est donc à ce moment précis que Sean Maguire, joué par l’incroyable Robin Williams, intervient. D’emblée, sa mine grisâtre, sa dégaine endimanchée, son regard mélancolique, le drame qu’il dissimule derrière ses petites lunettes, sa force et sa colère intériorisées et sa faculté à jouer au chat et à la souris avec Will Hunting, en font un personnage qui marque le spectateur. Au plus profond de soi. Les différents dialogues, qui prennent l’allure d’ardents matchs de ping-pong entre les deux acolytes, sont délicieux, à la fois par l’émotion qui en découle (la défunte femme de Sean) et hilarants concernant les souvenirs de chacun (le match de Baseball). Mais la beauté d’un personnage comme Sean Maguire, n’est pas seulement due à son interaction avec Will Hunting, il n’est pas qu’un ressort narratif ou un gimmick sentimental. Son discours sur la vie, sa modestie, et son incroyable manière de parler de sa femme en font un protagoniste d’une douceur incommensurable. 

Pourtant, derrière cette caractérisation des personnages qui misent sur l’efficacité émotionnelle et l’identification première, Gus Van Sant élargit son champ d’application et sait faire de son mélodrame, un portrait plus tenace sur l’Amérique périphérique, gardant sous le coude quelques moments contemplatifs que l’on connait dans son cinéma un peu plus expérimental. Ce qui est passionnant dans Will Hunting, outre sa grande capacité à faire éclabousser son émotion, c’est son mécanisme, certes un peu schématique, mais qui fonctionne par strates et par symboles. Will Hunting, personnage principal est une planète égarée et les personnages secondaires, des satellites qui vont lui indiquer le chemin et qui tous, porteront en eux la symbolique de l’attachement et du rejet, deux notions importantes du récit, comme en atteste la relation fraternelle entre Will et son ami Chuckie, où ce dernier lui avouera que sa place n’est plus à South Boston. 

Au fil des discussions, les deux personnages que sont Sean et Will vont se trouver un point commun : l’incapacité à avancer et à s’ouvrir aux autres par peur du vide. Les violences de la vie faisant que. Par peur de « remiser ». Dans ce genre de mélodrame, qui voit naître les stigmates de l’enfance ressurgir, il est aisé de comprendre rapidement que Sean Maguire tiendra la symbolique du père de substitution, celui qui lui tendra enfin la main. Faire que, et c’est la malice du film, la relation soit égalitaire, à hauteur d’hommes et surtout à hauteur d’âmes. Car en face de nous ce n’est pas un père et un fils qui se créent mais bien une relation à première vue antagoniste, au final parfaitement complémentaire, pour se finaliser avec cet immense climax et cette scène où l’exclamation « ce n’est pas ta faute » résonne pendant de longues minutes. Sean Maguire est la porte d’entrée pour Will d’un monde plus serein et emphatique et inversement, Will est un regain d’espoir pour Sean. Deux étoiles, qui vont enfin reprendre en main leur vie. 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

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Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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