De la nurse volante au chat espion : Robert Stevenson chez Disney

Lorsque l’on évoque la firme Disney, tout le monde pense en priorité aux films d’animation. Mais il ne faut pas oublier ce que l’on appelle de nos jours les « films en live action ». Et, dans ce domaine, Robert Stevenson a été l’un des plus grands réalisateurs ayant travaillé pour la célèbre firme, signant des classiques dont le plus célèbre est sans aucun doute Mary Poppins.

Bien entendu, Robert Stevenson a eu une carrière avant de pénétrer dans l’univers Disney et d’en marquer la production pendant une bonne vingtaine d’années, Robert Stevenson s’était déjà fait connaître par d’autres films. De lui, l’histoire cinématographique avait déjà retenu des films comme Jane Eyre, avec Joan Fontaine et Orson Welles, ou une version des Mines du roi Salomon sortie en 1937, avec Cedric Hardwicke dans le rôle d’Allan Quatermain. Cela permet de remarquer que le cinéaste était à l’aise dans des genres très différents, aussi bien le film d’aventures que le drame psychologique.
C’est en 1957 que Robert Stevenson intègre la firme Disney en réalisant le film Johnny Tremain. Il travaillera aussi bien pour le grand que pour le petit écran, puisqu’il réalisera plusieurs épisodes de la fameuse série Zorro avec Guy Williams. Il signera ensuite quelques classiques importants de Disney.

Aventures magiques
Bien entendu, le film le plus remarquable de la période Disney de Robert Stevenson reste Mary Poppins. Avec cette comédie fantastique adaptée du roman de Pamela Travers, Stevenson signe le divertissement haut de gamme par excellence grâce à un savant mélange de film pour enfants et de comédie musicale, le tout agrémenté d’une incroyable incrustation de film d’animation dans les prises de vues réelles.
Le succès sera tel que, sept ans plus tard, Stevenson reprendra la formule pour le film L’Apprentie sorcière (Bedknobs and Broomsticks, 1971), avec Angela Landsbury, Roddy McDowall et David Tomlinson (Stevenson ayant déjà fait dirigé ces deux acteurs auparavant, respectivement dans L’Espion aux pattes de velours et Un Amour de Coccinelle). L’action nous plonge dans l’Angleterre bombardée sans cesse par l’aviation nazie. Une sorcière, vivant recluse dans son manoir pour pouvoir suivre des cours de sorcellerie à distance, est obligée d’accueillir trois orphelins qu’il faut reloger. Ensemble, il vont se lancer dans une aventure dont le but sera de repousser une tentative d’invasion de l’Angleterre par des troupes nazie.
L’Apprentie sorcière reprend la formule de Mary Poppins : des enfants mis en présence d’une femme aux pouvoirs surnaturels, une magnifique séquence mêlant animation et prises de vue réelles et des chansons (même si aucune n’est aussi mémorable que celles émaillant Mary Poppins). Même si le film reste un cran en dessous de son illustre prédécesseur, cette Apprentie sorcière est un divertissement de qualité.

Un fantôme et un Flubber
Parmi les récits fantastiques mis en image par Stevenson, il est intéressant de noter un film sorti en France sous le titre Monte là-d’ssus, et dont le titre original pourrait se traduire par « Le Professeur distrait » (The Absent-minded professor). Si le film est globalement oublié de nos jours, son remake est nettement plus connu : Flubber, sorti en 1997, avec Robin Williams. Le remake reprend exactement la structure du film original, dont le rôle principal est tenu par Fred MacMurray (l’acteur d’Assurance sur la mort, de Billy Wilder). Le film original, sorti en 1961, aura une suite, elle aussi réalisée par Robert Stevenson et sortie deux ans plus tard sous le titre Après lui, le déluge (Son of Flubber).
Stevenson réalisera aussi une petite comédie fantastique fort sympathique tournant autour d’un célèbre pirate, Le Fantôme de Barbe-noire. L’action tourne autour d’une homme qui arrive dans une petite ville pour être engagé comme entraîneur de l’équipe d’athlétisme de l’université, une équipe bien mal en point qui n’a jamais gagné la moindre rencontre les années précédentes. L’entraîneur s’installe dans une auberge tenue par de vieilles femmes qui se disent descendantes des pirates de Barbe-noire, de vieilles femmes étant en pleines difficultés financières et risquant de perdre leur auberge.
C’est alors que l’entraîneur, sans le vouloir, déclenche l’apparition du fantôme du célèbre pirate, fantôme qu’il est le seul à voir et qui sera à l’origine de toute une série de péripéties cocasses. Le film montre, une fois de plus, le talent de Stevenson, une capacité à créer une ambiance à la fois surnaturelle et bon enfant, un rythme certes assez lent mais tenu efficacement, des effets spéciaux très réussis, beaucoup d’humour, de l’imaginaire et un casting toujours très intéressant, tenu ici par un quasi one-man-show de Peter Ustinov en un Barbe-noire haut en couleurs.

