I Am Not Madame Bovary, un film de Feng Xiaogang : Critique

Adapté du roman Je ne suis pas une garce de Liu Zhenyun, I Am Not Madame Bovary de Feng Xiaogang se dessine comme un portrait satirique de la Chine d’aujourd’hui. C’est avec une pointe de militance que le réalisateur fait de ce film une œuvre de son temps.

Synopsis : Li et son mari Qin décident de simuler un divorce afin d’obtenir un second appartement. Six mois plus tard, Qin se marie à une autre femme. Trahie et abandonnée, Li se lance dans une quête de justice qui va durer dix ans.

Quand la littérature et le cinéma s’entremêlent

« Le passé pourrait s’effacer. » I Am Not Madame Bovary

Le suicide par désespoir, voici la thématique commune entre le célèbre roman de Gustave Flaubert et l’œuvre de Feng Xiaogang. Pourtant, I Am Not Madame Bovary n’est pas une adaptation de cette œuvre littéraire. Ce drame indépendant est inspiré du  mythe chinois de Pan Jianlian relatant l’histoire d’une femme débauchée qui aurait conspiré à l’assassinat de son époux.

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Li Xuelian est un personnage complexe, assimilé par son titre éponyme, à l’image d’Emma Bovary. Même si le lien entre ces héroïnes a été démenti, il existe pourtant une grande similitude entre ces deux femmes. Tout comme Emma, Li est un personnage aux qualités viriles. C’est une guerrière entièrement consacrée au combat de sa vie : celui de faire valoir ses droits. En parfaite contradiction avec ce trait de personnalité, Li est également une femme à l’esprit romantique. Continuellement dans le passé, elle s’autodétruit en alimentant son propre désespoir. Son apparence répond également au portrait établit par Gustave Flaubert : la sensualité du noir de ses yeux mêlée à celle de ses longs cheveux. Et enfin, tout comme Emma Bovary, Li est une femme prisonnière d’un monde qui ne lui semble pas le sien.

Li se définie autant par sa fragilité que par sa force de persévérance. Elle incarne une sorte d’anti-héroïne, perdue au milieu d’un monde qui se construit indépendamment d’elle. Ces nombreuses ressemblances sont la preuve incontestable qu’Emma Bovary et Li Xuelian sont deux personnages féminins intimement liés.

Un drame sur l’ironie du sort

« Elle ne pourrait pas continuer à vivre sans laver son honneur. » I Am Not Madame Bovary

I Am Not Madame Bovary est un drame actuel, engagé dans un processus militant à l’égard de l’administration chinoise. En effet, toutes les thématiques abordées dans ce film, font références à des lois promulguées par le gouvernement : la loi fiscale pénalisant les propriétaires de résidences secondaires ou encore la politique de l’enfant unique. 

Mais sans s’y attendre, I Am Not Madame Bovary se dévoile comme un drame faisant face à l’ironie du sort. En construisant son film autour d’un sujet vif et actuel, Feng Xiaogang aurait très bien pu sombrer dans le pathétique. Pourtant, l’autodérision de l’héroïne, présente à travers son comportement abusif, apporte une touche de finesse à l’intrigue. La dimension sarcastique se révèle être omniprésente, que ce soit tant dans le caractère des personnages que dans certaines mises en scène. Mêler une pointe d’humour à la tragédie de la situation, voici sans aucun doute la réussite de cette oeuvre.

Un esthétisme pictural

« Si quelqu’un veut mourir, personne n’y peut rien. » I Am Not Madame Bovary

Récompensé sept fois lors de divers festivals internationaux, I Am Not Madame Bovary est une surprise inimitable, d’un point de vue scénaristique mais également esthétique. Feng Xiaogang a choisi de raconter l’histoire de Li Xuelian de façon romanesque. Tel un véritable roman, une voix-off s’inscrit dans la narration i-am-not-madame-bovary-fan-bingbing-telescopedu film et permet d’apporter des précisions quant à la chronologie (qui s’étale sur dix ans). C’est une façon de pénétrer dans la conscience du personnage principal, d’y découvrir ses ressentis, ses sentiments et ses émotions vis-à-vis de la situation.

D’un point de vue esthétique, Feng Xiaogang a fait le choix, pour le moins audacieux, d’inscrire l’image dans un cadrage télescope. Influencé par certaines peintures de la dynastie Song, ce style visuel donne une dynamique poétique au film. Mais au-delà de cette référence artistique, ce choix permet également de s’identifier au personnage de Li Xuelian et de ressentir la sensation d’enfermement social dont elle est victime.  Nous pouvons retrouver dans le style de Feng Xiagang une pointe de ressemblance avec l’univers de Wes Anderson, entre esthétique et ironie du sort.

I Am Not Madame Bovary s’inscrit comme une œuvre lyrique saisissante, belle et bien dans l’air du temps.

I Am Not Madame Bovary : Bande-Annonce

I Am Not Madame Bovary : Fiche Technique

Réalisation – FENG XIAOGANG
Scénario – LIU ZHENYUN
Casting – Fan Bingbing, Guo Tao, Da Peng, Jiayi Zhang.

Image – LUO PAN
Décors – HAN ZHONG
Costumes – HAN ZHONG
Son – WU JIANG
Montage – CHANG SUK PING WILLIAM
Musique originale – DU WEI
Production – BEIJING SPARKLE ROLL MEDIA CORPORATION, HUAYI BROTHERS MEDIA CORPORATION, BEIJING SKYWHEEL ENTERTAINMENT CO., LTD., HUAYI BROTHERS PICTURES LTD., ZHEJIANG DONGYANG MAYLA MEDIA CO., LTD.

2017 – Chine

 

 

Festival

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Megane Bouronhttps://www.lemagducine.fr/
Obnubilée par le cinéma indépendant, je passe la plupart de mon temps à rechercher de nouvelles pépites cinématographiques. De la psychose en passant par la tristesse pour arriver aux éclats de rire, tous les états d’âme sont bons pour apprécier à sa juste valeur un film… Si je devais n’en choisir qu’un ? Mr. Nobody de Jaco Van Dormael (2010).

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