La Sorcière et le Martien : fait avec le coeur

Né d’une association, La Sorcière et le Martien est un film amateur, et ce, sur tous les aspects. Mais derrière cette qualité à première vue mineure se cache en réalité un long-métrage fait avec envie et ambition, par de jeunes passionnés créatifs. Bref, avec beaucoup de cœur !

Synopsis de La Sorcière et le Martien Myriam, orpheline, apprend qu’elle va changer de famille d’accueil. Elle est souvent moquée pour sa naïveté, mais cette candeur lui permet de voir ce que d’autres ne voient pas : des animaux qui parlent ou même des sorcières bienveillantes qui gardent la forêt surplombant la cité. Elle seule pourrait croire au destin du jeune Bilal qui va rejoindre ses parents scientifiques sur la planète Mars. Ce premier jour d’été sera pour les deux le dernier qu’ils vivront sur le territoire de leur enfance…

La première pensée qui nous vient à l’esprit en découvrant ce long-métrage est sans l’ombre d’un doute : « Qu’est-ce que c’est que ce truc » ? De manière grossière, bien évidemment ! Rien que par son titre, La Sorcière et le Martien, nous pouvons nous attendre à une sorte de divertissement enfantin. Comme ceux qui sont principalement programmés le dimanche matin, durant au bas mot une cinquantaine de minutes et qui ne visent que les spectateurs de trois ans. Pour le coup, nous pourrions considérer cette réaction comme un effroyable a priori, qui nous ferait juger juste par l’énonciation de son titre. Et encore, nous n’avons pas encore évoqué le synopsis, qui reflète ce préjugé. Soit l’histoire d’amitié entre une fillette croyant aux fées et un jeune martien devant retourner sur sa planète natale. À la lecture de ce résumé, impossible de ne pas grimacer et d’appréhender le visionnage. Mais admettons ! Vous vous fichez de tout cela et vous vous décidez de regarder le film de Thomas Badinet. Et là, vous regrettez de ne pas avoir écouté votre première intuition, aussi futile qu’elle eut été.

Avec La Sorcière et le Martien, vous découvrirez un long-métrage ô combien amateur. Et ce à tous les niveaux ! Hormis un scénario niais et simpliste au possible, partant dans toutes les directions, vous commencerez à critiquer bien d’autres aspects. Notamment le jeu des acteurs. Qu’ils soient jeunes ou plus adultes, les comédiens sont d’un amateurisme indigent. Qui peinent à nous faire croire en la véracité des personnages et des situations même rocambolesques du récit. Par un regard ou bien un ton de voix inadapté, les interprètes sont tous à côté de la plaque. Sans exception ! Et une fois que vous aurez fulminé contre le casting, vous vous arrêterez illico sur la qualité de l’image. Sans aucun jeu de lumière ni photographie soignée, La Sorcière et le Martien se présente à nous comme une simple vidéo provenant de Youtube. Avec un visuel franchement discutable, donnant l’impression d’un adolescent ayant pris une caméra et qui se serait amusé à filmer ce qui lui passait par la tête. Un constat qui se confirme notamment lors des séquences de nuit, illisibles car enregistrées en (manque de) lumière naturelle. Soit en pleine obscurité, sans aucun artifice pour rendre l’ensemble un minimum regardable. Et, bien sûr, il serait excessif d’en rajouter une couche en évoquant les effets spéciaux. Mais nous ne pouvons nier ces erreurs visuelles, qui semblent provenir de mauvaises expérimentations effectuées sur After Effects. Est-ce utile d’en rajouter pour dire que La Sorcière et le Martien se révèle être un film de fin d’études niveau collège ? Il n’est, en effet, pas nécessaire de poursuivre sur cette lancée, tant les preuves sautent aussitôt aux yeux. Par contre, et c’est là que la donne change, le long-métrage de Thomas Bardinet (Le Cri de Tarzan, Les Âmes Câlines, Les Petits Poucets) n’est pas un film conventionnel !

