Mission Régénération : un documentaire précieux sur une solution au réchauffement climatique par la terre

Du 6 au 18 novembre 2022, l’Egypte et la ville de Charm-el-Cheikh accueilleront la COP 27, pour une série de journées dédiées au climat. A peine trois jours plus tard, le 9 novembre, sortira en salles l’excellent documentaire Mission Régénération de Josh et Rebecca Tickell.
Narré en VO par Woody Harrelson et doublé en français par Edouard Bergeon (réalisateur d’Au nom de la Terre, 2019), ce documentaire d’une heure trente s’intéresse à une solution au problème de l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère – entraînant le réchauffement climatique – par une régénération de nos sols, mis à mal par l’agriculture intensive. Les solutions proposées par des scientifiques sont portées çà et là par quelques caméos célèbres dont on espère que la notoriété pourra aider à la diffusion de ce message qui apporte un réel espoir et une envie de changement.

Soutenir l’écologie par l’éduc-action

Mission Régénération commence in medias res : il n’est plus temps de parler de réchauffement climatique mais d’urgence climatique. Cette intensité, ce dynamisme marquent le documentaire tout au long de ses quatre-vingt-cinq minutes. Le long-métrage de Josh et Rebecca Tickell est didactique sans être ennuyeux, et ce grâce à un montagne effréné, un rythme soutenu par des choix musicaux pertinents, une variété d’images parlantes et belles, et surtout des explications et des informations suffisamment concrètes pour être retenues.
En se concentrant près d’une heure et demie sur les capacités de la terre à régler le problème climatique, Mission Régénération est un long-métrage fluide et compréhensible. Non content de simplement divertir son spectateur, le documentaire parvient à nous instruire en nous faisant découvrir une solution dont on se demande pourquoi on n’en a pas entendu parler plus tôt.
On le sait : le problème écologique est un problème d’action mais aussi d’éducation. En nous éduquant, Mission Régénération pose le premier jalon. On apprécie aussi le fait que la solution arrive dès les premières minutes, apportant immédiatement de l’espoir à une situation climatique qui crée chez de plus en plus d’entre nous un phénomène d’éco-stress. Cette solution a, en plus, le mérite de n’être pas qu’une réparation, mais une renaissance : c’est la régénération de nos sols. Elle nous est expliquée en toute pédagogie par des spécialistes appuyés de schémas et symboles venant se superposer aux images pour permettre au spectateur novice de saisir les mécanismes en jeu dans nos sols et notre atmosphère.

Connaissez-vous la bioséquestration ?

La mission régénération passe pas un phénomène naturel mis en péril par l’agriculture intensive. La bioséquestration, c’est la captation du CO2 présent dans l’air par le sol, où il est utilisé par une infinité de microorganismes pour enrichir la couche arable. Non seulement ce CO2 récupéré par la terre ne s’accumule pas dans l’atmosphère pour la réchauffer, mais il enrichit aussi le sous-sol et la surface des terres. On comprend donc rapidement que la bioséquestration peut être la solution au problème du réchauffement climatique. Une vraie solution, c’est rare, à cette époque de panique suivie de peu d’action. C’est ce qui fait beaucoup de bien dans Mission Régénération. Apprendre que dès 2015, notre ministre de l’écologie d’alors, Stéphane Le Foll, en parlait déjà lors des Accords de Paris inquiète. Pourquoi n’en avons nous pas plus entendu parler ? Le documentaire de Josh et Rebecca Tickell vient y remédier : c’est aussi à nous, citoyens, de nous éduquer sur les solutions au problème climatique pour adapter nos choix de vie – notre pouvoir citoyen – en conséquence.

Objectif refroidissement climatique… par la terre

Sans bien évidemment nier le besoin de réduire nos émissions de CO2, Mission Régénération s’emploie, pendant environ une heure et demie, à nous détailler différents moyens d’utiliser les sols de manière respectueuse pour continuer à en tirer profit (cultures, pâturage, compost, etc.) tout en les laissant en état de réaliser leur mission de bioséquestration du CO2. Tout se passe dans la terre et tout se joue autour de notre rapport à la terre et notre connaissance de ses propriétés.

