Falling de Viggo Mortensen : une chute loin d’être fatale pour l’acteur

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Falling de Viggo Mortensen est à l’image de son réalisateur : versatile, foisonnant,  même s’il reste au fond de facture assez classique. Un premier film très prometteur, intimiste et universel à la fois.

Synopsis de Falling :  John vit en Californie avec son compagnon Eric et leur fille adoptive Mónica, loin de la vie rurale conservatrice qu’il a quittée voilà des années. Son père, Willis, un homme obstiné issu d’une époque révolue, vit désormais seul dans la ferme isolée où a grandi John. L’esprit de Willis déclinant, John l’emmène avec lui dans l’Ouest, dans l’espoir que sa soeur Sarah et lui pourront trouver au vieil homme un foyer plus proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie…

The Father

Hasard du calendrier, Falling de Viggo Mortensen nous arrive dans le sillage de The Father, le film de Florian Zeller récemment primé aux Oscars. Les deux métrages évoquent la démence sénile, dans deux partis pris assez éloignés, mais unis par la même tendresse dans laquelle leurs réalisateurs respectifs enveloppent les protagonistes.

L’entame de Falling donne le ton de cette chronique douce-amère. Dans la pénombre feutrée d’un habitacle d’avion où les passagers sont à l’heure du sommeil, Willis Peterson (Lance Henriksen), un homme d’un certain âge, visiblement désorienté, se lève tout d’un coup, et profère des insanités en hurlant dans tous les sens. Son fils,  John (Viggo Mortensen) essaie tant bien que mal de limiter les dégâts. Les deux hommes sont sur leur vol de retour, depuis la campagne de l’état de New-York où John est venu chercher son père, vers la Californie du Sud, où il réside avec son mari Eric (Terry Chen), et leur fille adoptive Mónica (Gabby Velis). Willis est donc frappé de démence sénile, et s’apprête à vivre chez son fils.

Cette histoire, fictionnelle, même si basée sur des éléments autobiographiques porte l’empreinte d’une certaine douleur en elle. Contrairement à The Father, il y a dans Falling très peu de place pour l’empathie envers cet homme cruel, dont les flashbacks nombreux de sa vie antérieure montrent que la démence n’explique pas tout, et n’excuse pas tout. Willis est une mauvaise graine emprisonnée dans un autre temps, qui n’a pas su évoluer avec son époque, et qui est maintenant également emprisonnée dans sa folie. Il est aussi désagréable et ordurier que son fils John est patient, calme, sans jamais un mot plus haut que l’autre.

Viggo Mortensen est un caméléon qui navigue avec énormément de talent entre des rôles très divers, comme dans le très expérimental Jauja (Lisandro Alonso), le très consensuel Green book (Peter Farrelly), les films de Cronenberg (qui joue ici un excellent caméo), sans oublier la saga des Anneaux. Dans sa mise en scène, on ressent cette versatilité.  On la ressent dans la multiplicité des thèmes abordés (la démence, une homophobie crasse de la part de Willis et même, au travers d’une scène, une vague islamophobie). On la voit également  dans la dualité presque systématique qu’il apporte au traitement du présent (tons presque joyeux, soleil californien et légèreté malgré l’insupportable caractère du protagoniste vieillissant), et celui du passé (des images paradoxalement pastels et sombres, une météo ombrageuse, tumultueuse et glaciale à la fois).

Ce faisant, on voit combien Mortensen considère les paysages de l’Upstate New-York avec beaucoup de tendresse. Tout en restant assez académique, l’esthétique du film est sublimée par ces grands espaces, ceux du passé, ces chevaux magnifiques, tout cet environnement tantôt hostile, tantôt paradisiaque. Mortensen nous donne beaucoup plus à voir qu’un excellent acteur qui réalise son premier film, un film prometteur d’une belle carrière peut-être naissante.

Le film de l’Américano-Danois est un ballon d’essai plutôt réussi. A travers les interviews qu’il a donnés pour la sortie de son métrage, ou encore grâce à la dédicace à ses deux frères au début du générique de fin, on comprend que le scenario de Falling est très personnel, familial, et c’est ce qui donne tout son sens à son histoire somme toute assez convenue. On se pose sans cesse la question de savoir ce qui motive John après le passé difficile qu’ils ont eu ensemble. On a bien une idée de réponse, ou une autre, et le film reste un moment avec le spectateur, content d’avoir partagé ce moment intime et en même temps universel de l’amour irrationnel d’un fils envers son père.

 

Falling– Bande annonce

 

Falling – Fiche technique

Titre original : Falling
Réalisateur : Viggo Mortensen
Scénario : Viggo Mortensen
Interprétation : Viggo Mortensen (John Peterson), Lance Henriksen (Willis), Terry Chen (Eric), Sverrir Gudnason (Willis jeune), Hannah Gross (Gwen), Laura Linney     (Sarah), Gabby Velis (Mónica), Bracken Burns (Jill), Ella Jonas Farlinger (Paula), Piers Bijvoet (Will), David Cronenberg (Dr. Klausner), Henry Mortensen (Sergeant Saunders)
Photographie : Marcel Zyskind
Montage : Ronald Sanders
Musique : Viggo Mortensen
Producteurs: Daniel Bekerman, Viggo Mortensen, Chris Curling
Maisons de production : HanWay Films, Perceval Pictures, Scythia Films, Zephyr Films, Ingenious Media
Distribution (France) : Metropolitan FilmExport
Récompenses : Meilleur film au Festival International de San Sebastian – 2020
Durée : 112 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  19 Mai 2021
Canada | Royaume-Uni | Etats-Unis – 2020

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3.5

Redactrice LeMagduCiné