A l’abordage : le film de Guillaume Brac enfin au cinéma

3.5

A l’abordage, réalisé par Guillaume Brac, a d’abord été diffusé en juin 2020 à l’occasion du Champs-Elysées Film Festival puis sur Arte au mois de mai. Finalement, il sort enfin en salles le 21 juillet. L’occasion de découvrir cette fresque de jeunesse et d’été sur grand écran.

Conte d’été

Après cinq longs métrages dont Tonnerre et Contes de juillet, Guillaume Brac revient poser sa caméra en été. Il suit deux personnages, deux amis. Il partent puisque l’un des deux veut suivre sa petite amie à l’autre bout de la France.  C’est une surprise qui tourne un peu mal mais qui est l’occasion de belles rencontres, de retrouvailles aussi des personnages avec eux-mêmes. On rit beaucoup car le décalage est permanent. Le réalisateur sait déplacer les enjeux à chaque instant, s’attacher à ses personnages de garçons jamais figés, clichés et nous les rendre attachants par la même occasion. On est face à une histoire proche du conte, visible en ce moment sur France TV, La Fille du 14 juillet. Or, au-delà du décalage, c’est aussi un regard sur la société qui est porté. De ces garçons qui se révèlent plus débrouillards que prévus aux filles qui assument leurs choix, leurs décisions, tout est fait pour parler du monde actuel, sans en oublier l’éclat de rire.

Ce qu’il restera de nous

Bien que filmé dans la torpeur de l’été du sud de la France, le film est toujours en mouvement grâce à des personnages qui marchent, qui nagent, qui pédalent, qui bougent, mais aussi à une parole continue. Les filles n’y sont pas des princesses qui « attendent de nous le secours »(pour paraphraser Rilke) et les garçons des beaux mecs qui font tomber toutes les filles. D’ailleurs, les acteurs sont issus du conservatoire national d’art dramatique, ils sont donc peu connus du grand public,  et dirigés presque comme dans des séances d’improvisation. Il y a une véritable alchimie qui se dégagent de leurs échanges, de leur manière de jouer ensemble, comme une troupe à la Maïwenn (les disputes en moins). On retrouve l’énergie qui sied également à Vincent Macaigne (période Pour le réconfort), avec lequel Guillaume Brac a l’habitude de travailler.  A l’abordage renferme et fait éclore, sous des allures de bric et broc, une poésie malhabile, mais aussi des bateaux en cartons, des tentes de centres de loisirs et surtout des petits moments de tendresse, de clins d’œil (un tee-shirt du film Les Enfants loups, Ame et Yuki ) même s’il est aussi pétri de l’angoisse du monde, de l’avenir. Les personnages en apparence faiblards (des p’tits gars sans ambition se dit-on au départ) se posent en effet mille questions et s’interrogent aussi sur la transmission. Les histoires d’amour ne sont pas que des illusions, elles sont avant tout des rencontres. Guillaume Brac revient à la simplicité des rapports humains, leur imprévisibilité également.

Le monde est à nous

A la lisière entre réalité et fiction, le film partant de la personnalité des comédiens pour construire son histoire, A l’abordage est un film de groupe, sans cesse filmé en plans larges, jamais écrasants. Aucun personnage ne prend plus de place qu’un autre. Le monde est à eux, mais ils l’habitent sans l’envahir. C’est de cette construction que ressort une impression de spontanéité permanente. « Je préfère partir de quelque chose de tout petit en apparence, ce qu’il y a de plus basique, comme filmer des personnes qui se rencontrent. Et, à partir de cette simplicité, on peut raconter quelque chose de plus vaste, sur l’époque, sur notre pays ou sur certains rapports de classe par exemple » a déclaré Guillaume Brac à L’Humanité, c’est pari tenu. De la grande simplicité du dispositif ressort une œuvre bien dans son époque et à la lecture aussi légère que passionnante sur les rapports entre les gens, tout simplement

A l’abordage : Bande annonce

A l’abordage : Fiche technique

Synopsis : Paris, un soir au mois d’août. Un garçon rencontre une fille. Ils ont le même âge, mais n’appartiennent pas au même monde. Félix travaille, Alma part en vacances le lendemain. Qu’à cela ne tienne. Félix décide de rejoindre Alma à l’autre bout de la France. Par surprise. Il embarque son ami Chérif, parce qu’à deux c’est plus drôle. Et comme ils n’ont pas de voiture, ils font le voyage avec Edouard. Evidemment, rien ne se passe comme prévu. Peut-il en être autrement quand on prend ses rêves pour la réalité ?

Réalisation : Guillaume Brac
Scénario :  Guillaume Brac, Catherine Paillé
Interprètes :  Eric Nantchouang, Salif Cissé,  Edouard Sulpice,  Asma Messaoudene,  Ana Blagojevic, Lucie Gallo, Martin Mesnier,  Nicolas Pietri, Cecile Feuillet,  Jordan Rezgui
Photographie :  Alan Guichaoua
Montage :  Heloïse Pelloquet
Sociétés de production :  Arte France, Geko Films
Distributeur : Jour2Fête
Genre : comédie
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 21 juillet 2021

Festival

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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