En plus de s’intéresser à une agriculture traditionnelle ou innovante, – en dénonçant l’agriculture intensive – le long-métrage nous parle aussi de recyclage, de bien-être animal et d’innovation pour les pays en voie de développement (notamment par le compostage). On apprécie aussi la subtilité des dénonciations : si la désertification de nos sols ne nous alarme pas plus que ça, pour l’instant, c’est parce qu’elle est compensée, en Occident, par les pesticides et le glyphosate. En revanche, les pays plus pauvres sont lourdement touchés par des famines qui découlent directement de l’appauvrissement des terres cultivables. La solution à cette désertification, c’est la régénération des sols qui se fait par des machines moins agressives et le recours aux animaux et à la jachère.

Tant les différents experts (scientifiques, agriculteurs, etc.) que les végétaux très bien filmés – qui touchent la part de nous consciente de nos problèmes d’alimentation et de rapport à notre environnement – concourent à nous convaincre que la terre a son rôle à jouer dans le problème du réchauffement climatique. Mission Régénération est une oeuvre porteuse d’espoir, qui invite au changement et à la recherche de solutions offertes par l’association de Mère Nature et de l’innovation humaine.

Bande-annonce : Mission Régénération 

Fiche technique :

Titre : Mission Régénération 
Réalisation : Josh et Rebecca Tickell
Casting : avec la participation notamment des personnalités Woody Harrelson, Patricia et David Arquette, Gisele Bündchen, Rosario Dawson, Tom Brady, Jason Mraz, Ian Somerhalder ; des spécialistes et porteurs de projets et d’idées Stéphane Le Foll, Ray Archuleta, John Wick, Andre Leu, Kristin Ohlson, Gabe Brown, Docteure Christine Nichols, Mark Hyman M.D., Maria Rodale, Allan Savory, Jeff Creque, Paul Hawken, Doniga et Erik Markegard, Pashon Murray, Michael Martinez, John D. Liu, David Bronner, Robert Reed, Michael Doane, Ryland Engelhart, et des voix françaises Edouard Bergeon et Pascal Elbé.
Scénario : Josh et Rebecca Tickell, Johnny O’Hara, d’après le best-seller de Josh Tickell
Pays d’origine : Etats-Unis
Genre : documentaire
Durée : 85 minutes
Date de sortie : 9 novembre 2022

Festival

Cannes 2026 : rencontre avec Guillaume Massart pour « La Détention »

À l'ACID Cannes 2026, Guillaume Massart revient sur ses deux longs métrages documentaires consacrés au monde carcéral, "La Liberté" et "La Détention", et sur ce qui les relie : une même volonté de filmer ce qu'on ne voit jamais et de comprendre pourquoi.

Cannes 2026 : La Détention, dans l’antichambre de la prison

Après avoir fait l'état des lieux et des consciences dans un pénitencier corse hors norme, Guillaume Massart investit cette l’École nationale d’administration pénitentiaire (ÉNAP) d’Agen. Un quasi huis clos aux côtés des futurs agents de l'État, qui tentent de se forger une autorité face aux contradictions d'un métier les plaçant dans une zone grise éthique, déontologique et juridique permanente. "La Détention" collecte de précieux témoignages sur une institution en proie à une violence diffuse, à l'épuisement et à une incertitude qui résonne au-delà du plan final.

Cannes 2026 : Fjord, la famille contre la société

Présenté en compétition à Cannes 2026, "Fjord" de Cristian Mungiu explore l’affrontement entre convictions religieuses, pouvoir institutionnel et idéaux démocratiques, dans un drame tendu porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve.

Cannes 2026 : Moulin, le masque et la chute

En Compétition officielle à Cannes 2026, László Nemes signe avec "Moulin" un film sur la résistance qui préfère l'effondrement à l'héroïsme, l'homme à la légende. Sobre, tendu, imparfait, mais souvent bouleversant.

Newsletter

À ne pas manquer

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.
Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.