Moonfall de Roland Emmerich ou l’ironique autodestruction du Master of Disaster

Après sa vaine vaine tentative d’actionner guerrier Midway qui relatait la bataille éponyme et qui n’a cassé que le compte en banque des studios lui faisant encore confiance, Roland Emmerich a cru bon de revenir à son premier amour : le film catastrophe. Et quitte à y aller franco, l’Allemand le plus connu d’Hollywood a décidé d’impliquer notre bon vieux satellite naturel qui, magie du cinéma aidant, a décidé de s’improviser boulet de canon cosmique sur notre bonne vieille Terre. Contemplez … Moonfall !

Ah qu’il est loin le temps où Roland Emmerich, le chantre de l’annihilation, le Napoléon de la destruction, avait encore du cachet à Hollywood. Puisque depuis 2009 et son acclamé 2012 (paye ton paradoxe), le réalisateur a accumulé les flops (Independance Day Resurgence, Stonewall, Midway, White House Down) à une cadence si frénétique qu’il enterrerait normalement n’importe quelle carrière dans l’industrie. Mais Emmerich doit avoir une bonne étoile puisque le voilà à signer ce Moonfall, un projet de longue date qui aurait dû marquer son grand retour à la place qu’il a su lui-même se forger depuis 3 décennies à Hollywood : celle de Master of Disaster. 

Comprenez le penchant altermondialiste d’un Michael Bay, qui au sur-découpage typique du réalisateur de Bad Boys 2, préfère les plans larges, la contemplation (quand cela s’y prête) et une propension avérée aux gros délires complotistes mâtinés de fin du monde (si possible les plus délirants qui soient). Bref, sous ces hospices, on s’est mis à rêver. Et force est d’admettre que l’on va devoir encore continuer à rêver, puisque cette idée de voir l’astre jadis foulé par Neil Armstrong se planter sur la terre est finalement plus drôle que son exécution.

Con comme la Lune

Aux US, on appelle d’ailleurs ça un film concept. Un terme que les gros studios s’arrachent depuis l’avènement des gros blockbusters de la fin des 70’s car derrière cette formule se cache une histoire à la trame simple et qu’on peut généralement résumer en une phrase. Concis, sobre, et efficace, non ? Sauf qu’Emmerich semble avoir complètement perdu son mojo. Jusqu’ici habile dans sa manière de travestir ses divertissements en puissants plaidoyers (l’environnement avec Le Jour d’Après, l’interventionnisme et l’influence du complexe militaro-industriel sur la politique US dans White House Down), le voila qui apparait en panne sèche.

En atteste ainsi le manque criant de sous-texte voire carrément de piste de lecture inhérent au spectacle.

On pourra y voir les affres de l’intelligence artificielle ou la corruption des gouvernements mais toujours est-il que ces thèmes sont survolés et apparaissent davantage comme des resucées de thèmes emblématiques de la SF que résultats d’une réelle construction narrative. Même chose coté visuel. Pourtant nanti d’un budget frôlant les 150 millions de dollars, Moonfall parvient à accomplir l’exploit de ne proposer aucun plan ni aucune péripétie qui n’a pas déjà été vue ailleurs (et en mieux).

Dès lors, la seule (et maigre) consolation restante pourrait être le casting.

Pas de bol, car en plus d’avoir perdu l’inspiration, Moonfall demeure un tragique aveu de faiblesse de la part d’Emmerich en terme de direction d’acteurs. Patrick Wilson, dont la trogne de premier de la classe a su par le passé lui donner de beaux rôles, échoue lamentablement ici à incarner cette figure de père qui veut se racheter auprès de son fils. Idem pour Halle Berry qui, pas aidée par un script balourd (et/ou sexiste, c’est au choix), se voit cantonnée en figurante de luxe, quitte à être éclipsée par John Bradley (le Samwell Tarly de Games of Thrones) alias le geek propulsé sauveur de l’humanité, qui n’a de réjouissant que le sourire communicatif de son interprète. 

Bref, rien à sauver dans ce spectacle laid, con comme la lune et qui a le malheur de se prendre (trop) au sérieux ; mais qui d’un certain point de vue, peut se lire comme l’introduction d’une nouvelle ère dans la filmographie du réalisateur allemand : la metatextualité. Un phénomène typiquement dans l’air du temps en plus, mais qui ici revêt une ironie mordante puisque voir le Master of Disaster consciencieusement détruire sa filmographie avec le même entrain que ses personnages de fiction, ça peut, pour quelques âmes déviantes, valoir le coup d’oeil. 

Moonfall a tout l’air d’un suicide artistique pour Roland Emmerich. Confus, inabouti, étrangement précipité et dénué de tension, son énième mouture catastrophe se paie le luxe d’être tellement à coté de la plaque qu’elle ne parvient ni à s’assumer comme un gros nanar déviant, ni comme un simple navet embarrassant. Autant dire un exploit (non) pour celui qu’on appelait jadis le Spielberg de Sindelfingen…

Moonfall : Bande-annonce 

Moonfall : Fiche Technique

Titre : Moonfall
Réalisateur : Roland Emmerich
Scénario : Roland Emmerich, Harald Kloser & Spencer Cohen
Interprétation : Patrick Wilson (Brian Harper), Halle Berry (Jo Fowler), John Bradley (K.C Houseman), Donald Sutherland (Holdenfield), Michael Pena (Tom Lopez), Charlie Plummer (Sonny Harper)
Photographie : Robby Baumgartner
Montage : Ryan Stevens Harris et Adam Wolfe
Producteurs : Roland Emmerich & Harald Kloser
Maison de Production : Centropolis Entertainment, H. Brothers et Street Entertainment
Distribution (France) : Metropolitan FilmExport
Durée : 130 minutes
Genre : Science-Fiction/Film Catastrophe
Date de sortie : 09 Février 2022
Etats-Unis – 2022

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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