Kaamelott – Deuxième Volet [partie 1] est semi-croustillant

Cinq années après Kaamelott – Premier Volet, Alexandre Astier nous offre la suite tant attendue. Et, malgré quelques difficultés à créer un récit passionnant sur la durée, Kaamelott : Deuxième Volet, Partie 1 est une belle réussite qui plaira sans nul doute aux chevaliers aguerris et fidèles à la série. Mais le projet trouvera-t-il grâce aux yeux des paysans qui ne suivaient la quête du Graal que de loin ? C’est moins sûr…

Il faut dire que Kaamelott, pour beaucoup — et je m’inclus dans le lot —, c’est plus qu’une série : c’est le Graal. Vingt ans que l’univers d’Alexandre Astier nous balade entre fous rires et coups de poignard. Parce que, honnêtement, quelle saga ! Quels personnages ! Tous insupportables et pourtant terriblement humains. Ces dialogues affûtés, ce sens du rythme, ce mélange d’absurde et de gravité… Astier a su faire d’un roi dépressif un héros tragique. Et comment oublier ce moment, en fin de saison 5, où Arthur, à bout, tente d’en finir ? Un suicide raté, certes, mais un sommet d’émotion. Voilà sans doute la vraie magie de Kaamelott : derrière la vanne et la table ronde, une humanité désarmante, qu’on n’a jamais cessé de suivre. Virage étendu dans la sixième et dernière saison de la série, essentiellement sous forme de flashbacks, à l’exception du dernier épisode qui plaçait les pions pour la trilogie à venir au cinéma.

Deux parties pour le deuxième volet, après six livres et… wouah

Difficile de juger l’intrigue de Kaamelott 2, lui-même… coupé en deux. Oui, je sais, les films en deux parties, on pensait la mode enterrée avec Hunger Games : La Révolte – Partie 2 en 2015. Eh bien non. Astier n’est pas le seul à reprendre cette idée que tout le monde déteste. Après Les Trois Mousquetaires, Dune ou bientôt 28 ans plus tard, on commence à être habitués… mais ça ne marche pas toujours. Parce que si Dune et 28 ans plus tard réussissaient à livrer un film complet, on se souvient encore du naufrage des Trois Mousquetaires : D’Artagnan et de son pathétique “À suivre” sur fond noir. KV2P1 (ne me faites pas écrire le titre en entier, je vous en prie) a au moins la décence de ne pas faire ça. Mais franchement… la fin est plate. Pas de cliffhanger digne de ce nom, pas de résolution pour les intrigues principales. On sort de la salle frustré, à se dire « et maintenant ? » — et il faudra attendre plus d’un an pour la suite. Sérieusement, c’est cruel.

On parlait de Kaamelott : Premier Volet comme d’un film d’exposition, posant ses pions et installant ses intrigues pour l’ensemble de la trilogie. Ici, difficile de sortir de cette Partie 1 sans avoir le sentiment de regarder un film de transition, alors que la saga cinématographique en est déjà à la moitié (si le troisième volet se fait d’une seule traite…). Non, Alexandre Astier ne fait pas dans la dentelle : il propose une œuvre en deux parties dans sa forme la plus brute. Heureusement, l’histoire reste loin d’être ennuyeuse — surtout pour ceux qui ont suivi la lente évolution des personnages depuis la première saison. Kaamelott au cinéma, c’est avant tout l’aboutissement d’une saga qui s’est étalée sur des années : se jeter dedans sans un minimum de contexte, c’est se condamner à être laissé sur la touche. Au cœur du récit, un homme dépassé par les ambitions démesurées qu’on lui a collées dès sa naissance, et les vies de ceux qui l’entourent, pour le meilleur (un peu) et pour le pire (beaucoup).

Pays de Galles indépendant !

Inutile de retarder un sujet important : Perceval, incarné par Franck Pitiot, est absent. Non, ce n’est pas un coup marketing. Non, il n’y a pas de surprise. Le meilleur personnage de Kaamelott (avec Léodagan) manque à l’appel, suite à un différend artistique avec Alexandre Astier sur l’écriture du Chevalier de Provence. S’il n’exclut pas un retour pour la conclusion, force est de constater que cette absence pèse sur le récit. Le premier à en souffrir, c’est Karadoc, qui se retrouve avec une quête jusqu’ici guère passionnante. Et, forcément, quand une intrigue peine à captiver, le rythme global de l’œuvre s’en ressent. Les nouveaux venus du premier volet — dont une partie sont les enfants d’Alexandre Astier — ont eux aussi du mal à se faire une place dans cette multitude de personnages qui circulent dans tous les sens. Tout se jouera dans la seconde partie, donc.