Un chat et une coccinelle
Deux des plus gros succès de Robert Stevenson chez Disney relèvent, là aussi, de ces comédies d’aventures familiales. D’un côté, nous avons Un Amour de Coccinelle, sorti en 1968, film qui va initier une des séries les plus populaires du cinéma de Disney. La coccinelle dont il est question ici, Herbie en anglais, Choupette en français, est bien entendu une voiture de rallye (Volkswagen Coccinelle modèle Sedan 1963, d’après l’article de Wikipédia consacré au film) dotée d’une volonté propre et capable d’agir par elle-même. Les scènes où elle intervient sont d’ailleurs les plus réussies du film, surtout les courses. Stevenson réalisera le deuxième film de la série, Un nouvel amour de Coccinelle, sorti en 1974, avant de céder la place à Vincent McEveety, qui a longtemps été son assistant réalisateur et qui filmera les deux films les plus emblématiques de la saga, La Coccinelle à Mexico et surtout La Coccinelle à Monte-Carlo (sans aucun doute le plus réussi de la série).
Un des coups de force de Stevenson sera un film dont le personnage principal est… un chat. L’Espion aux pattes de velours est un petit bijou de comédie familiale, dans laquelle un chat est « employé » par le FBI pour retrouver des voleurs de banque qui ont pris une femme en otage. Cela donne lieu à des scènes vraiment drôles, par exemple lorsque les agents doivent suivre le chat sans se faire remarquer. Le résultat est un très bon divertissement qui mérite toujours d’être regardé actuellement.

Et quelques voyages extraordinaires
L’un des plus gros succès du cinéma « live-action » de Disney reste incontestablement 20 000 lieues sous les mers, de Richard Fleischer, sorti en 1954. Du coup, les adaptations de romans de Jules Verne (l’écrivain classique français le plus lu aux USA avec Alexandre Dumas) seront en vogue dans la firme. Robert Stevenson en réalisera une, Les Enfants du Capitaine Grant. Le film n’est sans doute pas la plus grande réussite du cinéaste ni la meilleure adaptation de Jules Verne : adaptation assez lointaine, desservie par une partie du casting qui semble inappropriée, le film, sans être un échec, a du mal à accrocher le spectateur.
Dans le genre des films d’aventures, Stevenson se rattrapera, quelques années plus tard, avec L’île sur le toit du monde, adapté, cette fois-ci, d’un roman d’Ian Cameron. Le film raconte une improbable expédition dans le grand nord à la recherche d’un jeune homme qui a disparu. L’expédition partira en ballon dirigeable avant d’atteindre une colonie viking. Le film réunit tout ce qui fait les grands films d’aventures : exotisme, action, découvertes, énigmes, une petite pointe d’humour, etc.

En bref, en une vingtaine d’années, Robert Stevenson marquera la production des films Disney en créant des succès publics et critiques devenus des classiques de nos jours. Son sens du rythme et de l’aventure, sa capacité à employer des effets spéciaux spectaculaires, dont des mélanges entre films d’animation et prises de vue réelle, son sens de l’humour, ses qualités de narrateur et de directeurs d’acteurs ont fait de ses films Disney de véritables spectacles familiaux et, en voyant le nombre de suites et remakes récents, on comprend facilement que Disney cherche à nouveau à recréer une telle alchimie.

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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