Le Deuxième acte : Un Ecce homo contemporain

Satire du milieu du cinéma et surtout hommage infini au charisme des acteurs, Dupieux offre son film le plus recueilli et sombre, le plus funambule et ambivalent. Un précipité metaphysico-ironique des symptômes d’époque.

Quentin Dupieux jongle à chaque scène avec le vertige de son talent, la vanité d’une attente démentielle du public et de ses pairs, entre l’expertise de ce qu’il sait faire et le bluff de ce qu’il pourrait nous faire croire qu’il fait ou de ce que le spectateur peut imaginer et présupposer de son cinéma tel qu’il est maintenant vendu en produit-marketing. Dupieux ça déchire!

Dans un de ses dialogues philosophico-loufoques qui sont sa marque de fabrique, Dupieux fait dire à Louis Garrel : pourquoi ne pas adopter une autre lecture du monde et comprendre que ce que nous prenons pour la réalité est une fiction et qu’au contraire un film, une musique, nos fantasmes sont ce qu’il y a de plus réel.

Le Deuxième Acte se construit sur ce jouissif renversement. Sur une aire de nulle part, dans un restaurant le bien nommé Deuxième Acte, des acteurs tournent un  film et mêlent leurs propres (ultra) intimités avant, pendant, après les scènes tant et si bien que l’on finit par ne plus savoir ce qui fait partie du film ou de la vie des protagonistes. Ces séquences sont il faut bien le dire savoureuses d’intelligence dans le jeu de grande volée de tous les acteurs. Cette lisière mouvante qu’ils ne cessent de perturber entre le fictif et le réel, la vie et la mort, le vrai et le faux, le dédain de l’humain et son amour constituent ce qu’il y a de plus talentueux ici. De plus audacieux aussi (voire la dernière scène) 

Dupieux prend le risque enfin de ne pas franchement être drôle. On ne peut que sourire bien sûr lorsqu’on apprend au débotté que le faux vrai film en train de se tourner est le 1er à être réalisé par une intelligence artificielle.

Toutefois seul un personnage (Manuel Guillot, clone muse de Dupieux) dit la vérité. Il incarne un figurant ordinaire, soigneux, anxieux, timide, malade de trac, le seul acteur non star des 4 vedettes du film (Vincent Lindon, Raphael Quenard, Louis Garrel, Léa Seydoux), totalement à bout et comme atteint d’une crise de tremblement infini d’avoir attendu 10 ans avant de tourner sa première scène.

La destinée de son personnage- que ce soit dans le fictif film tourné (à moins que ce ne soit le réel selon l’inversion de principe proposée par le personnage de Louis Garrel) ou la vie vraie à laquelle il retourne, sa destinée de personnage ou de personne est la même.  Ne spolions pas.

Dupieux donne du fil à retordre au déterminisme tout en ne lui laissant aucun échappatoire. Les figurants qui ont attendu toute leur vie une piètre séquence dans un film, une minute de gloire ou juste un leurre d’adrénaline. C’est nous tous.

Le deuxième acte est un dernier acte. Dupieux forcément jette l’origine de son cinéma loin. Dans l’avenir. Il est ce vers quoi il va. 

Ce film fait l’ouverture du 77e Festival de Cannes

Festival

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