No Dormirás de Gustavo Hernandez, quand l’insomnie tourne au cauchemar

Avec No Dormirás, Gustavo Hernandez s’amuse à explorer les effets du manque de sommeil sur une troupe d’acteurs de théâtre expérimental. Malgré un point de départ alléchant, le film va très vite succomber aux tares d’une horreur beaucoup trop facile.

Fort de son gros succès en Argentine, le nouveau film d’horreur du cinéaste uruguayen Gustavo Hernandez a posé ses bagages dans l’Hexagone en catimini. Le cinéma de genre hispanophone a beaucoup fait parler de lui au cours des deux dernières décennies, et les projets se multiplient. Même s’ils proviennent la plupart du temps de cinéastes ibériques, l’Amérique du Sud n’est pas en reste et compte parmi ses membres les plus prometteurs Fede Alvarez réalisateur du remake d‘Evil Dead et du surprenant Don’t Breathe. Inconnu en France, Gustavo Hernandez n’en est cependant pas à son premier fait d’armes et avait déjà offert The Silent House, un petit film horrifique ayant la particularité d’être constitué d’un grand faux plan séquence d’environ 1h20. 7 ans après, il revient sur le devant de la scène avec No Dormirás, une œuvre dont l’idée lui est venue alors qu’il souffrait d’insomnie.

C’est en effet cette condition dont souffrait Hernandez qui rend le pitch de No Dormirás particulièrement intriguant. Dans les années 1980, une actrice de théâtre du nom de Bianca est engagée pour un mystérieux projet ayant lieu dans un hôpital psychiatrique. Elle est conduite par une metteur en scène du nom d’Alma, adepte de méthodes expérimentales. Explorant les effets de l’insomnie sur ses acteurs, elle impose à ces derniers une technique de jeu éprouvante, multipliant leurs dédications pour le rôle et faisant ressortir le maximum de leur potentiel. Alors que les heures d’insomnie s’accumulent, la jeune Bianca commence à avoir des hallucinations et sombre petit à petit dans la folie. Un point de départ qui s’avère alléchant, d’autant plus que Hernandez semble l’accompagner d’une certaine vision n’hésitant pas à convoquer des inspirations assez variées dont Suspiria de Dario Argento avec cette jeune fille rejoignant une troupe dans une vieille bâtisse ainsi qu’un jeu de couleurs donnant un caractère oppressant.

Belen-Rueda-Eva-de-Dominici-film-horreur-critique-no-dormiras-movie-Gustavo-HernandezOn parle souvent de rôle éprouvant, où les acteurs sont poussés dans leurs derniers retranchements, comme possédés. On peut citer par exemple la prestation terrassante d’Isabelle Adjani dans Possession de Zulawski, un rôle qui aura eu un énorme impact psychologique sur la jeune femme à l’époque. Au travers de cette troupe de théâtre, Hernandez explore cette facette des acteurs prêts à se donner corps et âmes pour leur métiers. Le personnage de Bianca est prêt à subir les conditions de travail les plus harassantes pour obtenir le premier rôle de cette pièce unique. Cette mise en abyme lance des pistes de réflexion particulièrement intéressantes sur le métier d’acteur et donne une certaine profondeur au scénario. Cependant, cette exploration des méfaits de l’insomnie sur le corps, bien que basée sur des faits scientifiques, est appréhendée de façon beaucoup  trop triviale. Hernandez va jouer avec Bianca et le spectateur sur une distorsion de la réalité, un angle d’attaque beaucoup trop vu et revu. Évidemment le tout sert un récit horrifique mais le point de départ plutôt original montre assez vite ses limites et retombe dans un carcan de l’horreur plutôt banal.

Malgré une bonne entrée en matière et un fond intriguant, No Dormirás va devenir de plus en plus convenu à mesure que le récit avance. Bien que Hernandez attache un certain sens du détail à son travail sur l’atmosphère, l’Uruguayen n’hésite pas à succomber aux sirènes du jumps scares à de nombreuses reprises. On a parfois l’impression que le cinéaste finit écrasé par une certaine ambition et cela se ressent particulièrement dans la deuxième partie du long-métrage. En essayant d’instaurer un environnement de plus en plus écrasant, la mise en scène de Hernandez en pâtit, et devient de plus en plus balourde. Les moments de possession deviennent fouillis, et le scénario s’embourbe. D’autant plus quand Hernandez essaie d’ajouter des retournements de manière maladroite, n’apportant que peu de choses au récit et semblant sortir de nulle part. No Dormirás donne alors des airs de fourre-tout, cherchant un peu trop à mettre en avant la carte de la psychologie, et voulant trop jouer sur le côté perception de la réalité. Derrière tout ça, la jeune Eva de Dominici offre une prestation plutôt stimulante, essayant à la manière de Bianca de donner tout ce qu’elle peut pour tenir la barque. Belén Rueda met à disposition son charisme magnétique pour donner au personnage d’Alma, une aura mystérieuse bénéfique au long-métrage. On restera cependant avec un goût assez amer en bouche, pensant à un potentiel gâché au profit d’une horreur consensuelle. No Dormirás aura au moins le mérite de nous garder éveillé.

Bande-annonce : No Dormirás

Fiche Technique – No Dormirás

Réalisation : Gustavo Hernandez
Scénario : Juma Fodde
Casting : Eva De Dominici, Belén Rueda, Natalia de Molina, Susana Hornos, Eugenia Tobal, Juan Manuel Guilera
Décors : Marcela Bazzano, Sonia Nolla
Costumes : Marcela Vilarino, Maria José Lebrero
Photographie : Guillermo Bill Nieto
Montage :  Pablo Zumárraga, Juan Ferro
Musique : Alfonso González Aguilar
Producteurs : Santiago Segura, Pablo Bossi, Pol Bossi, Agustin Bossi, Juan Ignacio Cucucovich, Maria Luisa Guitierrez, Cristina Zumarraga, Juan Pablo Buscarini
Production : Pampa Films, Gloriamunddi Producciones, White Films, Bowfinger Itl Pictures, Tandem Films, MotherSuperior
Distribution : Eurozoom
Durée : 106 minutes
Genre : thriller, épouvante-horreur
Dates de sortie : 16 mai 2018

Argentine, Espagne, Uruguay-2018

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