Vu d’ici, Astier semble nous avoir donné plus de graines à manger que de bons morceaux de gras. Fort heureusement, la génération de dépressifs attendra, puisqu’on va attaquer les nombreuses qualités de ce Kaamelott : Deuxième Volet – Partie 1. Oui, toutes les intrigues ne se valent pas, mais certaines sont à pleurer de rire, quand d’autres tirent leur intérêt de leur portée dramatique. Certains reprochaient au premier volet de s’éloigner de l’ADN de la saga, renonçant aux dialogues vifs et acérés qui ont fait sa renommée. Ici, on revient à la belle époque, avec de très nombreux enchaînements de répliques savoureuses et toujours magnifiquement prononcées. Alexandre Astier voit l’humour comme une musique, et la partition de cette suite joue de nouveau dans la grande salle. La comparaison avec la musique ne s’arrête pas là : son chef d’orchestre étant lui-même de nouveau derrière la bande originale du film, toujours réussie.

Y a beau geste

Les personnages sont revenus à leur place habituelle et les joutes ne reprennent que de plus belle. Encore une fois, une attache avec les personnages est nécessaire, au moins un minimum, pour comprendre et apprécier les piques de Dame Séli ou les chamailleries entre Merlin et Elias. Mais c’est aussi la partie plus touchante que l’on retient, entre Arthur et Guenièvre. Pour le reste, on alterne entre comique de situation parfois un poil lourdingue, mais jamais raté. On retiendra une ou deux scènes dont on discutera de l’intérêt, mais là encore, elles trouveront peut-être tout leur sens l’année prochaine. Pour le reste, oui, ce second volet est franchement drôle, bien plus que le premier. Heureusement d’ailleurs, parce que pour tout ce qui est mise en scène… on en a gros.

Si Alexandre Astier est un excellent dialoguiste, directeur d’acteurs et compositeur, il n’est pas un grand réalisateur. Attention, cela ne veut pas dire que le projet ne ressemble pas à un film. Il y ressemble, oui. Mais on saluera surtout les superbes décors, costumes, maquillages et quelques panoramas absolument magnifiques. Pour le reste, fidèle à l’esprit Kaamelott, le film mise presque exclusivement sur les champs/contre-champs, avec très peu d’idées de mise en scène vraiment inspirées. Cependant, rien à l’écran ne permet de se laisser complètement emporter… en attendant l’année prochaine ? Le film repose entièrement sur ses personnages et son humour, et il faut y adhérer pour que ça fonctionne. Les fans de Kaamelott aimeront, les passionnés de cinéma moins. Finalement, on ne fera que conseiller d’aller voir le projet, à condition de s’y connaître un minimum… si vous ne voulez pas vous sentir exploités bon gré mal gré pour arriver sur la fin.

Kaamelott – Deuxième Volet [partie 1] – bande-annonce

Kaamelott – Deuxième Volet [partie 1] – fiche technique

Réalisation : Alexandre Astier
Scénario : Alexandre Astier
Interprètes : Alexandre Astier, Anne Girouard, Jean-Christophe Hembert, Thomas Cousseau, Lionnel Astier, Joëlle Sevilla, Jacques Chambon, Nicolas Gabion, Guillaume Gallienne, Virginie Ledoyen, Carlo Brandt, Christian Clavier
Première assistante réalisateur : Isis Bonfanti
Photographie : Jean-Marie Dreujou
Montage : Alexandre Astier
Décors : Philippe Chiffre
Costumes : Marylin Fitoussi
Son : Rémi Daru, François-Joseph Hors
Régie : Philippe Le Forestier
Directeur de production : Henry Le Turc
Directrice de postproduction : Astrid Lecardonnel
Musique : Alexandre Astier
Producteurs : Alexandre Astier, Agathe Sofer
Sociétés de production : Regular Production
Pays de production : France
Société de distribution : SND – GROUPE M6
Durée : 2h18
Genre : Aventure, Comédie, Historique
Date de sortie sur Netflix : 22 octobre 2025

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Kaamelott – Deuxième Volet [partie 1] est semi-croustillant
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