Sage Femme, un film de Martin Provost : Critique

Martin Provost réunit les deux Catherine du cinéma français à l’écran, pour dresser les portraits de deux femmes que tout oppose dans Sage Femme.

Synopsis : Des retrouvailles entre deux femmes radicalement opposées après 40 ans avec leurs doses de rancoeur, de mensonges, de mystères et de bouleversement. Le seul point en commun qu’elles possèdent : une homme. Pour l’une, il était son père, pour l’autre il a été son amant.

Deneuve mène la danse.

Il est toujours intéressant de découvrir la rencontre entre deux personnes aux antipodes l’une de l’autre. C’est souvent très riche en comique de situation lorsque c’est bien mené. Il s’agit ici d’une deuxième rencontre : Béatrice revient dans la vie de Claire après des dizaines d’années d’absence et les retrouvailles ne vont pas être de tout repos. Les différences sont aussi attirantes que repoussantes et malgré leurs modes de vie radicalement opposés, Claire se refuse à laisser seule Béatrice. Si la première construit son quotidien avec sobriété et mesure, l’autre choisit le jeu et la séduction. Le caractère des deux femmes semble alors tout tracé au regard de leur vie, pourtant, on découvre tout le contraire dans le film. Celle dont la vie est la plus simple présente une force que l’on ignore au départ, alors que celle qui croit « aux vertus du plaisir » a terriblement peur de ce qui lui arrive et fait tout pour ne pas mourir seule. C’est d’ailleurs grâce à cela que les deux personnages se rejoignent. Si la symbiose est très souvent immensément belle à l’écran, les différences peuvent l’être aussi. Les rires et les reproches lancés à tout-va donnent le ton au film qui promet d’être tumultueux. Catherine Deneuve est incroyable et drôle dans son rôle envahissant tandis que Catherine Frot semble un peu plus dans le contrôle et la retenue bien que soit son personnage qui le veuille. Si Deneuve paraît aussi à l’aise, c’est aussi parce que l’on sent un naturel débordant qui émane de sa voix et de son corps, sans réel besoin de jouer finalement : son personnage lui colle à la peau. Il est vrai que l’on s’attendait à plus d’étincelles de la part de ce duo qui avait pourtant tout pour rendre cette rencontre explosive. Le spectateur attend cette confrontation avec impatience pour n’obtenir que quelques éclats de voix, très bons mais pas suffisants. Les personnages secondaires sont également très intéressants avec Olivier Gourmet et Quentin Dolmaire mais quelques fausses notes font perdre un peu de crédibilité à certaines scènes, bien que ce soit très vite rattrapé par d’autres moments drôles ou émouvants.

Sage Femme est de ce genre de film pas extraordinaire ni bouleversant mais agréable et plaisant à regarder. Sous ses airs de comédie dans laquelle se retrouvent deux immenses actrices, se cachent des thèmes plus subtiles où la mort et l’amour se mêlent vivement. Derrière leurs différences flagrantes subsistent quelques ressemblances : l’amour d’un même homme déjà, puis la fragilité de la vie qui leur permet finalement de se retrouver. L’une est sa fille. L’autre était sa maîtresse. L’une est sage-femme. L’autre va mourir. Autant de différences qui vont se transformer en correspondances au fil de l’histoire. Le rythme est assez lent et le film assez long, mais heureusement certaines touches d’humour nous réveillent un peu. Le personnage de Catherine Deneuve est là pour donner le ton et la cadence au film et finit par transformer celui de Catherine Frot, qui nous fait rire à son tour.
Bien que la force de ce long-métrage de Provost ne repose pas vraiment sur la mise en scène, sa simplicité nuit au rythme car elle a tendance à adoucir le film, qui manque souvent de rebondissements ou d’action. La musique, au contraire, relève le ton et ajoute les émotions là où elles peuvent manquer au spectateur. Rien de surprenant avec Grégoire Hetzel qui avait aussi très bien su sublimer l’histoire entre deux femmes dans La belle saison. Le réalisateur ne fait pas que mettre en image son amour des femmes et l’inspiration qu’elles lui offrent, il rend hommage au métier de sage-femme, pour qui il a un sens particulier puisque l’une d’entre elles lui a sauvé la vie.

Sage Femme : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=VlGBuZQa_dg

Sage Femme : Fiche technique

Réalisation : Martin Provost
Scénario : Martin Provost
Interprétation : Catherine Deneuve, Catherine Frot, Olivier Gourmet, Quentin Dolmaire
Image : Yves Cape
Musique : Grégoire Hetzel
Producteur : Olivier Delbosc
Sociétés de production : Curiosa Films, France 3 Cinéma, Versus Production
Distributeur : Memento Films Distribution
Durée : 117 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 22 mars 2017

2017 – France

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