La Mort n’existe pas : marcher hors du monde

Après les succès critiques de Flow et La Plus Précieuse des marchandises en 2024, l’animation a continué de gagner du terrain à Cannes. Présenté cette année à la Quinzaine des cinéastes, La Mort n’existe pas, aussi discret soit-il, s’inscrit dans cette dynamique. Le nouveau long-métrage de Félix Dufour-Laperrière propose une odyssée sensorielle aux confins du réel et de l’imaginaire, où l’on explore la notion de seconde chance à travers le regard hanté d’une jeune écoterroriste.

Dès l’ouverture, le film impose une tension sourde : cinq jeunes individus se rassemblent dans l’obscurité, en pleine forêt, pour planifier un assaut contre une propriété sous haute surveillance. Le trait de Dufour-Laperrière, à la fois dense et dépouillé, enveloppe les corps dans l’épaisseur de la nuit. Les visages émergent par bribes, les gestes sont coordonnés, silencieux, presque rituels. Ils avancent comme une meute, fusionnant avec les ombres. L’analogie avec une meute de loups n’est pas anodine, elle renforce l’idée d’un collectif solidaire, animé par une rage commune. Leur cible : une femme influente, symbole des dérèglements qui ravagent la planète. Par cet acte radical, ils espèrent reprendre le pouvoir sur leur avenir. Mais jusqu’où sont-ils prêts à aller ? Peuvent-ils vraiment tuer – et se sacrifier – pour une cause dont ils ne mesurent pas toutes les conséquences ?

La fusillade éclate. Brève, brutale, chorégraphiée avec une précision glaciale. Les impacts sont secs, les corps tombent sans emphase, comme happés par une force invisible. Malgré le format 2D, la scène frappe par sa profondeur et sa fluidité. Ici, la violence n’est ni esthétisée ni gratuite : elle interroge l’engagement, politique autant qu’amical. Et dans ce chaos, un geste inattendu : Hélène s’arrête. Elle se détourne. Et disparaît dans les bois.

Une dérive intérieure

Ce repli marque le début d’un autre film, presque souterrain. Hélène est rejointe par le fantôme de Manon, amie tombée lors de l’attaque. Ensemble, elles entament un périple halluciné aux lisières du réel. Le récit devient plus intime, plus instable aussi, à l’image d’une jeunesse en perte de repères, tiraillée entre l’urgence d’agir et la peur de devenir complice d’un monde qui s’effondre. Sans sombrer dans le discours militant, le film pose des questions profondes : que transmet-on aux générations futures ? À quoi peut ressembler un engagement sincère dans un monde saturé de désillusion ?

Pour Dufour-Laperrière, ce film est un acte d’amour inquiet, une sorte de testament adressé à ses enfants. Un geste fort, chargé d’images poétiques et de visions troubles, où la forêt devient le théâtre d’une métamorphose intérieure. Les aplats de couleur, les textures mouvantes, les jeux de lumière traduisent les doutes d’Hélène. Son corps – parfois fragmenté, parfois animalisé – devient le reflet de son combat intime. L’animation donne chair à l’absence, rend perceptible la mémoire vive des disparus. Encore et encore, Hélène revit la scène de la fusillade, comme un cauchemar récurrent, figé entre remords et lucidité.

Renoncer à ses idéaux, trahir ses amis, désobéir à l’engagement pris… Est-ce une faiblesse ou un acte de survie ? Est-elle une traîtresse ou une martyre silencieuse ? Ces tensions traversent La Mort n’existe pas, œuvre sensorielle et politique, où chaque image questionne la limite entre responsabilité collective et fêlure personnelle. À ne pas manquer.

La Mort n’existe pas : fiche technique

La Mort n’existe pas : fiche technique

Titre international : Death Does Not Exist
Réalisation, scénario et montage : Félix Dufour-Laperrière
Voix : Zeneb Blanchet (Hélène), Karelle Tremblay (Manon), Mattis Savard-Verhoeven (Marc), Barbara Ulrich (la vieille dame), Françoise L. (l’enfant)
Son : Olivier Calvert, Samuel Gagnon-Thibaudeau
Layout : Hyun Jin PARK
Musique : Jean L’Appeau
Producteurs : Nicolas Dufour-Laperrière, Emmanuel-Alain Raynal, Pierre Baussaron
Sociétés de production : Embuscade Films, Miyu Productions
Société de distribution : UFO Distribution
Pays de production : Canada, France
Genre : Fantastique
Durée : 1h12
Date de sortie : 1er octobre 2025

La Mort n’existe pas : marcher hors du monde
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3.5

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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