Été U.S, La guerre est déclarée Partie 1

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’été U.S a repris ses droits dans les salles obscures. De mai en août, c’est une véritable orgie de blockbusters qui vont tenter de s’accoupler avec le plus de rétines de spectateurs. Après avoir agi comme si les cinémas n’existaient plus durant la pandémie, les studios font maintenant comme s’il y en avait partout. Terminé le cauchemar de 2020 et les incertitudes qui pesaient sur les deux années qui ont suivis. La fin du grand-écran, le tout-streaming, l’expérience culturelle chacun de son côté, tout ça c’est déjà loin , « ce qui ne sera plus jamais comme avant » est reparti comme en 40, toutes baloches dehors et à brides rabattues. Jusqu’au Krach ?

Apocalypse Soon

Parce que même en poussant les murs, il en faut de la candeur pour penser qu’il y aura assez de place pour tout le monde dans cet été U.S , et surtout suffisamment de spectateurs pour permettre aux blockbusters de rentrer des vacances les bourses pleines. Dans le désordre, et pas sans oublis: Fast X, Spiderman: Across The Spiderverse, La Petite Sirène,  Transformers : Rise of The Beast, The Flash, Indiana Jones 5 : Le cadran de la destinée, Mission Impossible : Dead Reckoning partie 1, Oppenheimer, Barbie, Gran Turismo… Et on passe les inévitables films d’animations de Pixar et Dreamworks qui viendront se rajouter à la mêlée. Bref, ça fait beaucoup, et ça ne laisse pas beaucoup de places aux autres. Car dans ce contexte, on voit mal comment des purs plaisirs de salles aux dimensions bien plus modestes comme Sisu ou Farang pourraient réussir à exister en dehors de quelques séances en soirées arrachées aux multiplexes.

Mais passons. Passons également sur la succession de séquelles, remakes, live-action, multivers, adaptation de licences et autres sémantique du Hollywood tout-franchisé de 2023 qui ressemble quand même vachement à celui de 2019. Passons sur le fait (quoique non, on y reviendra) qu’une bonne moitié joue l’équivalent de la dette extérieure d’un pays en voie de développement à la roulette du grand-écran. Faisons abstraction des détails pour se recentrer sur la face émergée de l’iceberg: il y en a trop. Comme dans les cloisons nasales d’un trader livré en farine à domicile et surspéculant sur des fonds d’investissements à perte. Ça a déjà commencé à poser des soucis d’occupation: voir la fronde entamée par Tom Cruise contre les exploitants de salle Imax, qui ont réservé leurs places à Christophe Nolan et son Oppenheimer au détriment de son Mission Impossible: Dead Reckoning.

Guerre d’écrans

On ne reviendra pas sur l’ironie de voir le sauveur légitime des salles obscures de l’an passé avec Top Gun: Maverick déclassé au rang d’outsider face leur prophète sans prophétie de 2020, qui poussa le grand-public et le bon sens cinématographique à boire des bières en terrasses plutôt que de s’infliger Tenet en salles. Mais force est de constater que l’expérience premium désormais revendiquée par de nombreux blockbusters se heurte tout simplement au nombre de salles premium disponibles pour les accueillir en même temps. Et sur des budgets aussi conséquents, il n’y a pas que l’expérience elle-même qui en prend un coups, le portefeuille tire également la tronche.

Car difficile de nier que les 5 à 10 dollars supplémentaires que représentent une séance Imax pour le spectateur ne constituent pas un enjeu financier pour des blockbusters de cette taille. Si les exploitants Imax ne bougent pas et qu’Oppenheimer fonctionne comme prévu, Tom Cruise et MI ne disposeront que d’une fenêtre d’une semaine pour profiter des recettes supplémentaires de l’Imax. Autant dire que Mission Impossible risque de devenir mission très difficile au box-office pour un film qui a coûté 300 millions de dollars- notamment à cause de son protocole sanitaire (on va y revenir également).

Surpopulation blockbusterale

C’est un exemple parmi tant d’autres de la tension générée par le nombre de films trop gros pour échouer qui vont se tirer la bourre cet été. Mais c’est aussi révélateur dans une certaine mesure d’un marché qui se contracte: il n’y aura pas assez de salles ni de multiplexes (et on ne parle même pas des spectateurs) pour permettre à tout le monde de vivre sa vie sur une autre timeline que l’ultra court-terme. Autrement dit, deux semaines c’est bien le maximum auquel pourra rêver un blockbuster avant de se faire chasser par une actualité plus récente. Sauf bien sur en cas de méga-succès surprise qui remporte les coeurs et les esprits sur le temps long, comme Top: Gun Maverick a pu le faire l’an passé.

Hollywood, qui avait plutôt l’habitude de se partager l’espace, a commencé à se le disputer dans une guerre qui compte déjà quelques victimes. La Mecque du cinéma ressemble désormais à un épisode de Fast and Furious : trop d’anciens personnages, trop de nouveaux, et pas assez de temps pour donner à manger à tout le monde.

Une chose est sure: pour de bonnes ET/OU de mauvaises raisons, cet été 2023 pourrait bien rester dans les annales, voir de marquer un avant et un après. On explore tout ça dans un dossier en trois parties qui s’efforce de faire le tour de la question pas vite répondue.

 

 

 

Festival

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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