En effet, le long-métrage est né d’une association. Celle de l’Atelier du Bricolage Cinématographique de Foirac (une banlieue proche de Bordeaux, en Gironde), créée par le réalisateur lui-même. Et qui a pour but de rassembler des jeunes autour d’une passion commune – en l’occurrence, le cinéma – et de leur permettre d’inventer, de « bricoler », divers petits films avec les moyens du bord. Une aventure qui dure depuis déjà dix bonnes années et qui saute enfin le pas en étant diffusée dans des salles de cinéma. Car voir La Sorcière et le Martien au cinéma, c’est avant toute chose une chance immense ! Certes pour les jeunes participants au projet, pouvant ainsi faire découvrir leur travail à un public plus large. Mais c’est surtout une chance de donner du visu à une telle action, sociétale et culturelle. De donner une chance à ces jeunes artistes et passionnés d’entrée dans la cour des grands. De permettre à l’association même de se faire connaître, pouvant leur permettre d’accéder à bien plus de moyens. Et de leur permettre d’obtenir de nouvelles adhésions, qui ne feront qu’accentuer l’aspect créatif et humain de l’entreprise.

Et en sachant cela, vous serez même surpris par certains aspects de La Sorcière et le Martien. Vous l’aurez compris avec l’entrée en matière de cette critique, il n’est pas aisé de se lancer dans le visionnage du film. Surtout avec un regard beaucoup (trop ?) assidu comme le nôtre, habitué à des œuvres plus professionnelles. Mais en vous prêtant au jeu, vous vous laisserez bluffer par ce que ces jeunes peuvent vous offrir. Comme des idées de mise en scène ingénieuses – le regard de la Sorcière sur fond noir ou encore les silhouettes de la forêt -, offrant à l’ensemble une atmosphère envoûtante. Et c’est là toute la force du titre ! Car derrière son allure de mauvaise vidéo, La Sorcière et le Martien parvient à livrer des instants de poésie – les plans sur le papillon – et d’autres emplis de mystère, qui fonctionnent. Bref, à se présenter à nous comme un film ayant de vrais propositions de cinéma à nous offrir.

C’est pour cela que le rédacteur de ces lignes ne peut donner que la moyenne au long-métrage. Car il ne peut, malheureusement, fermer les yeux sur les nombreux défauts du titre, pouvant en faire fuir plus d’un. Mais il ne peut également pas passer sous silence l’ambition du projet et de cette équipe. Qui nous livre là un film fait avec du cœur. Un peu comme le récent Grand Paris de Martin Jauvat, mais à un niveau encore moindre. Alors, faites fi des a priori que peuvent engendrer le titre, le synopsis voire le film dans son ensemble. Et laissez-lui une chance ! Vous participerez ainsi à la pérennité et à la reconnaissance d’une association qui ne demande qu’à être connue.

La Sorcière et le Martien – Bande-annonce

La Sorcière et le Martien – Fiche technique

Réalisation : Thomas Bardinet
Scénario : Thomas Bardinet
Interprétation : Yasmine Kharfouche (Myriam), Kylian Mahamoud (Bilal), Laura Delebarre (la sorcière), Ève Brange (la fée), Théodore Dupleix (Dorian), Gergana Georgieva (la mère adoptive), Anaïs Vitahen (Eva), Cécile Jeannet-Amour (la voix de la statue)…
Photographie : Thomas Bardinet
Montage : Thomas Bardinet
Musique : Thomas Bardinet
Maisons de Production : Massala Productions et ABC de Floirac, en association avec Le Studio Orlando, Les Films de la Capucine, Philéas Production et Aggelos
Distribution (France) : À Vif Cinémas / DHR
Durée : 77 min.
Genres : Romance, science-fiction, fantastique, policier
Date de sortie :  21 juin 2023
France – 2023

Note des lecteurs0 Note
2.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.